La fenêtre d'en face
Chapitre 3
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La fenêtre d'en face — Chapitre 3

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La fenêtre d'en face

Chapitre 3

La pluie fine qui tombait depuis l'aube avait rendu le goudron luisant et glissant. Véronique serra les dents en tournant une nouvelle fois la clé dans le contact de sa vieille voiture. Rien, pas même un toussotement. Juste un claquement sec du starter qui se refusait à démarrer.
— Merde, merde, merde ! jura-t-elle en tapant sur le volant avec la paume de sa main.
Elle était déjà presque en retard pour son service au bar. Son patron détestait quand ses employés arrivaient en retard, et elle n'avait pas besoin d'un avertissement supplémentaire dans son dossier. Pas maintenant, alors qu'elle essayait tant bien que mal de joindre les deux bouts avec ses horaires réduits depuis la crise du Covid qui avait fait chuter la fréquentation des cafés.
Elle sortit sous l'averse naissante, claquant la portière avec humeur. Le ciel gris ardoise promettait une journée maussade, et elle n'avait même pas son parapluie. Elle fit le tour de la voiture, ouvrant le capot sans vraiment savoir ce qu'elle cherchait. À quarante-deux ans, Véronique en savait à peu près autant en mécanique qu'une huître en astronomie.
— Putain de bagnole de merde ! grogna-t-elle en donnant un coup de pied dans une des roues avant.
Elle entendit une voix derrière elle. Hésitante, presque timide.
— Euh. Excusez-moi ? Est-ce que je peux vous aider ?
Véronique se retourna vivement, surprise par cette intervention inattendue. Un homme se tenait à quelques mètres d'elle sous la pluie qui s'intensifiait. Il portait un imperméable gris clair.
Elle cligna des yeux pour chasser les gouttes d'eau qui lui brouillaient la vue, avant de reconnaître son interlocuteur, Pierre.
Leurs regards se croisèrent. Elle vit immédiatement qu'il l'avait reconnue lui aussi. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, et une rougeur apparut instantanément sur ses joues pâles.
— Madame ? bégaya-t-il, ses joues s'empourprant violemment.
Il se tut, visiblement embarrassé par la situation. Lui qui la voyait nue ou presque chaque soir à travers ses jumelles, qui avait pu admirer chaque courbe de son corps dans le plus simple appareil, qui connaissait peut-être mieux sa silhouette que certains de ses anciens amants. Il se retrouvait face à elle, en chair et en os, sous la pluie matinale, sans savoir quoi dire.
Véronique sentit une chaleur monter à ses propres joues. Elle était habillée d'un jean usé et d'une veste bleu marine, ses cheveux bruns mouillés collaient à son front. Rien à voir avec les poses lascives qu'elle adoptait chaque soir pour lui dans le secret de son salon.
— Véronique, dit-elle d'un ton neutre comme s'ils se croisaient pour la première fois au supermarché. J'ai un problème avec ma voiture, bredouilla-t-elle en frissonnant, je suis bientôt en retard et je n'y connais rien en mécanique, ajouta-t-elle, si vous pouvez m'aider, je vous en serai éternellement reconnaissante. Peut-être m'amener à une station de métro ?
Pierre rougit de plus belle, balbutiant des excuses incompréhensibles avant de trouver ses mots.
— Pierre, dit-il avant d'ajouter : je… je pourrais vous prêter ma voiture ! Enfin, si vous le voulez. Je n'en ai pas besoin, je travaille de la maison aujourd'hui.
— Enfin, si cela vous convient, bredouilla-t-il en fouillant dans la poche de son imperméable pour en sortir un trousseau de clés. Je peux aussi essayer de réparer votre voiture, mais elle ne sera jamais prête avant que vous ne soyez vraiment en retard.
Véronique le regarda fixement pendant une seconde, incrédule. Lui prêter sa voiture ? À elle, une quasi-inconnue qui habitait en face et qu'il n'avait jamais abordée auparavant ?
— Vous êtes sûr ? demanda-t-elle prudemment. Je ne veux pas vous créer d'ennuis.
— Non, non ! Ça me fait plaisir de rendre service, insista Pierre en lui tendant les clés avec un sourire timide qui fit ressortir ses fossettes. Elle est garée juste là.
Il pointa du doigt une petite voiture électrique blanche stationnée devant la demeure d'en face. Une petite voiture sportive flambant neuve, Véronique reconnut la marque, une BYD, l'une des voitures électriques chinoises les plus performantes sur le marché actuel.
Comment quelqu'un comme Pierre, qui devait avoir tout au plus trente ans, pouvait vivre seul dans cette grande maison et posséder une telle voiture ? Et surtout, pourquoi la lui prêtait-il sans hésiter ?
Elle prit les clés avec des doigts légèrement tremblants, évitant soigneusement de toucher sa main.
— Merci beaucoup, Pierre. Je vous promets de faire attention à votre voiture.
— Ne vous en faites pas, l'interrompit-il en rougissant encore une fois. Elle est assurée tous risques. C'est le moins que je puisse faire. Pour aider une voisine, ajouta-t-il rapidement.
Il y avait quelque chose dans la façon dont il dit ces mots qui fit frissonner Véronique malgré la pluie froide. Comme s'il savait qu'elle savait qu'il savait.
Elle hocha simplement la tête et se dirigeait déjà vers la BYD quand Pierre l'appela.
— Attendez ! Je vais vous montrer comment elle fonctionne, c'est un peu différent d'une voiture thermique.
Il courut vers elle sous la pluie qui tombait maintenant à verse. Ses cheveux bruns mouillés collaient à son visage juvénile et charmant. Il lui expliqua rapidement le fonctionnement du tableau de bord électrique, l'activation des feux automatiques, la recharge rapide disponible sur les bornes publiques.
— Et surtout, attention à l'accélérateur, répéta-t-il en souriant légèrement. Elle passe de zéro à cent en sept secondes. Beaucoup de gens appuient trop fort par erreur et font des embardées.
Véronique sourit malgré elle.
— Merci pour le conseil, Pierre. Je ferai attention.
Elle monta dans la voiture qui sentait le cuir neuf et l'électronique haut de gamme. Le tableau de bord s'alluma immédiatement avec des écrans tactiles modernes qui feraient pâlir d'envie n'importe quel geek. Elle avait l'impression d'être Julia Roberts dans Pretty Woman.
Pierre resta sous la pluie, la regardant partir avec un mélange de curiosité et de gêne. Elle vit dans son rétroviseur qu'il courut vers sa propre maison avant d'être trempé jusqu'aux os.
Arrivée au bar en avance, car elle avait sans doute trop appuyé sur l'accélérateur, Véronique gara soigneusement la BYD sur le parking normalement réservé aux clients. Plusieurs regards admiratifs se posèrent sur la voiture sportive aux lignes élégantes et futuristes.
La journée s'étira avec une lenteur exaspérante entre les services de cafés, bières et vins servis aux habitués du quartier. Chaque minute semblait durer des heures. Véronique avait la tête ailleurs, elle pensait à Pierre, à sa timidité touchante, à cette voiture qu'il lui avait prêtée sans hésiter alors qu'ils ne s'étaient jamais parlé auparavant.
Pourquoi ? Pourquoi un homme qui l'observait chaque nuit avec autant d'attention dans le secret de son salon se montrait-il si normal en journée ?
Véronique rentra chez elle épuisée après une double journée de travail. Elle avait proposé à son patron de faire l'ouverture et la fermeture pour avoir plus d'heures, mais maintenant ses pieds lui faisaient mal et son dos la tiraillait.
Elle gara délicatement la BYD devant sa maison, coupant le moteur silencieux avec un petit pincement au cœur. La voiture était vraiment magnifique, et Pierre avait raison, elle accélérait très fort. Elle s'était surprise plusieurs fois sur l'autoroute à appuyer trop vigoureusement sur l'accélérateur, faisant bondir la petite sportive comme une fusée.
En sonnant à la porte de Pierre, Véronique se demanda s'ils allaient continuer à faire semblant de ne pas se connaitre ? Devait-elle continuer cette comédie du voisinage bien élevé qui ne savait rien ?
La porte s'ouvrit sur un Pierre visiblement surpris et encore plus rougissant que le matin même.
— Oh ! Véronique, bonsoir, bégaya-t-il en ouvrant davantage la porte. Je ne m'attendais pas à vous voir.
— J'ai ramené votre voiture, dit-elle simplement en lui tendant les clés. Merci encore pour le prêt. Sans vous, j'aurais été virée aujourd'hui.
— Je n'ai pas encore pu réparer la vôtre, avoua-t-il en rougissant violemment. J'ai commandé une pièce qui ne sera livrée que demain après-midi.
— Pas de problème, l'interrompit Véronique avec un sourire. Gardez-la jusqu'à ce qu'elle soit prête. Je peux me débrouiller pour aller travailler à pied ou en stop si nécessaire.
— Non ! s'exclama Pierre trop vite avant de se reprendre. Enfin, je veux dire que ce n'est pas la peine de vous compliquer la vie. Vous pouvez garder ma voiture jusqu'à demain soir, je n'en ai pas besoin.
— Merci infiniment, dit-elle avec un sourire. Vous êtes vraiment trop gentil.
Pierre rougit encore plus fort si c'était possible.
— De rien, balbutia-t-il en se dandinant d'un pied sur l'autre comme un adolescent mal dans sa peau. Vous pourrez passer demain soir, elle sera prête.
— Parfait.
Véronique eut une idée subite. Une idée qui fit réchauffer son sang, malgré le froid de cette soirée d'automne.
— Bonne soirée, Pierre, conclut Véronique en tournant à nouveau les talons avec un sourire d'anticipation aux lèvres.
Elle rentra chez elle le cœur battant la chamade et l'esprit déjà occupé par les préparatifs de sa performance nocturne. Dans sa chambre, elle fouilla dans ses tiroirs jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait, un vibromasseur rose bonbon acheté lors d'une soirée trop arrosée avec des amies trois ans plus tôt.
Elle le testa rapidement pour vérifier qu'il fonctionnait encore, puis elle se mit à organiser sa scène dans le salon.
D'abord, la musique. Elle sélectionna une playlist sensuelle sur son ordinateur, Ravel, Debussy, des musiques douces et envoûtantes. Elle baissa légèrement les lumières pour créer une ambiance tamisée et mystérieuse.
Elle plaça son fauteuil en cuir marron au centre de la pièce, face à la fenêtre, et alluma plusieurs petites lampes autour pour créer des jeux d'ombre et de lumière qui mettraient en valeur chaque courbe de son corps.
Véronique était prête. Elle portait un peignoir noir en satin qui lui arrivait à mi-cuisse, rien dessous comme d'habitude quand elle savait que Pierre regarderait. Ses cheveux bruns étaient lâches sur ses épaules, légèrement ondulés grâce au lisseur qu'elle avait utilisé rapidement.
Elle alla dans le salon et s'arrêta devant la fenêtre pour regarder vers la demeure d'en face. La petite veilleuse bleue était allumée au premier étage. Pierre attendait.
Un sourire sensuel aux lèvres, Véronique commença son spectacle.
Debout devant la fenêtre, elle fit lentement glisser les bretelles de son peignoir sur ses épaules pâles. Le tissu noir tomba en cascade autour de ses pieds nus, révélant son corps nu à la lumière tamisée des lampes d'ambiance.
Elle se tenait immobile pendant plusieurs secondes, offrant à Pierre une vue complète de sa silhouette, ses seins lourds aux mamelons roses déjà durcis par l'excitation et le froid de la nuit, la courbe douce de son ventre, les hanches larges qui s'affinaient vers des cuisses fermes et galbées.
Elle marcha lentement dans le salon, nue. Ses seins bougeaient légèrement à chaque pas, puis elle se pencha comme si elle examinait quelque chose par terre. La position exposait complètement ses fesses rondes et fermes à son voyeur.
Elle maintint la position pendant ce qui lui sembla être une éternité, assez longtemps pour que son spectateur secret puisse admirer chaque détail, la raie de ses fesses, l'esquisse de sa vulve entre les cuisses légèrement écartées. Elle imaginait Pierre retenant son souffle derrière ses jumelles.
Se redressant doucement, Véronique alla vers le fauteuil où elle avait posé le vibromasseur rose bonbon. Elle s'y assit avec les jambes légèrement écartées, prenant soin d'être bien dans la ligne de mire depuis la fenêtre d'en face.
Elle prit l'appareil dans ses mains et fit mine de l'examiner comme si c'était un objet nouveau qu'elle découvrait. Puis elle le porta à sa bouche et commença à lécher lentement le gode en silicone rose, le faisant briller sous les lumières tamisées du salon.
Ses yeux se fermèrent à moitié d'extase, Véronique commençait vraiment à s'exciter en imaginant Pierre la regarder faire, elle émit de petits bruits sensuels qui résonnèrent dans le silence de la nuit.
Elle lécha longuement le vibromasseur, tournant sa langue autour du bout arrondi comme si c'était un sexe masculin. Puis elle l'enfonça progressivement entre ses lèvres entrouvertes jusqu'à ce qu'il disparaisse complètement dans sa bouche.
Quand elle le ressortit quelques secondes plus tard, il brillait de salive et Véronique avait les joues légèrement rouges d'excitation.
Assise dans le fauteuil en cuir marron, Véronique écarta largement les cuisses et alluma le vibromasseur. L'appareil se mit à vibrer avec un bourdonnement sourd.
Elle le posa contre son clitoris gonflé de désir et renversa la tête en arrière avec un gémissement étouffé. Ses mains agrippèrent les accoudoirs du fauteuil comme si elle craignait d'être emportée par l'intensité des sensations.
Véronique ne se contenta pas de cette stimulation externe. Elle voulait offrir à Pierre un spectacle vraiment mémorable.
Elle prit le vibromasseur dans sa main droite et le frotta lentement contre son clitoris tout en introduisant deux doigts de sa main gauche dans son vagin trempé d'excitation. Elle commença à se masturber avec application, les yeux fermés, la bouche entrouverte pour laisser échapper des gémissements de plus en plus forts.
Ses hanches bougeaient au rythme de ses caresses, se soulevant légèrement du fauteuil comme si elle cherchait à mieux s'empaler sur ses propres doigts. Le vibromasseur rose rosait contre son clitoris avec un bruit humide qui devait être audible depuis l'extérieur malgré les fenêtres fermées.
Véronique savait qu'elle offrait à Pierre une vue imprenable, sa vulve ouverte et luisante d'excitation, ses doigts qui entraient et sortaient de son vagin, le vibromasseur rose pressé contre son clitoris.
Elle accéléra le rythme, sentant l'orgasme monter en elle. Ses seins ballottaient sous les mouvements de ses hanches, les mamelons roses dressés vers le ciel.
— Oui, oh oui, murmura-t-elle d'une voix haletante qui résonna dans la pièce silencieuse. Regarde bien Pierre, regarde comme je me fais jouir en pensant à toi.
Elle n'avait pas pu s'en empêcher de dire ça. Les mots étaient sortis tout seuls, portés par l'excitation et le désir.
Véronique sentit l'orgasme approcher rapidement maintenant. Ses cuisses tremblaient légèrement, son ventre se contractait par vagues régulières.
Elle enleva ses doigts de son vagin luisant et les porta à sa bouche pour les sucer lentement tout en continuant à frotter le vibromasseur contre son clitoris hypersensible.
Le goût de sa propre cyprine sur la langue accentua encore plus son excitation. Elle gémit plus fort, se cambrant dans le fauteuil comme une chatte en chaleur.
— Je vais, oh mon Dieu, je vais jouir ! cria-t-elle en renversant complètement la tête en arrière alors que les spasmes de l'orgasme la submergeaient avec violence.
Son corps se raidit pendant plusieurs secondes avant d'être parcouru par des tremblements convulsifs. Véronique serrait si fort les accoudoirs du fauteuil que ses jointures blanchissaient sous la pression.
Le vibromasseur continuait à bourdonner contre son clitoris, prolongeant l'orgasme jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus.
Elle resta ainsi durant plusieurs minutes, haletante et trempée de sueur malgré le froid de la nuit, les cuisses toujours écartées pour offrir à Pierre une dernière vue de sa vulve ouverte.
Véronique se releva lentement du fauteuil en cuir marron avec des jambes qui tremblaient légèrement. Elle prit son peignoir noir en satin qui traînait par terre et l'enroula autour de son corps nu encore frémissant de plaisir.
Mais avant de partir vers sa chambre, elle alla une dernière fois devant la fenêtre pour regarder vers la demeure d'en face.
La petite veilleuse bleue était toujours allumée au premier étage. Pierre était encore là, elle le savait.
Elle sourit sensuellement malgré son épuisement avant de disparaître dans l'obscurité du couloir menant à sa chambre.
Dans son lit, Véronique resta éveillée pendant longtemps malgré la fatigue qui pesait sur ses membres. Elle repensait à chaque instant du spectacle qu'elle venait d'offrir, le regard invisible mais bien présent de Pierre braqué sur elle à travers ses jumelles, l'excitation intense qu'elle avait ressentie en se masturbant devant lui.
Véronique rentra chez elle après une journée interminable au bar, les pieds endoloris. Elle gara soigneusement la BYD.
Elle avait passé une nuit agitée pleine de rêves érotiques où le jeune homme du premier étage d'en face jouait le premier rôle. Elle s'était réveillée plusieurs fois la main entre les cuisses, trempée d'excitation rien qu'en pensant à lui.
Elle sonna chez Pierre
— Oh ! Véronique, bonsoir, balbutia-t-il en rougissant violemment comme d'habitude dès qu'il la voyait. Votre voiture est réparée.
— Je voulais vous remercier encore une fois pour tout, l'interrompit-elle avec un sourire chaleureux. La voiture, les réparations. Vous êtes vraiment très gentil.
Pierre rougit encore plus fort si c'était possible et baissa les yeux vers le sol comme un adolescent timide.
Véronique hésita une seconde avant de se lancer :
— Écoutez Pierre, dit-elle en se lançant enfin, accepteriez-vous de dîner avec moi ce soir ? Pour me permettre de vous remercier comme il se doit ? Je sais cuisiner et...
— Avec plaisir ! s'exclama-t-il trop vite avant de se reprendre. Enfin, si ça ne vous dérange pas que nous mangions chez moi plutôt que chez vous ? Ma cuisine est plus grande et mieux équipée, je pense que votre logement doit être un peu étroit pour… je ne voudrais pas violer votre intimité, continua-t-il en balbutiant.
Il s'interrompit en rougissant violemment, réalisant qu'il venait de faire allusion au fait qu'elle n'était peut-être pas très riche alors qu'il habitait dans une grande maison avec jardin.
Mais Véronique sourit simplement,
— D'accord pour chez vous alors. À quelle heure ?
Pierre ouvrit la porte de sa demeure avec un sourire timide et fit entrer Véronique.
Elle franchit le seuil, s'arrêtant un instant pour admirer le vestibule spacieux aux murs en pierre apparente et au sol en parquet ancien qui étincelait sous la lumière douce des appliques murales.
L'intérieur était encore plus impressionnant que l'extérieur, un escalier en chêne massif montait vers les étages supérieurs, des tableaux modernes ornaient les murs, et une grande baie vitrée donnant sur le jardin illuminait toute la pièce d'une lumière douce et chaleureuse.
— C'est magnifique chez vous, dit Véronique en regardant autour d'elle avec admiration. Vous avez vraiment bon goût en décoration.
Pierre rougit modestement :
— Merci. Je n'y suis pour rien en fait. La maison était déjà meublée quand j'ai emménagé. Je n'ai pas changé grand-chose.
Ils passèrent dans la cuisine ouverte sur le salon où Pierre avait préparé un repas simple mais délicieux, des filets de saumon grillés avec une sauce citronnée, des légumes frais du marché et une salade verte aux noix et au chèvre.
— Vous avez fait tout ça vous-même ? demanda Véronique en s'asseyant à table avec admiration. C'est vraiment délicieux !
Pierre rougit de nouveau.
— J'aime cuisiner, c'est un hobby depuis l'adolescence. Quand on vit seul, il faut bien se débrouiller.
Ils mangèrent en discutant de tout et de rien, la pluie qui s'était arrêtée dans l'après-midi, les travaux prévus sur la route principale du quartier, les dernières nouvelles locales.
Mais Véronique brûlait d'envie de poser des questions plus personnelles à Pierre. Qui était-il réellement ? Que faisait-il comme travail pour pouvoir se permettre une maison comme celle-ci et une voiture électrique haut de gamme ?
Après le repas, Pierre proposa un café qu'elle accepta volontiers.
Assis dans son canapé en cuir beige face à la baie vitrée donnant sur le jardin obscur, ils continuèrent leur discussion tard dans la nuit.
Après les quelques verres partagés autour du repas, les confidences étaient venues facilement.
Elle avait fini par lui raconter son histoire, comment elle était passée du statut envié d'épouse d'un homme fortuné à celui de serveuse, quand il l'avait quittée pour une femme plus jeune. À quarante ans, se retrouver sans rien avait été une humiliation cuisante. Sans diplôme, elle s'était retrouvée dans ce travail qui ne la passionnait pas, répétitif et sans perspective.
Lui, en retour, lui avait confié les difficultés d'être surdoué. Il avait terminé ses études si jeune que son âge l'avait tenu à l'écart des relations avec ses contemporains, surtout les jeunes filles qu'il croisait. Aujourd'hui, il dirigeait sa propre société, domaine dans lequel il excellait vraiment, la blockchain, l'intelligence artificielle, les réseaux neuronaux. Quand il parlait de ces sujets, il devenait passionné et précis, expliquant comment on pouvait modéliser des comportements dans un espace à n dimensions.
Mais le terrain devenait glissant dès qu'il abordait les relations humaines. Les applications de rencontre avaient été une désillusion : soit son profil était totalement ignoré, soit il attirait des femmes intéressées uniquement par son argent. Intimidé, il avait fini par fuir ces rencontres.
Elle commençait à comprendre le problème. Il semblait si sûr de lui quand il évoquait ses passions techniques ou des choses concrètes, mais bafouillait et se montrait timide dès qu'il s'agissait de relations humaines. Elle se demanda s'il était toujours puceau. En tout cas, son expérience dans ce domaine devait être très limitée.
Deux solitudes qui se parlaient enfin, chacune avec ses blessures et ses failles.
— Et la Zeiss ? demanda Véronique innocemment, comme si elle posait une question sur le temps qu'il faisait. Je l'ai vue depuis chez moi, c'est un modèle professionnel, non ?
Pierre devint si rouge qu'on aurait dit une betterave :
— Euh… oui, je l'ai achetée pour un projet personnel, mais…
Il s'interrompit en réalisant qu'il venait d'admettre qu'il utilisait ses jumelles pour observer quelque chose de précis. Ou quelqu'un plutôt.
Véronique sourit légèrement sans insister :
— Pas de souci Pierre, je comprends tout à fait l'envie de regarder les étoiles ou les oiseaux avec un tel équipement. Moi aussi j'aurais aimé avoir des passe-temps plus nobles que le service au bar.
Véronique rentra chez elle légèrement éméchée après cette soirée tardive en compagnie de Pierre. Mais malgré la fatigue et l'alcool qui lui donnait un léger mal de tête, elle ne regrettait rien.
Elle restait pensive, allongée dans son lit, repensant à chaque instant passé avec ce jeune homme complexé, à sa timidité touchante, à ses rougeurs embarrassées lorsqu'elle lui adressait des compliments indirects.
Et, pour la première fois depuis longtemps, elle ne se sentait plus invisible.
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Photo de profil de Pasc973
Pasc973
20 août 2026 à 17:47
Trop cool le rapprochement. De belles perspectives à venir...
Soyez respectueux
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Domat_75015
5 juillet 2026 à 15:57
Excellent!
Merci
hate de découvrir la suite...
Arnaud
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de hpassage
hpassage
5 juillet 2026 à 15:42
J'aime beaucoup, vraiment beaucoup.
Les émotions sont bien décrites, l'histoire est touchante, ça fait du bien de lire un tel récit.
Merci

Pour la BYD : en effet c'est une bonne voiture. Néanmoins, attention, en achetant chinois, on va tuer l'industrie française, ce qui fera moins d'argent dans les caisses de retraite, de sécurité sociale, etc...
Soyez respectueux
Répondre

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