Tout a changé derrière ce rideau.
Je suis dans la grande galerie, le samedi après-midi, et la foule me presse de tous les côtés. Les lumières blanches et froides du plafond me font mal aux yeux. L'odeur de parfum neuf, de cuir et de nourriture chaude des restaurants du premier étage se mélange dans l'air conditionné. Autour de moi, les gens rient, parlent fort, traînent des sacs, poussent des poussettes. Moi, j'ai la gorge serrée et les poings fermés si fort que mes ongles s'enfoncent dans mes paumes.
Meddhy vient de me crier dessus. Encore. Sa voix a claqué au milieu du passage principal, juste devant la vitrine d'une enseigne de chaussures. Les gens ont tourné la tête. Certains ont ralenti le pas. J'ai senti leurs regards glisser sur moi, curieux, gênés, un peu amusés. Comme si on était un spectacle gratuit.
— Tu me fais toujours le même coup, Matt. Toujours. Tu disparais dans ta tête et après tu fais comme si de rien n'était.
Il a dit mon prénom trop fort. Je déteste quand il le fait en public. Je déteste sa façon de me regarder comme si j'étais un enfant qui a mal répondu. Je déteste encore plus le fait que, depuis des semaines, chaque conversation finit comme ça : lui qui élève la voix, moi qui me rétracte, puis lui qui insiste jusqu'à ce que je craque.
Aujourd'hui, j'ai craqué plus vite.
Je lui ai répondu. Des choses dures. Des choses que je regrette déjà, mais qui sortaient toutes seules, portées par une colère qui montait depuis trop longtemps. Des phrases sur le contrôle, sur le fait qu'il ne me laisse jamais d'espace, sur la façon dont il transforme chaque sortie en procès. Sa mâchoire s'est crispée. Ses yeux se sont rétrécis. Et là, il a commencé à parler plus fort, plus vite, en me coupant la parole, en me reprochant mon ton, mon attitude, mon manque de respect.
Je n'ai pas supporté. Je me suis détourné et j'ai marché.
Pas couru. Marché. Vite. Les épaules rentrées, la tête basse, les mains dans les poches de mon jean pour cacher qu'elles tremblent. Derrière moi, j'entends ses pas. Lourds. Décidés. Il m'appelle. Une fois. Deux fois.
— Matt. Matt, reviens ici. On n'a pas fini.
On a fini, moi. J'ai fini.
La galerie s'étire devant moi comme un tunnel trop long. Les vitrines défilent : vêtements, téléphones, bijoux, parfums. Les gens s'écartent instinctivement quand ils me voient arriver. Je dois avoir une tête d'enterrement. Mon cœur bat trop fort. Il tape contre mes côtes, régulier et douloureux. La colère est encore là, brûlante, mais une autre chose s'installe par-dessus : l'angoisse. L'angoisse d'être rattrapé. L'angoisse de devoir recommencer la même discussion, les mêmes accusations, les mêmes « tu ne comprends pas » et « t'exagères toujours ».
Je tourne à gauche, puis à droite. Je prends un escalator qui monte. Je descends le suivant. Je change d'aile. Je sais qu'il me suit. Je le sens. Même sans me retourner, je sais que Meddhy est derrière, à quelques mètres, en train de me traquer comme si j'étais une proie. Il n'accepte jamais que je parte. Jamais.
Mes yeux piquent. Je cligne plusieurs fois pour chasser les larmes qui menacent. Pas ici. Pas devant tous ces gens. Je ne veux pas qu'ils me voient pleurer. Je ne veux pas qu'il me voie pleurer.
Un panneau indique les toilettes. Trop évident. Un autre indique la sortie vers le parking. Trop loin. Puis, à ma droite, j'aperçois l'entrée d'un grand magasin. Portes vitrées grandes ouvertes, musique douce qui s'échappe, éclairage plus chaud, rayons de vêtements alignés. Sans réfléchir, j'y entre.
L'air change. Plus feutré. Moins d'échos. Les conversations sont plus basses. Des vendeuses en costume noir circulent entre les portants. L'odeur de tissu neuf et de senteur d'ambiance m'enveloppe. Je ralentis juste assez pour ne pas avoir l'air d'un voleur, mais mon pas reste rapide. Je contourne un présentoir de ceintures, puis un autre de chemises. Je jette un coup d'œil en arrière.
Meddhy est là. Il vient de franchir les portes. Il me cherche du regard. Sa silhouette se découpe nettement sous les néons. Grand, droit, mâchoire serrée. Il n'a pas encore repéré où je suis exactement, mais il va le faire. Dans quelques secondes.
La panique monte d'un cran. Ma respiration s'accélère. Je sens la chaleur monter dans mon cou, dans mes oreilles. Mon estomac se noue. Je me dirige instinctivement vers le fond du magasin, là où les cabines d'essayage sont alignées le long d'un mur de miroirs. Une vendeuse me regarde en passant. Je détourne les yeux. Je n'ai rien à essayer. Je n'ai même pas de vêtement dans les mains. Je m'en fous.
Les cabines sont presque toutes occupées. Des pieds bougent sous les rideaux. Des voix chuchotent. Une femme sort en ajustant sa robe. Une autre entre en tenant deux jupes. Il reste une cabine au fond, un peu isolée, le rideau à moitié tiré. Je ne regarde même pas si elle est libre. Je n'ai plus le temps.
Je tire le rideau d'un geste sec et je me glisse à l'intérieur.
L'espace est minuscule. À peine un mètre carré. Moquette grise sous mes baskets. Miroirs sur trois côtés. Un petit banc en bois clair. Une patère. L'air sent le détergent et le tissu. Le rideau retombe derrière moi avec un léger froissement.
Et c'est seulement à ce moment-là que je réalise. Il y a quelqu'un.
Un homme. Debout. À moitié déshabillé. Chemise ouverte, torse nu, un pantalon qu'il est en train d'enlever ou de remettre – je ne sais plus. Grand. Barbu. Épaules larges. Il me regarde, surpris, une main encore sur sa ceinture.
Mon cœur s'arrête. Puis repart de plus belle.
Je suis figé. La gorge serrée. Les yeux déjà brillants. La colère de tout à l'heure se mélange à une peur soudaine, absurde, d'avoir été suivi jusque-là, d'être découvert, d'être forcé à ressortir et à affronter Meddhy juste de l'autre côté du rideau.
Je n'arrive même pas à parler. Je sens juste les larmes qui menacent vraiment, cette fois.
Je reste figé, les larmes déjà au bord des cils. Elles ne tombent pas encore, mais elles brillent et brouillent un peu ma vision. L'espace est si petit que mon épaule frôle presque la sienne. Je sens la chaleur de son corps à travers l'air confiné de la cabine. L'odeur de sa peau se mêle à celle du tissu neuf et du détergent : quelque chose de propre, de légèrement boisé, peut-être un déodorant ou un parfum discret. Ma poitrine se soulève trop vite. Chaque inspiration me rapproche un peu plus de lui.
Il n'est pas en colère. Juste surpris. Ses sourcils se sont légèrement relevés, et ses yeux bleus — d'un bleu profond, presque gris par endroits — me fixent sans hostilité. Il est grand, nettement plus grand que moi. Debout comme ça, torse nu, la chemise ouverte qui tombe de ses épaules larges, il occupe presque tout l'espace. Sa barbe est soigneusement taillée, sombre, et dessine une mâchoire forte. Les muscles de son ventre sont dessinés sans être excessifs, athlétiques. Une fine ligne de poils descend depuis son nombril et disparaît sous le bord de son pantalon, qu'il n'a toujours pas refermé. Sa main reste posée sur sa ceinture, immobile.
Je le regarde trop longtemps. Je le sais. Mais je n'arrive pas à détourner les yeux. Les miroirs tout autour de nous multiplient son image, la mienne aussi. Je me vois, petit à côté de lui, les joues déjà rouges, les lèvres pincées pour retenir les sanglots qui menacent. Mon jean colle à mes cuisses. Ma chemise est froissée. Je dois avoir l'air d'un gosse qui vient de se faire gronder.
Il ouvre la bouche. Un son commence à sortir, bas, interrogateur.
Je réagis instinctivement. Je lève une main, paume ouverte vers lui, et je secoue la tête une fois, vivement. Mes doigts tremblent. Je pointe ensuite du menton vers le rideau, vers l'extérieur, et je murmure à peine, la voix cassée :
— Chut… s'il vous plaît… quelqu'un me cherche.
Mes mots sont à peine audibles. Je sens ma gorge se resserrer encore plus. Une larme échappe enfin et glisse le long de ma joue. Je la sens chaude. Je ne la sors pas. J'ai trop peur de faire du bruit en la frottant.
Il ne répond pas. Il ne bouge pas non plus. Ses yeux passent de mon visage à ma main toujours levée, puis redescendent lentement le long de mon corps avant de remonter. Il n'y a rien d'agressif dans ce regard. Juste une attention calme, presque curieuse. Et quelque chose d'autre. Quelque chose qui fait battre mon cœur encore plus fort, d'une façon différente cette fois.
Il ne se rhabille pas.
Il laisse sa chemise ouverte. Il laisse son pantalon tel quel. Il reste là, exposé, et me regarde me regarder. La distance entre nous est ridicule. Si je penchais un peu le buste, mon front toucherait son épaule. Je sens son souffle. Régulier. Plus lent que le mien. La moquette sous mes baskets semble trop douce, trop étouffante. Les miroirs renvoient nos silhouettes collées l'une à l'autre dans cet espace minuscule.
Dehors, juste derrière le rideau, la vie du magasin continue. Des pas. Des voix étouffées. Le froissement d'un autre rideau un peu plus loin. Une vendeuse qui demande si tout va bien à quelqu'un. Chaque bruit me fait sursauter intérieurement. Et si Meddhy était déjà là ? Et s'il tirait le rideau d'un coup sec ? L'idée me donne la nausée. Pourtant, en même temps, une autre sensation s'installe, plus basse, plus chaude, qui n'a rien à voir avec la peur.
Je ne peux pas m'empêcher de le détailler davantage. La façon dont la lumière de la cabine caresse les muscles de ses bras. La légère brillance de sa peau juste sous la clavicule. Le mouvement discret de sa gorge quand il avale. Ses yeux bleus qui ne me quittent plus. Il a compris. Il a compris que je me cache. Et au lieu de me chasser, ou de s'habiller précipitamment, ou de me poser des questions à voix haute, il reste exactement comme il est. Offert à mon regard. Comme s'il acceptait ce moment bizarre, suspendu, hors du temps.
Ma respiration s'est un peu calmée, mais elle reste irrégulière. Une deuxième larme suit la première. Je baisse un instant les yeux, gêné, et mon regard tombe sur son ventre, sur la ligne de poils, sur le bord de son pantalon. Je relève aussitôt la tête. Trop tard. Il a vu. Un très léger sourire, à peine perceptible, étire le coin de ses lèvres. Pas moqueur. Juste… conscient.
La tension est là. Électrique. Silencieuse. Elle vibre entre nous dans ce mètre carré de moquette et de miroirs. Je sens mon propre corps réagir malgré moi : la chaleur qui monte dans mon bas-ventre, le léger serrement dans ma gorge qui n'a plus rien à voir avec les larmes. Je suis toujours en colère contre Meddhy, toujours angoissé à l'idée d'être découvert, mais en même temps je suis collé à cet homme que je ne connais pas, et je n'ai aucune envie qu'il se rhabille.
Il incline légèrement la tête. Ses yeux bleus plongent dans les miens. Sans un mot, il me demande silencieusement si tout va bien. Ou peut-être s'il doit vraiment rester silencieux. Ou peut-être autre chose encore. Je ne sais pas. Je sais seulement que mon cœur bat maintenant pour deux raisons différentes, et que l'une d'elles me fait rougir jusqu'aux oreilles.
Dehors, quelqu'un passe juste devant notre cabine. Des pas lents. Trop lents. Je me tends instinctivement. Mon épaule touche vraiment la sienne cette fois. La chaleur de sa peau me traverse le tissu de ma chemise. Il ne recule pas. Au contraire, il reste parfaitement immobile, me laissant cette proximité forcée, cette promiscuité qui n'a plus rien d'accidentel.
Je relève les yeux vers lui. Il me regarde toujours. Et dans ce regard, il y a maintenant une étincelle nette, calme, presque provocante. Comme s'il savait exactement ce qui se passait en moi. Comme s'il acceptait que je le regarde, que je le désire un peu, même ici, même maintenant, même avec les larmes encore fraîches sur mes joues.
Je n'ose plus bouger. Je n'ose plus respirer trop fort. Et pourtant, je ne veux surtout pas que ce moment s'arrête.
Je sens encore le frisson de sa proximité quand il incline enfin la tête vers moi. Sa voix sort dans un murmure si bas que je le perçois plus dans ma poitrine que dans mes oreilles.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Je déglutis. Ma gorge est sèche. Les larmes ont séché sur mes joues, mais mon cœur bat toujours trop fort. Je tourne légèrement le visage vers le rideau, puis je relève les yeux vers lui.
— Mon… mon copain. On s'est disputés. Il me suit. Il est juste dehors.
L'homme fronce à peine les sourcils. Sans un mot de plus, je tends la main et j'écarte le rideau d'un tout petit mouvement, juste assez pour laisser passer un regard. De l'autre côté, à quelques mètres à peine, Meddhy est là. Il marche lentement entre les portants, le téléphone à la main, le visage fermé. Il cherche. Il n'a pas encore repéré la cabine, mais il est trop près. Beaucoup trop près.
Je referme aussitôt le tissu. Mon dos est maintenant tourné vers l'homme. L'espace est si réduit que je sens déjà sa chaleur collée à la mienne. Il se rapproche pour regarder à son tour. Ses mains trouvent mes hanches. Ses doigts s'y posent avec une assurance calme, presque naturelle, comme s'il avait le droit de me tenir. Le contact me traverse d'un frisson violent. Je sursaute légèrement et je tourne la tête vers lui.
Il me regarde. Un sourire étire le coin de ses lèvres. Pas un grand sourire. Juste quelque chose de discret, d'amusé, de conscient. Ses mains restent sur mes hanches. Elles ne bougent pas. Elles pressent juste assez pour que je sente la force de ses doigts à travers le tissu de mon short en jean.
Le temps semble s'étirer. Nos regards s'accrochent. Je sens la chaleur de ses paumes, la solidité de son torse juste derrière moi, le souffle régulier qui caresse mon oreille. Dehors, les bruits du magasin continuent, étouffés, lointains. Ici, il n'y a plus que nous deux, collés dans ce mètre carré, et cette tension qui monte, lourde, électrique, impossible à ignorer.
Je referme le rideau complètement. Mes doigts tremblent un peu. L'homme ne recule pas. Au contraire, il se colle davantage. Je sens alors le tissu de son pantalon glisser. Il est déjà tombé à ses chevilles. Sa chaleur nue se presse contre moi. Et je le sens. Net. Dur. Épais. Son sexe tendu frotte lentement contre le bas de mon dos, à travers mon short en jean et à travers le fin tissu de son slip. Un frottement volontaire, lent, qui me coupe le souffle.
Ma respiration s'accélère. La sienne aussi. Je l'entends, juste derrière mon oreille, plus profonde, plus rauque. Ses mains glissent un peu plus bas sur mes hanches, m'attirent encore davantage contre lui. Je sens chaque centimètre de son érection pressée contre moi. La chaleur de son corps m'envahit. L'odeur de sa peau est plus forte maintenant, mêlée à la mienne.
Sans un mot, il me fait pivoter. D'un geste sûr, presque tendre dans sa force, il me retourne face à lui et me plaque doucement mais fermement contre la paroi du fond de la cabine. Mon dos rencontre le panneau froid. Son torse nu se colle entièrement au mien. Je sens la chaleur brûlante de sa peau, le relief de ses muscles, le battement de son cœur contre ma poitrine. Son sexe dur est maintenant pressé contre mon ventre, impossible à ignorer, séparé seulement par le tissu de mon short et celui de son slip. Et il m'embrasse.
Sa bouche s'abat sur la mienne avec une fougue contenue, profonde, affamée. Ses lèvres sont chaudes, fermes, légèrement rugueuses à cause de sa barbe qui racle ma peau. Il ne me laisse pas le temps de réfléchir. Sa langue s'invite aussitôt, exigeante, caressante, cherchant la mienne. Je réponds. Je ne peux pas m'en empêcher. Ma propre langue se noue à la sienne, curieuse, avide. Le baiser devient plus profond, plus humide. Je sens le goût de sa bouche, légèrement mentholé, le souffle chaud qu'il expire contre mes lèvres entre deux pressions. Sa barbe gratte délicieusement le contour de ma bouche. Un gémissement étouffé m'échappe dans le baiser. Il l'avale.
Ses mains sont partout. L'une reste dans mon dos, me plaquant plus fort contre la paroi. L'autre glisse le long de mon flanc. La chaleur de son corps m'enveloppe complètement. Je sens chaque muscle de son torse se contracter légèrement quand il bouge. Mes propres mains, tremblantes, se posent enfin sur lui. Mes paumes rencontrent la peau chaude et ferme de son abdomen, remontent lentement, explorent le relief de ses pectoraux, la dureté de ses tétons sous mes doigts. Sa peau est brûlante. Je sens le léger duvet de ses poils sous mes paumes.
Tout en continuant de m'embrasser, la langue jouant toujours avec la mienne dans un ballet lent et torride, il attrape une de mes mains. Ses doigts se referment autour de mon poignet avec une douceur autoritaire. Il guide ma main vers le bas, le long de son ventre, puis plus bas encore. Il pose ma paume contre le tissu tendu de son slip. Je sens immédiatement la dureté brûlante de son sexe. Épais. Long. Durement dressé. Le tissu est déformé, humide par endroits. Sous ma main, il pulse légèrement. L'homme pousse un soupir rauque dans ma bouche, sa langue ralentissant un instant pour savourer ma réaction.
Il ne retire pas sa main de la mienne. Il la maintient là, pressée contre son érection, pendant qu'il continue de m'embrasser avec une intensité croissante. Sa langue caresse la mienne plus profondément, plus lentement, comme s'il voulait goûter chaque seconde. Son bassin bouge à peine, un frottement discret qui fait glisser mon short contre son slip. La chaleur entre nous est étouffante. Les miroirs autour de nous renvoient l'image de nos corps collés, de sa main qui guide la mienne, de nos bouches qui ne se quittent plus.
Ma respiration est devenue un souffle irrégulier, chaud, mêlé au sien. Je sens mon propre sexe durcir douloureusement dans mon short en jean, coincé entre nos deux corps. L'homme sourit contre mes lèvres, un sourire que je devine plus que je ne vois. Sa langue reprend son exploration, plus exigeante encore, pendant que sous ma main, son sexe bat au rythme de son cœur.
Puis, sans quitter ma bouche, sa main libre descend entre nous. Ses doigts trouvent la ceinture de mon short, puis les boutons. Un à un, lentement, délibérément, il commence à les déboutonner. Le premier. Le deuxième. Je sens le tissu se relâcher légèrement autour de mes hanches. Sa langue continue de jouer avec la mienne, plus profonde, plus affamée, pendant que ses doigts travaillent les boutons suivants, ouvrant peu à peu mon short dans le silence étouffant de la cabine.
Dans ce mètre carré minuscule, avec la foule à quelques centimètres à peine de l'autre côté du rideau, plus rien d'autre n'existe que la chaleur de sa peau, le goût de sa bouche, la dureté brûlante que je tiens dans ma paume, et le lent, irrésistible déboutonnage de mon short sous ses doigts experts.
Il ne s'arrête pas de m'embrasser. Sa langue reste enroulée autour de la mienne, chaude, insistante, pendant que ses doigts terminent de déboutonner mon short. Le dernier bouton cède. D'un geste fluide, il fait glisser le tissu le long de mes hanches, de mes cuisses, jusqu'à mes chevilles. Je sens l'air un peu plus frais de la cabine caresser ma peau nue. Mon shorty suit presque aussitôt. Ses doigts s'accrochent au bord élastique, le tirent vers le bas avec une lenteur délibérée. Le tissu glisse, libère mon sexe déjà durement dressé, puis tombe sur le short amoncelé à mes pieds. Je suis nu maintenant, exposé, le cœur battant si fort que j'ai l'impression qu'il va sortir de ma poitrine.
Toujours sans quitter ma bouche, il baisse son propre slip. Je sens le tissu descendre entre nous. Son sexe lourd et brûlant se libère complètement et vient s'écraser contre le mien. Chair contre chair. Chaleur contre chaleur. Nos deux érections se touchent, se frottent légèrement quand il bouge le bassin. Un gémissement m'échappe dans le baiser. Il l'avale en souriant contre mes lèvres.
Ses mains glissent sur mes fesses nues, les saisissent fermement. Tout en continuant de m'embrasser avec la même fougue, il me fait pivoter une nouvelle fois. Mon torse se retrouve face à la paroi froide de la cabine. Son corps se plaque entièrement contre mon dos. Je sens chaque centimètre de sa peau chaude, la dureté de son torse, le battement de son cœur, et surtout son sexe épais qui se loge maintenant entre mes fesses. Il frotte lentement, laissant son gland glisser le long de ma raie, s'attardant contre mon trou déjà contracté par le désir et la nervosité.
Il se détache un instant de ma bouche. Son souffle chaud caresse mon oreille. J'entends le bruit humide quand il crache dans sa main. Le son me fait frissonner. Ses doigts glissants, chauds, viennent se poser entre mes fesses. Il murmure, la voix rauque, presque cassée :
— Tu veux ?
Je n'arrive pas à parler. Ma gorge est trop serrée. Alors je hoche la tête, une fois, vivement. Oui. Je veux. J'ai trop envie pour réfléchir à autre chose.
Ses doigts enduits de salive trouvent mon trou. Il caresse d'abord le pourtour, lentement, faisant le tour de ma petite rosette lisse. Puis un doigt s'enfonce. La sensation me coupe le souffle. Chaleur. Pression. Une douce intrusion qui s'ouvre en moi. Il avance jusqu'à la deuxième phalange, retire, revient, ajoutant bientôt un second doigt. Il m'ouvre avec patience, préparant le passage. Chaque mouvement envoie des ondes de plaisir et de tension dans tout mon bas-ventre. Je mordille ma lèvre inférieure pour ne pas gémir trop fort.
Quand il juge que c'est suffisant, il retire ses doigts. Je sens aussitôt le gland large et brûlant de son sexe se poser contre mon entrée. Il s'y appuie, exerce une pression douce mais ferme. Le muscle résiste un instant, puis cède. Le gland s'enfonce. Lentement. Centimètre par centimètre. L'étirement est intense, presque douloureux au début, puis le plaisir prend le dessus. Je sens chaque veine, chaque contour de son sexe qui me pénètre. Il avance jusqu'à être complètement enfoui en moi, ses hanches collées contre mes fesses.
Il reste immobile un moment, me laissant m'habituer. Sa respiration est chaude contre mon cou. Puis il commence à bouger.
Les premiers coups de reins sont lents, profonds. Il se retire presque entièrement, ne laissant que le gland à l'intérieur, puis réenfonce tout son sexe d'un seul mouvement fluide. Le bruit humide de sa queue qui entre et sort de mon cul résonne doucement dans la cabine étroite : un son mouillé, charnel, obscène. Choc… choc… choc… régulier, de plus en plus marqué.
Ma respiration s'emballe. Des gémissements courts m'échappent. Il pose immédiatement sa main sur ma bouche, fermement mais sans brutalité, étouffant les sons. Je gémi dans sa paume. Ses doigts sentent le sel de ma peau. Derrière moi, il accélère progressivement. Les coups de reins deviennent plus secs, plus puissants. Sa queue frappe au plus profond de moi à chaque poussée. Le bruit des chairs qui s'entrechoquent s'ajoute au son humide de la pénétration. Clap… clap… clap… de plus en plus rapide.
Je sens tout.
La façon dont il m'ouvre à chaque enfoncement. La chaleur brûlante de son sexe qui frotte contre ma prostate à chaque angle parfait. La pression de ses hanches contre mes fesses. Ses mains : l'une sur ma bouche, l'autre agrippée à ma hanche pour me maintenir en place. La sueur qui commence à perler entre nos corps. Sa peau glisse maintenant contre la mienne, brûlante, humide. L'odeur de sexe et de transpiration se mêle à celle du tissu neuf de la cabine.
Il baise plus fort. Plus vite. Les coups de bite deviennent irréguliers, plus profonds, plus animaux. Je sens mon propre sexe rebondir contre la paroi froide à chaque impact. Le plaisir monte en vague, violent, incontrôlable. Mes jambes tremblent. Je m'accroche à la paroi du mieux que je peux. Sa main reste plaquée sur ma bouche, étouffant chaque gémissement, chaque souffle trop bruyant.
La chaleur entre nous est étouffante maintenant. La sueur coule le long de mon dos, de ses abdominaux collés contre moi. Nos corps glissent l'un contre l'autre dans un frottement humide et fiévreux. Il continue de me prendre avec une puissance régulière, presque implacable, chaque coup de reins faisant claquer sa peau contre la mienne.
Puis son rythme se brise. Ses hanches s'emballent. Un grognement sourd vibre contre mon oreille. Il s'enfonce jusqu'à la garde et jouit. Fort. Longuement. Je sens les jets chauds de son sperme inonder mon intérieur, pulse après pulse, abondants, brûlants. Il continue de bouger pendant qu'il jouit, de courts coups de reins saccadés qui font ressortir un peu de liquide à chaque mouvement, le bruit devenant encore plus mouillé, plus obscène.
Il ne s'arrête pas tout de suite. Même après l'orgasme, il continue de me prendre lentement, de plus en plus doucement, pendant que son sexe commence à ramollir à l'intérieur de moi. Je sens la perte progressive de rigidité, la chaleur de son sperme qui coule le long de mes cuisses à chaque retrait partiel. Sa respiration est rauque, irrégulière, collée à mon cou. Sa main glisse enfin de ma bouche pour venir se poser sur mon ventre, me retenant contre lui.
Nous restons ainsi, collés, suants, le souffle court, son sexe encore en moi pendant qu'il reprend doucement son souffle. La cabine sent maintenant le sexe et la transpiration. Dehors, la foule continue d'ignorer complètement ce qui vient de se passer derrière le simple rideau.
Nous nous rhabillons en silence, les gestes rapides, presque fébriles. Mes doigts tremblent encore quand je relève mon shorty, puis mon short en jean. Les boutons me résistent un instant. À côté de moi, l'homme enfile son slip, remonte son pantalon, reboutonne sa chemise avec une efficacité calme. L'odeur de sexe et de sueur flotte encore entre nous dans la cabine minuscule. Nos regards se croisent un instant dans le miroir. Il me sourit, un sourire discret, presque complice. Je détourne les yeux, le cœur toujours trop fort dans la poitrine.
Il tire le rideau. Je sors le premier.
L'air du magasin me frappe, plus frais, plus large. Les néons, les portants, les voix des clientes… tout me semble trop normal après ce qui vient de se passer. Je fais quelques pas, les jambes encore un peu molles. Derrière moi, j'entends le froissement du rideau : l'homme me suit.
C'est à ce moment-là que je vois Meddhy.
Il est à une dizaine de mètres, près d'un présentoir de ceintures. Son regard tombe sur moi. Ses yeux s'étrécissent. Il n'a pas vu la cabine. Il n'a pas vu l'homme sortir juste derrière moi. Il ne voit que moi, qui réapparais soudain au milieu du magasin. Sa mâchoire se crispe. Il marche vers moi d'un pas décidé, les épaules droites, le visage déjà fermé par la colère.
— Alors ? Tu te planques maintenant ? T'as fini de jouer au gamin ?
Sa voix est trop forte. Plusieurs clientes se retournent. Je sens la chaleur monter dans mon cou. Je n'ai pas le temps de répondre. Meddhy s'approche encore, me domine de toute sa taille, me parle de haut comme il le fait toujours quand il est en colère.
— Tu me fais courir dans tout le centre commercial et tu te caches comme un gosse. T'as une excuse ou tu vas encore te taire ?
Avant que je puisse ouvrir la bouche, une silhouette s'interpose entre nous. L'homme. Son torse large me cache presque entièrement. Sa voix est basse, posée, mais elle coupe net celle de Meddhy.
— Pas de scandale ici, s'il vous plaît.
Meddhy recule d'un demi-pas, surpris, puis son visage s'assombrit davantage.
— Et toi, t'es qui ? Tu te prends pour qui pour te mêler de ce qui ne te regarde pas ?
L'homme ne hausse pas le ton. Il reste parfaitement calme. Ses yeux bleus restent fixés sur Meddhy. Puis il parle, et chaque mot tombe avec le poids d'une évidence.
— Je suis le directeur de ce magasin.
Le silence qui suit est presque physique. Je reste figé derrière lui, la bouche entrouverte. Le directeur. Celui avec qui je viens de… Je sens mon visage s'enflammer. Meddhy, lui, cligne des yeux, déstabilisé une seconde, puis la colère reprend le dessus.
— Le directeur ? Et alors ? Ça t'autorise à quoi ?
L'homme ne répond pas tout de suite. Il lève simplement une main. Un vigile en costume sombre passe justement dans l'allée voisine. L'homme l'appelle d'un signe discret. Le vigile s'approche immédiatement.
— Cet homme crée du désordre. Faites-le sortir, s'il vous plaît. Et veillez à ce qu'il ne revienne pas aujourd'hui.
Le vigile hoche la tête. Meddhy proteste, la voix plus aiguë, indignée.
— Vous n'avez pas le droit ! Je suis client ! Vous ne pouvez pas…
Mais le vigile pose déjà une main ferme sur son bras et l'entraîne vers la sortie. Meddhy se débat un peu, me lance un dernier regard furieux par-dessus l'épaule, puis disparaît entre les portants, escorté jusqu'aux portes vitrées.
Le silence revient. Quelques clientes murmurent entre elles, puis l'attention se dissipe. Je reste planté là, ne sachant plus quoi dire, quoi faire de mes mains, de mon regard. L'homme se tourne enfin vers moi. Son expression s'est adoucie.
— Lilian, dit-il simplement. Mon prénom, c'est Lilian.
Je déglutis. Ma voix sort plus basse que je ne l'aurais voulu.
— Matt… Merci. Pour… pour tout ça.
La honte me brûle le visage. Pas seulement à cause de Meddhy. À cause de ce qui s'est passé dans la cabine, de la façon dont je me suis abandonné, de la façon dont je l'ai désiré si vite, si fort. Je baisse les yeux. Je fais un pas de côté, prêt à m'éloigner, à disparaître dans la foule.
Sa main se pose sur mon avant-bras. Douce. Chaude. Il me retient sans force.
— Attends.
Je m'arrête. Je relève les yeux vers lui. Ses iris bleus sont sérieux maintenant, presque vulnérables.
— Je voudrais te revoir. Si tu en as envie. Pas seulement pour… ce qui vient de se passer. Je ne fais pas ça d'habitude. Jamais. Mais là… je ne sais pas pourquoi. Tu m'as troublé.
Les mots restent suspendus entre nous. Je sens mon cœur reprendre une course un peu folle. Je hoche lentement la tête.
— Moi aussi… c'était pareil. Je vais y penser.
Il me lâche le bras. Son sourire revient, plus doux cette fois. Je m'éloigne, traverse le magasin d'un pas encore un peu chancelant, et sors par les portes vitrées.
Dehors, Meddhy m'attend. Il est adossé à un muret, les bras croisés, le visage toujours sombre. Dès qu'il me voit, il se redresse.
— On n'a pas fini, toi et moi.
Je m'arrête à deux mètres de lui. Pour la première fois depuis des mois, je ne baisse pas les yeux. Ma voix est calme. Étonnamment calme.
— Si. On a fini. C'est terminé, Meddhy. Tout est fini.
Il ouvre la bouche, cherche déjà la réplique, la justification, la colère. Je ne lui laisse pas le temps. Je tourne les talons et je m'éloigne dans la foule du centre commercial, le cœur battant, mais libre.
________________________________________
Trois jours plus tard, je suis retourné dans le magasin.
Lilian était dans son bureau, au fond. Quand il m'a vu apparaître dans l'encadrement de la porte, son visage s'est éclairé d'un sourire que je n'avais encore jamais vu. Nous avons parlé longtemps, ce jour-là. Puis le lendemain. Puis tous les jours suivants.
Cela fait maintenant trois ans.
Trois ans que nous sommes ensemble. Trois ans que le coup de foudre de cette cabine d'essayage n'a jamais faibli. Le sexe entre nous est toujours aussi fort, aussi urgent, aussi électrique qu'au premier jour. Mais il y a aussi tout le reste : les matins partagés, les silences confortables, la façon dont il me regarde encore parfois comme s'il me découvrait.
Je n'aurais jamais imaginé que tout changerait un samedi après-midi, dans un mètre carré de moquette et de miroirs, en fuyant une dispute.
Le coup de foudre arrive sans que l'on s'y attende. Parfois, il suffit d'ouvrir le mauvais rideau… ou le bon.
Fin.
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