Deux foulards
Chapitre 1
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✦ Norcle Deux foulards XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Deux foulards — Chapitre 1

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Norcle
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Deux foulards

Chapitre 1

— Environ 6 000 mots - 20 à 25 minutes de lecture —
Jeudi soir. Il est un peu plus d'onze heures. Les lumières de leur petit appartement sont presque toutes éteintes. Seule une petite lampe de chevet, posée sur une petite table basse carrée dans un coin du séjour, brille. Une petite lueur qui vient s'ajouter à celle, changeante, du téléviseur allumé sur un meuble bas.
Le générique de fin démarre. "9 semaines ½" vient de se terminer. Lilly et Erwan sont plutôt déçus : ils avaient décidé de regarder ce classique du cinéma semi-érotique pour se coucher un peu moins bêtes. Et puis, un petit film coquinou à regarder ensemble n'est pas pour leur déplaire. C'est censé être une référence, beaucoup de films et séries évoquent la fameuse scène du strip-tease sur la chanson de Joe Cocker, ou encore la scène du réfrigérateur et des jeux de nourriture, mais ni elle, ni lui n'est vraiment rentré·e dans le film. Les deux protagonistes Elizabeth et John ont passé près de deux heures à s'aimer et à s'engueuler.
La distribution défile à l'écran : Adrian Lyne, Kim basinger, Mickey Rourke, etc. Des noms d'une autre époque, d'un autre siècle. Lilly et Erwan sont avachis en chien-de-fusil sur le canapé, chacun appuyé sur un accoudoir, leurs jambes mélangées au milieu. À moitié couverte par un plaid, Lilly ouvre le bal :
— Alors ? T'en as pensé quoi ? demande-t-elle
— Mouais, moyen-moyen. Content de l'avoir vu en tout cas. Ça manquait à ma culture cinématographique, voilà une bonne chose de faite !
— Ouais, pareil. Je suis assez déçue, tu m'avais bien vendu le truc.
— Oh ! Dis pas ça pour me faire culpabiliser !
— Non, non, c'était pas comme ça que je voulais le dire… Comme c'est toi qui t'y connais en films, et que tu disais que c'est un gros classique, que c'était coquin et tout, je m'étais faite des idées mais franchement, c'est bizarre ce film, leur relation et tout.
— Oui, je suis désolé de t'avoir embarquée là-dedans, j'aurais dû le regarder sans toi, c'est moi qui voulais le voir.
Le générique de fin continue, créditant sans se lasser les différentes interventions : la musique, le scénario, le maquillage. Des douzaines, probablement même plus d'une centaine de noms — de parfait·es inconnu·es pour la plupart du public — qui ont travaillé de concert pour fixer sur pellicule une histoire d'amour presque explosive, faites de tensions et de rabibochages convenus. Après quelques instants de silence, Lilly et Erwan continuent leur analyse du film et de leur ressenti.
— T'en as pensé quoi de quand il lui fait goûter des trucs, la scène du glaçon et le strip-tease ? reprend Lilly
— Ben, le coup de faire goûter les yeux fermés, ça peut être rigolo, en effet. Mais le miel étalé partout, j'ai tout de suite pensé aux draps dégueulassés et au fait qu'on doit être tout poisseux, pégueux à mort, ça doit être super chiant pour se doucher après… Pour le glaçon, j'ai trouvé ça sympa, mais frileuse comme tu es, je me suis dit que c'est pas demain la veille que tu accepteras de jouer avec moi dans la suite "9 semaines ¾"
— T'es fou ou quoi, mon cœur ? Rien que de regarder le glaçon, j'avais froid… T'as pas senti que je me suis encore plus emmitouflée sous le plaid quand il a commencé à lui poser dessus ? En plus, sur le téton mais il est malade ?
— Ben au moins, ça l'a fait dresser, rigole Erwan
— Et toi, tu crois que si je te trempe le truc dans un verre rempli de glaçons il va grandir ? Il va durcir, oui, mais en gelant, hi hi hi ! se moque Lilly en prenant son air machiavélique de Je-plaisante-mon-Amour !
— Ah ouais, et tu feras comment ?
Disant cela, avec une rapidité féline, Erwan se met à califourchon sur Lilly et lui attrape les poignets, les plaquant de part et d'autre de sa tête, contre le coussin du bras du canapé.
— Et beh ! Ça t'a donné des fantasmes de domination on dirait ce film !
Erwan se relâche aussitôt, se dégageant de Lilly.
— Euh franchement, non. J'ai pas aimé ce rapport qu'ils avaient. Autant le glaçon et le jeu de deviner la bouffe j'ai trouvé ça sympa, autant quand ils jouent au chat et à la souris, tout ça, ben j'aime pas vraiment…
— Ben moi, c'est presque l'inverse ! J'aime bien quand tu fais ton homme, que je sens un peu ta force. Mais c'est vrai que leur rapport était quand même un peu malsain, je reconnais.
Erwan se rassied sur le canapé. Il soulève les jambes de Lilly, toujours allongée mais à présent sur le dos, se glisse dessous puis les prend sur ses cuisses à lui. Il commence à lui caresser un pied et une cheville, tout en répondant. La peau de sa chérie est douce.
— Je comprends pas : c'est malsain ou c'est excitant ?
— Ben, c'est plutôt malsain, mais quand même un peu excitant… Tu me suis ?
— À ton avis ?
— T'es chiant à être si terre-à-terre, fait semblant de s'agacer Lilly
— Ouais, ben toi t'es qu'une fille ! Voilà ! Nous les Martiens, on pige jamais vos idées bizarres, à vous les Vénusiennes ! Comment ça peut être à la fois malsain et excitant ? Ça n'a aucun sens ! C'est comme si tu me disais que tu as très faim mais que t'as pas envie de manger… C'est débile !
Ils ont déjà eu ce genre de conversation mille fois. Si parfois, au début de leur relation, la conversation prenait un tour passionné et donc pouvait faire monter le ton, ils ont à présent appris - ou plutôt compris - que sur ce terrain, ils sont diablement différents. Lilly se contente de ressentir, et n'a pas peur des paradoxes. Elle a parfois du mal à exprimer clairement un mélange de sentiments mixtes, ce qui est somme toute parfaitement normal. Mais Erwan, lui, a dû mal à l'accepter. Pour lui, ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément
Phrase de Boileau
. En outre, les paradoxes ne devraient pas exister : soit on aime, soit on n'aime pas. Mais il n'y a pas de "J'aime ça mais j'aime pas trop mais en fait j'aime bien mais en fait qu'à moitié". Ça, ça le rend fou.
Ils s'en amusent désormais. Lilly a bien réussi à lui faire au moins admettre que les gens normaux sont comme ça : leur affect, leur psyché n'est pas binaire. Comme le monde, d'ailleurs. Le manichéisme n'existe pas : il y a un gradient infini de teintes grises pour passer du noir au blanc. Ce qui n'est pas noir n'est forcément blanc. Concept étrange pour Erwan. Mais si Lilly s'en est agacée parfois, aujourd'hui elle a compris son fonctionnement. Elle tente de lui expliquer comment elle ressent la relation Basinger-Rourke :
— Dans le principe, ça m'énerve qu'ils s'engueulent, qu'ils jouent à "Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis". Je suis comme toi là-dessus. Mais, au fond de moi, tout au fond, une certaine partie aime bien le côté mâle et dominateur de John. Le côté bad boy.
— Je suis pas un bad boy, moi, répond Erwan, faisant semblant d'être triste
— Nan, et c'est très bien.
— Pourquoi t'as dit que toi, tu penses l'inverse, alors ?
— Ce que je voulais dire, c'est que toi t'as bien aimé la scène du glaçon, et pas apprécié la relation d'Elizabeth et John. Ben moi, j'ai pas vraiment aimé le glaçon car je supporte pas le froid, et je n'ai pas entièrement détesté leur relation, car en partie j'ai pas détesté le côté bad boy de Rourke. En fait, je comprends un peu Basinger. Un peu. Tu me suis ?
— Oui et non. C'est plus clair, mais je pige pas comment tu peux à la fois aimer et pas aimer… Même si je l'accepte. Je devrais te surnommer Schrödinger
Schrödinger a proposé l'expérience de pensée pour tenter de démontrer l'absurdité proposée par la physique quantique que des particules peuvent être dans deux états opposés simultanément
, tiens !
Le générique s'achève. Sur les vieux films, les génériques de fin sont souvent courts, en général le temps d'une chanson de trois ou quatre minutes. Le silence envahit la pièce. Ils restent un peu dans leurs pensées. Erwan continue de caresser le pied de Lilly. Il joue avec ses orteils, caresse tendrement la malléole externe de sa cheville dont la peau est si fine.
— Par contre, y a un truc que j'ai bien aimé dans la scène du glaçon, annonce Lilly, relançant la conversation
— Ah, c'est quoi ?
— Le coup du foulard sur les yeux. J'ai trouvé ça assez excitant en fait !
— Ah oui ? réagit Erwan, intéressé
— Ouais ! J'ai trouvé ça très sensuel. Pas toi ?
— Pour elle ou pour lui ?
— Justement, je sais pas… Un peu les deux je crois…
— Ben tu préférerais que je te bande les yeux et te fasse des papouilles, ou que tu me bandes les miens et que tu t'occupes de moi ?
— Je sais pas trop… Les deux je crois ?
— En même temps ? s'étonne Erwan
— Pff… t'es bête ! Non ! Mais je crois que j'aimerais bien essayer les deux.
— Tu veux carrément qu'on essaie ?
— Pourquoi, t'aimes pas ? Ça te choque ? s'inquiète Lilly
— Ah non, pas du tout ! C'est juste que j'avais pas compris que tu voulais qu'on teste. Je pensais simplement que tu me disais que t'avais bien aimé…
— Et bien j'ai bien aimé… et ça me déplairait pas qu'on le tente un jour. Ça te dirait ?
— Mmmh… j'adore quand tu proposes des trucs… Je bande déjà un peu…
Lilly se redresse à moitié pour toucher l'entrejambe d'Erwan. C'est vrai qu'il y a un petit quelque chose qui se passe par-là.
— Et toi, t'en penses quoi ? Tu préfères me bander les yeux ou que je te le fasse ?
— Je crois que je préfère quand c'est toi qui a un foulard, et que tu es à ma merci sous mes caresses.
— Hé hé ! Les masques tombent ! Tu vois que tu aimes dominer !
— Euh…
— J'rigole ! Cherche même pas à répondre, Er.
Erwan se tait. Effectivement, il n'est pas très cohérent non plus. S'humaniserait-il, aux côtés de Lilly ? Pour ne pas trop perdre la face, il propose :
— On se fait un autre film, histoire que tu rattrapes les dix mille que tu as en retard ? Un court, si tu veux…
— Mouais… Tu proposes quoi ?
— Euh, dans les courts y a "L'homme invisible" par exemple. Il est super vieux, genre 33, donc il doit durer aux alentours d'une heure et quart. Sinon j'y pense, ajoute Erwan, y a un truc très court, c'est "La jetée". Je crois qu'il fait une demi-heure. "L'armée des 12 singes" en est un remake, en quelque sorte. Et comme je t'ai pas encore montré "12 monkeys", ça peut être un bon début, non ?
— Si tu le dis. Pourquoi tu dis que c'est en quelque sorte un remake ?
— En fait, c'est un truc un peu expérimental : on dirait une sorte de roman-photos. C'est une succession de photos de quinze ou trente secondes, avec une voix off qui raconte l'histoire.
— Wouah, c'est space, ton truc !
— Ça te tente ?
— On peut toujours commencer…
— Cool, je l'ai vu y a super longtemps, j'ai bien envie de me le refaire, là.
Ils s'installent et lancent le film. Rapidement, Lilly s'en désintéresse. Il avait raison : c'est bien un roman-photos narré, en noir & blanc de surcroit. C'est lent, la voix du narrateur est monocorde, et Lilly fatigue rapidement. Dix minutes après le début du film, elle annonce qu'elle va se coucher. Erwan est doublement frustré : il aurait voulu d'une part qu'elle regarde ce film avec lui et partage sa passion, et d'autre part passer la fin de soirée ensemble, en petit couple amoureux. Il répond distraitement qu'il la rejoint dans cinq minutes, captivé par le moyen-métrage.
Elle quitte le séjour et va dans la chambre. Erwan l'entend se brosser les dents dans leur petite salle de bain, mais ne réalise pas vraiment que le temps passe. Un tiroir de la commode s'ouvre puis se referme. Le lit craque un peu quand elle s'allonge, il se dit qu'il va arrêter le film, et finalement se laisse emporter par l'histoire.
La fin arrive. Il est ravi d'avoir pu revoir ce petit bijou, mais il réalise que sa chérie s'est couchée avant lui ! Ça y est ? Ils sont donc deux vieux cons qui se couchent à chacun leurs horaires ? C'est triste…
Un peu honteux, il entre dans la chambre dans la pénombre, la traverse et file dans la salle de bain. En passant, il entend à son souffle que Lilly dort. Il se brosse les dents, se déshabille entièrement, et se maudit durant tout ce temps d'avoir céder à l'appel des sirènes du septième art. Quittant la salle de bain, au moment d'éteindre, il a le temps d'apercevoir le lit dans la chambre légèrement éclairée par la lumière provenant de son dos et réalise trois choses : d'abord, Lilly n'est pas sous les draps mais installée par-dessus. Ensuite, elle n'est pas nue, alors qu'ils dorment toujours dévêtus (sauf quand Lilly a ses règles, ce qui n'est pas le cas actuellement). Enfin, elle a un bandana bleu marine qui lui ceint la tête au niveau des yeux.
Le début d'érection qu'il a eu une demi-heure plus tôt s'était bien évidemment envolé : il a eu le temps de se calmer et le fait d'être tout penaud en ayant oublié l'heure et s'étant laissé embarquer dans "La Jetée" n'aide pas à l'excitation. La main sur l'interrupteur de la salle de bain, il interrompt son geste pour admirer sa Belle : elle dort, allongée sur le dos, un bras le long du corps, l'autre plié avec la main sur la poitrine. Elle porte un long tee-shirt qui lui couvre pudiquement le pubis. A-t-elle une culotte dessous ? Elle respire lentement, profondément, calme et paisible.
Il reste ainsi une bonne minute, à l'admirer si tranquille, faiblement éclairée par l'ampoule peu puissante de la salle de bain. Il réalise à quel point sa vie a changé depuis qu'il la partage avec Lilly. Il sait qu'il l'aime, il le sait depuis longtemps, et ils en sont au "L word"
Le mot en L", pour "love" ; expression pour indiquer pudiquement que l'on aime quelqu'un
depuis de nombreux mois. Mais là, ce soir, à cet instant précis, il sent dans toutes ses fibres qu'il l'aime. Il le ressent plus que d'habitude. Une bouffée d'amour qui lui monte de partout. Son pénis ne se manifeste pas. Le moment n'est pas au sexe mais bien à l'Amour, à l'amour immatériel, au romantisme, à la communion d'esprits. Il éteint et s'approche doucement du lit. À tâtons, il allume la lampe de chevet du côté de Lilly. Le léger cliquetis ne la réveille pas. La douce lumière non plus, bandana oblige. Il hésite, mais très peu de temps : si elle est sur le lit, les yeux bandés après lui avoir clairement dit que ça l'excitait, c'est bien qu'elle attend quelque chose, non ? Qu'elle attend de lui qu'il lui fasse l'amour avec un bandeau sur les yeux… Si jamais elle n'apprécie pas, il lui sera toujours temps de se manifester.
Il se décide. À genoux sur le sol, à hauteur de ses épaules, Erwan commence à caresser très doucement, du bout des doigts, le bras nu de Lilly. Celui qui est étendu. Il démarre du milieu du triceps, là où s'arrête la manche de son haut, puis glisse vers le dos de sa main. Il fait ainsi quelques allers et retours, très doux. Lilly ne bronche pas, son bras ne tressaille pas. Il passe à un léger pétrissage : il malaxe tendrement ses bras, avant-bras et poignet. En atteignant la main, celle-ci bouge un peu, répond presque imperceptiblement à l'étreinte en se contractant à peine.
Il se lève et fait le tour du lit, s'assied avec précaution de son côté afin de ne pas l'éveiller, puis s'étend sur le flanc, tourné vers elle. Il recommence les opérations : d'abord quelques caresses très légères, toujours du bout des doigts, depuis le dos de la main posée entre ses seins jusqu'au milieu du bras, puis après une ou deux minutes, appuie un peu plus ses mouvements, attrapant gentiment ses muscles tout le long du bras. Il la regarde avec tendresse, malgré tout un peu gêné par le bandana qui l'empêche d'admirer son visage tout entier, de profiter de la paix qui s'en dégage.
Cela lui rappelle un poème de Prévert, qu'il avait découvert par hasard, et retenu presque malgré lui quand il avait une quinzaine d'années :
Trois allumettes une à une allumées dans la nuit :
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité tout entière
Pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras
Il prend conscience que Lilly sourit très légèrement. Est-ce dans son sommeil ? Est-ce que ce sourire est issu d'un rêve, est-ce qu'elle est à moitié réveillée et savoure la mains d'Erwan ? Il continue ses papouilles. Le grand tee-shirt qu'elle porte est très ample, et son encolure évasée est assez souple. Lâchant le deuxième bras, il s'attaque au cou et au décolleté. Là encore, il débute pas des frôlements. Il sent sa respiration un peu moins lente, un peu moins régulière. Un peu moins profonde aussi. Elle est consciente à présent, c'est sûr. Ses doigts s'enhardissent et se glissent légèrement sous le col, atteignant la naissance des seins. Ils s'égarent aussi vers le creux des bras, puis les épaules. Toujours sous le tissu, les mains d'Erwan s'avancent jusqu'à l'avant-bras de Lilly ressortant par la manche. Elle soupire. Plus de doute possible.
Comme pour confirmer, elle allonge le long du corps son bras plié. Sa poitrine n'est plus protégée que par le tee-shirt, bien faible barrière pour deux amoureux. Enlevant sa main, il se penche vers son visage et lui touche doucement la joue du bout du nez. Il se balade ainsi, parcourant toute la peau non couverte par le bandana : les joues, la mâchoire, la lèvre sous le nez, le menton, derrière la mandibule juste sous l'oreille, sous la mâchoire, le nez, etc. Il reprend ensuite le même tracé avec ses lèvres.
Lilly frémit de plus en plus souvent. Ses seins commencent à pointer, elle a envie de se passer une seconde la main sur le clitoris mais se réfrène, désireuse de ne pas bouger du tout, de rester à la merci d'Erwan. Une pensée fugace lui traverse l'esprit : peut-être même que si ses bras avaient été attachés en l'air à la tête de lit cela aurait augmenté son plaisir. Elle chasse cette absurdité de sa tête : elle n'est pas - ils ne sont pas - dans tous ces trucs de maîtres et de soumis.
Non, elle se concentre sur ses sensations, sur sa peau. Elle sent le souffle chaud d'Erwan qui s'échappe par son nez à quelques millimètres de son visage. Son très léger duvet à la surface de sa peau s'agite doucement sous le déplacement d'air, ses oreilles captent à peine le son de la respiration d'Erwan, qu'il essaie de contenir pour ne pas l'importuner en lui expirant trop fort dessus. Grâce au bandana, elle ne voit aucune ombre passer derrière ses paupières. Chaque mouvement est un mystère, chaque atterrissage des lèvres d'Erwan sur sa peau est une surprise. Une délicieuse surprise. Elle visualise la scène : elle allongée en tee-shirt de nuit sur son côté du lit avec son foulard sur les yeux, et lui à côté d'elle, sans doute nu comme d'habitude et probablement à quatre pattes, penché sur son visage pour lui faire des papouilles. Douce image ! Elle se demande s'il bande. Elle a envie de lancer sa main pour partir à tâtons et lui attraper le sexe. Mais elle se retient, désireuse de jouer le jeu au moins encore un peu.
Elle a deviné que les premiers passages d'Erwan sur son visage sont des touches avec le bout du nez. Au début, elle a cru que c'était ses doigts, mais elle a perçu la chaleur de sa tête toute proche, et a senti le matelas bouger comme il s'est penché vers elle. C'était déjà très agréable. Et maintenant il est passé à des baisers très légers, plus que légers même : un frôlement de sa bouche ponctué par un smack à peine perceptible malgré le silence à chaque fois que les lèvres d'Erwan quittent sa peau. Elle se retient de ne pas pousser de petits « Mmmhh » de contentement.
Depuis quelques secondes, il a encore changé d'instrument de torture : ce sont ses dents qui viennent pincer la peau de Lilly. L'érotisme monte encore d'un cran, qu'il est doué ! Il lui mordille le menton, lui attrape doucement le nez, la joue, la lèvre inférieure. Puis il s'approche de son lobe auriculaire et commence à jouer avec : il frotte le bout de son nez dessus pour le faire bouger, le chatouille avec ses sourcils de long en large, et finit par le saisir délicatement entre ses dents et l'agacer doucement.
Elle n'en peut plus et lance sa main à la recherche de la bite de son mec tout en poussant un petit gémissement de satisfaction à peine audible. Elle la repère facilement et l'empoigne. Elle est déjà bien dure et gonflée. Il n'y a pas que Lilly qui prend son pied, apparemment. Elle en a bien entendu déjà vues plusieurs, et tenues tout autant. Celle d'Erwan est la plus belle, la mieux proportionnée, la meilleure. Et encore, elle est complètement objective ! Elle adore la tenir, la masturber, la sucer, l'avoir en elle. Ce n'est qu'une bite, une infime partie d'Erwan… mais en même temps, c'est lui. Quelle elle l'a en elle, que se soit dans sa main ou dans sa chatte, c'est lui tout entier qu'elle possède. Elle commence à l'astiquer lentement, au rythme des mordillements de son lobe. Mais Erwan l'arrête rapidement :
— Nan. C'est toi qui profite, alors laisse-toi faire, lui susurre-t-il à l'oreille
Lilly accepte et arrête son mouvement semi-masturbatoire, mais ne lâche pas sa queue pour autant. Elle reste ainsi, étui pénien humain. Mais elle résiste un peu lorsque Erwan bouge, durcit son bras, ce qui fait que le moindre de ses mouvements de bassin fait coulisser sa queue dans la main ferme de Lilly. En un mot : il pourrait se branler dans sa main à elle s'il bougeait vite et dans l'axe.
— Tu triches, petite coquine…
Il reprend quelques instants ce qu'il faisait à l'oreille de Lilly, puis s'éloigne à nouveau, se redressant sur ses genoux. La main de Lilly, toujours autour de son sexe, la suit tant bien que mal.
— Allonge-toi sur le ventre, les mains sous la joue, souffle-t-il
Lâchant à regret son préssssieux, elle se retourne puis retend son tee-shirt afin qu'il lui masque les fesses. Il ne sait toujours pas si elle porte une culotte ou non. Elle tourne la tête vers lui, puis se cale les mains l'une sur l'autre entre sa joue et l'oreiller, les coudes complètement écartés. Erwan se lève et va au pied du lit. Il s'agenouille par terre puis commence à lui caresser les plantes de pied. Volontairement, ses pressions sont un peu fortes, l'idée n'étant pas de chatouiller mais bien de caresser, la sachant sensible de cet endroit-là. Il monte vers les mollets, s'arrête aux fosses poplitées, redescend vers les tendons d'Achille, les talons et les voûtes plantaires, puis retourne dans l'autre sens et fait là aussi plusieurs allers-retours, comme plus tôt sur ses bras. C'est à mi-chemin entre le massage et les caresses.
Puis, il lui écarte les jambes afin de poser ses genoux entre ses pieds à elle. Lilly sent le matelas s'enfoncer lorsqu'il s'installe. Ses mains s'attaquent à l'arrière des cuisses. Il remonte doucement jusqu'au tee-shirt qui lui couvre toujours intégralement les fesses jusqu'au haut des cuisses. Il continue les mêmes gestes, avec la même pression, et fait quelques va-et-vient. Ses pouces, bien écartés du reste des doigts, s'aventurent vers l'intérieur des cuisses de Lilly, ce qui procure à cette dernière des sensations plutôt agréables lorsqu'il est au ras du tee-shirt et donc pas très éloigné de son sexe. Sans être détrempée, sa chatte commence sérieusement à s'humidifier. Et l'approche répétée de son entrejambe par les doigts d'Erwan ne va pas enrailler le processus.
Elle sent de nouveau le matelas bouger un peu : Erwan s'est mis à quatre pattes. Il a toujours les genoux entre les mollets de Lilly, mais il vient de poser ses mains de part et d'autre de ses hanches. Pourtant, elle sent son tee-shirt se soulever doucement. Comment fait-il ? Il l'a tout simplement attrapé entre les dents le relève vers sa cambrure. Terriblement sensuel, comme geste. En l'entendant soupirer, elle devine qu'il voit ses fesses nues et qu'il est plutôt content du spectacle. Il s'en approche doucement et les embrasse un peu partout, l'une après l'autre. Il s'essaie à les mordiller, les aspirer, se frotter le visage contre elles. C'est bien plaisant.
Il soulève un bras et vient frôler du revers de l'index la fente qui commence doucement à chauffer, provoquant immédiatement un relèvement du bassin de Lilly pour faciliter l'accès. Mais la caresse ne dure que le temps de passer lentement entre les grandes lèvres. La main attrape fermement une fesse, presqu'en la claquant, ce qui fait sursauter légèrement Lilly. Erwan se décale, resserre les jambes de sa proie consentante, puis s'avance pour cette fois placer ses genoux autour des cuisses de sa Belle. L'accès à son petit minou devient presqu'impossible. Il a probablement d'autres plans en tête.
Effectivement. Glissant ses deux mains sous le tee-shirt, il lui griffe le dos de ses dix doigts, de bas en haut, sur toute sa longueur : du haut des fesses jusqu'à la nuque. Quand il atteint le haut, Lilly est prise d'un énorme frisson qui lui remue toute la colonne vertébrale. Redescendant ses mains, il continue à la griffer, décalant légèrement ses doigts pour stimuler d'autres parties de son dos.
— T'es à moi, ma Lilly !
— Oui, je suis à toi. Et toi, t'es à moi ?
— Daaaamn sure I am
Oh putain, oui
, dit-il en prenant un fort accent texan, traînant et tout. I'm aaaaaall yours, babe.
Je suis entièrement à toi

— Pour toujours ?
— For ever and a day, luv'
Pour l'éternité, ma belle
conclut-il en prenant cette fois un accent Cockney.
Lilly s'enflamme de plus en plus. Les ongles d'Erwan lui font comme une longue traînée de chaleur… et elle adore ça ! Après ses velléités d'être attachée d'il y a quelques minutes, serait-elle en train de succomber aux charmes du masochisme soft ? Il passe ses mains à plat comme pour calmer la légère irritation de son dos. C'est frais, c'est bon. Puis il essaie d'enlever le tee-shirt de Lilly. Elle l'aide un peu en soulevant sa tête et dégageant ses bras. Ça y est, elle est entièrement nue, tout comme lui. Erwan s'arrête encore. Il la contemple quelques secondes, éperdu d'amour.
Il se dégage de son corps, et la retourne sur le dos vers le centre du lit. Elle est allongée, les bras le long du corps. Ses seins aux mamelons contrastés pointent vers le plafond, il se régale les yeux. Son regard descend doucement, comme s'il la découvrait, comme s'il voulait retarder son plaisir. Son plexus solaire, qui se lève et s'abaisse bien plus vite que lorsqu'il a commencé à la caresser, puis son ventre, son nombril, son pubis presque noir, entretenu. Finalement, n'y tenant plus, il prend entre ses lèvres un téton dur et tendu. Il le pince doucement, y aventure sa langue, l'aspire un peu. Lilly lui attrape la tête à deux mains :
— Oh j'adore ! J'adore ce que tu me fais !
— Mmmppff…, tente d'articuler Erwan, la bouche pleine
— Je veux te sentir en moi, mais je veux aussi que tu me lèches un peu…
Erwan ne répond pas. Il s'attaque à l'autre sein, lui réservant le même sort qu'au premier. Cette fois-ci, une de ses mains accompagne sa bouche en lui pressant le premier sein, encore humide de sa salive. Et il lance sa deuxième vers le clitoris de Lilly. Bientôt, elle est stimulée à la fois du clito et des deux nichons, plaisir triple !
— C'est bon quand t'es partout.
Il s'attarde encore quelques instants en haut, puis décide d'aller rendre visite au petit bourgeon de sa chérie. Il se dégage la tête de ses mains et descend brusquement, s'installe entre ses cuisses en s'allongeant sur le ventre, puis sort la langue en faisant un bruit de bouche pour exciter Lilly. Elle tend sa chatte en avant. Il s'approche et sent la chaleur irradier. Les lèvres sont entrouvertes, laissant deviner de tendres muqueuses un peu plus claire que sa carnation naturelle. Il s'approche encore, et encore. Son nez touche presque son pubis… puis il s'écarte et lui mordille l'intérieur d'une cuisse. Il la rend folle. Par jeu, elle lui remet les mains sur la tête et le tire, le pousse, pour qu'il lui lèche le clito. Il résiste, aimant comme à son habitude se faire désirer et la faire languir. Il finit par se rapprocher… et s'attaque à l'autre cuisse de la même façon.
— Arrête, steup', j'en peux plus. Bouffe-moi, bouffe-moi la chatte, le clito, alleeeeez !
Erwan, grand seigneur, consent (ou "con sent" ?) enfin à s'occuper de son clitoris. Celui-ci est déjà bien en forme, dur et légèrement tendu. Il le happe entre ses lèvres et s'applique à faire autant de bien à Lilly qu'il l'aime. Il se rappelle le premier cunnilingus qu'il lui a fait, ce désastre. Et le suivant un quart d'heure plus tard, après quelques conseils de l'intéressée, et du succès qu'il a eu.
— Donne-moi ta bite, je veux te toucher !
— Hon hon, refuse Erwan, la langue cerclant son clito brûlant
Quelle tête de mule à jamais vouloir rien faire du premier coup !
— J'rigole pas, donne-moi ta bite, je la veux !
— O.K., je me mets sur le côté, mais on fait pas un soixante-neuf, accepte Erwan en s'interrompant le temps d'une phrase
— O.K., O.K. Dépêêêêche !
Il se met en position, puis reprend où il en était, mais à l'envers. Lilly lui attrape la queue et la secoue vigoureusement dès qu'elle l'a en main. Elle à envie de la presser, de la serrer de toutes ses forces, de se frotter le visage dessus, le cou, la bouche. De son côté, Erwan s'enivre sur le minou de Lilly. Il aspire, lèche, titille le clito. Parfois, il enfonce sa langue dans l'entrée du vagin deux ou trois coups, puis revient son petit bouton rose. Au bout de quelques minutes, il insère doucement index et majeur dans son con et entame un lent va-et-vient tout en lui suçant le clitoris.
— Mmmh, ça monte…
— Je te pénètre ?
— Oui, Erwan, pénètre-moi, enfonce-toi tout au fond de moi
— J'aime être en toi, tu sais !
— J'adore quand tu es en moi !
— T'es ma Lilly à moi
— T'es mon Erwan moi
Erwan se retourne à nouveau. Il s'allonge sur elle, qui l'attend cuisses ouvertes, et s'enfonce lentement, se guidant à peine avec la main. La sensation est merveilleuse. Lilly se sent emplie, complète, comme s'il lui avait toujours manqué quelque chose. La chaleur de sa bite au fond d'elle, le poids de son ventre sur le sien, ses jambes écartées pour sentir ses hanches contre l'intérieur de ses cuisses, ses couilles qui lui touchent le périnée et un peu les fesses, toutes ces sensations sont exquises ! Elle gémit longuement. Erwan ne bouge pas encore. Il s'est contenté de la pénétrer en entier et pour le moment, il savoure également. Quel moment délicieux !
Les mouvements ne tardent pourtant pas. D'abord un peu timides, sans beaucoup d'amplitude, les hanches d'Erwan entame un va-et-vient assez lent. Il recule peu, mais s'enfonce à fond à chaque coup. Lilly sent les fesses de son homme se contracter sous ses mains à chacun des coups de boutoir puissants et lents. Ils sont si bien, tous les deux. C'est l'Amour.
Lilly se serre de plus en plus contre Erwan, écrase sa poitrine contre lui. Il accélère son rythme peu à peu, gagne en amplitude. Elle se met à gémir de plus en plus, puis à chaque mouvement entrant. Brusquement, il lui arrache le bandana. Elle entrouvre les yeux, un peu éblouie.
— Je veux te voir jouir ! Tu veux bien jouir pour moi, mon amour ?
— Oui, fais-moi jouir
La passion continue, les mouvements se font encore un peu plus rapide. Lilly gémit, halète, se crispe. Elle maltraite une fesse d'Erwan, enfonçant ses ongles dans sa chair, tandis qu'elle enfouit sa tête dans le creux de son cou. Il comment à respirer de plus en plus vite, de plus en plus bruyamment. Ce côté animal excite encore plus Lilly. Il accélère, accélère encore, elle sait, elle sent qu'il va jouir. Ça déclenche une vague, un tsunami de plaisir au fond de son ventre.
— Jouis en moi, jouis en moi, vas-yyyy, jou… aaaahhhhh
Leurs orgasmes, comme souvent, sont simultanés. Il durent. Lilly est entièrement contractée, accrochée des quatre membres à Erwan, la tête toujours dans son cou. Lui est entièrement tendu, jambes et chevilles comprises, appuyé sur ses deux poings sous les aisselles de sa chérie. Il savoure cette fusion, cette communion quelques moments encore, puis se relâchent simultanément, l'un et l'autre. Il se dégage doucement et sort de Lilly qui le sent s'échapper à regret. Ils s'installent côte à côte, allongés sur le dos, les yeux au plafond. Ils ne parlent pas. Les souffles s'apaisent, le silence retombe et Lilly annonce :
— Demain, je sors un deuxième bandana.
— Hein ? Tu veux qu'on se bandent les yeux tous les deux ? Autant éteindre, ajoute-t-il, pragmatique
— Nan. J'ai envie que tu m'attaches chaque poignet à la tête de lit…
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Norcle
13 mai 2026 à 15:23
J’ai retrouvé […]

Merci.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Norcle
Norcle
13 mai 2026 à 15:22
[…] pour ton texte […]

Merci.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de L'épisto à l'air
L'épisto à l'air
13 mai 2026 à 08:44
J’ai retrouvé la tendresse de Erwan et Lilly, leur curiosité et leur désir qui font tout leur charme. Certaines scènes sont intenses, mais vous préservez leur part d’innocence dans leur façon de se découvrir, de se parler, et d’oser. Leurs fantasmes naissent dans la confiance, je trouve ça très érotique.
Ce sont deux amoureux qui s’aiment profondément, et vous sublimez cet amour avec le poème de Prévert, en apparence très simple, mais bouleversant de tendresse.
Et la quintessence (oh, ça me fait penser à quelqu'un, pas vous ? ;)), c’est quand ils jouent à être des héros de film érotique, et qu’ils finissent surtout par être deux amoureux incroyablement tendres et sincères.
Merci encore pour cette lecture ! :)
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Xaviernnrs
12 mai 2026 à 15:48
C'est le genre de texte qui te donne envie de manger des fraises de façon dramatique.
Par contre, j'ai testé la scène du frigo hier soir : entre le pot de cornichons qui finit par terre et le sirop d'érable sur le carrelage, on était moins sûr du Mickey Rourke que sur un épisode de « C'est du propre ».
Mais pour ton texte, rien à dire. Stay classy.
Soyez respectueux
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