Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La résidence des cèdres — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La résidence des cèdres
Chapitre 2
Le lundi matin de Catherine avait un goût de thé tiède et de tartines beurrées à la chaîne.
Charles était parti à six heures quarante-cinq, sa tasse de café encore fumante sur le comptoir, sa joue mal rasée effleurant la sienne. « Je rentre vendredi soir, peut-être samedi matin si le client traîne. » Sa voix était déjà ailleurs—dans sa voiture, sur l'autoroute, dans la salle de réunion de Nantes ou de Bordeaux. Catherine avait hoché la tête. Elle connaissait cette phrase par cœur. Elle l'avait entendue chaque lundi depuis douze ans, déclinée sur tous les tons, avec tous les clients, toutes les villes, tous les « peut-être » qui voulaient dire « probablement ».
Elle ne lui en voulait pas. Charles était un bon mari. Il aimait ses enfants, il aimait sa femme, il aimait son travail dans cet ordre-là—ou peut-être le deuxième et le troisième ex æquo, elle n'était plus très sûre. Il rapportait bien sa vie, il ne buvait pas, il ne criait pas, il la désirait encore deux fois par mois avec une régularité qui tenait plus du planning que de la passion. C'était un homme fiable. Un homme droit.
— Maman, Steven il a fini le lait.
Julie, huit ans, se tenait dans l'encadrement de la porte de la cuisine, son cartable déjà sur le dos, ses cheveux blonds emmêlés parce qu'elle refusait qu'on les brosse. Elle tenait la bouteille de lait vide comme une pièce à conviction.
— Steven a fini le lait, répéta Catherine. Et Steven, il est où ?
— Dans sa chambre. Il met ses chaussettes.
— Pendant que sa sœur prépare le petit-déjeuner.
— Il a dit que c'était le job des filles.
— Dans sa chambre. Il met ses chaussettes.
— Pendant que sa sœur prépare le petit-déjeuner.
— Il a dit que c'était le job des filles.
Catherine reposa sa tasse.
— Steven !
Un grognement lui répondit, suivi du bruit caractéristique d'un garçon de onze ans qui dévale l'escalier en sautant trois marches sur quatre. Steven apparut dans la cuisine, une chaussette à la main, l'autre déjà au pied, les cheveux en pétard. Il avait le visage de Charles—même mâchoire, mêmes yeux bleus—et l'énergie de quelqu'un qui n'a jamais douté de sa place dans le monde.
— J'ai pas dit ça.
— Julie mentirait ?
— Julie mentirait ?
Silence. Steven regarda sa sœur. Julie regarda Steven. Puis Steven haussa les épaules.
— C'est Kévin qui dit ça tout le temps. Son père il dit que les femmes c'est pour la cuisine et le ménage.
Catherine posa les deux mains à plat sur le comptoir.
— Et tu écoutes Kévin ?
— Ben...
— Kévin répète ce que son père dit. Son père est un crétin. Et toi, tu es le fils de Charles et Catherine, pas le fils du père de Kévin.
— Ben...
— Kévin répète ce que son père dit. Son père est un crétin. Et toi, tu es le fils de Charles et Catherine, pas le fils du père de Kévin.
Steven baissa les yeux.
— Ouais.
— Ouais quoi ?
— Ouais, j'écoute pas Kévin.
— Bien. Brosse-toi les dents, enfile ta deuxième chaussette, et prends une compote dans le placard. Julie, enfile tes chaussures, on va y aller.
— Ouais quoi ?
— Ouais, j'écoute pas Kévin.
— Bien. Brosse-toi les dents, enfile ta deuxième chaussette, et prends une compote dans le placard. Julie, enfile tes chaussures, on va y aller.
Les enfants s'éparpillèrent. Catherine but une gorgée de thé. Froid. Elle le finit quand même.
La dépose à l'école prit vingt minutes. Steven descendit le premier, claqua la portière, courut rejoindre ses copains sans se retourner. Julie prit son temps—elle ajusta son cartable, vérifia que sa gourde était bien fermée, embrassa sa mère sur la joue.
— À ce soir, maman.
Ses petits doigts s'attardèrent une seconde sur la main de Catherine. Puis elle partit, son cartable trop lourd qui appuyait sur ses épaules.
Catherine resta garée devant l'école une minute de plus. Le moteur tournait. La radio murmurait des informations qu'elle n'écoutait pas. Elle regardait la grille de l'école, les enfants qui s'engouffraient par groupes, les mères qui se disaient au revoir, les pères qui consultaient leur téléphone en marchant vers leur voiture.
Elle était la seule à rester immobile.
Elle coupa le moteur et fit ce qu'elle faisait tous les lundis : la liste mentale. Courses—le petit supermarché près du rond-point, celui qui a les yaourts que Julie aime. Ménage—les salles de bain, changer les draps de Steven, aspirateur dans l'escalier. Devoirs—vérifier la poésie de Julie, signer le mot du prof de maths de Steven. Repas—quelque chose avec du poulet, il restait des blancs au congélo.
La liste était la même chaque semaine. Les courses, le ménage, les devoirs, les repas. Les yaourts, les draps, la poésie, le poulet. Les lundis, les mardis, les mercredis, les jeudis. Les semaines, les mois, les années.
Catherine posa les mains sur le volant et regarda le tableau de bord. L'horloge indiquait huit heures. La journée s'étirait devant elle—vide et pleine à la fois, remplie de tâches qui ne remplissaient rien.
Elle démarra. Pas vers le supermarché.
La Résidence des Cèdres avait une piscine extérieure. Catherine y allait rarement. La piscine, c'était pour les week-ends, avec les enfants. Le lundi matin, on faisait les courses.
Le lundi matin, on faisait les courses.
Le lundi matin, on...
Elle gara la voiture sur le parking visiteur, prit son sac dans le coffre, et traversa le hall sans regarder la conciergerie. Madame Vernon était derrière son comptoir—elle la salua d'un signe de tête, et Catherine répondit par un sourire distrait.
Elle poussa la porte des vestiaires, trouva une cabine vide, se déshabilla.
Son maillot de bain était un bikini noir, simple, qu'elle avait acheté l'été dernier dans une boutique de plage à Arcachon. Le bas était échancré, mais pas trop. Le haut maintenait bien sa poitrine sans la compresser. Elle l'avait choisi parce qu'il était confortable, pas parce qu'il était joli. Le fait qu'il soit les deux était un hasard.
Elle se regarda dans le miroir des vestiaires.
Quarante-cinq ans. Deux enfants. Un corps qui attirait encore les regards—elle le voyait dans les yeux des hommes au supermarché, des pères devant l'école. Ses hanches étaient rondes, mais fermes, sa taille marquée malgré les grossesses, sa poitrine plus lourde qu'à vingt ans sans s'être affaissée.
Elle noua ses cheveux en queue-de-cheval, attrapa sa serviette, et sortit.
La piscine était déserte.
L'eau turquoise scintillait sous le soleil de septembre, à peine troublée par les buses de filtration. Les transats étaient alignés en rangs impeccables, les coussins encore gonflés de la rosée du matin. Les haies de troènes qui entouraient le bassin isolaient l'espace du reste de la résidence—on n'entendait ni la route, ni les voisins, ni rien d'autre que le clapotis de l'eau et le chant d'un merle quelque part dans les cèdres.
Catherine posa sa serviette sur un transat, retira ses tongs, et s'assit au bord du bassin. L'eau était fraîche sans être froide. Elle y plongea les jambes jusqu'aux mollets, puis jusqu'aux genoux, et resta là, les mains en appui sur le rebord en pierre, le visage tourné vers le soleil.
C'était bon.
Ce vide. Ce silence. Cette absence de liste. Personne ne l'appelait. Personne n'avait besoin d'elle. Elle n'était pas la mère de Steven, la mère de Julie, la femme de Charles. Elle était juste une femme au bord de l'eau, les jambes dans le turquoise, le soleil sur les épaules, et rien à faire.
L'expression résonna dans sa tête comme une langue étrangère. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle n'avait rien à faire. Même les soirs, même les week-ends, il y avait toujours quelque chose—un repas à préparer, un enfant à coucher, un mari à écouter, une machine à lancer. Le temps libre était toujours un temps emprunté, grignoté sur autre chose, teinté de culpabilité.
Là, non. Là, c'était du temps pur. Du temps à elle. Du temps pour rien.
Elle ferma les yeux.
Et c'est là qu'elle entendit le bruit.
Un frottement régulier, fluide, qui troublait la surface de l'eau à l'autre bout du bassin. Quelqu'un nageait. Quelqu'un qui était déjà là avant qu'elle n'arrive, qu'elle n'avait pas remarqué, absorbée par son propre silence.
Catherine rouvrit les yeux.
La nageuse arrivait dans sa direction, en crawl, avec des mouvements amples et précis. Une silhouette qui fendait l'eau sans éclaboussures, presque sans bruit, comme si le bassin s'écartait pour la laisser passer. Elle vit des épaules bronzées, des bras musclés, des cheveux bruns plaqués en arrière par l'eau. Elle vit le corps se retourner en arrivant au bord, toucher le mur d'une main, repartir dans l'autre sens sans s'arrêter.
Catherine suivit la nageuse des yeux.
Elle ne savait pas pourquoi.
Elle aurait dû se replonger dans sa contemplation du soleil, retourner à son vide, à son silence. Mais ses yeux ne se détachaient pas de cette silhouette qui allait et venait dans l'eau, de ces mouvements réguliers, de cette grâce mécanique. Elle regardait les bras qui fendaient l'eau, les jambes qui battaient doucement, le corps qui se retournait à chaque longueur avec la précision d'un métronome.
La nageuse s'arrêta.
Elle émergea à l'autre bout du bassin, s'accrocha au rebord, et resta là un moment, la tête hors de l'eau, reprenant son souffle. Puis elle se hissa hors du bassin en un seul mouvement fluide—les deux mains à plat sur le rebord, les épaules qui se contractent, le corps qui s'élève hors de l'eau comme si la gravité était une suggestion.
Elle était grande. Plus grande que Catherine. Les cheveux bruns ruisselants, les épaules larges, la taille fine. Elle portait un maillot une pièce noir, très simple, qui moulait ses hanches et ses cuisses. L'eau dégoulinait le long de ses jambes, sur ses pieds nus, formant une flaque sombre sur la pierre claire.
Elle attrapa sa serviette, se frotta les cheveux, puis s'approcha du bord du bassin— du côté de Catherine.
Catherine ne bougea pas.
La femme s'assit à un mètre d'elle, les jambes dans l'eau, la serviette sur les épaules. Elle avait des yeux très bruns, presque noirs. Ses cils mouillés lui donnaient un regard profond.
Elle tourna la tête vers Catherine et sourit.
— Bonjour.
— Bonjour, répondit Catherine.
— Vous êtes de la résidence ?
— Depuis cinq ans. 2B.
— 3B. Je viens d'emménager.
— Bonjour, répondit Catherine.
— Vous êtes de la résidence ?
— Depuis cinq ans. 2B.
— 3B. Je viens d'emménager.
Un silence. La femme ne le remplit pas. Elle se contenta de soutenir le regard de Catherine, ses cheveux ruisselants plaqués en arrière, l'eau qui dégoulinait sur ses épaules bronzées. Catherine remarqua la ligne de sa clavicule, la façon dont les gouttes suivaient la courbe de l'os avant de disparaître dans le maillot une pièce noir.
— Vous nagez tous les matins ? demanda Catherine.
— Tous les matins.
— Moi, je ne viens jamais.
— Pourtant vous êtes là.
— Tous les matins.
— Moi, je ne viens jamais.
— Pourtant vous êtes là.
Catherine ne trouva rien à répondre. La femme se leva, s'étira—un geste lent, animal, qui fit saillir les muscles de son dos et de ses épaules. L'eau ruissela le long de ses jambes, de ses cuisses, jusqu'à la pierre claire du bord.
— Je m'appelle Emma.
— Catherine.
— Catherine.
Emma hocha la tête, puis replongea.
Catherine la regarda faire ses longueurs jusqu'à ce que l'horloge du hall sonne neuf heures. Elle était en retard pour les courses. Elle ne se pressa pas.
Le lendemain, Catherine gara sa voiture à huit heures dix. Elle n'avait même pas fait semblant de penser aux courses. Elle avait enfilé son bikini noir, noué ses cheveux, et marché vers la piscine comme on marche vers un rendez-vous.
Emma était déjà dans l'eau.
Catherine ne s'assit pas tout de suite. Elle resta debout au bord du bassin, sa serviette contre la poitrine, et regarda. La silhouette qui fendait l'eau en crawl, les bras qui brassaient le turquoise avec une régularité de métronome, le corps qui se retournait à chaque longueur sans jamais ralentir. Les épaules qui roulaient sous la surface, les jambes qui battaient doucement, les cheveux bruns plaqués en arrière qui scintillaient au soleil.
Catherine ne pouvait pas détourner les yeux.
Quand Emma sortit de l'eau, elle s'approcha et s'assit à côté de Catherine—pas à un mètre comme la veille, mais tout près, leurs cuisses se touchant presque. L'eau ruisselait de son corps sur la pierre, formant une flaque qui s'étendait jusqu'aux hanches de Catherine.
— Vous êtes revenue.
Ce n'était pas une question. Catherine sentit son cœur accélérer.
— Je me suis dit que j'avais envie de... profiter de la piscine.
— Vous ne nagez pas.
— Non.
— Vous devriez.
— Vous ne nagez pas.
— Non.
— Vous devriez.
Catherine rit—un rire bref, surpris.
— Vous donnez toujours des ordres aux gens que vous connaissez depuis un jour ?
Emma tourna la tête vers elle. Ses yeux bruns plongèrent dans les siens, et Catherine sentit quelque chose se contracter dans son ventre.
— Seulement à ceux qui reviennent le lendemain.
Elle ne détourna pas le regard. Catherine non plus. Le silence s'étira, chargé, vibrant, jusqu'à ce que Catherine baisse les yeux la première. Ses joues étaient chaudes.
Emma se leva, s'étira—ce même geste, cette même lenteur—et replongea.
Catherine resta au bord, les jambes dans l'eau, le cœur battant. Elle se répéta la phrase dans sa tête. Seulement à ceux qui reviennent. Elle était revenue. Emma l'avait remarqué. Emma l'avait attendue.
Elle ne savait pas pourquoi cette idée la faisait trembler.
Le mercredi, Catherine n'y alla pas. Les enfants.
Mais pour la première fois depuis des années, le mercredi lui pesa. Elle aimait ses enfants—elle les aimait férocement, viscéralement—mais ce jour-là, au parc, en regardant Steven pousser Julie sur la balançoire, elle se surprit à penser à l'eau turquoise. Aux épaules bronzées. Aux yeux bruns qui ne cillaient pas.
Le soir, les enfants couchés, elle se retrouva seule dans la chambre conjugale. Charles était à Nantes, ou à Bordeaux, ou ailleurs—elle n'avait pas retenu. Sa place dans le lit était froide, les draps tirés, l'oreiller intact.
Elle se déshabilla dans le noir.
Son corps était fatigué, mais son esprit ne l'était pas. Il tournait. Il revenait sans cesse à la piscine, au clapotis de l'eau, à la silhouette qui fendait le bassin. Elle s'allongea sur le dos, les yeux ouverts dans l'obscurité, et elle la vit. Emma. Emma qui sortait de l'eau. Emma qui s'asseyait à côté d'elle. Emma qui disait vous êtes revenue de cette voix grave et sûre.
La main de Catherine glissa sur son ventre.
Elle ne l'avait pas fait depuis des mois. Pas comme ça—pas seule, pas pour elle. Avec Charles, c'était différent. C'était un échange, un dû, une case à cocher dans le calendrier conjugal. Là, c'était autre chose. Sa main descendit lentement, effleura l'intérieur de ses cuisses, remonta. Elle ferma les yeux.
Elle imagina Emma assise au bord du lit.
Pas en maillot de bain. En jean et veste en lin, comme elle devait être chez elle, le soir. Les cheveux détachés, les yeux bruns posés sur elle. Emma qui la regardait sans rien dire, avec cette patience absolue, cette certitude qui n'attendait rien, mais qui prenait tout.
Les doigts de Catherine écartèrent les lèvres de son sexe. Elle était déjà mouillée.
Elle se caressa lentement, en cercles, en pensant à la main d'Emma sur son genou. Ce contact sous l'eau, invisible, secret. Elle imagina cette main remonter le long de sa cuisse, écarter le tissu du bikini, se poser là où ses propres doigts étaient en train de tourner.
Sa respiration s'accéléra.
Elle imagina la bouche d'Emma sur la sienne. Pas un baiser volé—un baiser pris. Un baiser qui n'attendait pas la permission. La langue d'Emma qui forçait ses lèvres, qui goûtait l'intérieur de sa bouche, qui la réduisait au silence. Ses doigts accélérèrent sur son clitoris. Son autre main remonta vers sa poitrine, pinça son téton.
Elle se vit dans l'appartement du 3B. Là-haut, au-dessus du sien. Emma qui la poussait contre le mur du salon, qui faisait glisser la robe de ses épaules, qui descendait sa bouche le long de son cou, de sa clavicule, de ses seins. Emma qui s'agenouillait devant elle, avec cette assurance tranquille, cette expérience qui ne demandait rien, mais qui savait tout. Emma qui connaissait le corps des femmes comme le sien, qui n'avait pas besoin d'hésiter, qui savait exactement où poser sa langue.
Catherine arqua le dos. Sa main allait plus vite maintenant, plus fort, ses doigts s'enfonçaient dans sa chatte trempée pendant que son pouce écrasait son clitoris. Elle imaginait la langue d'Emma sur elle—une langue experte, précise, qui savait exactement où appuyer, qui connaissait chaque repli, chaque zone sensible, qui la déchiffrait comme on lit un livre qu'on a déjà lu cent fois. Elle imaginait Emma qui la faisait jouir contre sa bouche, qui la tenait par les hanches, qui ne la lâchait pas.
L'orgasme monta d'un coup.
Elle jouit en silence, la bouche grande ouverte contre l'oreiller, le corps secoué de spasmes qu'elle étouffait dans le tissu. Sa main continua de frotter, d'appuyer, faisant durer chaque pulsation jusqu'à ce que ses cuisses tremblent et que son ventre se contracte une dernière fois.
Elle resta immobile, le souffle court, les doigts encore humides posés sur son ventre. Le silence de la chambre retomba autour d'elle. L'oreiller était trempé de salive.
Elle aurait dû culpabiliser. Elle ne culpabilisa pas.
Elle se tourna sur le côté, remonta le drap sur son épaule, et se dit que ce n'était rien. Un fantasme. Un jeu de l'esprit. Ça ne faisait de mal à personne, tant que c'était dans sa tête.
Elle s'endormit avec le goût de ce mensonge sur la langue.
Le jeudi, elle arriva à huit heures précises.
Emma était au bord du bassin. Elle n'était pas dans l'eau. Elle était assise, les jambes pendantes, les mains croisées sur les genoux. Ses cheveux étaient secs. Elle attendait.
Catherine s'arrêta à deux mètres d'elle.
— Vous n'avez pas nagé.
— Je vous attendais.
— Je vous attendais.
Le mot tomba, simple, comme on dit « il fait beau » ou « l'eau est bonne ». Catherine sentit son ventre se serrer. Elle s'assit à côté d'Emma, leurs cuisses se touchant comme si c'était déjà une habitude, comme si leurs corps savaient déjà ce que leurs bouches n'avaient pas encore dit.
— Pourquoi ? demanda Catherine.
— Parce que vous n'étiez pas là hier.
— C'était le mercredi. Je garde mes enfants.
— Je sais. Madame Vernon me l'a dit.
— Parce que vous n'étiez pas là hier.
— C'était le mercredi. Je garde mes enfants.
— Je sais. Madame Vernon me l'a dit.
Catherine tourna la tête vers elle.
— Vous vous êtes renseignée sur moi ?
— Évidemment.
— Évidemment.
Emma soutenait son regard, ses yeux bruns parfaitement immobiles, et Catherine sentit qu'elle perdait pied.
— Qu'est-ce qu'elle vous a dit ?
— Que vous étiez mariée. Que vous aviez deux enfants. Que vous étiez une femme très... constante.
— Que vous étiez mariée. Que vous aviez deux enfants. Que vous étiez une femme très... constante.
Constante. Le mot flotta entre elles. Catherine savait ce que Madame Vernon avait vraiment dit. Fidèle. Emma avait choisi de dire constante.
— Et ça ne vous a pas arrêtée ? murmura Catherine.
— Arrêtée de quoi ?
— Arrêtée de quoi ?
Catherine ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Les mots étaient coincés dans sa gorge, et la cuisse d'Emma contre la sienne était chaude, et l'eau turquoise scintillait sous le soleil, et tout ça était en train de lui échapper.
Emma posa sa main sur le genou de Catherine. Sous l'eau. Là où personne ne pouvait voir.
Sa paume était fraîche, encore humide. Ses doigts étaient longs, fermes, immobiles. Elle ne bougeait pas. Elle ne caressait pas. Elle était juste là—une pression légère, un poids qui disait : je suis là, tu le sais, je le sais.
Catherine ferma les yeux.
— Emma...
— Oui ?
— Ça ne te dérange pas ? demanda Catherine.
— Non.
— Pourquoi ?
— Oui ?
— Ça ne te dérange pas ? demanda Catherine.
— Non.
— Pourquoi ?
Emma ne retira pas sa main. Elle la laissa sur le genou de Catherine, et elle se pencha légèrement vers elle—juste assez pour que Catherine sente l'odeur de sa peau, ce mélange de chlore et d'amande douce qui devenait familier.
— Parce que tu es là. Tous les matins. Tu ne nages pas, tu ne lis pas, tu ne fais rien. Tu viens juste t'asseoir en me regardant.
Elle fit une pause. Ses yeux ne quittaient pas ceux de Catherine.
— Alors non, ça ne me dérange pas. Ça ne change rien à ce qui est en train de se passer.
Catherine déglutit.
— Qu'est-ce qui est en train de se passer ?
Emma sourit. Ce sourire tranquille, sûr de lui, qui la déstabilisait tant.
— Tu le sais très bien.
Elle retira sa main, se leva, s'étira—ce geste qui devenait familier, ces bras levés vers le ciel, ce dos qui se cambrait—et plongea.
Catherine resta au bord, les jambes dans l'eau, le cœur en miettes. Elle savait. Bien sûr qu'elle savait.
Le soir, Catherine ne dormit pas.
Charles était sur les routes quelque part entre Bordeaux et Toulouse, ou peut-être pas— elle n'avait pas écouté son message jusqu'au bout. Il ne rentrerait que samedi matin, comme d'habitude. Le lit était vide. La maison était silencieuse. Et Catherine était allongée dans le noir, les yeux grands ouverts, à fixer le plafond.
Elle ne pensait qu'à Emma.
À quatre heures du matin, elle se leva. Elle alla dans la salle de bain, alluma la lumière, et se regarda dans le miroir. Elle avait les traits tirés, les yeux cernés, mais quelque chose dans son regard avait changé. Quelque chose qu'elle ne reconnut pas. Une faim. Une attente. Une peur qui ressemblait étrangement à de l'excitation.
Elle prit une douche. Elle se rasa les jambes, les aisselles, le maillot—avec un soin qu'elle n'avait pas eu depuis des années. Elle mit de la crème sur tout son corps, lentement, en fermant les yeux, en imaginant que c'étaient les mains d'Emma qui faisaient ce geste. Elle enfila son bikini noir, puis une robe légère par-dessus. Elle prépara le petit-déjeuner des enfants, les réveilla, les habilla, les déposa à l'école. Ses gestes étaient mécaniques. Sa tête était ailleurs.
À huit heures, elle était au bord de la piscine.
Emma nageait. Vingt-deux longueurs, comme chaque matin. Catherine ne s'assit pas. Elle resta debout au bord du bassin, sa robe légère flottant autour de ses cuisses, et elle regarda Emma fendre l'eau avec cette grâce précise qui l'avait hypnotisée le premier jour.
Quand Emma sortit, elle vit que Catherine était debout. Elle ne dit rien. Elle attrapa sa serviette, se frotta les cheveux, puis s'approcha.
Elles étaient face à face. À trente centimètres. Les yeux d'Emma dans ceux de Catherine. L'eau qui dégoulinait de son corps sur la pierre.
— Je n'ai pas dormi, dit Catherine.
— Moi non plus.
— J'ai pensé à toi.
— Moi non plus.
— J'ai pensé à toi.
Les mots étaient sortis tout seuls. Catherine ne les retint pas. Elle les regarda tomber entre elles, comme des pierres dans l'eau, et elle attendit.
Emma ne sourit pas. Elle leva la main et effleura le poignet de Catherine — un contact léger, à peine un frôlement, qui disait tout.
— Je sais, dit Emma.
— Je ne sais pas quoi faire.
— Tu n'as rien à faire.
— Je ne sais pas quoi faire.
— Tu n'as rien à faire.
Les doigts d'Emma remontèrent le long de l'avant-bras de Catherine, lentement, effleurant la peau. Catherine frissonna. Sa respiration s'était accélérée. Ses seins se soulevaient sous la robe légère, et elle vit les yeux d'Emma glisser dessus, une seconde, avant de remonter vers son visage.
— Je ne trompe pas mon mari, murmura Catherine.
— Je ne te demande rien.
— Je n'ai jamais...
— Je ne te demande rien.
— Je n'ai jamais...
Elle s'arrêta. Les mots ne sortaient pas. Emma attendit, ses doigts toujours sur l'avant-bras de Catherine, son regard toujours planté dans le sien.
— Tu n'as jamais quoi ?
— Jamais avec une femme.
— Jamais avec une femme.
Emma hocha la tête, lentement. Elle se contenta de regarder Catherine avec cette patience absolue, cette certitude qui ne vacillait jamais.
— Ce n'est pas la femme qui te fait peur, dit-elle doucement. C'est ce que tu ressens.
Catherine sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle ne pleura pas. Elle les ravala, les garda coincées dans sa gorge, et elle hocha la tête.
— Oui.
— Moi, je sais ce que je ressens.
— Moi, je sais ce que je ressens.
La voix d'Emma était calme, grave, posée. « Je sais ce que je veux. Et je sais que toi aussi, tu le sais. »
Elle fit une pause. Ses doigts se refermèrent doucement autour du poignet de Catherine.
— Alors ce soir, quand les enfants seront couchés, tu monteras. 3B.
Catherine ferma les yeux. Tout se mélangeait. La chaleur du soleil sur ses épaules, l'odeur du chlore et de l'amande, le contact des doigts sur sa peau.
Elle rouvrit les yeux.
— Tu donnes toujours autant d'ordres ?
— Seulement à celle qui revient le lendemain.
— Seulement à celle qui revient le lendemain.
Emma la regardait toujours. Ce regard brun, intense, qui ne doutait de rien.
— Je t'attends.
Elle ramassa sa serviette, et s'éloigna vers les vestiaires sans se retourner.
Catherine resta debout au bord de la piscine, seule, le soleil sur les épaules, la robe légère qui flottait autour de ses cuisses. Elle respira. Une fois. Deux fois.
Puis elle rentra chez elle.
Elle avait une journée à passer. Des courses à faire. Des enfants à nourrir. Un mari qui l'appellerait peut-être ce soir depuis une chambre d'hôtel.
Et quand tout serait fini, quand les enfants dormiraient, quand la maison serait silencieuse, elle monterait. Vendredi soir—3B
La porte était entrouverte.
Catherine s'arrêta sur le palier, la main suspendue au-dessus du bois verni. Le couloir du troisième étage était silencieux—cette même moquette beige qui étouffait les pas, ces mêmes appliques en verre dépoli qui diffusaient une lumière jaune pâle. Elle n'avait croisé personne dans l'ascenseur.
Elle poussa la porte.
L'appartement était plongé dans une pénombre chaude. Les baies vitrées du salon donnaient sur le parc obscur, et la seule lumière venait d'une lampe posée à même le sol, dans un coin, qui projetait des ombres mouvantes sur les murs. Le canapé crème était vide. La bibliothèque aussi.
Emma était debout devant la baie vitrée, de dos. Elle portait un jean noir et un débardeur blanc, pieds nus sur le parquet. Ses cheveux bruns étaient détachés, tombant sur ses épaules. Elle ne se retourna pas.
— Ferme la porte.
Catherine obéit. Le déclic du loquet résonna dans le silence. Elle resta debout dans l'entrée, sa robe légère serrée autour d'elle, son sac à main qu'elle tenait à deux doigts sans savoir où le poser.
Emma se tourna.
Elle ne sourit pas tout de suite. Elle regarda Catherine—vraiment, comme elle l'avait regardée le premier jour au bord de la piscine, avec cette intensité tranquille qui prenait son temps. Puis elle traversa le salon, lentement, et s'arrêta à cinquante centimètres d'elle.
— Pose ton sac.
Catherine le posa sur le sol, à côté de la valise. Ses mains tremblaient. Elle les croisa devant elle, puis les décroisa, ne sachant pas quoi en faire. Emma regarda ses mains. Puis ses yeux remontèrent vers son visage.
— Tu as peur ?
— Oui.
— De quoi ?
— Oui.
— De quoi ?
Catherine ouvrit la bouche. Rien ne sortit. Elle avait répété cette scène cent fois dans sa tête—cent versions différentes, cent dialogues, cent façons de dire ce qu'elle ressentait. Et maintenant qu'elle était là, les mots n'existaient plus.
Emma ne l'aida pas. Elle attendit.
— De toi, dit enfin Catherine.
Emma hocha la tête. Elle leva la main et effleura la joue de Catherine du bout des doigts. Un contact léger, à peine un frôlement, qui descendit le long de sa mâchoire, de son cou, jusqu'à l'encolure de sa robe.
— Tu as peur de moi, ou de toi ?
Catherine ferma les yeux. Les doigts d'Emma étaient chauds sur sa clavicule.
— Les deux.
Emma retira sa main. Elle fit un pas en arrière, attrapa le bas de son débardeur, et le fit passer par-dessus sa tête en un seul mouvement fluide. Le tissu tomba sur le parquet. Elle était nue jusqu'à la taille—les seins libres, les épaules bronzées, le ventre plat. La lumière de la lampe dessinait des ombres sur ses côtes, sur la courbe de ses hanches au-dessus du jean.
Catherine la regarda. Elle ne pouvait pas détourner les yeux. La poitrine d'Emma était plus petite que la sienne, ferme, avec des tétons bruns qui se dressaient dans la fraîcheur de l'appartement. Ses épaules étaient larges, ses bras musclés par la natation, et il y avait quelque chose d'incroyablement vivant dans la façon dont elle se tenait là—droite, immobile, sans pudeur et sans défi.
— Viens.
Emma tendit la main. Catherine la prit.
Les doigts d'Emma étaient frais, fermes, et ils se refermèrent autour des siens avec une douceur qui la surprit. Elle la guida à travers le salon, jusqu'au canapé crème, et la fit asseoir. Puis elle s'agenouilla devant elle, entre ses jambes, et posa les mains sur ses genoux.
— Détends-toi.
Catherine rit nerveusement.
— Facile à dire.
Emma ne rit pas. Elle se contenta de la regarder, ses yeux bruns à la hauteur des siens, ses pouces qui traçaient de petits cercles sur les genoux de Catherine à travers le tissu de sa robe.
— Je ne vais pas te faire mal.
— Je sais.
— Je ne vais pas te brusquer.
— Je sais.
— Alors, respire.
— Je sais.
— Je ne vais pas te brusquer.
— Je sais.
— Alors, respire.
Catherine respira. Une inspiration longue, tremblante, qui fit se soulever sa poitrine. Emma suivit le mouvement des yeux, puis ses mains remontèrent lentement le long des cuisses de Catherine, soulevant la robe, découvrant la peau.
— Tu es belle.
Les mains d'Emma atteignirent ses hanches, s'arrêtèrent à la lisière de sa culotte. Ses doigts glissèrent sous l'élastique, juste assez pour sentir la chaleur de sa peau, mais n'allèrent pas plus loin.
— Tu n'as jamais été avec une femme. Tu y as déjà pensé ?
Catherine hésita. Puis elle hocha la tête.
— Souvent ?
— Depuis lundi.
— Depuis lundi.
Emma sourit—ce sourire tranquille, sûr d'elle, qui avait fait chavirer Catherine la première fois. Puis elle retira ses mains, se releva, et déboutonna son jean. Elle le fit glisser le long de ses jambes, sans hâte, et l'enjamba pour s'en débarrasser. Sa culotte suivit—un triangle de coton noir qu'elle fit descendre et qu'elle repoussa du pied.
Elle était nue. Entièrement nue, debout devant Catherine, la lumière de la lampe qui caressait ses hanches, ses cuisses, le triangle de poils bruns entre ses jambes.
Catherine ne respirait plus.
Emma resta debout, la dominant de toute sa hauteur, et posa deux doigts sous le menton de Catherine pour relever son visage vers le sien.
— Regarde-moi.
Catherine la regarda.
— Tu veux être là ?
— Oui.
— Tu veux que je te touche ?
— Oui.
— Tu veux que je te touche ?
La gorge de Catherine se serra. Elle hocha la tête.
— Dis-le.
— Je veux que tu me touches.
— Je veux que tu me touches.
Emma se pencha et l'embrassa.
Ce n'était pas un baiser timide. Sa bouche prit celle de Catherine avec une lenteur délibérée, sa langue écarta ses lèvres, et Catherine gémit contre elle sans même s'en rendre compte. Le goût d'Emma était chaud, légèrement salé, et sa main libre glissa dans les cheveux de Catherine, les dénouant, les laissant tomber sur ses épaules.
Quand elle se détacha, Catherine haletait.
Emma tendit la main. Catherine la prit et se releva. Elle était debout face à Emma, leurs corps à quelques centimètres l'un de l'autre—Emma nue, Catherine encore dans sa tenue légère. Les yeux bruns d'Emma plongèrent dans les siens, puis ses doigts trouvèrent l'ourlet du vêtement et le firent glisser vers le haut, découvrant les hanches, le ventre, la poitrine. Catherine leva les bras. Le tissu passa par-dessus sa tête et tomba sur le parquet.
Elle était en soutien-gorge et culotte. Un ensemble en coton blanc, simple, qu'elle avait acheté dans une grande surface trois mois plus tôt sans imaginer une seconde que quelqu'un d'autre que Charles le verrait.
Emma le regarda. Puis ses yeux remontèrent vers Catherine.
— Enlève-le.
Catherine dégrafa son soutien-gorge. Les bretelles glissèrent sur ses épaules. Elle le laissa tomber. Puis elle fit descendre sa culotte, la repoussa du pied, et se tint debout devant Emma, nue, les bras le long du corps, le cœur battant à tout rompre.
Emma ne dit rien. Elle la regarda. Ses yeux bruns parcoururent son corps—les seins lourds, la taille marquée, les hanches rondes. Elle prit son temps. Et plus elle prenait son temps, plus Catherine sentait la chaleur monter en elle, ses tétons se durcir, sa chatte s'humidifier sous ce regard qui la déshabillait alors qu'elle était déjà nue.
— Allonge-toi.
Catherine s'allongea sur le canapé crème. Le tissu était doux sous son dos. Emma se pencha au-dessus d'elle, ses cheveux bruns formant un rideau qui les isolait du reste du monde, et elle posa sa bouche sur son cou.
Catherine ferma les yeux.
La langue d'Emma traça un chemin lent de sa clavicule à son oreille, puis redescendit. Ses lèvres se refermèrent sur son téton gauche, le suçant doucement, et Catherine arqua le dos. La main d'Emma remonta le long de sa cuisse, s'arrêta à l'intérieur, tout près de sa chatte, sans toucher.
— Emma...
— Oui ?
— S'il te plaît.
— Oui ?
— S'il te plaît.
Emma releva la tête. Ses yeux bruns plongèrent dans ceux de Catherine.
— S'il te plaît quoi ?
Catherine déglutit. Les mots étaient coincés. Elle les força.
— Touche-moi.
La main d'Emma glissa entre ses cuisses.
Ses doigts écartèrent les lèvres de son sexe, lentement, et Catherine sentit l'air frais sur sa chatte trempée. Elle était mouillée—plus mouillée qu'elle ne l'avait jamais été, sa cyprine qui coulait déjà le long de sa fente, qui trempait l'intérieur de ses cuisses.
— Regarde-toi, murmura Emma.
Ses doigts s'enfoncèrent.
Deux doigts, d'un coup, qui pénétrèrent Catherine jusqu'à la dernière phalange. Elle cria — un cri bref, étranglé, qu'elle étouffa contre sa propre main. Emma ne ralentit pas. Elle retira ses doigts, les renfonça, trouva un rythme lent et profond qui faisait claquer sa paume contre le clitoris de Catherine à chaque mouvement.
— Tu es tellement serrée, dit Emma.
Catherine ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Ses hanches bougeaient toutes seules, poussant contre la main d'Emma, et ses doigts agrippaient le tissu du canapé. Le bruit était obscène — un frottement mouillé, des succions, le claquement régulier de la paume d'Emma contre sa chatte.
Emma retira ses doigts.
Catherine gémit de frustration. Mais avant qu'elle ait pu protester, Emma s'était allongée sur elle, son corps nu pressé contre le sien, ses seins contre ses seins, son ventre contre son ventre. Sa bouche prit la sienne, sa langue força ses lèvres, et en même temps ses doigts revinrent—trois cette fois, qui l'écartelaient, qui la remplissaient complètement.
— Tu aimes ça ?
— Oui... putain, oui...
— Oui... putain, oui...
Emma sourit contre sa bouche. Elle retira ses doigts et les porta à ses lèvres, les lécha un à un, sans quitter Catherine des yeux.
— Goûte-toi.
Elle approcha ses doigts de la bouche de Catherine. Catherine hésita une fraction de seconde, puis ouvrit les lèvres. Le goût était salé, légèrement amer, et elle suça les doigts d'Emma en la regardant dans les yeux.
Emma se redressa. Elle prit les hanches de Catherine et la fit rouler sur le ventre, sans ménagement, comme on manipule un objet dont on sait exactement quoi faire. Catherine se retrouva à genoux sur le canapé, les coudes enfoncés dans les coussins, les fesses en l'air.
Elle entendit Emma se déplacer derrière elle. Puis elle sentit ses mains sur ses fesses, écartant ses chairs, exposant tout.
— Tu as un cul magnifique.
Catherine enfouit son visage dans le coussin. Le mot—cul—lui avait fait l'effet d'une décharge. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Charles disait « tes fesses » ou « derrière » ou ne disait rien du tout. Emma disait cul, et elle le disait comme on constate un fait — sans vulgarité et sans gêne, avec une évidence qui rendait le mot plus cru encore.
La langue d'Emma toucha sa chatte par-derrière.
Catherine cria dans le coussin.
Emma la léchait — des coups de langue larges, appliqués, qui remontaient de son clitoris jusqu'à son périnée. Ses mains tenaient ses fesses écartées, ses pouces enfoncés dans la chair, et sa langue explorait chaque repli, chaque creux, chaque zone que Catherine elle-même n'avait jamais touchée.
Puis la langue remonta plus haut.
Catherine sentit la pointe humide et chaude tourner autour de son anus. Une fois. Deux fois. Lentement. Juste le bout de la langue, qui dessinait des cercles paresseux, qui la chatouillait, qui l'humidifiait. Emma ne se pressait pas. Elle léchait cet endroit comme on lèche une sucrerie—avec une attention gourmande, une patience qui rendait chaque passage plus électrique que le précédent.
Catherine tremblait. Ses doigts agrippaient le coussin. Elle n'avait jamais ressenti ça—cette honte qui se transformait en plaisir, cette impression d'être ouverte, exposée, sale et adorée en même temps. La langue d'Emma sur son cul, c'était trop. C'était exactement ce qu'elle voulait.
Emma s'arrêta une seconde. Catherine l'entendit bouger derrière elle, et elle comprit que sa main avait glissé entre ses propres cuisses. Emma se masturbait en la léchant. Ses doigts s'enfonçaient dans sa chatte, et sa respiration était devenue plus rauque, plus courte, contre la peau de Catherine.
— Putain, ce que tu m'excites, murmura Emma.
Elle replongea. Sa langue appuya plus fort, s'écrasa contre l'anneau, et Catherine gémit. Emma la léchait comme elle l'avait fait pour sa chatte—des coups larges, mouillés, qui recouvraient tout. Sa salive coulait le long du périnée de Catherine, se mélangeait à sa cyprine qui dégoulinait sur ses cuisses.
Puis la pointe de sa langue poussa.
Une pression légère, insistante, qui força l'entrée. Catherine sentit l'anneau céder, s'ouvrir, et la langue d'Emma s'enfonça—juste le bout d'abord, puis plus profond. Une chaleur humide et vivante qui la pénétrait là où personne n'avait jamais été.
— Emma...
Emma ne répondit pas. Sa langue s'enfonça plus loin, tourna, s'enroula, et Catherine sentit les doigts d'Emma s'enfoncer plus vite dans sa propre chatte. Le bruit était double—la succion humide de la langue dans son cul, et le frottement mouillé des doigts d'Emma qui se baisait en même temps.
La langue ressortit, puis s'enfonça de nouveau. Plus profond. Plus lent. Emma faisait l'amour à son cul avec sa bouche, et Catherine ne savait plus où elle était. Sa chatte coulait—elle le sentait sur ses cuisses, sur le canapé, partout. Sa cyprine dégoulinait le long de ses jambes pendant que la langue d'Emma s'enfonçait en elle, et le pire—le meilleur—c'était qu'elle en voulait plus. Elle poussait ses hanches en arrière, elle s'empalait sur la langue d'Emma, elle offrait son cul comme elle n'avait jamais rien offert.
— T'aimes ça, hein ?
La voix d'Emma était rauque, étouffée contre sa peau. « T'aimes quand je te lèche le cul. »
— Oui...
— Dis-le.
— J'aime quand tu me lèches le cul.
— Dis-le.
— J'aime quand tu me lèches le cul.
Emma grogna contre sa peau. Sa langue s'enfonça une dernière fois, profondément, puis elle se retira. Catherine haletait, le visage dans le coussin, les fesses toujours en l'air.
Emma s'allongea sur le dos, à côté d'elle, et tira Catherine par la hanche.
— Viens ici.
Catherine se laissa guider. Elle enjamba le visage d'Emma, ses cuisses de part et d'autre de sa tête, et elle comprit ce qu'Emma voulait. Elle voulait que Catherine s'assoie sur sa bouche.
— Descends.
Catherine descendit. Sa chatte entra en contact avec la bouche d'Emma, et elle gémit. La langue d'Emma se remit à la lécher— des coups précis, experts, qui trouvaient son clitoris à chaque passage et le suçaient avec une régularité qui la rendait folle.
Mais Emma n'avait pas fini.
Ses mains remontèrent le long des cuisses de Catherine, attrapèrent ses fesses, et les écartèrent de nouveau. Puis Catherine sentit quelque chose de différent. Pas une langue. Un doigt. Un doigt mouillé de cyprine qui tournait autour de son anus, qui poussait doucement, qui s'enfonçait.
— Emma...
Le doigt s'enfonça jusqu'à la première phalange. Puis la deuxième. Puis il fut entièrement en elle, dans son cul, pendant que la langue d'Emma continuait de sucer son clitoris.
Catherine jouit.
L'orgasme la prit par surprise — un spasme violent qui lui arracha un cri et la fit s'effondrer en avant. Sa chatte se contracta contre la bouche d'Emma par vagues successives, des pulsations profondes qui lui tordaient le ventre et faisaient trembler ses cuisses. Sa cyprine coulait abondamment, un flot tiède qui trempait les lèvres d'Emma, son menton, le coussin du canapé. Chaque contraction de sa chatte envoyait une nouvelle coulée de mouille contre la langue d'Emma, pendant que le doigt dans son cul continuait de bouger lentement, de pousser, de la remplir.
Quand les spasmes s'arrêtèrent, elle resta immobile, haletante, le doigt d'Emma toujours en elle.
Emma le retira doucement. Puis elle fit glisser Catherine sur le côté, l'allongea sur le canapé, et s'allongea face à elle. Leurs visages étaient à quelques centimètres. Les lèvres d'Emma luisaient de la cyprine de Catherine.
— Ce n'est pas fini, dit Emma.
Catherine ouvrit les yeux.
— Quoi ?
Emma ne répondit pas. Elle se redressa, attrapa les hanches de Catherine, et la fit rouler sur le côté. Puis elle s'allongea face à elle et souleva sa jambe, la passant par-dessus sa propre hanche. Leurs chattes se touchèrent.
Catherine comprit.
Emma commença à bouger. Ses hanches ondulaient contre celles de Catherine, frottant son sexe contre le sien, et le contact était électrique. Leurs lèvres s'écrasaient l'une contre l'autre, leurs clitoris se frottaient, et la cyprine de Catherine se mélangeait à celle d'Emma — une mouille tiède et abondante qui facilitait le frottement, qui le rendait glissant, obscène, parfait.
Catherine trouva le rythme sans qu'on le lui demande. Elle poussa ses hanches contre celles d'Emma, et elles se mirent à onduler ensemble — un ciseau lent d'abord, puis plus fort, plus rapide, qui écrasait leurs sexes l'un contre l'autre. Le bruit était incroyable. Un frottement mouillé, spongieux, ponctué par les gémissements de Catherine et la respiration rauque d'Emma. Leurs chattes claquaient l'une contre l'autre, trempées, et Catherine sentait la cyprine d'Emma couler en elle — cette mouille chaude qui s'infiltrait dans sa fente, qui se mélangeait à la sienne, qui les rendait indistinctes l'une de l'autre. Elle ne savait plus quelle mouille était la sienne. Elles n'étaient plus qu'un seul sexe, une seule cyprine, un seul frottement qui montait.
— Plus fort, grogna Emma.
Catherine accéléra. Ses hanches claquaient contre celles d'Emma, sa chatte frottait contre la sienne, et elle voyait le visage d'Emma se transformer — ses yeux se fermer, sa bouche s'ouvrir, ses traits se tendre. Emma était en train de perdre le contrôle. Emma, qui avait tout dirigé depuis le début, qui avait pris Catherine comme on prend un objet, qui l'avait retournée, pénétrée, léchée — Emma était en train de se perdre contre elle.
— Je vais jouir, haleta Catherine.
— Pas encore.
— Pas encore.
Emma agrippa la hanche de Catherine, ses ongles s'enfonçant dans sa chair, et elle accéléra encore. Ses coups de bassin étaient plus durs, plus désordonnés, et Catherine sentit que ça montait—pas seulement pour elle, mais pour Emma aussi. Leurs deux corps tendus l'un contre l'autre, leurs deux chattes écrasées, leurs deux cyprines mélangées qui coulaient entre leurs cuisses et trempaient le canapé.
— Maintenant, grogna Emma. Jouis maintenant.
Catherine jouit en criant.
Sa chatte se contracta contre celle d'Emma par vagues profondes, des pulsations qui lui arrachaient le souffle. Et en même temps, elle sentit Emma se raidir contre elle — un cri rauque, animal, qui monta de sa gorge pendant que sa chatte explosait. Emma gicla. Un jet chaud et puissant qui jaillit d'elle, qui s'écrasa contre la chatte de Catherine, qui coula entre leurs cuisses en une cascade tiède. Ce n'était pas un écoulement—c'était une giclée, une éjaculation femelle qui trempa le ventre de Catherine, qui inonda leurs sexes emmêlés, qui dégoulina sur le canapé. Emma se vidait sur elle par saccades, chaque contraction de sa chatte projetant une nouvelle vague de cyprine contre celle de Catherine, et Catherine la regardait — ce visage défait, cette bouche ouverte sur un cri muet, ces yeux bruns révulsés — et elle n'avait jamais rien vu d'aussi beau.
Les spasmes durèrent longtemps. Plusieurs secondes. Peut-être plus. Quand ils s'arrêtèrent enfin, Emma retomba sur le dos, haletante, sa chatte encore pressée contre celle de Catherine. Leurs cyprines mélangées continuaient de couler lentement entre leurs cuisses, formant une flaque tiède sur le tissu crème du canapé.
Le silence retomba.
Elles restèrent immobiles, enchevêtrées, leurs respirations qui ralentissaient ensemble. La main de Catherine était posée sur la hanche d'Emma. Le pouce d'Emma caressait doucement la cuisse de Catherine.
Emma se redressa la première.
Elle s'assit sur le bord du canapé, repoussa ses cheveux de son visage, et respira profondément. Puis elle tourna la tête vers Catherine et sourit — un sourire différent de celui qu'elle avait eu jusqu'ici. Plus doux. Presque tendre.
— Tu devrais rentrer.
Ce n'était pas un ordre. C'était une constatation. Catherine hocha la tête, lentement. Elle savait qu'Emma avait raison. Les enfants dormaient. Charles appellerait peut-être. La vie réelle l'attendait deux étages plus bas.
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