Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Première Nuit à Bordeaux — Chapitre 1 · Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Première Nuit à Bordeaux
Chapitre 1 · Chapitre 1
Je m'appelle Sophie. J'ai vingt-huit ans. Je suis photographe indépendante. Je travaille surtout pour des magazines de décoration. Des intérieurs, des objets, de la lumière immobile. Ma vie est réglée. Mes journées sont prévisibles. Ce qui s'est passé à Bordeaux ne l'était pas du tout.
On m'avait envoyée couvrir un hôtel particulier rénové dans le quartier Saint-Pierre. Trois jours de shooting. Arrivée le mercredi soir. Premier jour de travail le jeudi matin. J'ai pris le TGV de Paris. Le train était bondé. J'ai travaillé sur mon ordinateur pendant les deux heures de trajet. Calibrage des objectifs, notes du client, plan des pièces.
À la gare Saint-Jean, j'ai attrapé un taxi. L'hôtel où je logeais était petit. Une dizaine de chambres dans un immeuble du dix-huitième siècle, rue Sainte-Catherine. Ma chambre était sous les combles. Plafond bas, poutres apparentes, une baignoire ancienne derrière un paravent. J'ai posé ma valise. J'ai vérifié mon matériel. Puis je suis sortie dîner.
C'est au restaurant que je l'ai remarqué.
Il était assis seul au bar. Un homme d'une quarantaine d'années. Des cheveux gris aux tempes. Une barbe de trois jours soignée. Il lisait un livre de poche en buvant un verre de blanc. Son veston était posé sur le tabouret voisin. Les manches de sa chemise relevées. Il avait des avant-bras bronzés. Des mains larges. Il tournait les pages lentement. Comme quelqu'un qui savoure.
Je me suis installée à une table près de la fenêtre. J'ai commandé du poisson et un verre de vin. La salle était à moitié vide. Un mercredi soir ordinaire. De ma place, je le voyais de profil. Il n'a pas levé les yeux de son livre. Pas une seule fois. Cette concentration m'intriguait.
Mon plat est arrivé. J'ai mangé en regardant la rue. Les lampadaires allumaient les pavés mouillés. Il avait plu dans l'après-midi. Bordeaux sentait la pierre humide et le fleuve. Une ville qui prend son temps. J'ai toujours aimé ce rythme.
En demandant l'addition, j'ai fait tomber mon téléphone. Il a glissé du bord de la table. J'ai plongé pour le rattraper. Trop tard. Il a rebondi sur le carrelage et s'est arrêté sous le tabouret de l'homme au bar.
Il s'est penché, l'a ramassé, et me l'a tendu.
— Pas de fissure ; vous avez de la chance.
Il avait une voix grave. Posé. Un sourire discret. De près, ses yeux étaient gris-vert. La couleur de la Garonne sous un ciel couvert.
J'ai pris le téléphone. Nos doigts se sont frôlés. Une seconde. Rien de plus. Mais j'ai senti quelque chose. Un picotement électrique qui est remonté jusqu'à mon coude. Je l'ai remercié. Il est retourné à son livre. J'ai payé. Je suis sortie.
En marchant vers l'hôtel, je pensais à ses yeux. À ses mains. À cette voix. Je me suis dit que je ne le reverrais pas. Bordeaux est une grande ville. Et les coïncidences n'arrivent que dans les livres.
Le lendemain, je me suis levée tôt. Le shooting à l'hôtel particulier commençait à huit heures. La lumière du matin traversait les grandes fenêtres. Exactement ce dont j'avais besoin. J'ai travaillé toute la journée. Poses longues. Trépieds. Réflecteurs. Un travail minutieux et solitaire. Vers dix-sept heures, la lumière est devenue trop chaude. J'ai rangé mon matériel.
En sortant de l'hôtel particulier, je l'ai vu. Assis à la terrasse du café d'en face. Le même livre. Un café devant lui. Cette fois, il m'a vue aussi. Il a levé son livre en guise de salut. Un geste simple. Presque amusé.
J'ai hésité. Puis j'ai traversé la rue.
— Vous me suivez ou c'est le quartier qui est petit ? ai-je dit en m'asseyant face à lui.
— Le quartier. Je travaille dans le bâtiment d'à côté.
— Le quartier. Je travaille dans le bâtiment d'à côté.
Il s'appelait Marc. Il était œnologue-conseil. Il accompagnait des domaines viticoles dans leurs assemblages. Il était à Bordeaux pour la semaine. Nous avions le même hôtel. J'ai compris pourquoi il dînait au même restaurant la veille.
La conversation a coulé facilement. Il parlait du vin comme je parle de la lumière. Avec précision et passion. Il m'a expliqué qu'un assemblage, c'est un équilibre entre des forces contradictoires. L'acidité contre le sucre. La structure contre la rondeur. Qu'il faut goûter cinquante échantillons pour en retenir trois. Que le nez travaille mieux le matin. Que la fatigue du palais est réelle et qu'il faut savoir s'arrêter.
Je l'écoutais. Je retrouvais mes propres obsessions. La quête de la balance. Le moment où l'image est juste. Ni trop ni pas assez. Deux métiers de patience. De subtilité. De sensorialité. Cette parenté me touchait.
Nous avons commandé un deuxième café. Puis un troisième. Le soleil déclinait. Les façades de pierre blanche viraient au doré. Il m'a proposé de dîner ensemble. J'ai dit oui sans réfléchir.
Le restaurant qu'il a choisi était dans une petite rue derrière la place du Parlement. Douze tables. Des bougies. Un menu court qui changeait chaque jour. Il a commandé le vin. Un saint-émilion qu'il connaissait personnellement. Il avait travaillé sur l'assemblage deux ans plus tôt.
Le vin était extraordinaire. Il m'a demandé ce que je sentais. J'ai fermé les yeux. J'ai mis mon nez dans le verre. Quelque chose de sombre. Du fruit noir. Une pointe de fumée. Et au fond, quelque chose de plus doux. Comme du cuir ancien.
Il a souri.
— Vous avez un bon nez. Le cuir, personne ne le trouve du premier coup.
Ce compliment m'a fait plaisir de manière disproportionnée. Je sentais la chaleur du vin dans mon ventre. La chaleur de son regard sur mon visage. La bougie entre nous projetait des ombres mouvantes. Ses mains autour du pied de verre. Grandes. Assurées. Je les regardais et j'imaginais.
Le dîner a duré longtemps. Nous avons parlé de voyages. De solitude choisie. De cette habitude de vivre dans des hôtels qui finit par devenir un confort étrange. Un chez-soi temporaire. Un anonymat qui libère. Il comprenait. Il vivait la même chose. Deux nomades qui se reconnaissent.
En sortant, l'air était doux. Bordeaux en septembre. Cette tiédeur qui refuse de partir. Nous marchions côte à côte dans les rues pavées. Nos pas résonnaient. Nos épaules se frôlaient parfois. Ni l'un ni l'autre ne pressait le retour.
Devant l'hôtel, il a tenu la porte. Nous sommes montés ensemble. Le couloir du deuxième étage. Sa chambre était au fond. La mienne au début. Nous nous sommes arrêtés entre les deux portes.
Le silence s'est installé. Un silence chargé. Il me regardait. Son regard descendait sur ma bouche. Remontait. Lentement.
— Sophie.
Mon prénom. Prononcé bas. Comme une question et une réponse en même temps.
J'ai fait un pas vers lui. J'ai posé ma main sur son torse. Sous la chemise, je sentais la chaleur de sa peau. Les battements de son cœur. Rapides. En contradiction avec son calme apparent. Il a pris ma main. Il l'a portée à ses lèvres. Il a embrassé mes doigts ; un par un. Avec une lenteur qui m'a fait fermer les yeux.
— Chez moi ou chez toi ? ai-je murmuré.
— Chez toi. Tu as la baignoire.
— Chez toi. Tu as la baignoire.
J'ai ri. Un rire nerveux. Libérateur. J'ai ouvert ma porte. La chambre sous les combles. Les poutres. La lampe de chevet qui éclairait juste le lit. Il est entré derrière moi. La porte s'est refermée.
Il m'a embrassée doucement. Les mains dans mes cheveux. Sa bouche avait le goût du saint-émilion. Le baiser s'est approfondi. Nos langues se trouvaient. Se perdaient. Revenaient. Mes mains défaisaient les boutons de sa chemise ; une urgence calme. Méthodique.
Sa chemise est tombée. Son torse était brun. Musclé sans excès. La peau d'un homme qui vit dehors. Mes doigts traçaient les lignes de ses épaules. La courbe de ses pectoraux. La ligne de poils qui descendait vers sa ceinture. Il a fait glisser les bretelles de ma robe. Le tissu a coulé le long de mon corps. Il m'a regardée ; longuement. Avec la même attention qu'il porte aux choses qu'il goûte.
— Tu es belle, a-t-il dit. Comme une lumière d'automne.
Cette phrase. Si simple. Si juste. Elle m'a désarmée plus que n'importe quel geste.
Nous nous sommes allongés sur le lit. Ses mains exploraient mon corps avec la même lenteur qu'au dîner. Comme si chaque centimètre de peau était un cru à identifier. Sa bouche a trouvé mes seins. Il a pris un mamelon entre ses lèvres. Il a sucé doucement. Sa langue tournait autour de la pointe durcie. J'ai cambré le dos. Sa main caressait l'autre sein, le pressait. Le pouce roulait sur le mamelon. Une ligne de feu courait de ma poitrine jusqu'entre mes cuisses.
Il a descendu. Sa bouche traçait un chemin humide sur mon ventre. Quand il a atteint mon sexe, il a soufflé sur mes lèvres entrouvertes. J'ai gémi. Puis sa langue s'est posée sur moi. À plat. Large. Remontant lentement de mon entrée jusqu'à mon clitoris. J'ai agrippé les draps. Il avait la précision d'un homme qui sait écouter. Sa langue glissait entre mes lèvres. Récoltait ma mouille. La faisait remonter sur mon clitoris gonflé. Il le prenait dans sa bouche ; le sucait, le relâchait, revenait avec la pointe de la langue. Comme un assemblage. Trouver l'équilibre parfait.
Il a glissé un doigt en moi. Puis un deuxième. J'étais trempée. Ouverte. Ses doigts entraient sans résistance. Il les courbait à l'intérieur, trouvait le bon endroit, appuyait. Ma voix a monté d'un ton. Ses doigts me baisaient lentement pendant que sa bouche ne quittait pas mon clitoris. Le plaisir montait en spirale. Mes cuisses tremblaient. Ma main plaquait sa tête contre mon sexe. Je n'essayais plus de me contrôler. Je sentais la mouille couler sur ses doigts, sur le drap.
Le premier orgasme est venu par surprise. Un spasme violent. Mes hanches se sont soulevées. Mon sexe s'est contracté autour de ses doigts. J'ai crié. Il n'a pas arrêté. Sa bouche continuait, plus douce, mais insistante. Le deuxième est venu trente secondes plus tard ; plus long. Plus profond. Mon corps entier ondulait sous sa bouche. J'étais défaite.
Il a remonté vers moi. Son menton brillait de ma mouille. Je l'ai embrassé. Je me suis goûtée sur sa langue, mêlée au vin. Sa queue était dure contre ma cuisse. Je l'ai prise dans ma main. Épaisse. Chaude. Le gland lisse et humide. Je l'ai caressé ; il a gémi contre ma bouche. Il s'est placé entre mes jambes. Son regard cherchait le mien.
— Dis-moi si... a-t-il commencé.
— Viens.
— Viens.
Il a guidé son sexe contre le mien. J'ai senti le gland se presser contre mon entrée, écarter mes lèvres. Puis il a poussé. Lentement. Il est entré en moi centimètre par centimètre. J'ai entendu ma propre voix. Un gémissement long. Un son que je ne me connaissais pas. Il me remplissait complètement. Quand il a buté au fond, nous avons expiré ensemble. Il était gros. Je le sentais étirer mes parois. La sensation était à la limite entre le plaisir et la douleur.
Il a bougé. Lentement d'abord. De longs va-et-vient où je sentais chaque centimètre de sa queue glisser en moi. Entrer. Sortir. Me remplir à nouveau. Ma mouille facilitait chaque mouvement. Je l'entendais. Ce bruit humide de nos sexes qui se rencontraient.
Le rythme a changé. Plus ferme. Plus profond. Ses mains tenaient mes hanches. Il me tirait vers lui à chaque poussée. Je sentais ses couilles claquer contre mes fesses. Mes seins bougeaient au rythme de ses coups de reins. Il se soulevait pour me regarder. Ses yeux parcouraient mon corps. Puis il revenait contre moi. Sa bouche sur la mienne.
— Tu es incroyable, a-t-il soufflé. Si serrée ; si mouillée.
J'ai enroulé mes jambes autour de lui. Mes talons le tiraient plus profond. Je voulais tout. Mon bassin répondait à chaque poussée. Nous nous rencontrions au milieu. L'impact résonnait dans tout mon corps. Le plaisir montait encore. Ce troisième orgasme s'annonçait plus puissant que les précédents.
— Plus vite, ai-je dit. Ne t'arrête pas.
Il a accéléré. Ses hanches claquaient contre les miennes. Le lit tapait contre le mur. Mes ongles s'enfonçaient dans ses fesses. Je le tirais en moi à chaque coup. Sa respiration devenait erratique. Je sentais sa queue gonfler encore à l'intérieur de moi. Il approchait.
Quand j'ai joui, mon sexe s'est contracté autour du sien. Fort. Par vagues rapides. Il a grogné. Il a poussé une dernière fois. Profondément. Et je l'ai senti éjaculer en moi. Des jets chauds qui pulsaient ; qui me remplissaient. Nos orgasmes se mêlaient. Son sexe pulsait à l'intérieur de mes contractions. Un écho mutuel. Parfait.
Il est resté en moi longtemps. Front contre front. Nos cœurs battaient fort. Je sentais notre mélange couler lentement hors de moi. La chambre sentait le sexe. Le bois ancien. Et le saint-émilion.
Plus tard, il a fait couler la baignoire. Nous nous sommes glissés dedans ensemble. L'eau chaude. Nos jambes entrelacées. Le silence. Par la lucarne, je voyais un morceau de ciel étoilé. Bordeaux dormait.
Il caressait mon épaule du bout des doigts. Je me laissais flotter. L'eau refroidissait lentement autour de nous.
— Il te reste combien de jours de shooting ? a-t-il demandé.
— Deux.
— Et moi j'ai encore trois jours d'assemblages.
— Deux.
— Et moi j'ai encore trois jours d'assemblages.
Nos regards se sont croisés. Nous avons souri en même temps.
Deux jours. Trois nuits. Bordeaux en septembre. L'eau du bain refroidissait. Mais je n'avais pas froid du tout.
À suivre.
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