Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Rattrapés par le futur — Chapitre 4 · Chapitre 4 partie 1 : irréversible ?
Auteur
Rattrapés par le futur
Chapitre 4 · Chapitre 4 partie 1 : irréversible ?
Les jours qui suivirent ne ressemblèrent à rien de ce qu'elle avait connu jusque-là.
Ce soir, en quittant le cabinet où Chahinez avait entamé son stage, elle laissa la porte se refermer derrière elle et s'arrêta un instant sur le trottoir, les yeux levés vers le ciel de fin d'après-midi. À quelques rues de là, la tour Eiffel se découpait dans la lumière dorée avec cette évidence tranquille qu'elle avait toujours, comme si elle n'avait pas besoin de chercher à impressionner.
En marchant, son regard glissait sur les façades haussmanniennes avec cette précision instinctive qu'elle n'avait jamais perdue, notant une corniche, un détail de ferronnerie, la manière dont une fenêtre en arc captait la lumière différemment selon l'angle. Elle aimait ça. Cette façon qu'avait Paris de se laisser décrypter par couches, comme un dessin technique dont on découvrirait la beauté progressivement.
Mais très vite, quelque chose d'autre prit le dessus.
Elle reconnut la rue avant même d'y penser. Ce trottoir-là, elle l'avait déjà traversé. Avec lui. Leurs mains liées, leurs pas accordés sans qu'ils aient eu besoin d'y penser, cette manière qu'il avait de ralentir légèrement quand elle s'arrêtait sur un détail sans jamais la presser. Elle revit son profil dans cette même lumière, ce regard posé, cette présence tranquille qui ne cherchait jamais à s'imposer mais qui remplissait tout l'espace autour d'elle simplement en étant là.
Elle sourit toute seule sur le trottoir.
Un peu folle, peut-être. Mais heureuse.
Elle sortit son téléphone sans réfléchir davantage et tapa quelques mots avec une évidence désarmante : « Je viens de finir mon bébé, je rentre à la maison. » puis appuya sur envoyer.
Son téléphone vibra presque aussitôt dans sa main. Souad. En visio.
Chahinez accepta l'appel en continuant à marcher, glissant ses écouteurs dans ses oreilles.
— Alors, ces premiers jours bichette ?
— Bien... le cabinet est beau, les gens sont sympas.
— Mmh.
— Bien... le cabinet est beau, les gens sont sympas.
— Mmh.
Ce mmh-là, Chahinez le connaissait. Ce n'était pas celui de quelqu'un qui écoute, mais celui de quelqu'un qui attend.
— Quoi ? lança Chahinez.
— Tu comptes m'en parler un jour ?
— Tu comptes m'en parler un jour ?
Chahinez s'arrêta net, son cœur s'emballa.
— Te parler de quoi ?
— Flifla ! Arrête ! Je parle de Lotfi.
— Flifla ! Arrête ! Je parle de Lotfi.
Le mot tomba simplement, sans agressivité, mais avec cette autorité tranquille que Souad avait toujours eue. Chahinez reprit sa marche lentement, les yeux fixés sur les pavés devant elle.
— Le soir en visio t'as un sourire que je t'ai pas vu depuis longtemps. Le matin quand tu m'appelles sur le chemin, t'es ailleurs complètement. Je suis ta sœur tu sais ? Je te connais par cœur !
Chahinez ne répondit pas tout de suite. Elle chercha une esquive, une remarque légère, n'importe quoi pour gagner du temps. Mais Souad la connaissait trop.
— C'est compliqué, je ne sais pas comment en parler, finit-elle par souffler.
— Compliqué comment ?
— Compliqué comment ?
Un silence. Chahinez ferma les yeux une seconde.
— Je sais pas ce qui m'arrive, murmura-t-elle.
Souad ne répondit pas immédiatement. Chahinez l'entendit inspirer doucement, comme quelqu'un qui prend le temps de peser ce qu'il va dire plutôt que de réagir à chaud.
— Il te rend heureuse ?
— Bien plus Soussou, murmura Chahinez. Sans hésiter.
— Bien plus Soussou, murmura Chahinez. Sans hésiter.
Un silence plus long cette fois. Pas un silence de jugement. Plutôt celui de quelqu'un qui réfléchit vraiment, qui mesure.
— Vous êtes sûrs tous les deux ? Sûrs que c'est pas juste... la distance depuis qu'il est parti à Paris, le fait d'être loin de tout ce qu'on connaît ? Prends pas le risque de perdre tout ce que vous avez construit depuis que vous êtes gamins. Et ça... ça se reconstruit pas, et tu le sais !
Chahinez s'arrêta à nouveau, le souffle légèrement court. Elle savait que sa sœur avait raison. Que derrière cette question il n'y avait aucun reproche, aucune morale, juste cette lucidité froide et aimante qui avait toujours été la marque de Souad.
— Je sais, ça me hante mais c'est plus fort que moi, dit-elle doucement.
— Et la famille... t'as pensé aux autres ? Pas à tata, ni maman d'ailleurs. Aux autres. Tu sais on le connaît toutes les deux ma puce celui qui cherche toujours quelque chose à se mettre sous la dent. Et tu sais qu'il craque sur toi donc s'il l'apprend...
— Et la famille... t'as pensé aux autres ? Pas à tata, ni maman d'ailleurs. Aux autres. Tu sais on le connaît toutes les deux ma puce celui qui cherche toujours quelque chose à se mettre sous la dent. Et tu sais qu'il craque sur toi donc s'il l'apprend...
Chahinez savait exactement de qui elle parlait. Ces regards qui observent, ces langues qui travaillent dans l'ombre, et surtout ce cousin connu pour son commérage. Une famille, c'est aussi ça. Pas seulement la chaleur et les grandes tablées. C'est aussi les jalousies silencieuses, les non-dits qui deviennent des armes.
— Je sais, répéta-t-elle.
— Alors faites attention. Pas à ce que vous ressentez. À comment vous le vivez. Parce que vous méritez que ça soit beau... tous les deux.
— Alors faites attention. Pas à ce que vous ressentez. À comment vous le vivez. Parce que vous méritez que ça soit beau... tous les deux.
Un silence doux s'installa entre elles.
— T'en parles à personne, Soussou.
— Tu me prends pour qui ? Respire ma chérie, je serai toujours là pour toi... enfin pour vous maintenant !
— Tu me prends pour qui ? Respire ma chérie, je serai toujours là pour toi... enfin pour vous maintenant !
Puis, plus bas, avec ce sourire qu'on devinait sans le voir :
— Il est au courant que t'es dingue de lui au moins ?
Chahinez laissa échapper un rire malgré elle, bref, libéré.
— Je crois... oui.
— Chérie, sois sage quand même... je suis pas conne au point de croire qu'il dort sur le canapé hein ! Je veux pas jouer la chieuse mais je compte sur toi. Pas la peine de me répondre Flifla car ça fait trois visio qu'on fait le soir avec le coussin et la couette au même endroit sur ce canapé. Contrôlez-vous !
— Chérie, sois sage quand même... je suis pas conne au point de croire qu'il dort sur le canapé hein ! Je veux pas jouer la chieuse mais je compte sur toi. Pas la peine de me répondre Flifla car ça fait trois visio qu'on fait le soir avec le coussin et la couette au même endroit sur ce canapé. Contrôlez-vous !
L'appel se termina simplement, sans drame. Chahinez rangea son téléphone et resta un instant immobile sur le trottoir, le cœur un peu plus léger qu'avant. Pour la première fois depuis le début, elle n'était plus seule à porter ça. Souad savait. Et Souad, c'était un rempart.
Elle reprit sa marche vers l'appartement, vers lui, et dans cette lumière de fin de journée qui dorait les façades de Paris, elle se surprit à accélérer légèrement le pas.
Chahinez termina le chemin presque sans s'en rendre compte, portée par cette impatience douce qui lui faisait raccourcir les distances. Lorsqu'elle poussa la porte de l'appartement, une sensation familière l'accueillit aussitôt, comme si tout ici s'était accordé à son rythme depuis quelques jours. Elle posa ses affaires, retira ses chaussures d'un geste fluide et traversa les pièces sans s'attarder avant de disparaître dans la chambre. Elle en ressortit quelques minutes plus tard changée, vêtue d'un pantalon près du corps en coton souple qui épousait ses hanches avec naturel et dessinait sans effort la courbe pleine de ses fesses, et d'un débardeur léger qui laissait ses épaules nues, simple en apparence mais terriblement flatteur dans la manière dont il accompagnait ses formes. Elle passa rapidement par la salle de bain, se rafraîchit le visage, remit ses cheveux en place avec soin, puis déposa une touche discrète de parfum au creux du cou avant de rejoindre la cuisine.
Son téléphone vibra au moment où elle attrapait une planche à découper. Elle répondit en visio, ajusta ses écouteurs sans fil dans ses oreilles et posa le téléphone légèrement incliné contre un pot, de façon à garder Souad dans son champ de vision. De l'autre côté de l'écran, sa sœur était elle aussi en cuisine, téléphone posé, écouteurs en place, occupée à préparer quelque chose, le cadre bougeant légèrement au rythme de ses gestes.
— Regarde-moi ça... madame s'installe tranquille... lança Souad avec un sourire en coin.
Chahinez leva les yeux vers l'écran, esquissa un rire discret en ouvrant le frigo et en sortant quelques légumes qu'elle aligna devant elle avec application.
— Arrête... je viens juste de rentrer...
— Oui oui... et direct en cuisine... j'ai compris... répondit Souad en découpant des pommes de terre en frites, sans insister davantage, comme si tout était déjà clair entre elles.
— Oui oui... et direct en cuisine... j'ai compris... répondit Souad en découpant des pommes de terre en frites, sans insister davantage, comme si tout était déjà clair entre elles.
Leurs gestes se synchronisaient presque sans qu'elles y prêtent attention, chacune s'affairant dans sa cuisine, échangeant des regards rapides à travers l'écran entre deux mouvements. Souad jeta un coup d'œil à ce que Chahinez préparait et reprit avec naturel :
— Fais une tchouktchouka, c'est parfait avec ce temps... léger, rapide... et ça lui ira très bien.
Chahinez hocha légèrement la tête en commençant à découper, ses gestes précis, presque appliqués, mais portés par une attention qui allait au-delà du simple repas.
— C'est ce que je me disais...
L'huile commença à chauffer doucement, les premières odeurs à monter, et leurs voix continuaient de circuler entre les bruits de cuisine. Souad, de son côté, remua sa propre préparation avant de revenir vers l'écran.
— Fais pas trop cuire les poivrons... laisse-les un peu croquants...
Chahinez sourit sans lever complètement les yeux.
— Oui chef...
Un silence s'installa, léger, confortable, rempli par les gestes et les regards qu'elles s'échangeaient sans avoir besoin de parler constamment. À un moment, Chahinez s'arrêta une seconde, la cuillère en main, son regard glissant presque malgré elle vers l'entrée de l'appartement.
Souad observa sans rien dire, puis esquissa un sourire plus tendre.
— T'es bien, hein...
Chahinez releva les yeux vers l'écran cette fois, son sourire ne cherchant plus à se cacher.
— Qu'est-ce que tu peux être garce quand tu t'y mets ! Non, c'est juste un bruit sur le palier, madame curieuse.
Elle reprit doucement sa préparation, comme si de rien n'était, mais son sourire persistait.
Souad éclata d'un petit rire, secouant la tête avant de poser ses mains sur le plan de travail.
— Ouais ouais... le palier... et moi je cuisine pour le voisin aussi pendant que t'y es...
Chahinez leva les yeux au ciel sans vraiment chercher à se défendre, continuant de remuer sa poêle avec application.
Souad la détailla un instant à travers l'écran, puis plissa légèrement les yeux avec ce regard typique qu'elle avait quand elle s'apprêtait à piquer là où il fallait.
— Par contre... ton pantalon là... faut qu'on en parle...
Chahinez fronça les sourcils, faussement méfiante.
— Quoi, mon pantalon ?
Souad esquissa un sourire en coin, clairement amusée.
— Il épouse tellement tes formes que même moi j'ai vu passer l'info à travers l'écran... alors lui... j'imagine même pas...
Chahinez laissa échapper un rire franc, baissant légèrement la tête en continuant de cuisiner, comme si elle encaissait sans vraiment nier.
— T'abuses...
Mais elle ne chercha pas à corriger quoi que ce soit, ni dans sa tenue, ni dans son attitude.
Souad insista à peine, savourant déjà la réaction.
— Non, j'abuse pas... tu crois que j'ai pas vu comment ça tombe derrière quand tu te retournes ?
Chahinez secoua la tête, amusée malgré elle, puis haussa légèrement les épaules en goûtant sa préparation.
— Tant qu'il aime ça... moi ça me va...
Le ton était léger, presque détaché, mais il n'y avait plus rien à cacher derrière.
Souad la regarda quelques secondes sans rien dire, un sourire doux venant remplacer la taquinerie.
— Voilà... c'est ça que je voulais entendre...
Et pendant que Chahinez retournait à ses gestes, concentrée, tranquille, avec cette chaleur qui montait doucement dans la cuisine, tout semblait à sa place, comme si ce qu'elle vivait n'avait plus besoin d'être protégé, seulement vécu.
Chahinez continuait de s'activer, concentrée mais détendue, lorsque Souad, toujours posée sur son plan de travail, releva légèrement le menton avec ce regard malicieux qu'elle avait quand une idée lui traversait l'esprit.
— Bon... montre-moi un peu cet appartement... profite qu'il soit pas là...
Chahinez leva les yeux vers l'écran avec un sourire amusé, essuyant rapidement ses mains avant d'attraper son téléphone.
— T'es grave toi...
— Vas-y Flifla, fais pas ta timide... j'veux voir où tu vis maintenant...
— Vas-y Flifla, fais pas ta timide... j'veux voir où tu vis maintenant...
Sans vraiment résister, Chahinez quitta la cuisine et se mit à faire lentement le tour, caméra tournée vers le salon. Elle montra le canapé, les coussins soigneusement remis, la table basse rangée avec cette attention presque invisible qu'elle mettait désormais dans chaque détail.
Souad observa en silence quelques secondes, puis souffla avec un sourire en coin :
— Hmm... le canapé a l'air bien... reposant surtout...
Chahinez leva les yeux au ciel en comprenant parfaitement où elle voulait en venir.
— T'abuses...
Mais son sourire ne la quittait pas.
Souad ne s'attarda pas, laissant passer la remarque comme une simple taquinerie avant de reprendre, toujours légère.
— Allez... la chambre maintenant...
Chahinez hésita une fraction de seconde, puis céda encore, avançant jusqu'à la porte qu'elle poussa doucement. La pièce apparut, simple, ordonnée, le lit défait avec cette trace de vie qu'on ne cherche plus à masquer.
Souad pencha légèrement la tête, observant avec plus d'attention cette fois, puis laissa échapper un petit rire.
— Bon... question sérieuse... tu dors à gauche ou à droite ?
Chahinez éclata de rire malgré elle, reculant légèrement la caméra comme pour échapper à la question.
— Mais t'es insupportable...
— Non mais je demande... c'est important... faut être organisé dans la vie... reprit Souad avec un sérieux feint, avant de sourire à nouveau. Fais juste attention... prends ton temps... profite... mais reste lucide ma belle...
— Non mais je demande... c'est important... faut être organisé dans la vie... reprit Souad avec un sérieux feint, avant de sourire à nouveau. Fais juste attention... prends ton temps... profite... mais reste lucide ma belle...
Le ton n'avait rien de lourd. C'était dit avec douceur, presque enveloppé dans la blague, mais le fond, lui, était bien là.
Chahinez la regarda à travers l'écran, son sourire se faisant un peu plus tendre.
— T'inquiète...
Souad hocha la tête, satisfaite, puis tapa doucement dans ses mains comme pour clôturer le moment.
— Bon allez, retourne à ta cuisine avant de tout cramer... moi aussi j'ai encore à faire...
Chahinez revint vers la cuisine, reposa le téléphone, ajusta une dernière fois sa préparation pendant que sa sœur rangeait de son côté.
— On s'appelle plus tard ? lança Souad.
— Oui...
— Et sois sage... enfin... juste un peu...
— Oui...
— Et sois sage... enfin... juste un peu...
Chahinez secoua la tête en riant doucement.
— Va finir tes frites...
Elles raccrochèrent dans un sourire partagé, et le silence revint dans l'appartement, mais un silence plein, habité.
Chahinez reprit ses gestes, termina les derniers ajustements, dressa la table avec soin, sans précipitation, comme si chaque détail comptait. Elle jeta un dernier regard autour d'elle, inspira doucement, puis passa une main sur ses cheveux, réajustant une mèche presque machinalement.
La porte s'ouvrit quelques instants plus tard.
Elle se retourna aussitôt.
Lotfi venait à peine d'entrer qu'elle était déjà là, face à lui, son regard accroché au sien avec une intensité nouvelle, sans détour, sans retenue. Elle ne parla pas tout de suite. Elle s'approcha simplement, lentement, comme attirée, puis posa sa main sur sa joue avec une douceur pleine.
— Enfin te voilà mon amour...
Le mot lui échappa presque dans un souffle, mais dans la manière dont elle le disait, tout y était déjà, l'attente, le manque, le plaisir simple de le retrouver.
Sans lui laisser le temps de répondre, elle se hissa légèrement vers lui et posa ses lèvres sur les siennes dans un baiser lent, enveloppant, qui n'avait rien d'hésitant. Elle ne se retira pas tout de suite, prolongea le contact, comme si elle s'autorisait enfin à rester dans ce moment sans le fuir.
Lorsqu'elle recula légèrement, son regard ne le quittait pas.
— Tu m'as manqué...
Puis, sans transition, son nez se plissa légèrement et elle eut un petit mouvement de recul en le regardant de haut en bas, un sourire malicieux venant remplacer la douceur.
— Pffff... pitié mon amour... on dirait que t'as pris avec toi toute l'huile du grec !
Lotfi resta une seconde surpris, puis éclata de rire, secouant la tête.
— Ah ouais carrément...
Chahinez attrapa sa main sans lui laisser le temps de protester et l'entraîna déjà vers la salle de bain.
— Non non, y'a pas de débat... douche urgente ! Rends-moi mon bébé d'amour vite.
Il leva les mains en signe de reddition, toujours amusé, et disparut dans la salle de bain pendant qu'elle restait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés, à le surveiller.
Quelques secondes plus tard, elle entrouvrit la porte sans gêne, rentra à l'intérieur.
— Eh ! je te connais... traîne pas !
Son regard glissa malgré elle sur lui, nu sous le jet d'eau, et un sourire amusé étira ses lèvres.
— Sérieusement... dépêche-toi chéri.
Elle secoua la tête en riant doucement et referma la porte avant de retourner vers la cuisine, laissant derrière elle une légèreté nouvelle, presque joyeuse, comme si leur complicité avait trouvé un autre rythme, plus libre, plus vivant.
Et dans cet échange simple, dans ces rires partagés, il y avait peut-être encore plus que dans tous les mots qu'ils n'avaient pas dits.
Lorsqu'il la rejoignit, ils passèrent à table, le repas s'enchaînant dans une atmosphère légère. Sitôt fini, Chahinez prit les devants pour débarrasser sans s'attarder.
— Ça te dit un thé sur le balcon, mon bébé ?
Elle n'attendit pas vraiment sa réponse et se remit déjà en mouvement, occupée dans la cuisine, de dos, avec cette manière tranquille qu'elle avait de faire les choses sans se presser. Lotfi, lui, resta un instant affalé sur le canapé, le regard accroché à elle, sans chercher à s'en cacher.
Elle le sentait, ça l'amusait d'ailleurs.
Chahinez laissa passer quelques secondes, puis esquissa un sourire avant de lancer, toujours sans se retourner :
— Chéri ? Vu que t'as l'air de bien apprécier la vue... tu trouves que j'ai un gros cul ?
Lotfi laissa échapper un rire surpris.
— Hein ?
Elle haussa légèrement les épaules, jouant avec la situation.
— Non parce que Souad m'a vanné toute la soirée en cam... apparemment ce pantalon me fait des fesses énormes. Tu trouves ?
Il s'approcha lentement derrière elle, sans détour, ses mains venant se poser naturellement sur ses hanches.
— Franchement ? souffla-t-il avec un sourire dans la voix. Elles sont très bien comme elles sont...
Ses doigts épousèrent doucement la courbe.
— Moi j'adore...
Chahinez laissa échapper un rire, se laissant légèrement aller contre lui.
— Ah ouais carrément, t'adores ?
— Et puis entre nous... reprit-il, plus joueur, si elle te dit ça, c'est surtout parce qu'elle est jalouse...
— Et puis entre nous... reprit-il, plus joueur, si elle te dit ça, c'est surtout parce qu'elle est jalouse...
Elle se retourna à moitié, amusée.
— Jalouse ?
— Évidemment... répondit-il tranquillement. Tu peux lui dire, je pense qu'elle est jalouse de tes fesses.
— Évidemment... répondit-il tranquillement. Tu peux lui dire, je pense qu'elle est jalouse de tes fesses.
Elle leva les yeux au ciel en riant.
— Je vais lui dire, t'inquiète...
Ils éclatèrent de rire tous les deux, portés par cette complicité qu'ils retrouvaient enfin, libérée de tout ce qui l'avait retenue jusque-là.
Ils sortirent sur le balcon avec leurs verres encore chauds, la nuit tombant doucement sur le parc des Buttes-Chaumont. Chahinez se blottit naturellement contre lui, retrouvant sa place sans réfléchir, et un calme simple s'installa entre eux, chargé de tout ce qu'ils n'avaient plus besoin de dire.
Lotfi tourna légèrement la tête vers elle, et leurs regards se croisèrent. Le baiser vint presque aussitôt, spontané, plein, comme une évidence. Elle glissa sa main dans sa nuque, il la rapprocha contre lui, et pendant quelques secondes, ils se laissèrent simplement emporter, heureux d'être là, ensemble.
Lorsqu'elle s'écarta, un sourire lui échappa aussitôt.
Puis son regard glissa plus bas, et elle laissa échapper un petit rire.
— Attends...
Elle recula légèrement, amusée.
— Je vais peut-être attendre que tu bandes moins avant d'appeler Souad... elle voulait de tes nouvelles...
Lotfi la regarda, mi-surpris, mi-amusé.
— T'es folle...
Chahinez haussa les épaules avec un sourire malicieux.
— Bah mon chéri... ça capte déjà très bien là... on va éviter d'ajouter une antenne en plus, non ?
Ils éclatèrent de rire tous les deux, emportés par la légèreté du moment.
Chahinez attrapa son téléphone, encore amusée, et lança l'appel en visio.
Le visage de Souad apparut à l'écran presque immédiatement, son regard balayant d'abord Chahinez avant de s'arrêter une fraction de seconde sur Lotfi, comme pour prendre la mesure de la scène sans en avoir l'air.
— Ah ben voilà... lança-t-elle avec un sourire tranquille, ça fait plaisir de vous voir... sans les mamans...
Chahinez esquissa un sourire en coin en comprenant immédiatement la nuance, tandis que Lotfi, lui, se contenta d'un léger rire sans relever.
Souad se redressa légèrement, attrapa quelque chose hors champ puis revint dans le cadre avec une cigarette entre les doigts.
— Attendez... bougez pas... je vais m'en griller une...
Chahinez leva les yeux, amusée.
— Sérieux ?
— Bah quoi ? Elles sont pas là... faut bien profiter un peu de la liberté...
— Bah quoi ? Elles sont pas là... faut bien profiter un peu de la liberté...
Lotfi haussa un sourcil, mi-amusé mi-sérieux.
— Tu devrais pas...
Souad éclata de rire en allumant sa cigarette.
— Ok docteur... répondit-elle en tirant une première bouffée, avant de plisser légèrement les yeux avec malice. D'ailleurs... comment ça se passe ? On m'a dit que t'avais fait une opération à cœur ouvert sur un kebab...
Un silence d'une demi-seconde, puis les trois éclatèrent de rire presque en même temps.
Lotfi secoua la tête en souriant.
— N'importe quoi...
— J'te jure... enchaîna Souad, hilare, réputation internationale maintenant...
— J'te jure... enchaîna Souad, hilare, réputation internationale maintenant...
Chahinez se pencha légèrement vers l'écran, encore en train de rire.
— Elle va jamais te lâcher avec ça...
— Jamais... confirma Souad en pointant son doigt vers lui, c'est dans le dossier maintenant...
— Jamais... confirma Souad en pointant son doigt vers lui, c'est dans le dossier maintenant...
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