Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La résidence des cèdres — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La résidence des cèdres
Chapitre 3
L'après-midi touchait à sa fin quand Emma remarqua que quelque chose n'allait pas chez Mme Vernon.
La concierge n'était jamais négligée : son chignon gris toujours impeccable, son tailleur gris clair repassé au millimètre, ce rang de perles qui ne quittait jamais son cou. Mais aujourd'hui, elle était plus que parfaite. Elle avait changé de collier. Celui-ci était plus long, à deux rangs, et les perles étaient plus grosses. Elle avait sorti son carnet noir : le vrai, celui en cuir souple qu'Emma ne lui avait vu qu'une fois, le jour de son arrivée, et le consultait toutes les trente secondes en lissant les pages du plat de la main. Ses talons claquaient sur le marbre du hall avec une nervosité qui contrastait avec son calme habituel.
Emma s'approcha du comptoir d'acajou, posa une hanche contre le rebord.
« Vous attendez quelqu'un, madame Vernon. »
Ce n'était pas une question. La concierge releva la tête, et Emma vit dans ses yeux cette lueur particulière : celle des gens qui meurent d'envie qu'on leur demande, qui retiennent une information depuis des heures et qui n'attendent qu'une chose : pouvoir la lâcher.
« Oh, madame Delcourt. » La voix était plus aiguë que d'habitude, presque vibrante. « Vous n'êtes pas sans savoir que notre résidence accueille des personnes d'une certaine... importance. »
Emma ne dit rien. Elle laissa le silence faire le travail : ce silence qu'elle maniait comme un outil, qui poussait les gens à le remplir.
Mme Vernon posa les deux mains à plat sur son carnet, comme une institutrice s'apprêtant à faire la leçon à sa classe.
« M. Harrington arrive aujourd'hui. Blake Harrington. » Elle prononça le nom avec une lenteur gourmande, en détachant chaque syllabe. « L'un des plus grands agents immobiliers de luxe de New York. Il possède l'appartement 4A : celui avec la terrasse panoramique, vous voyez lequel. Enfin, il le possède pour sa fille. Une jeune femme de dix-huit ans, étudiante aux Beaux-Arts. Elle vit seule ici avec son lévrier. »
« Oh, je vois très bien. » Emma hocha la tête. « La jeune fille au lévrier que je croise parfois dans l'ascenseur. »
« C'est cela même. » Mme Vernon se pencha légèrement en avant, bien qu'il n'y eût personne d'autre dans le hall. « Divorcé deux fois. En excellents termes avec ses deux ex-épouses, ce qui, entre nous, en dit long sur l'homme. Dans son métier, m'a-t-il dit un jour, un contact reste toujours un atout. »
Elle avait dit « m'a-t-il dit » avec une fierté mal dissimulée, comme si cette confidence la hissait au-dessus du commun des résidents. Emma la remercia d'un sourire et se dirigea vers l'ascenseur.
Les portes coulissèrent. Elle entra, se retourna, appuya sur le trois.
Et c'est là qu'elle le vit.
Il entrait dans le hall par la grande porte vitrée, et déjà Mme Vernon accourait vers lui. Ses talons claquant deux fois plus vite que la normale, son carnet plaqué contre sa poitrine. L'homme était grand. Un costume gris anthracite, coupé au millimètre, qui épousait ses épaules sans un pli superflu. La veste ouverte laissait deviner une chemise blanche, pas de cravate : une décontraction calculée, celle des hommes qui n'ont plus rien à prouver. Les cheveux poivre et sel, coupés court, disciplinés mais pas militaires. Il traversait le hall comme si le marbre lui appartenait, comme s'il avait déjà calculé l'angle de chaque regard posé sur lui.
Les portes de l'ascenseur se fermèrent.
Emma resta immobile dans la cabine, les yeux fixés sur l'acier brossé. Quelque chose venait de se passer. Elle ne savait pas quoi exactement. Une sensation étrange, logée quelque part entre le sternum et le ventre. Pas du désir. Plutôt une alerte. Une reconnaissance. Comme quand on croise un prédateur dans son propre territoire et qu'on comprend, d'instinct, que les règles viennent de changer.
Elle expira longuement. Les portes s'ouvrirent sur le troisième étage. Elle regagna son appartement sans se retourner.
Le lendemain, le ciel était gris.
Emma avait prévu de nager. Elle aimait la piscine tôt le matin, quand l'eau était encore lisse comme du verre et que les seuls témoins étaient les baies vitrées embuées. C'était son rituel depuis son emménagement : vingt-deux longueurs, un crawl régulier, le corps qui s'épuise juste assez pour que l'esprit se taise. Mais la pluie frappait les vitres en rafales irrégulières, et la piscine extérieure était fermée. Elle attrapa son sac de sport et descendit à la salle.
La pièce était presque vide. Un tapis de course qui ronronnait dans un coin, une femme sur un vélo elliptique qui pédalait en regardant son téléphone. Et lui.
Blake Harrington était en train de faire des tractions.
Emma s'arrêta net dans l'encadrement de la porte. Il était torse nu. Le dos était large, les omoplates saillantes à chaque montée, les muscles qui se dessinaient sous la peau comme des cordages sous une voile. La sueur brillait sur ses épaules, coulait le long de sa colonne vertébrale en rigoles lentes, disparaissait dans la ceinture de son short. Ses bras se contractaient avec une puissance calme, sans effort apparent, comme si le poids de son propre corps n'était qu'une formalité. Il ne tirait pas. Il s'élevait. Chaque répétition était identique à la précédente, parfaitement contrôlée, et le seul signe de fatigue était la sueur qui s'accumulait entre ses omoplates.
Il devait avoir la cinquantaine. Il en paraissait quarante. Quarante-cinq au maximum.
Emma sentit quelque chose se contracter dans son bas-ventre.
Elle choisit un tapis de course à quelques mètres de lui. Pas trop près. Mais dans son champ de vision. Elle régla la vitesse, commença à courir, et pendant vingt minutes elle fit ce qu'elle savait faire. La foulée élégante, le dos droit, les cheveux attachés haut qui balayaient ses épaules à chaque mouvement. Elle sentait son propre corps répondre, la chaleur monter dans ses cuisses, la sueur perler à sa nuque. Elle était belle en mouvement. Elle le savait.
Blake Harrington ne tourna pas la tête une seule fois.
Elle passa aux fentes. Face à lui, cette fois. Elle écarta les jambes, descendit lentement, remonta avec une contraction délibérée des fessiers. Son legging moulait chaque muscle. Elle respirait fort, la bouche entrouverte.
Il termina ses tractions. Il attrapa sa serviette, s'essuya le front, but une longue gorgée d'eau à sa gourde. Puis il se dirigea vers les haltères. Il passa à deux mètres d'elle.
Pas un coup d'oeil. Pas un ralentissement. Rien. Comme si l'espace qu'elle occupait était vide.
Emma sentit quelque chose se crisper dans sa poitrine. Un pincement d'ego, précis comme une piqûre. Très bien, pensa-t-elle. Tu ne veux pas me voir ? Grand bien t'en fasse.
Elle se repositionna face au miroir, de façon à l'avoir dans son champ de vision sans avoir à tourner la tête. Il enchaînait les curls, le regard fixé sur son propre reflet, et elle pouvait l'observer en détail sans qu'il le sache. La veine qui courait le long de son avant-bras, palpitant à chaque répétition. La façon dont ses biceps se gonflaient et se relâchaient avec une régularité de piston. Cette sueur qui brillait sur ses épaules, qui coulait le long de son torse, qui dessinait des lignes sombres sur la ceinture de son short.
Elle continua ses exercices. Des squats. Des fentes latérales. Des étirements au sol. Elle ne cherchait plus à être vue. Elle le regardait, et c'était presque aussi bon.
Presque.
Elle était en train de passer à une série d'abdominaux quand elle s'en rendit compte. La sensation était devenue impossible à ignorer : cette chaleur humide entre ses cuisses, cette moiteur qui s'étendait au-delà de la transpiration normale. Elle baissa les yeux. Son legging gris clair était taché à l'entrejambe. Une auréole sombre, parfaitement visible, qui s'élargissait à chaque minute.
Elle se figea.
Si elle le voyait, n'importe qui pouvait le voir. S'il baissait les yeux, s'il daignait enfin lui accorder un regard. L'idée de se faire surprendre dans cet état, par lui, après avoir été ignorée pendant toute la séance, lui était insupportable.
Elle se releva d'un mouvement fluide, attrapa sa serviette et son sac, et sortit de la salle sans un regard en arrière. Dans le couloir, elle tint la serviette devant ses cuisses, plaquée contre le tissu humide, et elle marcha vite jusqu'à l'ascenseur.
Les portes s'ouvrirent. Elle entra, appuya sur le trois. Les portes se refermèrent.
Et c'est seulement là, dans le silence de la cabine, qu'elle laissa échapper un souffle sans même y penser.
Elle entra chez elle, jeta son sac contre le mur. Tout en marchant vers le canapé, elle fit glisser son legging le long de ses cuisses, l'enjamba pour s'en débarrasser complètement. Elle fit descendre sa culotte sans s'arrêter : un coton noir trempé qu'elle laissa pendre autour d'une cheville. Puis elle se laissa tomber sur les coussins, les fesses au bord de l'assise, les jambes écartées. L'air frais du salon sur sa chatte lui arracha un frisson.
Sa main plongea.
Deux doigts d'un coup, sans précaution. Elle était tellement mouillée qu'ils glissèrent jusqu'à la dernière phalange sans aucune résistance. La sensation lui coupa le souffle : cette pression soudaine à l'intérieur, ce remplissage immédiat qui répondait à une attente qu'elle n'avait même pas formulée. Ses doigts restèrent enfoncés une seconde, immobiles, le temps que sa chatte se contracte autour d'eux. Puis elle les retira et les renfonça.
Un gémissement sortit de sa gorge. Elle ne le retint pas.
Elle trouva un rythme. Profond, régulier, la paume qui claquait contre son clitoris à chaque poussée. Ses doigts allaient et venaient dans sa chatte trempée avec un bruit spongieux, obscène, qui emplissait le salon. Elle n'essayait pas de faire durer. Elle n'essayait pas d'être élégante. Elle se baisait avec ses doigts comme elle avait envie d'être baisée : fort, vite, sans retenue.
Sa main libre remonta sous son débardeur. Ses doigts trouvèrent son téton, le pinça, le tordit doucement. La douleur lui arracha un hoquet, faisant pulser son sexe autour de ses doigts. Elle recommença : pincer, tordre, pendant que son autre main continuait de s'enfoncer en elle à un rythme qui s'accélérait.
Elle changea de position. Elle se laissa glisser plus bas sur le canapé, le bassin en avant, les épaules contre le dossier. Ses genoux étaient écartés au maximum, ses pieds plantés dans les coussins. Elle avait besoin de plus de profondeur. Elle avait besoin de sentir ses doigts remonter loin, très loin, là où la pression était presque insupportable.
Elle ajouta un troisième doigt.
L'étirement lui coupa le souffle. Trois doigts la remplissaient complètement. Elle les enfonça lentement, centimètre par centimètre, en écartant légèrement pour s'ouvrir davantage. Ses muscles résistaient, puis cédaient, et chaque millimètre gagné envoyait une décharge dans son bas-ventre.
Sa respiration était devenue un halètement saccadé. La sueur perlait à ses tempes, coulait dans son cou, entre ses seins. Elle avait chaud. Elle avait tellement chaud. Son corps tout entier était tendu vers cette main qui la baisait, ces doigts qui allaient et venaient, cette paume qui claquait contre son clitoris gonflé.
Elle retira ses doigts et les porta à sa bouche. Ils étaient luisants, recouverts de sa cyprine qui formait des filaments entre ses phalanges. Elle les lécha : un goût salé, légèrement amer : puis elle les enfonça de nouveau, trois doigts, jusqu'au fond.
Ses hanches commencèrent à bouger toutes seules. Elle ne contrôlait plus le rythme : c'était son bassin qui poussait contre sa main, qui s'empalait sur ses doigts, qui cherchait une friction plus dure, plus profonde. Le canapé grinçait sous ses mouvements. Sa cyprine coulait le long de ses doigts, sur sa paume, sur son poignet, trempait le tissu du coussin sous ses fesses.
Elle était proche. Elle le sentait monter : cette tension dans le bas du ventre, cette chaleur qui irradiait dans ses cuisses, cette pression qui cherchait à s'échapper. Ses doigts allaient plus vite maintenant, presque frénétiques, et sa main libre avait lâché son sein pour agripper le dossier du canapé.
Quand elle sentit que ça allait exploser, elle avança le bassin au-dessus du carrelage. Ses fesses quittèrent le coussin, ses genoux toujours écartés, le corps en pont au-dessus du vide. Sa main ne ralentit pas. Son pouce vint s'écraser sur son clitoris.
L'orgasme la prit comme une déflagration.
Sa chatte se contracta violemment autour de ses doigts, et un cri rauque jaillit de sa gorge : un son animal, étranglé, qui résonna dans le salon vide. La première giclée jaillit de sa chatte, claire et abondante, et s'écrasa sur le carrelage avec un bruit liquide. Ses doigts continuaient de bouger, de s'enfoncer, et une deuxième salve suivit : plus violente, qui l'éclaboussa jusqu'à la cheville. Son corps était secoué de spasmes, ses hanches qui tressautaient dans le vide, son ventre qui se contractait par vagues successives. Elle n'avait jamais rien ressenti d'aussi fort. Chaque contraction était plus profonde que la précédente, lui arrachait un nouveau gémissement, et sa cyprine continuait de gicler sur le carrelage par salves irrégulières : trois, quatre, cinq giclées qui s'écrasaient sur le sol en éventail.
Elle ne savait plus où elle était. Elle n'était plus qu'un corps suspendu au-dessus du vide, une main agrippée au canapé, l'autre enfouie entre des cuisses trempées, et des spasmes qui n'en finissaient pas de la traverser.
Quand la dernière contraction s'éteignit, elle resta immobile. Son bassin toujours au-dessus du carrelage, ses doigts toujours en elle, sa respiration qui revenait par à-coups. Ses cuisses tremblaient. Sa cyprine continuait de couler lentement le long de ses doigts, sur sa paume, et tombait goutte à goutte sur le carrelage où une flaque irrégulière brillait sous la lumière du salon.
Elle attendit que son coeur ralentisse. Elle attendit que ses jambes arrêtent de trembler. Puis elle se laissa glisser en arrière sur le canapé.
Sa respiration s'apaisait. Le silence retombait. Et dans ce silence, la pensée émergea. Claire. Nette. Presque calme.
Putain. Il me le faut.
Le Cèdre Bleu était presque vide en ce jeudi soir. La lumière orange des appliques dessinait des flaques chaudes sur le comptoir d'acajou, et le piano bastringue qui sortait des enceintes était juste assez fort pour couvrir le bourdonnement du lave-vaisselle en cuisine.
Emma poussa la porte vitrée et s'arrêta une seconde sur le seuil.
Dorian était derrière le comptoir. Il essuyait des verres à pied, le même torchon blanc sur l'épaule, les mêmes gestes précis. Il leva les yeux en entendant la porte, et quelque chose traversa son visage. Une lueur amusée, comme s'il se souvenait d'une blague qu'ils étaient seuls à connaître.
« Bonsoir, madame Delcourt. »
Sa voix était posée. Il n'avait pas hésité sur le nom.
Emma s'approcha du comptoir et posa son sac sur le tabouret. Elle le regarda : vraiment : et ce qu'elle vit lui plut. Il avait l'air d'aller bien. Les cheveux un peu plus courts, une chemise propre, l'assurance tranquille de quelqu'un qui dort bien la nuit.
« Bonsoir, Dorian. »
Il posa son verre et s'approcha, les mains à plat sur le comptoir. Pas de tremblement. Pas d'évitement. Il soutint son regard avec une aisance nouvelle.
« Gin tonic ? »
« Oui. »
Il se tourna vers les bouteilles. Elle le vit saisir le shaker sans hésitation, doser le gin d'un geste sûr, couper la tranche de citron avec une précision qui n'avait plus rien à prouver. Le citron était parfait : fin, régulier, posé sur le bord du verre avec une élégance désinvolte.
« Comment va ta compagne ? Hmm... Laura, c'est bien ce que tu m'avais dit ? »
Dorian eut un petit sourire en posant le verre devant elle.
« Oui, c'est bien Laura. Elle va bien. Elle m'a demandé l'autre jour si la nouvelle résidente du troisième était toujours aussi... » Il chercha le mot, le torchon suspendu. « ... intimidante. »
Emma arqua un sourcil.
« Et tu as répondu quoi ? »
« Que oui. »
Il avait dit ça avec une franchise désarmante, sans flatterie, sans provocation. Juste un constat. Emma prit son verre et but une gorgée. Le gin tonic était parfait : équilibré, frais, le citron juste assez amer.
« Tu es doué, Dorian. »
« Pour les cocktails ? »
« Pour ça aussi. »
Il sourit. Un vrai sourire, cette fois. Pas le sourire crispé du type qui espère quelque chose. Le sourire détendu de quelqu'un qui a déjà reçu ce qu'il voulait et qui a compris que c'était suffisant.
La porte vitrée s'ouvrit derrière elle.
Emma ne se retourna pas. Elle n'en avait pas besoin. Elle le sut au regard de Dorian qui glissait par-dessus son épaule, à la façon dont son sourire s'effaça pour laisser place à une expression neutre, professionnelle. Elle le sut au silence qui s'installa, à la musique qui parut soudain plus forte, au rythme de son propre coeur qui accéléra d'un cran.
« Bonsoir, monsieur Harrington. »
Dorian avait dit ça avec la même politesse qu'il réservait à tous les résidents. Pas de courbette. Pas de tension. Mais Emma remarqua qu'il s'était redressé d'un centimètre.
Blake Harrington s'approcha du comptoir. Il s'assit deux tabourets plus loin.
« Bonsoir. Un bourbon. Sec. »
Sa voix était grave, posée, avec ce timbre légèrement rauque des hommes qui parlent peu et qu'on écoute beaucoup. Il sortit son téléphone, le posa sur le comptoir, fit défiler quelque chose sur l'écran.
Dorian prépara le bourbon. Le silence s'étirait. Emma finit son gin tonic et reposa le verre vide.
Elle prit son sac, se leva, fit deux pas sur la droite. Elle se rassit sur le tabouret juste à côté de lui.
Blake ne leva pas les yeux de son téléphone.
Emma commanda un autre verre à Dorian d'un signe de tête. Puis elle tourna le visage vers Blake, le menton légèrement relevé, les épaules ouvertes. Elle attendit.
Il continuait de faire défiler son écran.
Elle attendit encore. Cinq secondes. Dix. Le silence devint presque comique. Dorian, derrière le comptoir, ralentit ses gestes sans en avoir l'air.
Puis Emma dit, avec une légèreté parfaite, comme si elle commentait la météo :
« Ça fait longtemps qu'un homme ne m'a pas autant ignorée. Comme un tabouret de bar. »
Blake s'immobilisa.
Son pouce resta suspendu au-dessus de l'écran. Puis, lentement, il posa le téléphone sur le comptoir, face contre l'acajou, et tourna la tête vers elle.
Ses yeux étaient gris. Un gris d'orage, pailleté de brun autour de la pupille. Et ils la regardaient maintenant : vraiment. Pas un coup d'oeil poli. Pas un scan rapide. Un regard qui se posait, qui s'attardait, qui prenait son temps.
Emma ne baissa pas les yeux.
Elle soutint ce regard sans ciller, sans sourire nerveux, sans rien ajouter. Elle lui laissa le silence pour digérer sa phrase, pour mesurer le culot qu'il fallait avoir pour dire ça à un homme comme lui.
Un muscle tressaillit au coin de la bouche de Blake. Pas un sourire. L'annonce d'un sourire. La possibilité d'un sourire.
« C'est une plainte ? »
Sa voix était neutre. Mais il y avait quelque chose dedans : une inflexion à peine perceptible, une curiosité qu'il n'avait pas encore décidé d'accorder.
« C'est un constat. »
Emma prit son verre et but une gorgée. Ses doigts étaient parfaitement stables.
« Vous avez un nom ? »
« Emma Delcourt. »
« Blake Harrington. »
« Je sais. »
Il prit son verre de bourbon et but une gorgée sans la quitter des yeux. Le silence qui suivit n'était plus celui de l'indifférence. C'était un silence actif, électrique, où chacun mesurait l'autre.
« Vous êtes toujours aussi directe ? »
« Ça dépend de l'interlocuteur. »
« Et qu'est-ce qui détermine le niveau de... directivité ? »
Elle tourna son verre entre ses doigts, lentement, sans rompre le contact visuel.
« L'ennui. »
Le mot claqua, léger et précis comme une tape sur la joue. Blake ne réagit pas tout de suite. Puis il reposa son verre et pivota sur son tabouret pour lui faire face complètement. Son genou frôla le sien : un contact infime, probablement accidentel, qu'il ne retira pas.
« Et je vous ennuie ? »
« Pas encore. Mais vous faisiez de votre mieux il y a deux minutes. »
Cette fois, il sourit. Un vrai sourire, bref, qui creusa une ride sur sa joue et transforma son visage. Il avait les dents blanches, légèrement de travers sur une canine. Le genre de détail qu'on ne remarque que quand on est assez près.
Il prit son verre et le leva légèrement dans sa direction. Un toast muet. Emma leva le sien, et les verres tintèrent.
« Vous êtes nouvelle dans la résidence, Emma. »
Ce n'était pas une question.
« Depuis quelques semaines. »
« Et vous faites quoi, quand vous n'êtes pas en train d'accuser les inconnus de vous ignorer ? »
« J'étais avocate fiscaliste. »
« Était ? »
« Ça appartient au passé. »
Il hocha la tête, lentement, comme si cette réponse lui suffisait. Il ne demanda pas pourquoi. Il ne chercha pas à combler le blanc. Il se contenta de la regarder, et dans ce regard il y avait quelque chose de nouveau : une évaluation. Pas celle d'un homme qui jauge une femme qu'il pourrait avoir. Celle d'un homme qui se demande si cette femme-là vaut la peine d'être connue.
« Et vous, Blake ? »
« Je m'occupe de ma fille. »
« C'est tout ? »
« C'est déjà beaucoup. »
Il avait dit ça sans emphase, mais avec une fermeté qui n'appelait pas de commentaire. Emma sentit le terrain changer sous ses pieds : ce n'était plus un jeu de séduction, c'était autre chose. Une conversation entre adultes qui n'avaient pas besoin de se raconter leur vie pour se comprendre.
« Votre fille est à l'étage ? »
« Elle dort. Ou elle dessine. » Il but une gorgée de bourbon. « C'est une artiste. Elle vit dans un monde parallèle où les horaires normaux n'existent pas. »
« Ça doit être pratique pour un père qui travaille. »
« Ça l'est. » Il marqua une pause. « Vous avez des enfants ? »
« Non. »
« Vous en voulez ? »
La question était directe, presque intrusive, mais le ton était léger. Emma soutint son regard.
« Je n'y ai jamais pensé. »
« C'est une réponse honnête. »
« Je ne sais pas donner les autres. »
Blake reposa son verre et croisa les bras sur le comptoir. Ses avant-bras étaient bronzés, les veines saillantes sous la peau. Il portait une montre discrète : un bracelet de cuir brun, un cadran sobre. Rien de tape-à-l'oeil. Rien qui crie l'argent qu'il avait.
« Vous savez ce qui est rare, Emma ? »
« Dites-moi. »
« Une femme qui ne remplit pas les silences. » Il la regardait avec une intensité nouvelle. Pas de la drague. Pas du désir. Quelque chose de plus rare : de la considération. « La plupart des gens parlent pour ne rien dire. Ils ont peur du vide entre deux phrases. Vous, vous le laissez vivre. »
« C'est que je n'ai pas peur du vide. »
« Je vois ça. »
Derrière le comptoir, Dorian avait ralenti ses gestes. Il ne cherchait même plus à cacher son petit sourire. Il avait vu Emma dominatrice, écrasante. Et là, il la regardait batailler avec un homme qui lui tenait tête. Le spectacle était inédit, et il le savourait en silence.
« Vous voulez un autre verre ? » demanda-t-elle en désignant son bourbon vide.
« C'est vous qui m'invitez ? »
« Je vous tiens compagnie. La nuance est importante. »
« Pourquoi ? »
« Parce que si je vous invite, vous pourriez dire non. Si je vous tiens compagnie, c'est vous qui décidez de rester. »
Blake la regarda. Longuement. Puis il fit un signe à Dorian.
« La même chose, s'il vous plaît. »
Dorian hocha la tête et se tourna vers les bouteilles. Emma sentit une chaleur diffuse dans sa poitrine : pas de l'excitation sexuelle, pas encore. Quelque chose de plus subtil. La satisfaction de n'être pas passée inaperçue.
« Vous savez ce qui m'a frappé chez vous ? » demanda Blake en posant son avant-bras sur le comptoir.
« Dites-moi. »
« Ce n'est pas la première phrase que vous m'avez dite. C'est ce que vous avez fait après. »
Emma arqua un sourcil.
« Vous n'avez pas baissé les yeux. Vous n'avez pas ri pour rattraper le coup. Vous avez attendu. » Il tourna son verre entre ses doigts. « Comme si vous saviez exactement ce que vous faisiez. »
« C'est que je savais exactement ce que je faisais. »
Blake prit son verre et le leva.
« Aux femmes qui savent ce qu'elles font. »
Emma trinqua.
« Aux hommes qui s'en rendent compte. »
Ils burent en même temps, les yeux dans les yeux. Et cette fois, le silence n'était plus une épreuve. Il était une conversation à lui tout seul.
« Vous voulez savoir ce qui est vraiment rare, Blake ? »
« Allez-y. »
« Un homme qui comprend ce que je fais sans que j'aie à l'expliquer. »
Il ne répondit pas tout de suite. Il la regarda, et dans son regard elle vit quelque chose bouger : un éclat, une chaleur qui n'était pas encore du désir mais qui pouvait le devenir.
« On devrait peut-être arrêter de se faire des compliments », dit-il.
« Pourquoi ? »
« Parce que si on continue, je vais finir par vous proposer de monter prendre un dernier verre chez moi. Et j'ai une fille qui dort dans la pièce d'à côté. »
Emma sourit. Un sourire lent, qui montait du coin des lèvres jusqu'aux yeux.
« Alors montons chez moi. »
Blake la regarda. Ses yeux s'attardèrent sur son visage, sur sa bouche, sur la ligne de sa gorge. Puis il finit son verre d'une traite et le reposa sur le comptoir.
« Vous ne perdez pas de temps. »
« Je vous ai déjà dit que je n'étais pas une femme qu'on ignore. »
Il se leva. Il prit sa veste sur le dossier du tabouret, la plia sur son bras, et fit un signe à Dorian.
« Vous mettrez ça sur ma note. »
« Bien, monsieur Harrington. »
Blake se tourna vers Emma et tendit la main.
« Après vous, Emma. »
Elle prit son sac, se leva, et le précéda vers la porte vitrée. En partant, elle croisa le regard de Dorian et lui adressa un clin d'oeil : rapide, discret, complice.
L'ascenseur semblait trop petit.
Emma se tenait contre la paroi du fond, les mains croisées sur son sac, et elle regardait Blake Harrington appuyer sur le bouton du troisième étage. La chemise blanche tendue entre ses omoplates. Les épaules qui frôlaient les parois de la cabine sans les toucher.
Il ne disait rien. Il ne la regardait pas. Il attendait que les portes s'ouvrent, les yeux fixés sur l'afficheur des étages, et son silence n'était plus celui du bar : cette absence curieuse qui l'avait piquée au vif. C'était un silence plein. Un silence de prédateur qui sait que la proie est déjà dans le couloir.
Emma sentit son pouls dans sa gorge. Pas de la peur. De l'impatience.
Les portes coulissèrent. Elle le précéda dans le couloir, et ne se retourna pas. Elle savait qu'il la suivait. Elle le sentait dans son dos comme une ombre chaude, une présence qui modifiait la pression de l'air autour d'elle.
Elle s'arrêta devant le 3B. Sortit sa clé. L'enfonça dans la serrure. Sa main ne tremblait pas : elle était fière de ça, de cette main stable qui tournait la clé sans hésitation, qui poussait la porte sans précipitation.
Elle entra. Elle posa son sac sur la console de l'entrée. Puis se retourna.
Blake était sur le seuil. Il n'était pas entré.
Il se tenait dans l'encadrement de la porte, une main dans la poche, la veste toujours pliée sur son avant-bras, et il regardait l'appartement derrière elle avec une expression neutre. Comme s'il visitait un bien immobilier. Comme s'il n'était pas là pour elle.
« Entre. »
Il fit un pas. Un seul. Juste assez pour que la porte se referme derrière lui. Puis il s'arrêta de nouveau.
Emma sentit l'agacement la traverser : cette lenteur, cette retenue, cette façon qu'il avait de tout contrôler jusque dans l'immobilité. Elle avait attendu. Elle s'était retenue dans la salle de sport. Elle s'était touchée en pensant à lui, elle avait joui en pensant à lui, elle l'avait provoqué dans ce bar et il avait répondu. Il était là. Alors pourquoi il restait planté dans son entrée comme un invité poli ?
Elle fit deux pas vers lui. Elle posa une main à plat sur son torse : la chaleur du corps à travers le coton, la fermeté du muscle sous ses doigts : et elle se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser.
La main de Blake se referma autour de son poignet.
Pas brutalement. Fermement. Avec la précision d'un homme qui a anticipé le geste et qui l'a laissé venir jusqu'au dernier centimètre avant de l'arrêter.
Il écarta sa main de son torse, doucement, et la reposa le long du corps d'Emma sans la lâcher.
« Non. »
Un seul mot. Calme. Définitif.
Emma resta figée, les lèvres entrouvertes, le poignet prisonnier de cette main qui ne serrait pas mais qui ne lâchait pas non plus.
« Je ne vais pas te baiser. Je vais te détruire. »
Il laissa le mot faire son chemin. Il vit les pupilles d'Emma se dilater, sa gorge se contracter sur une déglutition silencieuse.
« À partir de maintenant, je décide de tout. Toi, de rien. »
Il lâcha son poignet. Sa main remonta lentement, et ses doigts effleurèrent la joue d'Emma : un contact à peine perceptible, le dos des phalanges contre sa peau. Puis la main redescendit.
« Choisis un mot, un code. Si tu le dis, tout s'arrête. Immédiatement. Définitivement. »
Ses yeux gris ne cillaient pas.
« Maintenant dis-moi le mot que tu choisis en guise d'acceptation, ou refuse simplement, pour que j'arrête de perdre mon temps avec toi. »
Il tenait toujours son poignet. Emma aurait pu se dégager : il ne serrait pas fort. Elle ne bougea pas.
« Plaidoirie. » Blake ne répéta pas le mot. Il l'enregistra. Puis il lâcha le poignet d'Emma et fit un pas de côté, contournant le canapé sans la quitter des yeux.
Il s'assit dans le fauteuil. Le fauteuil en cuir brun, celui qu'elle n'utilisait jamais, celui qui faisait face au canapé. Il posa sa veste pliée sur l'accoudoir, s'adossa, écarta légèrement les genoux. Ses mains restèrent ouvertes sur ses cuisses.
Il ne dit rien.
Emma comprit. C'était à elle de commencer. Il avait dit qu'il décidait de tout : mais la première chose qu'il décidait, c'était de ne rien demander. De la laisser offrir.
Elle défit le premier bouton de son chemisier. Ses doigts étaient calmes. Le deuxième bouton. Le troisième. Le tissu s'écarta sur son ventre, sur la naissance de ses seins. Elle fit glisser le chemisier de ses épaules et le laissa tomber derrière elle. Le soutien-gorge suivit : elle le dégrafa d'une main, dans le dos, sans le quitter des yeux. Les bretelles glissèrent sur ses bras. Elle le posa sur le canapé.
Blake ne regardait pas ses seins. Il regardait ses yeux.
Elle défit la ceinture de son jean, le bouton, la fermeture éclair. Le jean tomba sur ses chevilles. Elle l'enjamba, le repoussa du pied. Sa culotte était simple : coton noir, rien de travaillé. Elle la fit glisser le long de ses cuisses et s'en débarrassa.
Elle était nue. Debout devant lui. Les bras le long du corps.
Blake la regarda. Lentement. De la tête aux pieds. Ses yeux s'attardèrent sur la courbe de ses hanches, sur le triangle de poils bruns entre ses cuisses, sur ses jambes légèrement écartées pour garder l'équilibre. Puis ils remontèrent jusqu'à son visage.
« Tu étais vulgaire, au bar. »
Sa voix était basse, égale.
« Venir t'asseoir à côté de moi comme ça. Me provoquer. Tu mérites d'être punie. »
Emma sentit un frisson descendre le long de sa colonne vertébrale. Elle ne répondit pas. Il n'attendait pas de réponse.
« Approche. »
Elle fit deux pas. Il tendit la main et ses doigts se refermèrent autour de son poignet : le même poignet que tout à l'heure. Il tira doucement, la guidant sur le côté du fauteuil, puis il la fit basculer.
Le ventre d'Emma se posa sur ses genoux. Le cuir du fauteuil était froid contre sa joue. Ses pieds touchaient à peine le sol. Ses fesses étaient relevées, exposées, offertes à l'air frais du salon. Ses mains cherchèrent un appui : l'accoudoir, le tissu du pantalon de Blake : et se stabilisèrent.
Il posa une main à plat sur le bas de son dos. Juste une main. Chaude. Lourde. Immobile.
« Insulte-toi. »
Emma sentit sa gorge se serrer.
« Je suis une cochonne. »
La main de Blake s'abattit sur sa fesse droite. Le claquement fut sec, précis, et la douleur explosa en une vague brûlante qui irradia dans toute sa jambe. Emma cria : un cri bref, étranglé, qu'elle n'avait pas vu venir.
« Recommence. Et cette fois, fais un effort. »
Sa fesse pulsait, la peau déjà chaude sous la paume de Blake qui était revenue se poser au même endroit.
« Je suis une salope. »
La main claqua sur la fesse gauche. Plus fort. La douleur était différente : plus profonde, comme si la deuxième claque avait traversé la chair pour atteindre le muscle. Emma gémit, les doigts crispés sur l'accoudoir.
« Continue. »
« Je suis une pute. »
Encore la droite. La peau était maintenant en feu, et chaque claque successive réveillait la douleur des précédentes.
« Plus fort. »
« Je suis une putain dégueulasse. »
La main de Blake s'abattit sur les deux fesses en même temps : un aller-retour brutal qui laissa deux empreintes rouges sur sa peau blanche. Emma hurla. Un vrai hurlement, qui partait du ventre et qui finit en sanglot. Ses jambes tremblaient. Sa chatte était trempée : elle le sentait contre la cuisse de Blake, cette humidité chaude qui s'écrasait sur le tissu de son pantalon.
« Tu es en train de mouiller mon pantalon. »
Sa voix était toujours aussi calme. Presque détachée.
« Regarde-moi ça. Une avocate fiscaliste qui mouille comme une chienne parce qu'on lui claque les fesses. »
Il fit glisser deux doigts entre ses cuisses, effleura sa chatte gonflée. Emma hoqueta. Les doigts remontèrent, étalant la cyprine sur sa fesse rougie.
« Continue de t'insulter. Et regarde-moi quand tu le fais. »
Emma tourna la tête. Elle croisa le regard de Blake : ces yeux gris qui ne cillaient pas, qui l'observaient avec une attention clinique, presque scientifique.
« Je suis une chienne en chaleur. »
La claque partit de plus haut. Le bruit résonna dans le salon, suivi du cri d'Emma qui se brisa dans sa gorge. Sa chatte se contracta dans le vide, et elle sentit un filet de cyprine couler le long de sa cuisse.
« Encore. »
« Je suis un vide-couilles. »
La main s'abattit. La douleur était maintenant constante : une brûlure qui ne retombait plus entre les claques, qui s'accumulait couche après couche. Les fesses d'Emma étaient marbrées de traces de doigts, et chaque nouvelle frappe arrachait un cri plus rauque que le précédent.
« Je suis... » Sa voix se brisa. Elle reprit sa respiration. « Je suis un trou à foutre. »
Cette fois, la main de Blake ne claqua pas. Elle se posa à plat sur sa fesse brûlante et pressa. La douleur se mêla au plaisir : cette pression ferme sur la chair meurtrie, ces doigts qui s'enfonçaient dans la zone sensible.
« C'est mieux. »
Il retira sa main. Emma resta immobile sur ses genoux, le souffle court, les fesses en feu, la chatte trempée. Elle attendait la prochaine claque. Elle l'espérait presque.
Mais Blake ne la toucha plus.
« Va me chercher un verre d'eau. »
Sa voix était redevenue neutre. Comme s'il commandait un autre bourbon au bar.
Emma se releva lentement. Ses jambes flageolaient, et elle dut s'appuyer sur l'accoudoir du fauteuil pour ne pas tomber. Ses fesses la brûlaient à chaque mouvement, la peau tendue et chaude comme un coup de soleil. Elle traversa le salon, nue, consciente du regard de Blake dans son dos. Elle sentait ses yeux sur ses fesses rougies, sur ses cuisses encore humides, sur sa démarche mal assurée.
La cuisine était à six mètres du fauteuil. Elle attrapa un verre dans le placard, le remplit au robinet. L'eau était froide. Elle faillit boire une gorgée : sa gorge était sèche : mais elle se retint. Le verre n'était pas pour elle.
Elle se retourna et fit trois pas.
« Arrête. »
Elle s'immobilisa. Blake n'avait pas bougé de son fauteuil. Il la regardait par-dessus le dossier, les yeux brillants dans la pénombre du salon.
« Rampe. »
Elle se mit à quatre pattes. Le carrelage était froid sous ses genoux, sous sa main libre. Elle avança d'un mètre. La position était inconfortable, le verre ballottait dangereusement dans sa main droite.
« Non. » La voix de Blake claqua comme une cravache. « J'ai dit rampe. »
Emma s'arrêta. Elle comprit. Elle abaissa son bassin, posa son ventre sur le carrelage froid. Ses seins s'écrasèrent contre le sol. Elle tendit le bras qui tenait le verre devant elle, plia l'autre pour trouver un appui, et elle poussa sur ses jambes.
Son corps glissa sur le carrelage.
Le froid mordait ses seins, son ventre, le haut de ses cuisses. Elle avança centimètre par centimètre, le corps écrasé, la joue presque contre le carrelage. Le verre tremblait dans sa main tendue.
Et puis sa chatte toucha le sol.
Le contact lui coupa le souffle. Le carrelage était froid et lisse contre ses lèvres gonflées, contre son clitoris durci par l'excitation. Elle avança encore, et la friction tira un filet de cyprine qui resta en traînée brillante sur le sol derrière elle.
« Regarde ce que tu laisses sur ton carrelage. »
Elle baissa les yeux. Une trace humide s'étirait derrière elle, irrégulière, ponctuée de gouttes plus épaisses là où sa chatte avait appuyé plus fort. L'humiliation lui brûla les joues.
« Continue. »
Elle rampa. Chaque poussée de ses jambes frottait sa chatte contre le carrelage, et la sensation devenait impossible à ignorer. Ce n'était plus juste de l'humiliation. C'était du plaisir : un plaisir sourd, diffus, qui montait de son bas-ventre à chaque centimètre parcouru. Ses hanches commencèrent à bouger différemment, à appuyer plus fort, à chercher la friction.
Emma ferma les yeux. Elle était à deux mètres de lui maintenant. Le verre d'eau tremblait dans sa main.
Elle atteignit le fauteuil. Elle leva le bras, lui tendit le verre. Sa main tremblait, et la surface de l'eau oscillait dangereusement.
Blake prit le verre. Il but une gorgée, lentement, sans la quitter des yeux. Puis il reposa le verre sur la table basse.
« Regarde ton sol. »
Emma tourna la tête. Derrière elle, une traînée de six mètres serpentait sur le carrelage : une piste brillante, ponctuée de flaques plus denses, qui partait de la cuisine et arrivait jusqu'au fauteuil. Sa mouille. Sa cyprine étalée sur toute la longueur du salon comme une signature animale.
« Tu as dégueulassé tout ton sol. »
Il se pencha vers elle. Son visage était à quelques centimètres du sien.
« Tu aimes ça. »
Emma hocha la tête. Sa voix était rauque, à peine audible.
« Oui. »
« Alors finis le travail. »
Il désigna le carrelage devant elle.
« Touche-toi. Mais pas avec tes doigts. Juste le sol. »
Emma hésita une seconde. Puis elle écarta les cuisses et abaissa son bassin. Sa chatte s'écrasa contre le carrelage froid, et le contact lui arracha un cri. Elle était tellement gonflée, tellement sensible, que la simple pression du sol contre son clitoris faillit la faire jouir immédiatement.
Elle commença à bouger. Des mouvements de bassin, d'abord lents, puis plus rapides. Elle se frottait contre le carrelage comme une bête en chaleur, les mains à plat sur le sol, les fesses relevées juste assez pour que sa chatte frotte à chaque aller-retour. Sa cyprine faisait un bruit spongieux à chaque mouvement : un bruit obscène qui emplissait le salon.
« Plus vite. »
Elle accéléra. Ses hanches allaient et venaient, sa chatte glissait sur le carrelage trempé, et la friction envoyait des décharges dans tout son corps. Ses seins ballottaient sous elle. Ses cuisses tremblaient. Elle était proche : tellement proche qu'elle pouvait sentir l'orgasme monter, cette pression dans le bas du ventre qui cherchait à s'échapper.
« Arrête. »
Elle se figea. Un gémissement de frustration lui échappa.
Blake se leva. Il la regarda, recroquevillée sur le carrelage, trempée de sueur et de cyprine, les fesses encore rouges de ses claques. Puis il se pencha, glissa un bras sous son ventre, et la souleva.
Il la déposa sur la table. Le bois était froid sous son dos, sous ses fesses brûlantes. Ses jambes pendaient dans le vide. Elle leva les yeux vers lui : il était debout au-dessus d'elle, immense, et elle vit ses mains descendre vers sa ceinture.
Il défit sa ceinture d'un geste sec. Le cuir claqua en se dégageant des passants. Il ouvrit son pantalon, le fit glisser juste assez pour libérer sa queue.
Emma n'eut pas le temps de la regarder. Il attrapa ses hanches, la tira vers lui, et s'enfonça d'un coup.
Le cri d'Emma déchira le silence. Il l'avait pénétrée sans précaution, sans préliminaire, et malgré toute sa mouille, la violence de l'intrusion lui coupa le souffle. Il était gros : plus gros que ce qu'elle avait imaginé : et la sensation d'être remplie aussi brutalement envoya une onde de choc dans tout son corps.
Blake ne lui laissa pas le temps de s'habituer. Il se retira presque entièrement et s'enfonça de nouveau, plus fort. La table grinça sous le choc. Le dos d'Emma glissa sur le bois verni, et elle dut agripper les bords de la table pour ne pas être projetée en arrière.
Il la baisait comme on punit. Chaque coup de reins était une condamnation, chaque poussée un châtiment. Sa queue allait et venait dans sa chatte avec une violence mécanique, sans tendresse, sans ralentissement. Les couilles de Blake claquaient contre ses fesses à chaque va-et-vient, et la douleur des fessées se réveillait à chaque impact : une brûlure qui se mêlait au plaisir de la pénétration.
« Regarde-moi. »
Emma ouvrit les yeux. Le visage de Blake était au-dessus d'elle, dur, concentré. Il ne transpirait même pas. Il la baisait comme il faisait ses tractions : avec une puissance contrôlée, une économie de mouvement, une précision qui ne laissait rien au hasard.
« Tu voulais mon attention. Tu l'as. »
L'orgasme la prit par surprise.
Il n'était pas progressif, pas annoncé par la montée habituelle. Il explosa d'un coup, comme une digue qui cède, et le corps d'Emma se cambra sur la table. Sa chatte se contracta autour de la queue de Blake : des spasmes violents, incontrôlables : et elle gicla. Un jet clair et abondant jaillit d'elle, éclaboussant le ventre de Blake, sa chemise, le bois de la table. Un deuxième jet suivit, moins puissant, puis un troisième qui coula le long de ses cuisses.
Blake ne ralentit pas. Il continua de la baiser à travers son orgasme, et chaque poussée prolongeait les spasmes, tirait un nouveau jet de cyprine, arrachait un nouveau cri à la gorge d'Emma. Elle n'était plus qu'un corps agité de soubresauts, une chatte qui se contractait sans fin autour de cette queue qui ne lui laissait aucun répit.
Et puis il se retira.
Le vide fut presque douloureux. Emma resta allongée sur la table, les jambes écartées, la chatte béante et trempée, le souffle court. Elle vit Blake reculer d'un pas. Il regarda sa chemise trempée de sa cyprine, la table inondée, ses propres couilles luisantes de leur mélange.
« À genoux. »
Sa voix était rauque maintenant. La première fissure dans son contrôle.
Emma glissa de la table. Ses jambes ne la portaient plus vraiment : elle s'effondra plus qu'elle ne s'agenouilla, les genoux sur le carrelage encore humide de sa reptation. Elle leva les yeux vers lui.
Il était immense. Debout au-dessus d'elle, la queue tendue, luisante de leurs fluides mêlés, et son regard avait changé. Ce n'était plus l'évaluateur froid du bar. C'était un homme qui allait jouir.
Il attrapa ses cheveux. Pas brutalement : fermement. Il guida sa tête vers l'avant, et Emma ouvrit la bouche.
Il s'enfonça jusqu'au fond de sa gorge.
Elle n'eut pas le temps de se préparer. Il la tenait par les cheveux et il baisait sa gorge comme il avait baisé sa chatte : sans retenue, sans pitié. Le gland heurtait le fond de sa gorge à chaque poussée, et elle étouffait, les yeux pleins de larmes, la salive qui coulait le long de son menton. Ses mains étaient posées sur ses propres cuisses : elle ne cherchait pas à le repousser. Elle le laissait faire.
Il accéléra. Ses coups de reins devinrent plus courts, plus saccadés, et elle sentit sa queue gonfler dans sa gorge. Il allait jouir. Elle le sut à la tension de ses doigts dans ses cheveux, à son souffle qui devenait plus rauque, à la façon dont il s'enfonçait plus profondément à chaque poussée.
Il jouit au fond de sa gorge.
Un flot épais et chaud jaillit directement dans son oesophage : elle n'eut même pas à avaler. Il se retira légèrement, et un deuxième jet remplit sa bouche, puis un troisième sur sa langue. Le goût était salé, amer, et il y en avait tellement qu'elle ne pouvait pas tout garder. Un filet de sperme coula au coin de ses lèvres, descendit sur son menton, tomba sur sa poitrine.
Blake se retira complètement.
Emma resta à genoux, la bouche pleine, les lèvres entrouvertes sur le sperme qui débordait. Elle leva les yeux vers lui.
Il remonta son pantalon. Le zip métallique, le claquement du bouton, le cuir de la ceinture qui glissait dans les passants. Il attrapa sa veste sur le fauteuil, la plia sur son bras. Il ne la regardait plus.
Il traversa le salon. Ses pas résonnaient sur le carrelage, évitant sans y penser les flaques de cyprine qu'elle avait laissées en rampant. Il atteignit la porte d'entrée. Il l'ouvrit.
Il sortit.
La porte se referma derrière lui.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()