Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La fenêtre d'en face — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La fenêtre d'en face
Chapitre 1
La pluie tambourinait contre les vitres du bar où Véronique essuyait mécaniquement des verres déjà propres. À quarante-deux ans, elle portait encore cette beauté qui avait fait d'elle une femme-trophée dans sa jeunesse, mais quelque chose s'était fissuré au fil des années. Les rides autour de ses yeux s'étaient creusées, ses cheveux bruns avaient perdu leur éclat de jais, et les hommes ne la regardaient plus avec cette convoitise évidente qui l'avait tant fait vibrer autrefois.
Elle servait des bières à des habitués qui ne voyaient en elle qu'une employée discrète, invisible. Plus personne ne la désirait. Plus personne ne se retournait sur son passage. Plus personne ne lui offrait de fleurs ou ne lui murmurait des compliments. Elle était devenue une femme parmi d'autres, banale et interchangeable.
Ce soir-là, un homme s'était attardé au comptoir. La cinquantaine grisonnante, divorcé depuis peu selon ses propres confidences, il l'avait draguée avec la maladresse de ceux qui n'ont pas touché une femme depuis trop longtemps. Véronique avait d'abord refusé poliment, puis avait fini par accepter, poussée par un mélange de solitude et du vague espoir de se sentir encore désirable.
Maintenant, dans son salon, elle regrettait amèrement sa décision.
L'homme dont elle ne connaissait même pas le nom s'acharnait sur elle avec une frénésie qui lui rappelait les pires moments de sa vie conjugale. Il l'avait prise debout contre le canapé d'abord, puis contre le mur, et à présent il la pénétrait par-derrière près de la grande fenêtre du salon. Véronique se tenait légèrement penchée en avant, les mains sur la glace froide de la vitre, offrant son corps comme on offre une marchandise dont on veut se débarrasser au plus vite.
Elle ne ressentait rien. Absolument rien. Juste le frottement mécanique, l'inconfort de cette position, et une impatience grandissante à voir cet homme partir.
— Plus fort, murmurait-il en lui agrippant les hanches avec des doigts qui laissaient des marques rouges sur sa peau.
Elle ne répondait pas. À quoi bon ? Il croirait que c'était du plaisir alors qu'elle pensait seulement aux courses à faire demain, au linge qui s'amoncelait dans la buanderie, et à cette facture d'électricité qu'elle n'arriverait probablement pas à payer ce mois-ci.
Véronique tournait la tête vers la fenêtre. La pluie avait cessé. Au loin, les lumières de la ville scintillaient comme des étoiles tombées du ciel. En face, de l'autre côté de la rue étroite, se trouvait une belle demeure dont elle apercevait les fenêtres du premier étage depuis son salon.
C'est alors qu'elle le vit.
Un homme. Jeune, la trentaine peut-être, qui semblait observer quelque chose avec attention. Puis il bougea, et Véronique comprit avec un choc qu'il regardait dans sa direction. Il avait dû les voir.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle sentit une chaleur monter en elle, une excitation qu'elle n'avait pas éprouvée depuis des années. L'homme en face éteignit sa lumière puis réapparut, silhouette sombre dans l'obscurité, mais elle le vit porter quelque chose à ses yeux. Des jumelles ?
Il était là, de l'autre côté de la rue, et il regardait. Il voyait tout.
Véronique sentit un frisson lui parcourir l'échine qui n'avait rien à voir avec le froid ou la peur. Elle sentait son amant du soir, toujours en train de s'activer derrière elle, sans aucune finesse ni imagination, elle reporta son attention sur la fenêtre d'en face où se tenait le jeune homme aux jumelles.
Et soudain, sans bien savoir pourquoi, elle commença à jouer.
Elle glissa une main sur son torse, pour caresser ses propres seins, les soulevant légèrement comme si c'était l'homme derrière elle qui le faisait. Ses tétons durcirent sous ses doigts et elle entendit un grognement de satisfaction qu'elle savait venir d'un homme qui ne méritait même pas qu'on retienne son nom.
Elle écarta un peu plus les cuisses, s'exposant davantage à la vue du spectateur invisible, mais bien présent. Elle imaginait l'homme aux jumelles se rapprochant de sa fenêtre.
— Oh oui, continue comme ça, gémit-elle.
En réalité, c'était au jeune homme d'en face qu'elle s'adressait. À lui qui devait avoir une vue imprenable sur son corps offert, sur la sueur qui perlait entre ses seins, sur les mouvements brutaux de l'homme derrière elle. Lui qui était là, invisible et pourtant si présent.
Son amant crut que c'était pour lui qu'elle se mettait à gémir ainsi, et il redoubla d'ardeur, ce qui ne fit qu'accélérer la fin. Véronique sentit son corps s'abandonner alors qu'il atteignait l'orgasme avec un cri étouffé, puis il se retira d'elle avec la même maladresse dont il avait fait preuve depuis le début.
— C'était génial, dit-il en cherchant déjà ses vêtements. Tu es vraiment chaude comme la braise.
Elle ne répondit pas, se contentant de ramasser son peignoir et de l'enfiler sans se retourner. Elle voulait qu'il parte, maintenant.
Il finit de s'habiller et partit avec un clin d'œil qui se voulait séducteur, mais qui n'était que pathétique. Véronique verrouilla la porte derrière lui et s'y adossa, le cœur battant.
Elle était nue sous son peignoir léger. Elle était certaine qu'en face, l'homme aux jumelles regardait toujours.
Elle se rendit à la fenêtre et regarda vers la demeure d'en face. La lumière était toujours éteinte dans la chambre du premier étage. Mais il était là, elle en était certaine.
Un sourire effleura ses lèvres alors qu'elle faisait glisser son peignoir sur le sol.
Nue, elle se tint devant la fenêtre ouverte, offrant sa silhouette à la vue du jeune homme invisible. La pluie avait laissé l'air frais et elle frissonna, mais c'était un frisson délicieux qui lui rappelait des sensations oubliées.
Elle commença à s'étirer comme une chatte, les bras levés au-dessus de sa tête, le corps cambré vers l'arrière pour offrir ses seins à sa vue. Elle imaginait les jumelles braquées sur elle, l'œil du jeune homme parcourant chaque courbe de son corps, s'attardant sur ses tétons durcis par le froid et l'excitation.
Elle passa une main dans ses cheveux, penchant la tête en arrière pour exposer sa gorge. Puis elle se tourna légèrement de profil, une jambe légèrement pliée, dans une pose qui mettait en valeur ses hanches et ses fesses.
Est-il encore là ? se demanda-t-elle. Est-ce qu'il aime ce qu'il voit ?
Elle fit quelques pas le long de la fenêtre, consciente que chaque mouvement était observé, scruté. Elle pouvait presque sentir son regard sur elle, comme une caresse invisible, mais bien réelle. Cela faisait si longtemps qu'un homme ne l'avait pas regardée ainsi, avec désir et admiration.
Elle se pencha pour ramasser son peignoir puis le laissa tomber de nouveau, répétant le geste plusieurs fois comme si c'était un accident, une maladresse innocente qui offrait chaque fois de nouvelles vues à son spectateur secret.
Enfin, elle décida de mettre fin à ce petit jeu. Elle récupéra son peignoir et le noua autour de sa taille avant de se diriger vers sa chambre, mais non sans s'arrêter plusieurs fois devant la fenêtre pour ajuster le tissu comme si elle cherchait à être plus couverte alors qu'elle ne faisait que l'entrouvrir davantage.
Dans sa chambre, Véronique s'allongea sur son lit et ferma les yeux. Elle pouvait encore sentir le regard du jeune homme sur elle, comme une marque invisible qui brûlait sa peau. Cela l'excitait au-delà de tout ce qu'elle avait ressenti depuis des années.
Elle glissa une main entre ses cuisses et commença à se caresser lentement, imaginant que c'étaient les doigts du voisin d'en face qui exploraient son intimité. Elle était mouillée, plus qu'elle ne l'avait été depuis longtemps. Peut-être même depuis la fin de son mariage.
— Je me demande si tu as aimé le spectacle, murmura-t-elle dans l'obscurité. J'espère que oui.
Elle imagina ses yeux à lui braqués sur elle, son excitation grandissant alors qu'il la regardait s'offrir sans réserve à un autre homme. Peut-être était-il en train de se caresser en ce moment même, les jumelles toujours aux yeux, revivant chaque instant du spectacle qu'elle lui avait offert.
Cette pensée fit monter son excitation d'un cran. Elle accéléra le rythme de ses doigts sur son clitoris gonflé de désir, sentant l'orgasme approcher comme une vague qui va tout emporter.
Mais elle regretta amèrement que sa chambre ne donne pas sur la fenêtre d'en face. Elle aurait tant aimé qu'il puisse la voir maintenant, allongée sur son lit, les cuisses écartées, se donnant du plaisir en pensant à lui.
— La prochaine fois, dit-elle dans un souffle alors que l'orgasme la submergeait avec une force surprenante. La prochaine fois, je m'arrangerai pour que tu puisses tout voir.
Elle s'endormit peu après, épuisée, mais satisfaite, un sourire aux lèvres et des rêves érotiques plein la tête.
Dans ses songes, elle était de nouveau jeune et belle, désirée et adulée. Des hommes se pressaient autour d'elle, lui offrant fleurs et compliments. Mais surtout, il y avait cet homme d'en face, le jeune voisin qui l'avait regardée avec tant d'intensité qu'elle en avait senti la marque sur sa peau.
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