Sous l’emprise du désir
Galaxie rouge
Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sous l’emprise du désir — Chapitre 3 · Le premier contact
34 minutes
5.6k
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Galaxie rouge
Histoires publiées
161
Abonnés
168
J'aime cumulés
26.2k
Sous l’emprise du désir
Chapitre 3 · Le premier contact
Note de l'auteur
Résumé du chapitre précédent :
Après une soirée douce et légèrement moqueuse en compagnie de son amie Nathalie, Séverine s'amuse à rédiger des annonces fantasques pour recruter un jardinier. Entre humour, dérision et sensualité assumée, elle laisse finalement place au sérieux et poste une annonce plus classique. Le lendemain, elle découvre plusieurs réponses, dont certaines franchement absurdes, mais une attire son attention : celle de Kévin, un jeune étudiant de 18 ans, poli, simple et respectueux. Séduite par sa présentation soignée et son ton posé, elle accepte de le rencontrer. Le rendez-vous est fixé pour mardi matin, à 9h, autour d'un café. Un premier pas vers l'inconnu, teinté d'excitation et de curiosité. /auteur]
Le matin s'installe sur le quartier encore endormi. La lumière du jour s'infiltre lentement à travers les voilages de la cuisine. Dans le silence, Séverine émerge. Pieds nus, les cheveux en bataille, elle se déplace sur le carrelage encore frais. Elle porte un pyjama court en satin bleu nuit, rehaussé de détails en dentelle qui souligne ses épaules et l'arrondit de ses hanches. Confortable, élégant, légèrement suggestif à son image.
Elle allume la machine à café, attend que le parfum familier remplisse la pièce. Son regard flâne par la fenêtre. Dehors, le jardin semble encore dormir. L'humidité du matin donne aux feuilles un éclat particulier. Elle songe à l'entretien prévu dans une heure. Un jeune étudiant de dix-huit ans. Elle l'a choisi parmi les messages parfois ridicules qu'elle a reçus après avoir posté son annonce.
Elle soupire en pensant à la réponse d'un certain Éric, qui s'était cru sur un site de rencontre, ou à Élodie et son ton militaire. Mais Kévin... il avait écrit simplement, sans fioritures, avec justesse. Quelque chose dans sa façon de s'exprimer lui avait donné envie d'en savoir plus.
Son téléphone vibre. Nathalie. Évidemment.
— Salut, ma belle, tu es déjà debout ?
— J'ai un café en main, donc oui. Presque humaine.
— Alors ? Tu t'es décidée ? Dis-moi que tu vas enfin voir ton Tarzan ?
Séverine rit doucement.
— Non. Pas un Tarzan. Un « Tarzounet ».
— Un quoi ?!
— Un gars de dix-huit ans. Il arrive à neuf heures.
Un blanc. Puis une explosion de rires.
— Attends, quoi ?! Tu étais en mode célibataire désabusée hier soir et ce matin, tu me balances que tu as un rendez-vous avec un lycéen ?!
— Il est en BTS, pas en terminale. Et ce n'est pas un rendez-vous. Juste une prise de contact pour du jardinage.
— Bien sûr. Et moi, je suis sœur Marie-Jeanne. Tu fais dans le détournement de mineur maintenant ?
— Arrête. Peut-être qu'il est fluet, pas très débrouillard, et que je vais vite le raccompagner.
— Ou peut-être qu'il est bâti comme un dieu grec et qu'il sait manier autre chose que le taille-haie... Bon, tu mets quoi pour l'accueillir ? Une robe d'avocat pour préparer ta défense ou une tunique de maîtresse d'école sans rien dessous, évidemment ?
— Vous êtes formidables, les copines. Quand je n'ai besoin de rien, je sais vers qui me tourner.
— Exactement. Allez, je raccroche. Mais tu me racontes TOUT. Même les détails les plus juteux. Surtout ceux-là. Bisous !
Séverine secoue la tête, amusée, en reposant son téléphone. Elle est incorrigible. Mais elle me fait du bien.
Elle monte se préparer. Dans sa chambre, elle laisse tomber le pyjama. L'air un peu plus frais lui fait du bien. Elle choisit une tenue classique, mais qui souligne ses formes sans trop en faire : une jupe crayon bleu marine, un chemisier blanc légèrement satiné, entrouvert juste assez pour laisser deviner le haut de sa poitrine. Elle glisse ses bras dans une veste assortie, ajuste un collier discret. Ses bas sont fins, à peine perceptibles.
Elle se regarde dans le miroir. Impeccable, mais pas rigide. Féminine, sans excès. Elle redescend, range quelques objets, replace un coussin, ramasse un livre abandonné. De petites gestuelles pour faire passer l'impatience.
9 h 02. Le carillon de la porte d'entrée résonne. Elle sursaute légèrement, lisse sa jupe du plat de la main, et va ouvrir.
Kévin se tient devant elle. Il est plus grand qu'elle ne l'avait imaginé. Son jean foncé est simple, mais bien coupé. Sa chemise bleu ciel est soigneusement repassée. Il a un air sérieux, un peu raide, les cheveux coiffés rapidement, mais proprement. Il la regarde droit dans les yeux.
— Bonjour, madame Lemoine, je suis Kévin.
— Bonjour Kévin. Et... s'il te plaît, pas de "madame". Tu vas me donner des rides.
Il sourit avec une légère gène.
— Oh, pardon. Séverine alors.
Elle l'observe discrètement en le faisant entrer. Il a une démarche un peu timide, mais son corps parle autrement. Il est musclé, sans excès, une carrure solide, des épaules naturellement larges. Il semble à la fois jeune... et déjà adulte.
— Viens, je t'offre un café. On sera mieux pour discuter.
Il s'installe à l'îlot central, un peu raide. Elle lui tend une tasse, s'assoit face à lui. Son regard est clair, sérieux. Il tient sa tasse à deux mains, comme s'il ne voulait pas la faire tomber.
— Alors, dis-moi, qu'est-ce que tu sais faire ?
Il déroule calmement : tonte, taille de haie, désherbage, remise en état de potager, entretien des arbres fruitiers, nettoyage des allées, petites réparations.
Elle lui adresse un petit sourire, curieuse. Un instant de flottement passe, puis elle reprend doucement :
— Tu habites loin, Kévin ?
— Non, pas du tout. Je vis chez mes parents, avec ma sœur. Rue du Lavoir.
Elle hausse légèrement les sourcils.
— Ah oui, je connais. Dix minutes à pied d'ici, à peine.
Elle le dévisage un instant, puis, l'air malicieux :
— Et dis-moi... un beau garçon comme toi, tu n'as pas une petite amie ? Tu dois faire des ravages.
Kévin fait une pause, porte sa tasse à ses lèvres, visiblement gêné. Ses joues rosissent, ses yeux fuient les siens. Séverine le sent se refermer légèrement.
J'ai dû toucher une corde sensible... Peut-être qu'il sort d'une histoire compliquée, ou... peut-être qu'il est encore vierge ? Oh, arrête Séverine, ça ne te regarde pas.
Pour lui offrir une échappatoire, elle change de ton, légère :
— Allez, sers-toi. Prends un croissant. Peut-être que tu n'as pas encore déjeuné ??
Kévin attrape l'occasion avec soulagement.
— Merci, mais si, j'ai couru ce matin vers 7 h. Et en rentrant, j'ai pris un bon petit-déj. Mais je ne dis jamais non à un croissant en plus.
Il mord dedans avec enthousiasme. Séverine le regarde, amusée, mais un peu troublée aussi. Il est jeune, oui. Mais il est là. Et quelque chose en lui éveille en elle une part qu'elle croyait en sommeil.
Il sourit. Elle aussi. Il y a un flottement. Elle reprend :
— On finit notre café, et je te fais le tour du propriétaire ?
— Oui, volontiers.
Ils se lèvent. Séverine se dirige d'abord vers la porte d'entrée, puis se ravise brusquement. Elle opère un demi-tour. Mais elle se retrouve nez à nez avec lui. Littéralement.
Elle pose une main à plat sur son torse pour éviter le choc, l'autre vient instinctivement saisir son poignet. Son ventre épouse déjà le sien, sa poitrine effleure son torse. Un couple prêt à s'embrasser ne serait pas plus proche.
Son regard glisse sur ce torse qu'elle sent ferme sous sa main. Puis elle lève les yeux vers ceux de Kévin. Il ne bouge pas. Elle, sent monter un trouble. L'envie de poser ses lèvres sur les siennes la traverse brusquement. Elle panique. Il faut qu'elle pense à autre chose. Mais elle n'y arrive pas.
Ses doigts quittent doucement son poignet pour venir se poser sur sa joue. Elle sent la douceur de sa peau sous son pouce. Ce contact la bouleverse davantage. Elle vacille intérieurement, affolée.
Elle s'échappe en saisissant un prétexte :
— Tu as... une miette de croissant, là. Juste là.
Et du bout du pouce, elle frotte l'angle de ses lèvres. Une caresse. Un souffle.
Puis elle recule d'un pas, force un sourire :
— On va éviter l'accident de travail. Ça ferait désordre.
Kévin acquiesce en silence, mais en lui, tout vacille. Il baisse légèrement les yeux, incapable de soutenir plus longtemps son regard. Il est troublé au plus haut point. Il aurait voulu dire quelque chose, n'importe quoi, mais aucun mot ne vient. Ce contact, cette proximité, cette main douce et chaude sur sa joue… c'était une brûlure magique. Il aurait voulu qu'elle ne la retire jamais.
Elle perçoit ce trouble, cette tension à fleur de peau, mais choisit de ne pas insister. Elle recule, il reste immobile une seconde, comme suspendu.
Puis ils sortent dans le jardin. Le soleil filtre à travers les branches, la lumière caresse les feuillages. L'air est doux. Vivant.
— Voilà le verger. Trois pommiers, deux cerisiers et un prunier. J'ai tout laissé à l'abandon après ma chute. J'ai honte, mais c'est comme ça.
— La chute ?
Séverine se tourne vers lui, légèrement surprise par sa question. Elle hoche la tête.
— Oui... je suis tombée d'un escabeau, en voulant tailler une branche. Fracture du bras droit. Deux mois de plâtre, d'immobilité... et de jardin à l'abandon.
Kévin fronce légèrement les sourcils, son regard s'adoucit.
— Et vous allez mieux ? Vous souffrez encore ?
Elle le fixe un instant, étonnée par cette marque d'attention si naturelle, si sincère venant d'un garçon de son âge.
— Le médecin m'a dit de ne pas trop forcer pour l'instant. Je dois y aller doucement encore quelques semaines.
Un court silence s'installe. Séverine sent son cœur se serrer un peu. Ce n'est pas grand-chose, mais cette sollicitude inattendue la touche plus qu'elle ne l'aurait cru.
Il observe, analyse, silencieux. Elle continue à parler. Le cabanon, le potager, les bordures à reprendre, les haies à tailler. Elle parle, lui écoute. Il prend des notes discrètes sur son téléphone.
Elle l'observe avec attention. Chaque mouvement de son corps semble maîtrisé, fluide, presque instinctif. Il a une manière calme d'évoluer dans l'espace, comme s'il avait appris très tôt à ne pas prendre trop de place, à ne pas déranger. Pas de gestes inutiles, pas d'agitation. Une assurance tranquille, naturelle. Et ce corps... solide, tendu, athlétique, jeune, sans la prétention de l'exhibition.
Elle se surprend à imaginer ses bras nus sous la chemise, la ligne de ses épaules en plein effort, la manière dont ses muscles se contracteraient en soulevant un sac de terreau. Elle sent une vague de chaleur naître dans son bas-ventre, vite contenu. Elle se mord l'intérieur de la joue, une lueur de malice dans les yeux.
Nathalie serait déjà en train de me sermonner. Elle me dirait que j'ai besoin d'un jardinier, pas d'un fantasme. Mais bon... je n'ai jamais prétendu être une sainte.
Ils font le tour complet. De retour à l'avant de la maison, elle s'arrête.
— Alors ?
— J'aime bien. C'est calme ici. J'aime ça.
— Ah oui ? Je vous avoue que, vu la façon dont vous parliez du jardin, je m'attendais à devoir traverser une jungle amazonienne... Finalement, c'est juste une remise en état plutôt classique.
Séverine le fixe, un peu surprise. Ce jeune homme ne semble pas effrayé par la tâche ni intimidé par le lieu. Il parle posément, avec un naturel déroutant.
— Tu as l'air de prendre ça à la légère. Pas mal de gars de ton âge auraient reculé rien qu'en voyant le cabanon.
— Je sais ce que je fais. Et j'aime le travail bien fait.
Elle hoche la tête, impressionnée malgré elle. Il ne fanfaronne pas, il constate. Elle sent grandir en elle une forme de confiance.
— On fait affaire, alors ?
— Avec plaisir. Je peux commencer demain matin, si vous voulez.
— C'est quoi, "matin" pour toi ?
— 7 h.
Elle éclate de rire.
— Non ! Mes voisins vont m'attaquer en justice. 9 h, c'est très bien.
Elle lui tend la main.
— Dans les westerns, on scelle les accords comme ça.
— Ah... je n'avais pas la référence. Désolé.
Il lui serre la main, fermement. Elle garde la sienne un peu plus longtemps, plonge son regard dans le sien. Un silence s'installe. Pas lourd. Plutôt doux.
— Alors, à demain, cowboy.
Il sourit, salue, puis sort par le portillon.
— Bonne journée, mad... Séverine.
Séverine rentre en trottinant vers sa maison, un sourire éclatant accroché aux lèvres. Le cœur léger, elle se sent étonnamment heureuse de cette petite visite. Elle a adoré ce moment simple, cette conversation presque banale, mais étrangement vivifiante. Même s'il faut lui arracher les mots, Kévin est calme, posé, attentif. Il a même repris certains détails sur les tâches évoquées, afin de s'assurer d'avoir bien compris.
Elle pousse la porte d'entrée, son visage encore illuminé par cette énergie nouvelle. Mais alors qu'elle referme doucement derrière elle, une ombre traverse ses traits. Cette douceur, cette écoute... ça change de certains hommes. De ceux qui ont traversé sa vie sans jamais vraiment y rester.
Elle retire sa veste, avance vers le salon, s'assoit face à la fenêtre. Le jardin semble déjà plus vivant. Comme si sa propre énergie venait de le réveiller un peu.
Elle murmure, à peine audible :
— Tu fais bonne impression, Tarzounet... .
Le jour vient à peine de se lever lorsque Séverine ouvre les yeux, bercée par les premières lueurs de l'aube qui filtrent à travers les stores de sa chambre. Elle s'étire paresseusement sous la couette encore tiède, laissant le silence matinal s'imposer en douceur.
Aujourd'hui, elle le sait, n'est pas un jour comme les autres : Kévin commence son travail dans le jardin. L'idée même de le revoir lui crée un léger trouble. Il y a en elle une excitation discrète, mêlée d'un soupçon d'appréhension. Elle n'ose pas trop y réfléchir, préférant mettre ça sur le compte de la nouveauté.
Encore vêtue de son petit haut léger et de son short de pyjama, elle descend à la cuisine, les pieds nus sur le carrelage froid. Elle se prépare un café bien serré, qu'elle emporte sur la terrasse. L'air du matin est doux, presque moite déjà. Elle s'installe dans un fauteuil en rotin, les jambes repliées contre elle, et observe le jardin encore plongé dans la fraîcheur. Les premiers chants d'oiseaux s'élèvent dans le silence, les feuillages frémissent à peine. Elle ferme les yeux un instant, savourant la paix du moment.
Au bout de quelques minutes, elle consulte son téléphone pour vérifier l'heure. Il est temps de se préparer. Elle remonte dans sa chambre, ouvre son armoire en grand, se tient devant, indécise. Elle ne sait pas ce qu'elle veut porter. Rien ne lui semble vraiment adéquat. Après quelques secondes de réflexion, elle abandonne et se dirige vers la salle de bain.
Sous la douche, elle laisse l'eau chaude couler sur son corps encore engourdi. Les gouttes dévalent le long de sa nuque, de son dos, glissent sur ses hanches, ses cuisses. Elle ferme les yeux, accueillent les sensations, le contact de l'eau sur sa peau nue. C'est agréable, presque apaisant.
Face au miroir embué, elle se contemple. Les perles d'eau tracent des sillons sur sa poitrine, son ventre. Elle fronce légèrement les sourcils. Elle se demande si elle plaît encore, si elle peut encore séduire. Ce n'est pas tant une question d'âge, elle le sait. Non, c'est une question de confiance. Une confiance qu'un homme, un seul, a su fissurer profondément.
Elle sèche sa peau, hydrate son corps, puis choisit une robe d'été légère, à fleurs, qui épouse ses formes sans trop en montrer. Un peu de parfum derrière les oreilles, une touche de mascara. Elle relève ses cheveux à l'aide d'une barrette, laissant deux mèches libres encadrer son visage.
À peine a-t-elle fini de ranger sa trousse de maquillage que la sonnette retentit. Il est 9 h 2. Pile à l'heure. Elle descend ouvrir la porte.
Kévin se tient là, calme, concentré. Il porte un tee-shirt simple, un jean, une casquette sur la tête, et un sac contenant ses outils. Il lui sourit avec une discrète assurance.
— Salut Kévin ! Entre, tu veux un café avant de te mettre au travail ?
— Avec plaisir, merci !
Ils s'installent dans la véranda, chacun avec une tasse fumante entre les mains. Kévin semble à l'aise, mais réservé. Elle, se sent légèrement nerveuse, troublée par cette présence encore si jeune, mais qui dégage déjà quelque chose de rassurant, de solide.
— Tu vas commencer par quoi ? demande-t-elle pour rompre le silence.
— D'abord, je vais ramasser toutes les branches au sol. Ensuite, je m'occuperai de la tonte. L'herbe a pris ses aises, apparemment.
— Si tu as besoin de moi, je suis dans la véranda. N'hésite pas.
— D'accord, merci.
Il se met au travail. Depuis l'intérieur, elle l'observe à travers la baie vitrée. Il soulève les branches avec facilité, ses gestes sont précis, méthodiques. Le tee-shirt colle un peu à sa peau, il commence à transpirer. Elle détourne les yeux, reprend son ordinateur portable et tente de se replonger dans son télétravail, sans grand succès.
Vers onze heures, elle décide de lui préparer une citronnade bien fraîche. Elle en verse deux grands verres, sort sur la terrasse et lui tend l'un d'eux.
— Fais une pause, tu veux ? Il fait vraiment lourd ce matin.
— Merci. Oui, je sens que l'orage ne va pas tarder. Peut-être ce soir, ou dans la nuit.
Ils échangent encore quelques mots. Rien de bien personnel, mais elle aime bien ce moment. Elle le sent à l'aise, mais concentré. Sérieux.
Une dizaine de minutes plus tard, elle revient dehors. Elle a changé de tenue. Cette fois, elle porte un short en jean, un t-shirt rose un peu moulant, une paire de gants de jardinages assortie, et des sandales ouvertes. Elle s'avance vers lui, un sourire aux lèvres.
— J'ai un dossier qui n'avance pas et je n'arrive pas à me concentrer. Je vais m'aérer un peu en t'aidant.
Elle commence à ramasser une branche tombée au sol. À peine s'est-elle penchée que la voix de Kévin, plus ferme, s'élève.
— Attention, Séverine ! Hier, vous m'avez dit que le médecin vous avait conseillé de ne pas forcer.
Elle se redresse lentement, un peu surprise. Elle le regarde en silence. Il n'a pas haussé le ton. Il n'a pas donné d'ordre. Il s'est simplement inquiété. Elle sent une boule douce se former au creux de sa poitrine.
— Je m'occupe des plus grosses, reprend-il. Si vous souhaitez m'aider, concentrez-vous sur les plus petites, ce sera déjà beaucoup.
Elle reste figée un instant. Ce garçon... Il ne la connaît presque pas, et pourtant il veille sur elle. Sans arrogance. Sans la prendre de haut. Cette délicatesse inattendue la touche plus qu'elle ne veut bien se l'avouer. Elle détourne les yeux, avale un battement de cœur trop fort.
— Séverine ? Ça va ?
Elle se reprend, sourit doucement.
— Oui, pardon. Je pensais à un dossier. Merci Kévin.
Le reste de la matinée passe dans une atmosphère de travail paisible. Ils échangent quelques mots, parfois un regard. Un rythme s'installe. Une routine à deux, fluide, presque naturelle.
Vers midi, elle dépose ses gants, s'essuie les mains sur un torchon et l'appelle :
— Allez, jeune homme, il est temps de manger. Passe par la cuisine tout a l'heure, pour un café.
— Avec plaisir. À tout à l'heure, Séverine.
Elle le regarde s'éloigner par le petit portillon qui donne sur la ruelle. Un sourire étire doucement ses lèvres. Quelque chose en elle est plus léger. Elle se sent bien, presque grisée.
En milieu d'après-midi, le ciel s'assombrit en quelques minutes, comme si une main invisible avait tiré un drap d'ardoise sur la maison. Dans la véranda, Séverine observe les arbres du jardin qui commencent à plier sous les rafales soudaines. Le vent s'engouffre en gémissant à travers les feuillages, et l'air prend une odeur métallique, chargée d'électricité.
Elle sort sur le pas de la véranda, pieds nus sur les lattes de bois. Ses cheveux volent dans tous les sens, fouettés par les bourrasques soudaines. Le vent s'engouffre sous son t-shirt rose qui se soulève, se replie par moments jusqu'à dévoiler presque entièrement sa poitrine, avant de retomber contre sa peau. Son short en jean dévoile ses longues jambes hâlées. Elle scrute le jardin, les yeux plissés, le cœur battant plus vite qu'elle ne le voudrait.
— Kévin ! crie-t-elle contre le vent. Rentre vite !
Il n'entend pas tout de suite. Il est accroupi près du massif d'hortensias, absorbé, une main dans la terre. Elle avance de deux pas, sent les premières gouttes, grosses, lourdes, qui éclatent sur ses bras nus.
— Kévin ! répète-t-elle, plus fort, la main en visière.
Il se redresse enfin, surpris par la pluie soudaine. Il lève les yeux. Un éclair lacère le ciel, aussitôt suivi d'un grondement profond, presque animal. Le jardin est balayé d'une lumière blanche et irréelle.
Kévin court. Il bondit à travers la pelouse détrempée. La pluie le martèle déjà, son t-shirt devient une seconde peau, plaqué sur son torse. Le bermuda lui colle aux cuisses. Lorsqu'il atteint la véranda, il est trempé jusqu'aux os.
Séverine recule précipitamment dans la pièce, chassée elle aussi par la pluie battante. Kévin entre à sa suite, essoufflé, dégoulinant. Une flaque commence déjà à se former sous ses pieds.
Elle le regarde. Elle ne dit rien, pas tout de suite. Le silence se fait, malgré le tumulte dehors. Ses yeux glissent sur lui, s'attardent, hésitent. Un trouble inattendu lui traverse le ventre. Le tissu mouillé souligne chaque muscle de ses bras, le dessin de ses pectoraux, la ligne de ses abdominaux qu'elle devine sous le coton sombre.
Elle sent une chaleur diffuse lui monter au creux de la poitrine. Ses cheveux dégoulinent, quelques gouttes roulent sur sa nuque, descendent lentement le long de sa gorge, et elle se surprend à suivre leur tracé des yeux, les lèvres entrouvertes.
Elle ressent, dans son ventre, une contraction sourde.
— Tu vas attraper la mort comme ça, dit-elle doucement. Ne bouge pas, je vais chercher de quoi te changer.
Elle disparaît, laissant derrière elle l'empreinte de son trouble. Dans le couloir, elle inspire profondément. C'est un homme en devenir. Et son corps le proclame.
Dans sa chambre, elle ouvre son dressing, fouille, tire des piles de vêtements. Tout est trop féminin. Jupes, chemisiers, robes... Elle soupire, passe en revue une série de tops trop moulants, des jeans taille basse, puis tombe sur un string en dentelle rouge qu'elle soulève du bout des doigts avec un rictus amusé.
— Bon, si je lui file ça, il va croire que je le drague pour de bon, murmure-t-elle en riant toute seule.
Elle repousse une nuisette satinée, des collants résille, une brassière en dentelle noire. Rien de tout cela ne peut convenir. Elle finit par extraire un pantalon de jogging, un t-shirt beaucoup trop large pour elle et décoré d'un ours rose, et… une culotte en coton blanc, celle qu'elle utilise parfois durant ses règles, ornée d'un petit nœud rose.
Elle la regarde un instant, lève un sourcil.
— S'il accepte ça… c'est qu'il est fou de moi, pense-t-elle, mi-amusée, mi-incrédule.
Puis elle fronce légèrement les sourcils.
— J'espère juste qu'il ne va pas croire que je me moque. Je n'ai que ça à lui donner, après tout…
Elle rassemble les vêtements contre elle et se dirige vers la véranda, entre le rire et l'embarras, espérant qu'il comprendra.
Elle revient, les bras chargés, un sourire un peu crispé aux lèvres.
— Bon… je te demande de ne pas m'en vouloir, hein. J'ai fait ce que j'ai pu. Sinon, c'était une robe ou une jupe… et je ne suis pas sûre que ce soit ton style, dit-elle avec un petit sourire taquin en tendant le tas de vêtements.
Elle soulève la culotte blanche du bout des doigts, son regard pétillant.
— Et celle-là c'est… Je ne vais pas te faire un dessin…
Elle rit doucement, un peu gênée quand même, puis hausse les épaules.
— Franchement, sinon, j'avais quoi ? Des strings, un tanga léopard, une culotte en dentelle rouge, et un shorty en satin noir… Pas sûr que ce soit ton style à porter. Tu préfères peut-être les voir sur une femme ? Petit coquin, va.
Kévin rougit aussitôt, baisse un peu les yeux tout en prenant les vêtements, un sourire timide au coin des lèvres.
Il prend les vêtements, rougissant légèrement.
— Merci… c'est très gentil à vous.
— Et tu continues de me vouvoyer ? On dirait un enfant bien élevé. Détends-toi, Kévin. Je ne vais pas te manger. Pas aujourd'hui, plaisante-t-elle avec un sourire en coin.
Elle le regarde s'éloigner, un peu courbée, ses vêtements trempés dessinant toujours ce corps qu'elle a du mal à ne pas détailler. Il pousse la porte de la salle de bain. Elle claque doucement, sans se fermer entièrement.
Dans le couloir de l'entrée, elle s'apprête à opérer un demi-tour pour se rendre dans la cuisine, mais un grondement de tonnerre la fait sursauter. Un autre éclair zèbre le ciel. Et dans la lumière éphémère, la porte entrebâillée de la salle de bain lui offre un aperçu furtif. Trop furtif pour qu'elle détourne aussitôt le regard.
Kévin est nu. Il s'essuie lentement le torse avec une serviette blanche, dos à elle, ses muscles encore brillants d'humidité. La lumière des éclairs découpe son corps en éclats de marbre vivant. Il se tourne ensuite vers le miroir. Et là, dans le reflet, Séverine voit tout. Son torse glabre, légèrement frémissant, son ventre plat qui se creuse à chaque respiration… et plus bas, son sexe, naturel, sans gêne, pleinement masculin.
Son regard s'y accroche. Il y a d'abord la surprise, l'impossibilité de détourner les yeux. Puis une vague. Une chaleur liquide, presque douloureuse. Ce sexe qu'elle découvre dans toute sa nudité, sans la moindre gêne, réveille en elle un désir brut, fulgurant. Elle remarque, troublée, qu'il se rase le pubis un détail intime, presque insolent, qui l'électrise davantage.
Chaque centimètre de ce corps juvénile irradie une sensualité crue, désarmante. Le reflet vacille au rythme des éclairs, puis disparaît brièvement dans l'obscurité, ne laissant qu'une silhouette, une tension, une absence.
Elle cherche son regard dans le miroir, mais ce sont ses reins, son sexe, cette masculinité exposée qui happent son attention. Son ventre se serre, une chaleur sourde remonte jusqu'à sa gorge, pulse entre ses cuisses. Sa bouche s'ouvre légèrement. Elle a chaud. Elle a envie. Et elle sait que ce désir, là, ne se dissipera pas facilement.
Elle ne bouge pas. Elle contemple. Elle désire.
Elle porte une main sur sa bouche, puis descend lentement vers son ventre. Elle reconnaît aussitôt ce trouble qui monte en elle, cette chaleur brûlante qui s'insinue et l'enveloppe, ce chatouillement exquis qui pulse à son entrejambe. Elle sait exactement ce que c'est. Elle ne devrait pas le regarder. Elle se le dit. Mais elle ne peut pas détourner les yeux.
Chaque éclair illumine ce corps, ce sexe d'homme dans son plus simple appareil, avec une intensité presque irréelle. Il se rase, visiblement détail troublant, presque intime, qui la désarme un peu plus. Puis l'éclair disparaît, et le reflet s'efface, laissant l'ombre, le mystère. Ce jeu d'apparition et de disparition donne au spectacle une force nouvelle, comme si chaque éclat volé à la nuit nourrissait davantage son désir.
Elle recule, brusquement. Dans la cuisine, elle s'adosse au plan de travail, le cœur battant, les tempes bourdonnantes. Elle a regardé. Oui. Et ce n'est pas tant la vision de ce corps nu qui l'ébranle, mais l'intensité du trouble qu'elle ressent. Ce n'est plus de la curiosité, c'est un élan, une faim ancienne qu'elle croyait enfouie. Son sexe d'homme, dans cette lumière vacillante, l'a frappée de plein fouet, réveillant un désir brut, profond, impossible à ignorer. Elle a senti son bas-ventre s'embraser, son corps se tendre, son souffle se suspendre. Elle a aimé cette vision, terriblement. Elle l'a ressentie jusqu'au fond de sa chair.
Elle se parle à elle-même, à voix basse.
— Ce n'est qu'un garçon… Un garçon. Tu perds la tête.
Mais elle sait. Elle connaît ces signes. Cette chaleur. Cette impatience. Cette tension entre ses jambes qui ne veut pas s'éteindre.
Une toux discrète la fait sursauter.
Kévin est là. Dans l'encadrement de la porte. Le jogging, bien trop petit pour lui, lui arrive à mi-mollet et moule ses jambes comme un legging. La fine culotte blanche dépasse de plusieurs centimètres au niveau de la taille, son petit nœud rose bien visible, contrastant avec la tension discrète de ses muscles. Le t-shirt glisse sur son épaule, dévoilant une clavicule saillante.
Mais ce qui frappe Séverine, c'est ce paquet bien dessiné à l'avant du jogging, impossible à ignorer. Son regard s'y attarde une seconde de trop, et une pensée la traverse, fulgurante : "Mince... là, c'est carrément moule-boules poutre apparente."
Elle éclate de rire. Enfin, elle s'y autorise.
— Mon Dieu, on dirait que je t'ai habillé pour un goûter d'anniversaire.
Il sourit, gêné, mais joue le jeu.
— J'ai connu plus viril… mais au moins, c'est sec.
— Et propre, rétorque-t-elle, espiègle. Ne bouge pas, je te prends en photo.
— Pitié non, répond-il en riant.
Elle le regarde un peu trop longtemps. Son trouble est toujours là, tapi derrière l'humour. Elle détourne le regard vers la fenêtre.
— Il pleut encore plus fort. L'orage s'est éloigné, mais… on dirait une mousson.
Il suit son regard. La pluie ruisselle sur les vitres. Dehors, la nuit est tombée, lourde et dense.
— Tu ne vas pas rentrer comme ça ?
— Je… je crois que non. Pas sans canoë.
Elle sourit.
— Reste ici. Il y a une chambre d'amis. On verra demain matin.
Il hésite, puis acquiesce.
— Merci… vraiment.
La soirée s'étire tranquillement. Un thé partagé dans la cuisine pour se réchauffer, leurs mains entourant les tasses encore fumantes. La pluie tambourine contre les vitres. Ils échangent quelques banalités, comme pour masquer le battement d'ailes du désir qui continue de palpiter en silence.
Plus tard, elle prépare un repas simple. Kévin propose de mettre la table, puis de la débarrasser. À chaque fois qu'il se penche, que le tissu trop moulant du jogging se tend sur ses cuisses, Séverine ne peut s'empêcher d'éclater de rire. Un rire cristallin, un peu nerveux, qu'elle tente de retenir, mais qui lui échappe malgré elle.
— Pardon, Kévin… vraiment. Je suis désolée, c'est juste… cette tenue… tu es irrésistible, dit-elle en riant de bon cœur, une main sur la bouche.
Il sourit, joue le jeu avec élégance, mais à la fin du repas, il lui lance avec une pointe de malice dans la voix :
— Je me vengerai un jour, vous savez…
Elle le regarde, un sourcil levé, mi-espiègle, mi-sérieuse.
— Franchement, tu as ma permission. Et tu as raison, en plus. Je l'aurais mérité.
Un silence tendre. Séverine s'attarde dans le couloir, juste devant la salle de bain du bas — cet endroit précis où, quelques heures plus tôt, elle avait posé sa main sur son torse, puis sur sa joue. Le souvenir lui revient avec une clarté déroutante. Elle se tourne vers lui, sa voix douce, presque timide :
— J'ai passé une très bonne soirée… en agréable compagnie. On se fait la bise avant de se coucher ?
Elle lève la tête, tend légèrement les lèvres. Kévin s'avance, hésitant, ne sachant s'il doit viser la joue droite ou la gauche. Il bouge rapidement la tête… et se retrouve contre sa bouche.
Leurs lèvres se frôlent. Séverine en profite pour pincer doucement sa lèvre supérieure, la caressant à peine de ses lèvres. Un geste infime, chargé d'une tension contenue. Kévin sursaute légèrement, se recule, surpris.
— Pardon… je… je ne voulais pas…
Séverine reste figer une fraction de seconde. En elle, c'est une onde de chaleur, une déflagration. Mais dans le même temps, le recul de Kévin lui laisse un goût amer. Comme une gifle douce. Mais qu'est-ce que tu croyais, Séverine ? Tu vas lui faire peur. Tu es trop vieille pour lui. Quelle idiote…
Elle détourne le regard, le cœur battant, honteuse de sa propre audace. Sans le regarder, presque murmurant :
— Bonne nuit, Kévin.
— Bonne nuit, Séverine.
Il referme la porte doucement.
Séverine remonte l'escalier, chaque marche grinçant sous ses pas, comme si la maison elle-même retenait son souffle. Une chaleur palpite encore entre ses cuisses. Dans sa chambre, elle défait lentement le bouton de son short, le fait glisser le long de ses hanches avec une langueur contenue. Le tissu humide s'échoue à ses pieds, suivi de son string noir de dentelle fine. Elle frissonne au contact de l'air sur sa peau nue, mais ce n'est pas le froid qui la saisit : c'est l'écho brûlant de ce qu'elle vient de vivre, de ce qu'elle a vu.
Elle attrape une chemise de nuit légère, presque transparente, dont la soie fraîche embrasse sa peau tendue. Elle l'enfile, mais son corps reste vibrant, comme accordé sur une fréquence plus aiguë. Ses seins, encore sensibles, se dessinent sous le tissu. Ses jambes se croisent, inconscientes. Elle ferme les yeux un instant. Revois ce sexe, cette nudité offerte par surprise, et ce regard à elle, qui ne veut plus s'éteindre. Elle est tendue comme une corde, et la mélodie du désir continue de vibrer, sourde et entêtante, au creux de son ventre.
Elle se glisse dans les draps, allume sa lampe de chevet. Regarde le plafond, mais son corps ne veut pas s'apaiser. Une tension palpite en elle, insistante, vibrante. Elle ferme les yeux. Revois l'éclair sur sa peau. Son dos. Son sexe. Et ce regard à elle, qu'elle ne parvient pas à détourner.
Sa main descend lentement le long de son ventre, glisse entre ses cuisses. Elle écarte doucement les jambes sous le drap. Un soupir discret lui échappe, les lèvres entrouvertes. Elle n'a pas ressenti ça depuis des années. Ce feu, cette nécessité. Ses doigts effleurent son sexe avec une délicatesse fébrile, redécouvrant une zone oubliée, mais vive, sensible. Elle gémit à peine, mord la couette pour étouffer le moindre son. Elle ne veut pas que Kévin l'entende, même s'il est loin, même s'il dort déjà.
Elle caresse ses seins à travers la chemise de nuit, les mamelons tendus sous le tissu glissant. Son bassin ondule lentement, sans qu'elle s'en rende compte, au rythme du souvenir : son sexe nu, la tension dans son pantalon, la vision fugace et obsédante de cette virilité offerte à la lumière des éclairs. Son plaisir monte, puissant, brûlant, incontrôlable. Elle mord plus fort, les yeux clos, le cœur au bord de l'explosion.
Et quand l'orgasme la traverse enfin, c'est comme une décharge, un cri silencieux à l'intérieur. Elle reste là, haletante, les doigts toujours posés sur sa peau moite de désir, les jambes tendues, les draps froissés. Elle est surprise de sentir cette liqueur tiède glisser entre ses cuisses, témoin éclatant de son plaisir ravivé. Cela la trouble encore davantage, comme un rappel tangible de ce qu'elle vient de vivre en secret, dans l'ombre brûlante de son propre corps.
Il est là. Sous son toit. Et elle vient de jouir en pensant à lui. Et elle l'a vu. Nu. Sans fard. Sans défense.
Elle sourit, à peine, les paupières lourdes.
Elle ferme les yeux. Revois l'éclair sur sa peau. Son dos. Son sexe. Et ce regard à elle, qu'elle ne parvient pas à détourner.
Dans la chambre d'amis, Kévin referme la porte derrière lui en silence. Il reste un instant immobile dans la pénombre, le dos appuyé contre le battant. Son cœur bat vite. Trop vite. Comme s'il venait de courir un sprint.
Il repense à ce baiser accidentel. À ses lèvres sur celles de Séverine. Au contact, doux, tremblant, et à ce pincement furtif qu'elle lui a offert comme un secret brûlant. Il n'a pas compris tout de suite. Il a reculé, pris de court, déboussolé. Il s'en veut déjà. Il aurait voulu… rester. Il aurait voulu prolonger, mais il ne savait pas. Il n'a pas su.
Il passe une main sur sa bouche, lentement, comme pour retrouver la trace du geste. Ses lèvres lui paraissent encore tièdes. Sa joue picote légèrement. Et dans sa poitrine, un mélange d'ivresse et de honte tourbillonne.
Il s'assied sur le lit sans même allumer, enfouit sa tête entre ses mains. Il sent encore la chaleur de son regard, la proximité de son corps, cette voix douce juste avant le basculement. Elle m'a embrassé… elle m'a vraiment embrassé.
Il s'allonge, sans se déshabiller. Fixe le plafond invisible. Le jogging de Séverine lui semble trop serré. Son corps tendu, inconfortable, nerveux. Mais surtout, il est troublé. Par elle. Par cette femme qui n'a rien à voir avec les filles de son âge. Qui rit différemment, qui le regarde comme personne ne l'a jamais regardé.
Il ferme les yeux. Et malgré le chaos dans son esprit, il revoit la scène. Son parfum. La douceur de ses lèvres. La chaleur de sa main. Et ce moment suspendu, juste avant qu'il ne rompe la magie.
Il soupire longuement, à peine audible.
Pourquoi j'ai reculé ?
Le silence de la chambre est dense, traversé seulement par le martèlement lointain de la pluie. Kévin se tourne sur le côté, le souffle court. Ses doigts glissent lentement sur son ventre. Son corps est en tension, vibrant d'un désir qu'il n'a jamais connu aussi fort, aussi pur.
Il ferme les yeux, revoit son visage. La lumière sur ses lèvres, la chaleur de son regard. La douceur de cette main sur sa joue, ce pincement à la lèvre… Il en frissonne. Son sexe se tend, douloureusement vivant. Il n'essaie même pas de lutter.
Ses doigts descendent sous la ceinture de son jogging trop serrer sur lui explore la chaleur, la fermeté. Son esprit est plein d'elle. De Séverine. De sa voix. De son rire. De son odeur. Il se caresse lentement, avec une retenue fébrile, comme s'il craignait que l'image s'efface.
Il imagine ses lèvres glissant sur sa peau, sa poitrine contre lui, ses mains dans ses cheveux. Il étouffe un gémissement dans l'oreiller. C'est trop fort. Trop intense. Chaque mouvement fait monter la pression en lui, chaque pensée le précipite un peu plus vers un vertige brûlant.
Il la voit au-dessus de lui, cheveux défaits, regard brillant. Elle le touche, le guide, le serre contre elle. Ses doigts accélèrent, son souffle devient rauque. Le plaisir monte, irrépressible. Il mord sa lèvre, s'accroche au drap.
Et dans un frisson long, incontrôlable, il jouit en silence. Fort. Profondément. Avec son nom dans un coin du cœur.
Il reste là, haletant, vidé, encore vibrant du choc. La main posée sur son ventre, l'esprit noyé dans une mer trouble d'émotion et de confusion. Séverine…
Après une soirée douce et légèrement moqueuse en compagnie de son amie Nathalie, Séverine s'amuse à rédiger des annonces fantasques pour recruter un jardinier. Entre humour, dérision et sensualité assumée, elle laisse finalement place au sérieux et poste une annonce plus classique. Le lendemain, elle découvre plusieurs réponses, dont certaines franchement absurdes, mais une attire son attention : celle de Kévin, un jeune étudiant de 18 ans, poli, simple et respectueux. Séduite par sa présentation soignée et son ton posé, elle accepte de le rencontrer. Le rendez-vous est fixé pour mardi matin, à 9h, autour d'un café. Un premier pas vers l'inconnu, teinté d'excitation et de curiosité. /auteur]
Le matin s'installe sur le quartier encore endormi. La lumière du jour s'infiltre lentement à travers les voilages de la cuisine. Dans le silence, Séverine émerge. Pieds nus, les cheveux en bataille, elle se déplace sur le carrelage encore frais. Elle porte un pyjama court en satin bleu nuit, rehaussé de détails en dentelle qui souligne ses épaules et l'arrondit de ses hanches. Confortable, élégant, légèrement suggestif à son image.
Elle allume la machine à café, attend que le parfum familier remplisse la pièce. Son regard flâne par la fenêtre. Dehors, le jardin semble encore dormir. L'humidité du matin donne aux feuilles un éclat particulier. Elle songe à l'entretien prévu dans une heure. Un jeune étudiant de dix-huit ans. Elle l'a choisi parmi les messages parfois ridicules qu'elle a reçus après avoir posté son annonce.
Elle soupire en pensant à la réponse d'un certain Éric, qui s'était cru sur un site de rencontre, ou à Élodie et son ton militaire. Mais Kévin... il avait écrit simplement, sans fioritures, avec justesse. Quelque chose dans sa façon de s'exprimer lui avait donné envie d'en savoir plus.
Son téléphone vibre. Nathalie. Évidemment.
— Salut, ma belle, tu es déjà debout ?
— J'ai un café en main, donc oui. Presque humaine.
— Alors ? Tu t'es décidée ? Dis-moi que tu vas enfin voir ton Tarzan ?
Séverine rit doucement.
— Non. Pas un Tarzan. Un « Tarzounet ».
— Un quoi ?!
— Un gars de dix-huit ans. Il arrive à neuf heures.
Un blanc. Puis une explosion de rires.
— Attends, quoi ?! Tu étais en mode célibataire désabusée hier soir et ce matin, tu me balances que tu as un rendez-vous avec un lycéen ?!
— Il est en BTS, pas en terminale. Et ce n'est pas un rendez-vous. Juste une prise de contact pour du jardinage.
— Bien sûr. Et moi, je suis sœur Marie-Jeanne. Tu fais dans le détournement de mineur maintenant ?
— Arrête. Peut-être qu'il est fluet, pas très débrouillard, et que je vais vite le raccompagner.
— Ou peut-être qu'il est bâti comme un dieu grec et qu'il sait manier autre chose que le taille-haie... Bon, tu mets quoi pour l'accueillir ? Une robe d'avocat pour préparer ta défense ou une tunique de maîtresse d'école sans rien dessous, évidemment ?
— Vous êtes formidables, les copines. Quand je n'ai besoin de rien, je sais vers qui me tourner.
— Exactement. Allez, je raccroche. Mais tu me racontes TOUT. Même les détails les plus juteux. Surtout ceux-là. Bisous !
Séverine secoue la tête, amusée, en reposant son téléphone. Elle est incorrigible. Mais elle me fait du bien.
Elle monte se préparer. Dans sa chambre, elle laisse tomber le pyjama. L'air un peu plus frais lui fait du bien. Elle choisit une tenue classique, mais qui souligne ses formes sans trop en faire : une jupe crayon bleu marine, un chemisier blanc légèrement satiné, entrouvert juste assez pour laisser deviner le haut de sa poitrine. Elle glisse ses bras dans une veste assortie, ajuste un collier discret. Ses bas sont fins, à peine perceptibles.
Elle se regarde dans le miroir. Impeccable, mais pas rigide. Féminine, sans excès. Elle redescend, range quelques objets, replace un coussin, ramasse un livre abandonné. De petites gestuelles pour faire passer l'impatience.
9 h 02. Le carillon de la porte d'entrée résonne. Elle sursaute légèrement, lisse sa jupe du plat de la main, et va ouvrir.
Kévin se tient devant elle. Il est plus grand qu'elle ne l'avait imaginé. Son jean foncé est simple, mais bien coupé. Sa chemise bleu ciel est soigneusement repassée. Il a un air sérieux, un peu raide, les cheveux coiffés rapidement, mais proprement. Il la regarde droit dans les yeux.
— Bonjour, madame Lemoine, je suis Kévin.
— Bonjour Kévin. Et... s'il te plaît, pas de "madame". Tu vas me donner des rides.
Il sourit avec une légère gène.
— Oh, pardon. Séverine alors.
Elle l'observe discrètement en le faisant entrer. Il a une démarche un peu timide, mais son corps parle autrement. Il est musclé, sans excès, une carrure solide, des épaules naturellement larges. Il semble à la fois jeune... et déjà adulte.
— Viens, je t'offre un café. On sera mieux pour discuter.
Il s'installe à l'îlot central, un peu raide. Elle lui tend une tasse, s'assoit face à lui. Son regard est clair, sérieux. Il tient sa tasse à deux mains, comme s'il ne voulait pas la faire tomber.
— Alors, dis-moi, qu'est-ce que tu sais faire ?
Il déroule calmement : tonte, taille de haie, désherbage, remise en état de potager, entretien des arbres fruitiers, nettoyage des allées, petites réparations.
Elle lui adresse un petit sourire, curieuse. Un instant de flottement passe, puis elle reprend doucement :
— Tu habites loin, Kévin ?
— Non, pas du tout. Je vis chez mes parents, avec ma sœur. Rue du Lavoir.
Elle hausse légèrement les sourcils.
— Ah oui, je connais. Dix minutes à pied d'ici, à peine.
Elle le dévisage un instant, puis, l'air malicieux :
— Et dis-moi... un beau garçon comme toi, tu n'as pas une petite amie ? Tu dois faire des ravages.
Kévin fait une pause, porte sa tasse à ses lèvres, visiblement gêné. Ses joues rosissent, ses yeux fuient les siens. Séverine le sent se refermer légèrement.
J'ai dû toucher une corde sensible... Peut-être qu'il sort d'une histoire compliquée, ou... peut-être qu'il est encore vierge ? Oh, arrête Séverine, ça ne te regarde pas.
Pour lui offrir une échappatoire, elle change de ton, légère :
— Allez, sers-toi. Prends un croissant. Peut-être que tu n'as pas encore déjeuné ??
Kévin attrape l'occasion avec soulagement.
— Merci, mais si, j'ai couru ce matin vers 7 h. Et en rentrant, j'ai pris un bon petit-déj. Mais je ne dis jamais non à un croissant en plus.
Il mord dedans avec enthousiasme. Séverine le regarde, amusée, mais un peu troublée aussi. Il est jeune, oui. Mais il est là. Et quelque chose en lui éveille en elle une part qu'elle croyait en sommeil.
Il sourit. Elle aussi. Il y a un flottement. Elle reprend :
— On finit notre café, et je te fais le tour du propriétaire ?
— Oui, volontiers.
Ils se lèvent. Séverine se dirige d'abord vers la porte d'entrée, puis se ravise brusquement. Elle opère un demi-tour. Mais elle se retrouve nez à nez avec lui. Littéralement.
Elle pose une main à plat sur son torse pour éviter le choc, l'autre vient instinctivement saisir son poignet. Son ventre épouse déjà le sien, sa poitrine effleure son torse. Un couple prêt à s'embrasser ne serait pas plus proche.
Son regard glisse sur ce torse qu'elle sent ferme sous sa main. Puis elle lève les yeux vers ceux de Kévin. Il ne bouge pas. Elle, sent monter un trouble. L'envie de poser ses lèvres sur les siennes la traverse brusquement. Elle panique. Il faut qu'elle pense à autre chose. Mais elle n'y arrive pas.
Ses doigts quittent doucement son poignet pour venir se poser sur sa joue. Elle sent la douceur de sa peau sous son pouce. Ce contact la bouleverse davantage. Elle vacille intérieurement, affolée.
Elle s'échappe en saisissant un prétexte :
— Tu as... une miette de croissant, là. Juste là.
Et du bout du pouce, elle frotte l'angle de ses lèvres. Une caresse. Un souffle.
Puis elle recule d'un pas, force un sourire :
— On va éviter l'accident de travail. Ça ferait désordre.
Kévin acquiesce en silence, mais en lui, tout vacille. Il baisse légèrement les yeux, incapable de soutenir plus longtemps son regard. Il est troublé au plus haut point. Il aurait voulu dire quelque chose, n'importe quoi, mais aucun mot ne vient. Ce contact, cette proximité, cette main douce et chaude sur sa joue… c'était une brûlure magique. Il aurait voulu qu'elle ne la retire jamais.
Elle perçoit ce trouble, cette tension à fleur de peau, mais choisit de ne pas insister. Elle recule, il reste immobile une seconde, comme suspendu.
Puis ils sortent dans le jardin. Le soleil filtre à travers les branches, la lumière caresse les feuillages. L'air est doux. Vivant.
— Voilà le verger. Trois pommiers, deux cerisiers et un prunier. J'ai tout laissé à l'abandon après ma chute. J'ai honte, mais c'est comme ça.
— La chute ?
Séverine se tourne vers lui, légèrement surprise par sa question. Elle hoche la tête.
— Oui... je suis tombée d'un escabeau, en voulant tailler une branche. Fracture du bras droit. Deux mois de plâtre, d'immobilité... et de jardin à l'abandon.
Kévin fronce légèrement les sourcils, son regard s'adoucit.
— Et vous allez mieux ? Vous souffrez encore ?
Elle le fixe un instant, étonnée par cette marque d'attention si naturelle, si sincère venant d'un garçon de son âge.
— Le médecin m'a dit de ne pas trop forcer pour l'instant. Je dois y aller doucement encore quelques semaines.
Un court silence s'installe. Séverine sent son cœur se serrer un peu. Ce n'est pas grand-chose, mais cette sollicitude inattendue la touche plus qu'elle ne l'aurait cru.
Il observe, analyse, silencieux. Elle continue à parler. Le cabanon, le potager, les bordures à reprendre, les haies à tailler. Elle parle, lui écoute. Il prend des notes discrètes sur son téléphone.
Elle l'observe avec attention. Chaque mouvement de son corps semble maîtrisé, fluide, presque instinctif. Il a une manière calme d'évoluer dans l'espace, comme s'il avait appris très tôt à ne pas prendre trop de place, à ne pas déranger. Pas de gestes inutiles, pas d'agitation. Une assurance tranquille, naturelle. Et ce corps... solide, tendu, athlétique, jeune, sans la prétention de l'exhibition.
Elle se surprend à imaginer ses bras nus sous la chemise, la ligne de ses épaules en plein effort, la manière dont ses muscles se contracteraient en soulevant un sac de terreau. Elle sent une vague de chaleur naître dans son bas-ventre, vite contenu. Elle se mord l'intérieur de la joue, une lueur de malice dans les yeux.
Nathalie serait déjà en train de me sermonner. Elle me dirait que j'ai besoin d'un jardinier, pas d'un fantasme. Mais bon... je n'ai jamais prétendu être une sainte.
Ils font le tour complet. De retour à l'avant de la maison, elle s'arrête.
— Alors ?
— J'aime bien. C'est calme ici. J'aime ça.
— Ah oui ? Je vous avoue que, vu la façon dont vous parliez du jardin, je m'attendais à devoir traverser une jungle amazonienne... Finalement, c'est juste une remise en état plutôt classique.
Séverine le fixe, un peu surprise. Ce jeune homme ne semble pas effrayé par la tâche ni intimidé par le lieu. Il parle posément, avec un naturel déroutant.
— Tu as l'air de prendre ça à la légère. Pas mal de gars de ton âge auraient reculé rien qu'en voyant le cabanon.
— Je sais ce que je fais. Et j'aime le travail bien fait.
Elle hoche la tête, impressionnée malgré elle. Il ne fanfaronne pas, il constate. Elle sent grandir en elle une forme de confiance.
— On fait affaire, alors ?
— Avec plaisir. Je peux commencer demain matin, si vous voulez.
— C'est quoi, "matin" pour toi ?
— 7 h.
Elle éclate de rire.
— Non ! Mes voisins vont m'attaquer en justice. 9 h, c'est très bien.
Elle lui tend la main.
— Dans les westerns, on scelle les accords comme ça.
— Ah... je n'avais pas la référence. Désolé.
Il lui serre la main, fermement. Elle garde la sienne un peu plus longtemps, plonge son regard dans le sien. Un silence s'installe. Pas lourd. Plutôt doux.
— Alors, à demain, cowboy.
Il sourit, salue, puis sort par le portillon.
— Bonne journée, mad... Séverine.
Séverine rentre en trottinant vers sa maison, un sourire éclatant accroché aux lèvres. Le cœur léger, elle se sent étonnamment heureuse de cette petite visite. Elle a adoré ce moment simple, cette conversation presque banale, mais étrangement vivifiante. Même s'il faut lui arracher les mots, Kévin est calme, posé, attentif. Il a même repris certains détails sur les tâches évoquées, afin de s'assurer d'avoir bien compris.
Elle pousse la porte d'entrée, son visage encore illuminé par cette énergie nouvelle. Mais alors qu'elle referme doucement derrière elle, une ombre traverse ses traits. Cette douceur, cette écoute... ça change de certains hommes. De ceux qui ont traversé sa vie sans jamais vraiment y rester.
Elle retire sa veste, avance vers le salon, s'assoit face à la fenêtre. Le jardin semble déjà plus vivant. Comme si sa propre énergie venait de le réveiller un peu.
Elle murmure, à peine audible :
— Tu fais bonne impression, Tarzounet... .
Le jour vient à peine de se lever lorsque Séverine ouvre les yeux, bercée par les premières lueurs de l'aube qui filtrent à travers les stores de sa chambre. Elle s'étire paresseusement sous la couette encore tiède, laissant le silence matinal s'imposer en douceur.
Aujourd'hui, elle le sait, n'est pas un jour comme les autres : Kévin commence son travail dans le jardin. L'idée même de le revoir lui crée un léger trouble. Il y a en elle une excitation discrète, mêlée d'un soupçon d'appréhension. Elle n'ose pas trop y réfléchir, préférant mettre ça sur le compte de la nouveauté.
Encore vêtue de son petit haut léger et de son short de pyjama, elle descend à la cuisine, les pieds nus sur le carrelage froid. Elle se prépare un café bien serré, qu'elle emporte sur la terrasse. L'air du matin est doux, presque moite déjà. Elle s'installe dans un fauteuil en rotin, les jambes repliées contre elle, et observe le jardin encore plongé dans la fraîcheur. Les premiers chants d'oiseaux s'élèvent dans le silence, les feuillages frémissent à peine. Elle ferme les yeux un instant, savourant la paix du moment.
Au bout de quelques minutes, elle consulte son téléphone pour vérifier l'heure. Il est temps de se préparer. Elle remonte dans sa chambre, ouvre son armoire en grand, se tient devant, indécise. Elle ne sait pas ce qu'elle veut porter. Rien ne lui semble vraiment adéquat. Après quelques secondes de réflexion, elle abandonne et se dirige vers la salle de bain.
Sous la douche, elle laisse l'eau chaude couler sur son corps encore engourdi. Les gouttes dévalent le long de sa nuque, de son dos, glissent sur ses hanches, ses cuisses. Elle ferme les yeux, accueillent les sensations, le contact de l'eau sur sa peau nue. C'est agréable, presque apaisant.
Face au miroir embué, elle se contemple. Les perles d'eau tracent des sillons sur sa poitrine, son ventre. Elle fronce légèrement les sourcils. Elle se demande si elle plaît encore, si elle peut encore séduire. Ce n'est pas tant une question d'âge, elle le sait. Non, c'est une question de confiance. Une confiance qu'un homme, un seul, a su fissurer profondément.
Elle sèche sa peau, hydrate son corps, puis choisit une robe d'été légère, à fleurs, qui épouse ses formes sans trop en montrer. Un peu de parfum derrière les oreilles, une touche de mascara. Elle relève ses cheveux à l'aide d'une barrette, laissant deux mèches libres encadrer son visage.
À peine a-t-elle fini de ranger sa trousse de maquillage que la sonnette retentit. Il est 9 h 2. Pile à l'heure. Elle descend ouvrir la porte.
Kévin se tient là, calme, concentré. Il porte un tee-shirt simple, un jean, une casquette sur la tête, et un sac contenant ses outils. Il lui sourit avec une discrète assurance.
— Salut Kévin ! Entre, tu veux un café avant de te mettre au travail ?
— Avec plaisir, merci !
Ils s'installent dans la véranda, chacun avec une tasse fumante entre les mains. Kévin semble à l'aise, mais réservé. Elle, se sent légèrement nerveuse, troublée par cette présence encore si jeune, mais qui dégage déjà quelque chose de rassurant, de solide.
— Tu vas commencer par quoi ? demande-t-elle pour rompre le silence.
— D'abord, je vais ramasser toutes les branches au sol. Ensuite, je m'occuperai de la tonte. L'herbe a pris ses aises, apparemment.
— Si tu as besoin de moi, je suis dans la véranda. N'hésite pas.
— D'accord, merci.
Il se met au travail. Depuis l'intérieur, elle l'observe à travers la baie vitrée. Il soulève les branches avec facilité, ses gestes sont précis, méthodiques. Le tee-shirt colle un peu à sa peau, il commence à transpirer. Elle détourne les yeux, reprend son ordinateur portable et tente de se replonger dans son télétravail, sans grand succès.
Vers onze heures, elle décide de lui préparer une citronnade bien fraîche. Elle en verse deux grands verres, sort sur la terrasse et lui tend l'un d'eux.
— Fais une pause, tu veux ? Il fait vraiment lourd ce matin.
— Merci. Oui, je sens que l'orage ne va pas tarder. Peut-être ce soir, ou dans la nuit.
Ils échangent encore quelques mots. Rien de bien personnel, mais elle aime bien ce moment. Elle le sent à l'aise, mais concentré. Sérieux.
Une dizaine de minutes plus tard, elle revient dehors. Elle a changé de tenue. Cette fois, elle porte un short en jean, un t-shirt rose un peu moulant, une paire de gants de jardinages assortie, et des sandales ouvertes. Elle s'avance vers lui, un sourire aux lèvres.
— J'ai un dossier qui n'avance pas et je n'arrive pas à me concentrer. Je vais m'aérer un peu en t'aidant.
Elle commence à ramasser une branche tombée au sol. À peine s'est-elle penchée que la voix de Kévin, plus ferme, s'élève.
— Attention, Séverine ! Hier, vous m'avez dit que le médecin vous avait conseillé de ne pas forcer.
Elle se redresse lentement, un peu surprise. Elle le regarde en silence. Il n'a pas haussé le ton. Il n'a pas donné d'ordre. Il s'est simplement inquiété. Elle sent une boule douce se former au creux de sa poitrine.
— Je m'occupe des plus grosses, reprend-il. Si vous souhaitez m'aider, concentrez-vous sur les plus petites, ce sera déjà beaucoup.
Elle reste figée un instant. Ce garçon... Il ne la connaît presque pas, et pourtant il veille sur elle. Sans arrogance. Sans la prendre de haut. Cette délicatesse inattendue la touche plus qu'elle ne veut bien se l'avouer. Elle détourne les yeux, avale un battement de cœur trop fort.
— Séverine ? Ça va ?
Elle se reprend, sourit doucement.
— Oui, pardon. Je pensais à un dossier. Merci Kévin.
Le reste de la matinée passe dans une atmosphère de travail paisible. Ils échangent quelques mots, parfois un regard. Un rythme s'installe. Une routine à deux, fluide, presque naturelle.
Vers midi, elle dépose ses gants, s'essuie les mains sur un torchon et l'appelle :
— Allez, jeune homme, il est temps de manger. Passe par la cuisine tout a l'heure, pour un café.
— Avec plaisir. À tout à l'heure, Séverine.
Elle le regarde s'éloigner par le petit portillon qui donne sur la ruelle. Un sourire étire doucement ses lèvres. Quelque chose en elle est plus léger. Elle se sent bien, presque grisée.
En milieu d'après-midi, le ciel s'assombrit en quelques minutes, comme si une main invisible avait tiré un drap d'ardoise sur la maison. Dans la véranda, Séverine observe les arbres du jardin qui commencent à plier sous les rafales soudaines. Le vent s'engouffre en gémissant à travers les feuillages, et l'air prend une odeur métallique, chargée d'électricité.
Elle sort sur le pas de la véranda, pieds nus sur les lattes de bois. Ses cheveux volent dans tous les sens, fouettés par les bourrasques soudaines. Le vent s'engouffre sous son t-shirt rose qui se soulève, se replie par moments jusqu'à dévoiler presque entièrement sa poitrine, avant de retomber contre sa peau. Son short en jean dévoile ses longues jambes hâlées. Elle scrute le jardin, les yeux plissés, le cœur battant plus vite qu'elle ne le voudrait.
— Kévin ! crie-t-elle contre le vent. Rentre vite !
Il n'entend pas tout de suite. Il est accroupi près du massif d'hortensias, absorbé, une main dans la terre. Elle avance de deux pas, sent les premières gouttes, grosses, lourdes, qui éclatent sur ses bras nus.
— Kévin ! répète-t-elle, plus fort, la main en visière.
Il se redresse enfin, surpris par la pluie soudaine. Il lève les yeux. Un éclair lacère le ciel, aussitôt suivi d'un grondement profond, presque animal. Le jardin est balayé d'une lumière blanche et irréelle.
Kévin court. Il bondit à travers la pelouse détrempée. La pluie le martèle déjà, son t-shirt devient une seconde peau, plaqué sur son torse. Le bermuda lui colle aux cuisses. Lorsqu'il atteint la véranda, il est trempé jusqu'aux os.
Séverine recule précipitamment dans la pièce, chassée elle aussi par la pluie battante. Kévin entre à sa suite, essoufflé, dégoulinant. Une flaque commence déjà à se former sous ses pieds.
Elle le regarde. Elle ne dit rien, pas tout de suite. Le silence se fait, malgré le tumulte dehors. Ses yeux glissent sur lui, s'attardent, hésitent. Un trouble inattendu lui traverse le ventre. Le tissu mouillé souligne chaque muscle de ses bras, le dessin de ses pectoraux, la ligne de ses abdominaux qu'elle devine sous le coton sombre.
Elle sent une chaleur diffuse lui monter au creux de la poitrine. Ses cheveux dégoulinent, quelques gouttes roulent sur sa nuque, descendent lentement le long de sa gorge, et elle se surprend à suivre leur tracé des yeux, les lèvres entrouvertes.
Elle ressent, dans son ventre, une contraction sourde.
— Tu vas attraper la mort comme ça, dit-elle doucement. Ne bouge pas, je vais chercher de quoi te changer.
Elle disparaît, laissant derrière elle l'empreinte de son trouble. Dans le couloir, elle inspire profondément. C'est un homme en devenir. Et son corps le proclame.
Dans sa chambre, elle ouvre son dressing, fouille, tire des piles de vêtements. Tout est trop féminin. Jupes, chemisiers, robes... Elle soupire, passe en revue une série de tops trop moulants, des jeans taille basse, puis tombe sur un string en dentelle rouge qu'elle soulève du bout des doigts avec un rictus amusé.
— Bon, si je lui file ça, il va croire que je le drague pour de bon, murmure-t-elle en riant toute seule.
Elle repousse une nuisette satinée, des collants résille, une brassière en dentelle noire. Rien de tout cela ne peut convenir. Elle finit par extraire un pantalon de jogging, un t-shirt beaucoup trop large pour elle et décoré d'un ours rose, et… une culotte en coton blanc, celle qu'elle utilise parfois durant ses règles, ornée d'un petit nœud rose.
Elle la regarde un instant, lève un sourcil.
— S'il accepte ça… c'est qu'il est fou de moi, pense-t-elle, mi-amusée, mi-incrédule.
Puis elle fronce légèrement les sourcils.
— J'espère juste qu'il ne va pas croire que je me moque. Je n'ai que ça à lui donner, après tout…
Elle rassemble les vêtements contre elle et se dirige vers la véranda, entre le rire et l'embarras, espérant qu'il comprendra.
Elle revient, les bras chargés, un sourire un peu crispé aux lèvres.
— Bon… je te demande de ne pas m'en vouloir, hein. J'ai fait ce que j'ai pu. Sinon, c'était une robe ou une jupe… et je ne suis pas sûre que ce soit ton style, dit-elle avec un petit sourire taquin en tendant le tas de vêtements.
Elle soulève la culotte blanche du bout des doigts, son regard pétillant.
— Et celle-là c'est… Je ne vais pas te faire un dessin…
Elle rit doucement, un peu gênée quand même, puis hausse les épaules.
— Franchement, sinon, j'avais quoi ? Des strings, un tanga léopard, une culotte en dentelle rouge, et un shorty en satin noir… Pas sûr que ce soit ton style à porter. Tu préfères peut-être les voir sur une femme ? Petit coquin, va.
Kévin rougit aussitôt, baisse un peu les yeux tout en prenant les vêtements, un sourire timide au coin des lèvres.
Il prend les vêtements, rougissant légèrement.
— Merci… c'est très gentil à vous.
— Et tu continues de me vouvoyer ? On dirait un enfant bien élevé. Détends-toi, Kévin. Je ne vais pas te manger. Pas aujourd'hui, plaisante-t-elle avec un sourire en coin.
Elle le regarde s'éloigner, un peu courbée, ses vêtements trempés dessinant toujours ce corps qu'elle a du mal à ne pas détailler. Il pousse la porte de la salle de bain. Elle claque doucement, sans se fermer entièrement.
Dans le couloir de l'entrée, elle s'apprête à opérer un demi-tour pour se rendre dans la cuisine, mais un grondement de tonnerre la fait sursauter. Un autre éclair zèbre le ciel. Et dans la lumière éphémère, la porte entrebâillée de la salle de bain lui offre un aperçu furtif. Trop furtif pour qu'elle détourne aussitôt le regard.
Kévin est nu. Il s'essuie lentement le torse avec une serviette blanche, dos à elle, ses muscles encore brillants d'humidité. La lumière des éclairs découpe son corps en éclats de marbre vivant. Il se tourne ensuite vers le miroir. Et là, dans le reflet, Séverine voit tout. Son torse glabre, légèrement frémissant, son ventre plat qui se creuse à chaque respiration… et plus bas, son sexe, naturel, sans gêne, pleinement masculin.
Son regard s'y accroche. Il y a d'abord la surprise, l'impossibilité de détourner les yeux. Puis une vague. Une chaleur liquide, presque douloureuse. Ce sexe qu'elle découvre dans toute sa nudité, sans la moindre gêne, réveille en elle un désir brut, fulgurant. Elle remarque, troublée, qu'il se rase le pubis un détail intime, presque insolent, qui l'électrise davantage.
Chaque centimètre de ce corps juvénile irradie une sensualité crue, désarmante. Le reflet vacille au rythme des éclairs, puis disparaît brièvement dans l'obscurité, ne laissant qu'une silhouette, une tension, une absence.
Elle cherche son regard dans le miroir, mais ce sont ses reins, son sexe, cette masculinité exposée qui happent son attention. Son ventre se serre, une chaleur sourde remonte jusqu'à sa gorge, pulse entre ses cuisses. Sa bouche s'ouvre légèrement. Elle a chaud. Elle a envie. Et elle sait que ce désir, là, ne se dissipera pas facilement.
Elle ne bouge pas. Elle contemple. Elle désire.
Elle porte une main sur sa bouche, puis descend lentement vers son ventre. Elle reconnaît aussitôt ce trouble qui monte en elle, cette chaleur brûlante qui s'insinue et l'enveloppe, ce chatouillement exquis qui pulse à son entrejambe. Elle sait exactement ce que c'est. Elle ne devrait pas le regarder. Elle se le dit. Mais elle ne peut pas détourner les yeux.
Chaque éclair illumine ce corps, ce sexe d'homme dans son plus simple appareil, avec une intensité presque irréelle. Il se rase, visiblement détail troublant, presque intime, qui la désarme un peu plus. Puis l'éclair disparaît, et le reflet s'efface, laissant l'ombre, le mystère. Ce jeu d'apparition et de disparition donne au spectacle une force nouvelle, comme si chaque éclat volé à la nuit nourrissait davantage son désir.
Elle recule, brusquement. Dans la cuisine, elle s'adosse au plan de travail, le cœur battant, les tempes bourdonnantes. Elle a regardé. Oui. Et ce n'est pas tant la vision de ce corps nu qui l'ébranle, mais l'intensité du trouble qu'elle ressent. Ce n'est plus de la curiosité, c'est un élan, une faim ancienne qu'elle croyait enfouie. Son sexe d'homme, dans cette lumière vacillante, l'a frappée de plein fouet, réveillant un désir brut, profond, impossible à ignorer. Elle a senti son bas-ventre s'embraser, son corps se tendre, son souffle se suspendre. Elle a aimé cette vision, terriblement. Elle l'a ressentie jusqu'au fond de sa chair.
Elle se parle à elle-même, à voix basse.
— Ce n'est qu'un garçon… Un garçon. Tu perds la tête.
Mais elle sait. Elle connaît ces signes. Cette chaleur. Cette impatience. Cette tension entre ses jambes qui ne veut pas s'éteindre.
Une toux discrète la fait sursauter.
Kévin est là. Dans l'encadrement de la porte. Le jogging, bien trop petit pour lui, lui arrive à mi-mollet et moule ses jambes comme un legging. La fine culotte blanche dépasse de plusieurs centimètres au niveau de la taille, son petit nœud rose bien visible, contrastant avec la tension discrète de ses muscles. Le t-shirt glisse sur son épaule, dévoilant une clavicule saillante.
Mais ce qui frappe Séverine, c'est ce paquet bien dessiné à l'avant du jogging, impossible à ignorer. Son regard s'y attarde une seconde de trop, et une pensée la traverse, fulgurante : "Mince... là, c'est carrément moule-boules poutre apparente."
Elle éclate de rire. Enfin, elle s'y autorise.
— Mon Dieu, on dirait que je t'ai habillé pour un goûter d'anniversaire.
Il sourit, gêné, mais joue le jeu.
— J'ai connu plus viril… mais au moins, c'est sec.
— Et propre, rétorque-t-elle, espiègle. Ne bouge pas, je te prends en photo.
— Pitié non, répond-il en riant.
Elle le regarde un peu trop longtemps. Son trouble est toujours là, tapi derrière l'humour. Elle détourne le regard vers la fenêtre.
— Il pleut encore plus fort. L'orage s'est éloigné, mais… on dirait une mousson.
Il suit son regard. La pluie ruisselle sur les vitres. Dehors, la nuit est tombée, lourde et dense.
— Tu ne vas pas rentrer comme ça ?
— Je… je crois que non. Pas sans canoë.
Elle sourit.
— Reste ici. Il y a une chambre d'amis. On verra demain matin.
Il hésite, puis acquiesce.
— Merci… vraiment.
La soirée s'étire tranquillement. Un thé partagé dans la cuisine pour se réchauffer, leurs mains entourant les tasses encore fumantes. La pluie tambourine contre les vitres. Ils échangent quelques banalités, comme pour masquer le battement d'ailes du désir qui continue de palpiter en silence.
Plus tard, elle prépare un repas simple. Kévin propose de mettre la table, puis de la débarrasser. À chaque fois qu'il se penche, que le tissu trop moulant du jogging se tend sur ses cuisses, Séverine ne peut s'empêcher d'éclater de rire. Un rire cristallin, un peu nerveux, qu'elle tente de retenir, mais qui lui échappe malgré elle.
— Pardon, Kévin… vraiment. Je suis désolée, c'est juste… cette tenue… tu es irrésistible, dit-elle en riant de bon cœur, une main sur la bouche.
Il sourit, joue le jeu avec élégance, mais à la fin du repas, il lui lance avec une pointe de malice dans la voix :
— Je me vengerai un jour, vous savez…
Elle le regarde, un sourcil levé, mi-espiègle, mi-sérieuse.
— Franchement, tu as ma permission. Et tu as raison, en plus. Je l'aurais mérité.
Un silence tendre. Séverine s'attarde dans le couloir, juste devant la salle de bain du bas — cet endroit précis où, quelques heures plus tôt, elle avait posé sa main sur son torse, puis sur sa joue. Le souvenir lui revient avec une clarté déroutante. Elle se tourne vers lui, sa voix douce, presque timide :
— J'ai passé une très bonne soirée… en agréable compagnie. On se fait la bise avant de se coucher ?
Elle lève la tête, tend légèrement les lèvres. Kévin s'avance, hésitant, ne sachant s'il doit viser la joue droite ou la gauche. Il bouge rapidement la tête… et se retrouve contre sa bouche.
Leurs lèvres se frôlent. Séverine en profite pour pincer doucement sa lèvre supérieure, la caressant à peine de ses lèvres. Un geste infime, chargé d'une tension contenue. Kévin sursaute légèrement, se recule, surpris.
— Pardon… je… je ne voulais pas…
Séverine reste figer une fraction de seconde. En elle, c'est une onde de chaleur, une déflagration. Mais dans le même temps, le recul de Kévin lui laisse un goût amer. Comme une gifle douce. Mais qu'est-ce que tu croyais, Séverine ? Tu vas lui faire peur. Tu es trop vieille pour lui. Quelle idiote…
Elle détourne le regard, le cœur battant, honteuse de sa propre audace. Sans le regarder, presque murmurant :
— Bonne nuit, Kévin.
— Bonne nuit, Séverine.
Il referme la porte doucement.
Séverine remonte l'escalier, chaque marche grinçant sous ses pas, comme si la maison elle-même retenait son souffle. Une chaleur palpite encore entre ses cuisses. Dans sa chambre, elle défait lentement le bouton de son short, le fait glisser le long de ses hanches avec une langueur contenue. Le tissu humide s'échoue à ses pieds, suivi de son string noir de dentelle fine. Elle frissonne au contact de l'air sur sa peau nue, mais ce n'est pas le froid qui la saisit : c'est l'écho brûlant de ce qu'elle vient de vivre, de ce qu'elle a vu.
Elle attrape une chemise de nuit légère, presque transparente, dont la soie fraîche embrasse sa peau tendue. Elle l'enfile, mais son corps reste vibrant, comme accordé sur une fréquence plus aiguë. Ses seins, encore sensibles, se dessinent sous le tissu. Ses jambes se croisent, inconscientes. Elle ferme les yeux un instant. Revois ce sexe, cette nudité offerte par surprise, et ce regard à elle, qui ne veut plus s'éteindre. Elle est tendue comme une corde, et la mélodie du désir continue de vibrer, sourde et entêtante, au creux de son ventre.
Elle se glisse dans les draps, allume sa lampe de chevet. Regarde le plafond, mais son corps ne veut pas s'apaiser. Une tension palpite en elle, insistante, vibrante. Elle ferme les yeux. Revois l'éclair sur sa peau. Son dos. Son sexe. Et ce regard à elle, qu'elle ne parvient pas à détourner.
Sa main descend lentement le long de son ventre, glisse entre ses cuisses. Elle écarte doucement les jambes sous le drap. Un soupir discret lui échappe, les lèvres entrouvertes. Elle n'a pas ressenti ça depuis des années. Ce feu, cette nécessité. Ses doigts effleurent son sexe avec une délicatesse fébrile, redécouvrant une zone oubliée, mais vive, sensible. Elle gémit à peine, mord la couette pour étouffer le moindre son. Elle ne veut pas que Kévin l'entende, même s'il est loin, même s'il dort déjà.
Elle caresse ses seins à travers la chemise de nuit, les mamelons tendus sous le tissu glissant. Son bassin ondule lentement, sans qu'elle s'en rende compte, au rythme du souvenir : son sexe nu, la tension dans son pantalon, la vision fugace et obsédante de cette virilité offerte à la lumière des éclairs. Son plaisir monte, puissant, brûlant, incontrôlable. Elle mord plus fort, les yeux clos, le cœur au bord de l'explosion.
Et quand l'orgasme la traverse enfin, c'est comme une décharge, un cri silencieux à l'intérieur. Elle reste là, haletante, les doigts toujours posés sur sa peau moite de désir, les jambes tendues, les draps froissés. Elle est surprise de sentir cette liqueur tiède glisser entre ses cuisses, témoin éclatant de son plaisir ravivé. Cela la trouble encore davantage, comme un rappel tangible de ce qu'elle vient de vivre en secret, dans l'ombre brûlante de son propre corps.
Il est là. Sous son toit. Et elle vient de jouir en pensant à lui. Et elle l'a vu. Nu. Sans fard. Sans défense.
Elle sourit, à peine, les paupières lourdes.
Elle ferme les yeux. Revois l'éclair sur sa peau. Son dos. Son sexe. Et ce regard à elle, qu'elle ne parvient pas à détourner.
Dans la chambre d'amis, Kévin referme la porte derrière lui en silence. Il reste un instant immobile dans la pénombre, le dos appuyé contre le battant. Son cœur bat vite. Trop vite. Comme s'il venait de courir un sprint.
Il repense à ce baiser accidentel. À ses lèvres sur celles de Séverine. Au contact, doux, tremblant, et à ce pincement furtif qu'elle lui a offert comme un secret brûlant. Il n'a pas compris tout de suite. Il a reculé, pris de court, déboussolé. Il s'en veut déjà. Il aurait voulu… rester. Il aurait voulu prolonger, mais il ne savait pas. Il n'a pas su.
Il passe une main sur sa bouche, lentement, comme pour retrouver la trace du geste. Ses lèvres lui paraissent encore tièdes. Sa joue picote légèrement. Et dans sa poitrine, un mélange d'ivresse et de honte tourbillonne.
Il s'assied sur le lit sans même allumer, enfouit sa tête entre ses mains. Il sent encore la chaleur de son regard, la proximité de son corps, cette voix douce juste avant le basculement. Elle m'a embrassé… elle m'a vraiment embrassé.
Il s'allonge, sans se déshabiller. Fixe le plafond invisible. Le jogging de Séverine lui semble trop serré. Son corps tendu, inconfortable, nerveux. Mais surtout, il est troublé. Par elle. Par cette femme qui n'a rien à voir avec les filles de son âge. Qui rit différemment, qui le regarde comme personne ne l'a jamais regardé.
Il ferme les yeux. Et malgré le chaos dans son esprit, il revoit la scène. Son parfum. La douceur de ses lèvres. La chaleur de sa main. Et ce moment suspendu, juste avant qu'il ne rompe la magie.
Il soupire longuement, à peine audible.
Pourquoi j'ai reculé ?
Le silence de la chambre est dense, traversé seulement par le martèlement lointain de la pluie. Kévin se tourne sur le côté, le souffle court. Ses doigts glissent lentement sur son ventre. Son corps est en tension, vibrant d'un désir qu'il n'a jamais connu aussi fort, aussi pur.
Il ferme les yeux, revoit son visage. La lumière sur ses lèvres, la chaleur de son regard. La douceur de cette main sur sa joue, ce pincement à la lèvre… Il en frissonne. Son sexe se tend, douloureusement vivant. Il n'essaie même pas de lutter.
Ses doigts descendent sous la ceinture de son jogging trop serrer sur lui explore la chaleur, la fermeté. Son esprit est plein d'elle. De Séverine. De sa voix. De son rire. De son odeur. Il se caresse lentement, avec une retenue fébrile, comme s'il craignait que l'image s'efface.
Il imagine ses lèvres glissant sur sa peau, sa poitrine contre lui, ses mains dans ses cheveux. Il étouffe un gémissement dans l'oreiller. C'est trop fort. Trop intense. Chaque mouvement fait monter la pression en lui, chaque pensée le précipite un peu plus vers un vertige brûlant.
Il la voit au-dessus de lui, cheveux défaits, regard brillant. Elle le touche, le guide, le serre contre elle. Ses doigts accélèrent, son souffle devient rauque. Le plaisir monte, irrépressible. Il mord sa lèvre, s'accroche au drap.
Et dans un frisson long, incontrôlable, il jouit en silence. Fort. Profondément. Avec son nom dans un coin du cœur.
Il reste là, haletant, vidé, encore vibrant du choc. La main posée sur son ventre, l'esprit noyé dans une mer trouble d'émotion et de confusion. Séverine…
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Histoires similaires
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Auteurs populaires
Blueberry89
Histoires publiées
116
Abonnés
968
J'aime cumulés
37.8k
NathNMitch
Histoires publiées
330
Abonnés
202
J'aime cumulés
51.6k
zooph34
Histoires publiées
715
Abonnés
852
J'aime cumulés
81.2k
imaxparis
Histoires publiées
154
Abonnés
545
J'aime cumulés
17.6k
yannlakeu
Histoires publiées
250
Abonnés
796
J'aime cumulés
31k
Yojik
Histoires publiées
182
Abonnés
254
J'aime cumulés
28.9k
rouge22
Histoires publiées
196
Abonnés
361
J'aime cumulés
22.6k
Mandrakke
Histoires publiées
79
Abonnés
309
J'aime cumulés
23.5k
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
,