Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Marseille : l’accueil des sens — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Marseille : l’accueil des sens
Chapitre 1
Le jeune bougre tirait sa lourde valise sur le trottoir abimé tout en portant un énorme sac de voyage. Le corps rendu douloureux par le poids et l'effort physique, il remontait la rue en suant abondamment. Quelle idée d'aménager en plein cagnard, par trente-huit degrés !
Il avait pourtant été excité comme une puce depuis des jours, jusqu'au moment où il était monté dans son train. En route pour une nouvelle vie ! Sa mère l'avait saoulé de recommandations jusqu'à la fermeture des portes. Il avait depuis longtemps renoncé à la faire taire, malgré les regards tantôt amusés, tantôt compatissants des voyageurs qui écoutaient le stress maternel.
Pensez donc, c'est plutôt lui qui devait être stressé ! Bac en poche, début des études supérieures dans une ville inconnue, Marseille, la magnifique, festival d'images contradictoires. Marseille la violente qui fait peur. Marseille la chaleureuse accueillante. Marseille la millénaire mystérieuse…
Dix-huit ans et un premier studio au cœur de la ville. La mer toute proche. La chaleur. L'inquiétude.
Il se considérait comme vraiment chanceux d'avoir été choisi comme locataire de ce studio très bien placé et pas trop cher. Une quinzaine de personnes l'avait visité en même temps que lui et sa mère. Ils avaient attendu plus d'une heure avant de pénétrer dans le logement et de donner leur dossier au jeune homme qui faisait les visites. Le studio était cosy et en parfait état. A ce prix-là, à cet emplacement-là, où était le loup ?
Sa mère avait été soulante, en faisant de trop, vendant son fils comme on vend un bien matériel. L'agent immobilier n'avait pas caché son énervement face aux remarques stupides. Ils devaient être les dixièmes à visiter. Le gars devait être épuisé de répéter les mêmes choses, d'écouter chacun tenter de démontrer qu'ils étaient faits pour faire affaire.
Pourtant les regards qu'il lui avait portés étaient bien plus amicaux que les flammes nerveuses que sa mère recevait. Il avait tenté de calmer les ardeurs maternelles. Sans succès, comme toujours. Alors, fataliste, il l'avait laissé faire, marchant dans le studio, observant chaque équipement en se disant qu'il aurait été bien à cet endroit-là.
La cabine de douche vitrée face au canapé l'avait excité plus que de raison. Pas de salle de bain. Juste une pièce pour les toilettes. Il s'imaginait nu dans son studio à entrer et sortir de la douche, osant imaginer un beau mâle assis dans un coin à le regarder…
La visite faite, l'engagement signé, l'agent immobilier avait fait sortir sa mère en premier. Il avait légèrement rabattu la porte pour sourire gentiment à Armand. Celui-ci avait cru bon de s'excuser :
— Désolé, elle est trop chiante ma mère !
— Oh… Tu sais, à Marseille, les mères casse-couilles, on sait ce que c'est ! C'est loin d'être la pire que j'ai rencontré ! Je te parlerai de la mienne, tu verras !
— Vous me parlerez… Vous voulez dire… Quand prendrez-vous votre décision ?
— Je crois bien qu'elle est prise ! Tu me plais bien. Les gars que j'ai vu jusqu'à présent m'ont laissé de marbre. A moins de tomber sur le nouvel Adonis dans la queue qui reste, si je puis dire, je crois que je vais te choisir. J'ai ton numéro. Je t'envoie un texto quand j'ai fini les visites. Ton dossier est nickel !
— Ah ? Merci ! Je…
— Attends mon message avant de t'emballer, mon beau ! Je sais bien qu'à Marseille on s'emballe vite, mais sois un peu patient. La patience est désir…
— D'ac… D'accord. Merci M'sieur !
— Eusèbe. Moi c'est Eusèbe. Et si tu ne me tutoies pas, tu n'auras pas le studio. Compris ?
— D'accord Eusèbe. Je te remercie !
— Va rejoindre ta mère, elle va tous me les stresser dans l'escalier !
Au milieu du repas dans un restaurant du vieux port, il avait reçu le texto tant espéré. Ils avaient visité deux autres logements, bien moins agréables. Ils étaient crevés. Sa mère avait donc exulté, vantant à son fils la manière dont il faut s'y prendre pour convaincre un agent immobilier.
Armand, lui, avait le net sentiment que la prestation de sa mère n'était pour rien dans la décision de l'agent immobilier de le choisir…
C'est à cinquante mètres de l'immeuble que leurs regards se croisèrent. Aussitôt l'agent immobilier se précipita vers lui. Ils se percutèrent presque sur le trottoir. Et Eusèbe l'attrapa par les épaules pour lui offrir quatre bises sonores sur les joues.
— Ô mon pôvre ! lança-t-il avec un accent méditerranéen chantant sans être trop excessif. Qu'est-ce que tu as fait là ? Tu aurais dû m'appeler ! Je serais venu te chercher à Saint-Charles ! Deux kilomètres en plein cagnard ! Tu es fou mon beau ! Passe-moi ton sac.
— Oh, ce n'est rien… balbutia le jeune nordiste désarçonné par la bise virile.
Eusèbe, tout en l'aidant à retirer la sangle du sac, se rendit compte de la rougeur de ses joues et de sa gêne.
— Il va falloir t'habituer, beau gosse ! Ici les hommes se font la bise. Si tu ne la fais pas, c'est que tu es vraiment coincé du cul ! Et à Marseille, on n'aime pas les gars coincés du cul !
— Ah ? D'accord.
— Et, autre point fondamental, la bise entre hommes étant bien le premier… As-tu vu ce film, « Marche à l'ombre » ?
— Euh… oui… Michel Blanc et Gérard Lanvin ?
— Oui. Mais on s'en fout. Chez toi il pleut tout le temps, il fait toujours froid. Mais ici à Marseille il fait toujours beau. C'est pour ça que les hommes sont beaux ! Enfin, pas tous… Pas autant que toi… Bref, à Marseille les rues sont étroites. Tu as deux trottoirs. Le Marseillais, le vrai, le beau gars d'ici, il choisit toujours le trottoir à l'ombre ! Tu vois, le trottoir à l'ombre c'est l'autre… Seuls les touristes ou, pire, les parigots, ils marchent au soleil. Les fadas ! Ils se dessèchent comme ils dessèchent leur cœur avec leur égoïsme et leur agressivité ! A Marseille on est des doux et des tendres !
— Même quand des Marseillais caillassent un bus de l'Olympique Lyonnais ?
— Oh, ça ! Il se rebelle le mignon ! Tu as du caractère, jeune homme ! J'aime cela ! Je suis content de t'avoir choisi ! Ce ne sont pas des vrais Marseillais qui ont fait cela ! Nous, les hommes de Marseille, nous sommes des gentils ! Même si, c'est vrai, il ne faut pas nous les briser…
— Cela, je l'avais intégré !
— C'est peut-être la troisième leçon que tu dois intégrer : un, les hommes s'embrassent. Deux, on marche à l'ombre. Trois, on ne cherche pas les histoires. Et quatre, on ne s'habille pas comme un gars du nord quand on vit ici ! C'est quoi ce jean et cette chemise ? Tu dois étouffer là-dedans ! Ta chemise est trempée ! Ton pantalon aussi !
Eusèbe vérifia son assertion en passant sa main sur la poitrine trempée d'Armand dont la chemise collait la peau et moulait les tétons. Il passa l'autre main sur le côté d'une cuisse pour constater qu'effectivement le jean était également imbibé de sueur.
— Tu es fou, beau minet ! Tu vas devoir très vite changer ta garde-robe ! Quand, par cette chaleur, tu dois être habillé, et ce n'est pas utile que ce soit tout le temps, c'est short léger et teeshirt ! Comme moi.
Eusèbe portait sur lui un short serré court en coton gris et un débardeur qui mettait en valeur ses épaules bronzées autant que musclées. Armand déglutit avec peine en abaissant son regard vers le ventre plat, sans oser toutefois regarder plus bas.
Eusèbe sourit.
— Eh oui, mon minot, c'est comme cela qu'on s'habille ici, quand on s'habille. Mais tu dois être épuisé. On y va ? J'espère que tu as amené une casquette et des lunettes de soleil. C'est indispensable ici !
Armand sourit. La casquette de l'OM et les lunettes réfléchissantes d'Eusèbe lui donnait un look particulièrement viril. Il confirma qu'il avait ce qu'il faut dans sa valise.
— Sauf le débardeur. Jamais ma mère ne m'autoriserait à en porter !
— Regarde autour de toi : gars et filles sont en débardeur ! C'est une question de survie à Marseille !
— Mon corps commence à s'en rendre compte…
— Mais pour être digne de cette ville, tu dois d'abord bronzer ta peau ! Tu es un vrai cul blanc, toi !
— Un quoi ? demanda Armand en s'arrêtant brusquement.
— Un cul blanc ! Un gars du nord, quoi. Tout palot. Un gars qui écoute les dermatos et ne s'expose pas au soleil !
— Mais j'ai bronzé cet été !
— Bronzé ? Mouais… Tu es un peu hâlé. Sans plus. Et certainement pas partout.
— Comment cela, « partout », demanda Armand en comprenant à quelle partie de son anatomie l'autre faisait allusion au moment où il prononçait ces mots.
Eusèbe lui sourit puis fit un clin d'œil. Ils s'étaient compris.
Armand était en nage quand ils s'arrêtèrent devant la porte de l'immeuble Haussmannien. Eusèbe lui indiqua le code et le fit entrer. L'ombre rafraichissante s'empara immédiatement d'eux, les recouvrant d'un bien-être absolu alors que la lourde porte se refermait.
Ils s'attaquèrent à l'escalier, l'immeuble ne comportant pas d'ascenseur. Eusèbe, en tête, portait le sac sans montrer trop d'effort. Armand, lui, soulevait difficilement sa valise, marche après marche. Son seul réconfort était d'observer à la dérobée le beau fessier qu'il avait sous les yeux et qui s'adaptait à son rythme.
Au fil des étages il le regarda plus attentivement, se demandant si Eusèbe portait ou pas un sous-vêtement sous son short. Vu le moule parfait du galbe fessier, il en doutait fortement. Comment cela pouvait-il être possible ? Ne pas porter de sous-vêtement ? Un vieux fantasme pour lui, qu'il n'avait expérimenté que deux ou trois fois dans la rue.
Enfin ils arrivèrent dans le studio. Eusèbe referma la porte. Chacun posa son bagage dans un coin. Ils se regardèrent, souriants.
— Te voilà chez toi ! Dit Eusèbe.
— Génial !
— Tiens, voilà les clefs. Je t'explique.
Côte à côte à observer chaque jeu de clef, l'odeur fauve de leur sudation leur monta au nez. Ils se sourirent à nouveau.
— Bien. D'abord les clefs. C'est fait. Ensuite un état des lieux. Le mieux est de tester les équipements.
— C'est certain…
— Puisqu'on est en phase, déshabille-toi, retire ces fringues inadaptées et qui puent la sueur et prends une douche. On saura immédiatement si elle est en état.
Armand se figea. Le sang quitta son visage. Il regarda l'agent immobilier, apeuré. Il était incapable de bouger, de dire quoi que ce soit, de faire quoi que ce soit.
Tandis que les idées se bousculaient dans sa tête, Eusèbe le regardait avec un léger sourire, tendre et chaleureux. Il comprenait parfaitement ses atermoiements. Il s'abstenait de parler. Il savait bien que le premier qui dirait quelque chose perdrait. Sa posture, son être, son regard amical parlaient pour lui.
Armand perdit le combat.
— Ici ? demanda-t-il ?
— Oui mon beau. Ici. Là c'est la seule douche de l'appartement. Je ne te demande pas de te laver dans l'évier. On vérifiera son fonctionnement en faisant couler de l'eau !
— Devant toi, je veux dire ? balbutia le jeune homme.
— On est à Marseille, mon grand ! Les hommes se font la bise. Tes pudeurs de gars du nord, il faut les laisser loin d'ici ! A Marseille les corps se montrent, se voient, c'est juste normal ici !
— Ah ?
— Surtout chez moi.
— Chez toi ?
— Oui, chez moi. Chez mon grand-père si tu préfères.
— Ah ? C'est à toi ? Je croyais que tu étais agent immobilier.
— Moi ? Agent immobilier ? Pour vendre le patrimoine Marseillais à ces têtards de parisiens ? Jamais de la vie ! C'est à nous cet immeuble. J'aide mon papé pour les locations. Il me laisse choisir les mecs à qui on loue.
— Les mecs ? Et les filles, j'imagine…
— Oh que non ! Malheureux ! Des filles ici ? Cela n'amène que du trouble et des ennuis ! Non, à part de temps en temps des lesbiennes comme les deux de l'étage du dessous, je ne loue qu'à des hommes. Des jeunes hommes. Que mon grand-père me laisse choisir selon mon goût. Il me fait confiance. Il faudra que je te présente.
— Des hommes… Uniquement… A ton goût… murmura Armand pour faire pénétrer l'information dans son cerveau.
— Eh oui, normal, non ? Quitte à avoir plein de gars dans l'immeuble, autant qu'ils me plaisent !
— Bien sûr… Alors, moi ?
— Toi ? Tu n'as pas encore compris que tu es le plus mignon de tous ceux que j'ai vu depuis un moment ?
— Ce n'est pas ma mère…
— Je m'en fous de ta mère ! Elle est casse-couilles comme toutes les mères ! Je te l'ai dit. Je t'ai choisi. Et je suis super heureux de mon choix ! Alors, tu la testes cette douche ?
Armand resta encore un moment interdit, hésitant entre fuir et se déshabiller. Mais fuir où ? Pour aller où ? Avec tous ses bagages ? A quelques jours de sa rentrée ? Sans logement ?
Non. Hors de question. Il se sentait déjà bien ici. Et puis prendre une douche devant un homme, il l'avait imaginé en visitant le studio. Alors pourquoi pas devant Eusèbe. D'autant que le Marseillais était beau, viril, puissant. Et qu'il lui avait fait confiance. Il l'avait choisi ! Lui, le petit gars timide de dix-huit ans ! Il avait été choisi par un homme, jeune, à qui il avait tapé dans l'œil. Alors, pourquoi hésiter ?
Il fit un mouvement avant de se figer à nouveau. Il venait de réaliser que, serré dans son slip, son sexe était en train de gonfler… Malaise ! Pas devant quelqu'un !
Son regard s'abaissa furtivement sur son entrejambe avant de se reprendre. Cela n'échappa pas à Eusèbe qui le dévorait du regard.
— T'inquiète, beau gosse ! Je sais ce que sais. Je suis un mâle, moi aussi, au cas où cela t'aurait échappé. Laisse faire les choses. C'est comme cela que c'est le mieux. Laisse faire les choses. Laisse-toi aller…
Armand osa alors regarder son vis à vis dans les yeux. Il lut de l'amusement, toujours de la tendresse, de la fraternité, de l'encouragement. Après tout, il aimait les hommes. De toute évidence Eusèbe aussi. Alors, pourquoi résister ?
Lentement, face à Eusèbe, il déboutonna sa chemise. Les yeux de son vis-à-vis lançaient des flammes en regardant se dévoiler la douce peau claire et peu poilue. Il tendit la main pour attraper la chemise détrempée. Il la porta à ses narines, huma profondément, sourit.
— Bonne odeur mâle… Mais il faut vivre plus léger que cela, ici.
Armand hocha la tête en souriant timidement. Il retira ses chaussures puis ses chaussettes. Eusèbe admirait son ventre plat et légèrement musclé. Le jeune homme n'était pas un athlète, mais il était particulièrement bien fait !
La déglutition fut sonore quand la main dégrafa le bouton du pantalon. Les joues rouge écarlate, Armand baissa sa braguette. Il tenta d'abaisser son jean mais, trempé de sueur et collé à sa peau, le vêtement résista, le faisant tanguer. Eusèbe avança ses bras précipitamment mais le jeune homme n'en eut pas besoin. Il recula d'un pas pour se retenir contre la table et entreprit de se débarrasser de son pantalon trop lourd sans chuter. Et en maintenant son slip en place.
Eusèbe admira la beauté du slip blanc qui semblait déjà bien rempli. Il ne suivit que partiellement la descente du pantalon, son regard ayant le plus grand mal à se détacher de la jolie bosse.
Enfin Armand fut en slip devant lui. Les yeux d'Eusèbe brillaient de désir. Le jeune homme n'eut plus aucun doute sur la motivation de son loueur. Une partie de lui s'en réjouit : il allait se régaler de ce superbe corps de mâle Marseillais ! Un autre lui s'inquiétait : avec sa faible expérience des hommes, serait-il à la hauteur, lui qui doutait toujours de sa capacité à donner du plaisir ?
Que faire maintenant ? Retirer le slip ? Être nu et sans défense devant un superbe mâle plein de désir pour son corps ?
C'en était trop pour lui. Il se retourna et fit les quelques pas qui le séparaient de la cabine de douche, conscient que l'autre regardait ses fesses moulées dans le tissu serré du slip blanc.
Il ouvrit la porte, fit couler l'eau. L'eau tiède arriva vite. Il posa instinctivement ses deux mains sur l'élastique du slip et fit mine de le retirer avant de renoncer : non, il ne pouvait pas aller jusque-là !
Il entra dans la douche et referma la porte vitrée. Il ne se retourna pas pour se mouiller la peau, grognant doucement sous la plénitude ressentie. Il resta un moment ainsi, se demandant s'il aurait la force de se retourner, s'il aurait l'audace d'enlever son sous-vêtement qui moulait indécemment son excitation presque complète.
Sa pulsion mâle lui permit de se retourner. Il vit immédiatement le regard d'Eusèbe se poser sur son entrejambe que le translucide du tissu mouillé dévoilait. Son orgueil en prit un coup : quoi, seul son sexe intéressait ce gars ?
Il plongea son regard sur l'entrejambe du loueur. La bosse, plus prononcée encore que la sienne, plus verticale que la sienne, était d'une magnifique évidence. Non, définitivement non, Eusèbe ne portait pas de slip sous son short moulant !
Devant cette superbe évidence, il se décida à abaisser lentement son slip blanc alors que le jet d'eau brouillait sa vue. Pas suffisamment pour qu'il ne perçoive pas le tressaillement du phallus de l'autre qui se plaça définitivement droit, pointé vers le ciel azur des beautés Marseillaises.
Eusèbe fixait cette verge magnifiquement gonflée, d'une parfaite courbure, à moitié décalottée. Le sexe du jeune homme était somptueux, d'une taille envieuse pour qui aime jouer avec une bite.
Armand se décida à couper l'eau pour ôter entièrement son sous-vêtement. Alors que, le tenant en main, il se demandait quoi en faire, Eusèbe s'avança, repoussa la porte vitrée et lui prit le slip des mains. Sans quitter des yeux la jeune anatomie, il le plia en trois, le roula, l'essora. Ses mains étaient à quelques centimètres de la verge courbe. Pleine d'espoir, elle tressaillit.
Pourtant aucun contact ne se produisit. Eusèbe qui regardait maintenant ses mains en train de serrer le slip avec la verge en arrière-plan, finit par relever les yeux. C'est un regard espiègle et envieux qui se figea dans les yeux d'Armand. Ils se contemplèrent un moment, l'expression de désir de l'ainé réduisant la tension du plus jeune. Aucune parole ne fut échangée. Les mots étaient inutiles. Les regards disaient tout de ce qu'ils ressentaient.
Très lentement, les yeux d'Eusèbe balayèrent le menton volontaire, le cou gracieux, les tétons mignons mais pointés, le torse à peine velu, le ventre blanc, le nombril mystérieux, la toison pubienne, la superbe verge horizontale maintenant décalottée aux trois-quarts.
Eusèbe rompit le charme en demandant :
— Cela a l'air de s'écouler correctement. On dirait que la douche est en état, non ?
— Oui, balbutia Armand.
— Tu veux te savonner ? demanda plus franchement Eusèbe.
— Ce serait bien, oui.
— Il est où ton savon ?
— Dans ma trousse de toilette, dans ma valise, répondit spontanément avant de balbutier en voyant Eusèbe s'en rapprocher : non, mais, je vais le faire !
— Ah ? Intéressant… Non. Ne mouille pas les tomettes. Reste dans la douche. Je vais te le passer.
— Non, attends, pas la peine, je…
— Je crois qu'il y a dans cette valise des choses que maman n'aimerait pas y trouver… Voyons voir…
Eusèbe étendit le slip mouillé sur le dossier d'une chaise après l'avoir encore observé avec amusement. Il caressa la poche avant puis ouvrit la valise en grand. Il commença à fouiller alors que le nordiste lui demandait sous tous les tons d'arrêter. Il mit la main sur une pile de slips blancs qu'il sortit. Tranquillement il les déplia un par un pour les admirer.
— C'est toi qui choisis tes slips ou c'est ta mère ?
— Euh… Elle… J'aime bien… C'est peut-être un peu ringard, non ? Je sais. C'est con.
— Pas du tout ! Le slip blanc est toujours magnifique quand il est porté par un beau mâle bien doté et bien bronzé !
— Ah ? tu crois ?
— Oui. Tu as une des deux conditions. C'est un début…
— Laquelle ? demanda Armand bravache, qui connaissait la réponse.
— Ne t'inquiète pas, je t'amènerai dans des calanques où les hommes aiment bronzer nus… Ils sont mignons tes slips… Et celui-là, il n'est pas un peu mini ? demanda-t-il en exhibant un sous-vêtement minimaliste. Ne me dis pas que c'est ta mère qui te l'a acheté !
— Non… Je l'ai acheté tout seul… répliqua Armand d'une voix confite.
— Et est-ce qu'un homme t'a déjà vu dedans ?
— Ça ne va pas, non ?
— Alors tu me feras le plaisir de le porter pour la première fois devant moi ! Même si je te préfère nu…
Armand piqua un fard. Non que la déclaration fût une surprise. Mais la confirmation de son plaisir à le voir nu alors qu'il dégoulinait encore sous la douche était quelque peu déstabilisante. Toute vérité est-elle bonne à dire ? A entendre ?
Eusèbe avait repris sa recherche. Il trouva la trousse de toilette. Armand essaya de l'empêcher de l'ouvrir en lui demandant de la lui passer. Evidemment il n'en fit rien, ouvrant la trousse en grand et en sortant un par un chaque contenu.
Il le complimenta pour le choix de son parfum, ni trop luxueux, ni trop bon marché.
— Classe, sans excès. C'est très Marseillais ça !
— Es-tu certain ? demanda Armand sur un ton provocateur, imaginant que la faconde Marseillaise impliquait sa dose d'exubérances en tous genres.
Enfin Eusèbe sortit une boite de préservatifs.
— Tu n'es pas obligé de…
— Elle est neuve, non ?
— Oui, je…
— Tu en as déjà déroulé sur ton bel engin ?
— Evidemment ! répliqua Armand, vexé par le doute induit.
— Non, je demande, c'est tout.
— C'est intime ! Tu…
— Tu es un gars sérieux et responsable. Un gars sérieux et responsable a toujours des capotes à portée de main ! Foi de Marseillais ! On ne sait jamais… Il faut être toujours prêt ! Surtout quand on est pédé.
La répartie coupa la chique d'Armand qui ouvrit et ferma la bouche stupidement sans pouvoir prononcer un seul mot. Eusèbe ne l'avait pas posée, mais il avait parfaitement entendu la question : car tu es pédé, bien sûr ?
Le loueur éclata de rire en devinant ce qu'il se passait dans la tête de son jeune locataire si innocent. Il sortit enfin un tube de gel lubrifiant et le lui montra.
— Un gars qui a du lubrifiant épidermique dans ses affaires est forcément pédé. Un hétéro n'a pas besoin de cela. Sauf s'il se tape des très vieilles, mais ce n'est pas ton genre !
Comment nier ? Que répondre ? Armand garda prudemment le silence, conscient que chaque mot l'enfoncerait davantage dans l'évidence de son orientation sexuelle.
De plus en plus amusé Eusèbe lui apporta le gel douche. Puis il retourna à la valise pour continuer à fouiller.
— Tu cherches quoi ? demanda Armand, subitement énervé.
— Je ne sais pas, un sextoy, un bouquin de cul… De cul entre mecs, bien sûr…
— Dans quelle époque vis-tu, le Marseillais ? Si je devais avoir des bouquins de cul, ils seraient dans ma liseuse ! Invisibles à l'œil !
— Ça ? demanda Eusèbe en montrant l'objet et en ouvrant l'étui protecteur.
— Ne cherche pas ! Il y a un mot de passe.
— Ah, voilà la preuve que j'attendais. Tu as donc plein d'homoromances et peut-être même des Bandes Dessinées gay dans ta liseuse ! Sinon, pourquoi mettre un mot de passe ? Est-ce qu'on blinde ses bibliothèques de bouquins ou bien est-ce qu'on les montre ?
— Euh…
— Avec ce que je connais de ta mère, tu as bien fait ! Si elle s'occupe encore de tes slips, c'est tout à fait le genre de mama à regarder en cachette ce que lit son fiston !
— Elle a piqué une crise quand elle n'a plus pu accéder…
— J'imagine… Un sextoy ?
— Ce ne sont pas tes affaires !
— Mais rien que ce mot, sextoy ! Gode ! cela fait gonfler ta belle queue ! J'espère que tu t'en es servi fréquemment car quand tu prendras la mienne j'aimerais que tu couines de plaisir plutôt que tu hurles de douleur ! Tu sais que tu vas la prendre, non ?
— Il va falloir me convaincre ! fanfaronna Armand.
— Tu es déjà convaincu ! Parce que dans "convaincu" il y a... c'est vain de résister à ce que tu désires de tout ton être !
Il avait pourtant été excité comme une puce depuis des jours, jusqu'au moment où il était monté dans son train. En route pour une nouvelle vie ! Sa mère l'avait saoulé de recommandations jusqu'à la fermeture des portes. Il avait depuis longtemps renoncé à la faire taire, malgré les regards tantôt amusés, tantôt compatissants des voyageurs qui écoutaient le stress maternel.
Pensez donc, c'est plutôt lui qui devait être stressé ! Bac en poche, début des études supérieures dans une ville inconnue, Marseille, la magnifique, festival d'images contradictoires. Marseille la violente qui fait peur. Marseille la chaleureuse accueillante. Marseille la millénaire mystérieuse…
Dix-huit ans et un premier studio au cœur de la ville. La mer toute proche. La chaleur. L'inquiétude.
Il se considérait comme vraiment chanceux d'avoir été choisi comme locataire de ce studio très bien placé et pas trop cher. Une quinzaine de personnes l'avait visité en même temps que lui et sa mère. Ils avaient attendu plus d'une heure avant de pénétrer dans le logement et de donner leur dossier au jeune homme qui faisait les visites. Le studio était cosy et en parfait état. A ce prix-là, à cet emplacement-là, où était le loup ?
Sa mère avait été soulante, en faisant de trop, vendant son fils comme on vend un bien matériel. L'agent immobilier n'avait pas caché son énervement face aux remarques stupides. Ils devaient être les dixièmes à visiter. Le gars devait être épuisé de répéter les mêmes choses, d'écouter chacun tenter de démontrer qu'ils étaient faits pour faire affaire.
Pourtant les regards qu'il lui avait portés étaient bien plus amicaux que les flammes nerveuses que sa mère recevait. Il avait tenté de calmer les ardeurs maternelles. Sans succès, comme toujours. Alors, fataliste, il l'avait laissé faire, marchant dans le studio, observant chaque équipement en se disant qu'il aurait été bien à cet endroit-là.
La cabine de douche vitrée face au canapé l'avait excité plus que de raison. Pas de salle de bain. Juste une pièce pour les toilettes. Il s'imaginait nu dans son studio à entrer et sortir de la douche, osant imaginer un beau mâle assis dans un coin à le regarder…
La visite faite, l'engagement signé, l'agent immobilier avait fait sortir sa mère en premier. Il avait légèrement rabattu la porte pour sourire gentiment à Armand. Celui-ci avait cru bon de s'excuser :
— Désolé, elle est trop chiante ma mère !
— Oh… Tu sais, à Marseille, les mères casse-couilles, on sait ce que c'est ! C'est loin d'être la pire que j'ai rencontré ! Je te parlerai de la mienne, tu verras !
— Vous me parlerez… Vous voulez dire… Quand prendrez-vous votre décision ?
— Je crois bien qu'elle est prise ! Tu me plais bien. Les gars que j'ai vu jusqu'à présent m'ont laissé de marbre. A moins de tomber sur le nouvel Adonis dans la queue qui reste, si je puis dire, je crois que je vais te choisir. J'ai ton numéro. Je t'envoie un texto quand j'ai fini les visites. Ton dossier est nickel !
— Ah ? Merci ! Je…
— Attends mon message avant de t'emballer, mon beau ! Je sais bien qu'à Marseille on s'emballe vite, mais sois un peu patient. La patience est désir…
— D'ac… D'accord. Merci M'sieur !
— Eusèbe. Moi c'est Eusèbe. Et si tu ne me tutoies pas, tu n'auras pas le studio. Compris ?
— D'accord Eusèbe. Je te remercie !
— Va rejoindre ta mère, elle va tous me les stresser dans l'escalier !
Au milieu du repas dans un restaurant du vieux port, il avait reçu le texto tant espéré. Ils avaient visité deux autres logements, bien moins agréables. Ils étaient crevés. Sa mère avait donc exulté, vantant à son fils la manière dont il faut s'y prendre pour convaincre un agent immobilier.
Armand, lui, avait le net sentiment que la prestation de sa mère n'était pour rien dans la décision de l'agent immobilier de le choisir…
C'est à cinquante mètres de l'immeuble que leurs regards se croisèrent. Aussitôt l'agent immobilier se précipita vers lui. Ils se percutèrent presque sur le trottoir. Et Eusèbe l'attrapa par les épaules pour lui offrir quatre bises sonores sur les joues.
— Ô mon pôvre ! lança-t-il avec un accent méditerranéen chantant sans être trop excessif. Qu'est-ce que tu as fait là ? Tu aurais dû m'appeler ! Je serais venu te chercher à Saint-Charles ! Deux kilomètres en plein cagnard ! Tu es fou mon beau ! Passe-moi ton sac.
— Oh, ce n'est rien… balbutia le jeune nordiste désarçonné par la bise virile.
Eusèbe, tout en l'aidant à retirer la sangle du sac, se rendit compte de la rougeur de ses joues et de sa gêne.
— Il va falloir t'habituer, beau gosse ! Ici les hommes se font la bise. Si tu ne la fais pas, c'est que tu es vraiment coincé du cul ! Et à Marseille, on n'aime pas les gars coincés du cul !
— Ah ? D'accord.
— Et, autre point fondamental, la bise entre hommes étant bien le premier… As-tu vu ce film, « Marche à l'ombre » ?
— Euh… oui… Michel Blanc et Gérard Lanvin ?
— Oui. Mais on s'en fout. Chez toi il pleut tout le temps, il fait toujours froid. Mais ici à Marseille il fait toujours beau. C'est pour ça que les hommes sont beaux ! Enfin, pas tous… Pas autant que toi… Bref, à Marseille les rues sont étroites. Tu as deux trottoirs. Le Marseillais, le vrai, le beau gars d'ici, il choisit toujours le trottoir à l'ombre ! Tu vois, le trottoir à l'ombre c'est l'autre… Seuls les touristes ou, pire, les parigots, ils marchent au soleil. Les fadas ! Ils se dessèchent comme ils dessèchent leur cœur avec leur égoïsme et leur agressivité ! A Marseille on est des doux et des tendres !
— Même quand des Marseillais caillassent un bus de l'Olympique Lyonnais ?
— Oh, ça ! Il se rebelle le mignon ! Tu as du caractère, jeune homme ! J'aime cela ! Je suis content de t'avoir choisi ! Ce ne sont pas des vrais Marseillais qui ont fait cela ! Nous, les hommes de Marseille, nous sommes des gentils ! Même si, c'est vrai, il ne faut pas nous les briser…
— Cela, je l'avais intégré !
— C'est peut-être la troisième leçon que tu dois intégrer : un, les hommes s'embrassent. Deux, on marche à l'ombre. Trois, on ne cherche pas les histoires. Et quatre, on ne s'habille pas comme un gars du nord quand on vit ici ! C'est quoi ce jean et cette chemise ? Tu dois étouffer là-dedans ! Ta chemise est trempée ! Ton pantalon aussi !
Eusèbe vérifia son assertion en passant sa main sur la poitrine trempée d'Armand dont la chemise collait la peau et moulait les tétons. Il passa l'autre main sur le côté d'une cuisse pour constater qu'effectivement le jean était également imbibé de sueur.
— Tu es fou, beau minet ! Tu vas devoir très vite changer ta garde-robe ! Quand, par cette chaleur, tu dois être habillé, et ce n'est pas utile que ce soit tout le temps, c'est short léger et teeshirt ! Comme moi.
Eusèbe portait sur lui un short serré court en coton gris et un débardeur qui mettait en valeur ses épaules bronzées autant que musclées. Armand déglutit avec peine en abaissant son regard vers le ventre plat, sans oser toutefois regarder plus bas.
Eusèbe sourit.
— Eh oui, mon minot, c'est comme cela qu'on s'habille ici, quand on s'habille. Mais tu dois être épuisé. On y va ? J'espère que tu as amené une casquette et des lunettes de soleil. C'est indispensable ici !
Armand sourit. La casquette de l'OM et les lunettes réfléchissantes d'Eusèbe lui donnait un look particulièrement viril. Il confirma qu'il avait ce qu'il faut dans sa valise.
— Sauf le débardeur. Jamais ma mère ne m'autoriserait à en porter !
— Regarde autour de toi : gars et filles sont en débardeur ! C'est une question de survie à Marseille !
— Mon corps commence à s'en rendre compte…
— Mais pour être digne de cette ville, tu dois d'abord bronzer ta peau ! Tu es un vrai cul blanc, toi !
— Un quoi ? demanda Armand en s'arrêtant brusquement.
— Un cul blanc ! Un gars du nord, quoi. Tout palot. Un gars qui écoute les dermatos et ne s'expose pas au soleil !
— Mais j'ai bronzé cet été !
— Bronzé ? Mouais… Tu es un peu hâlé. Sans plus. Et certainement pas partout.
— Comment cela, « partout », demanda Armand en comprenant à quelle partie de son anatomie l'autre faisait allusion au moment où il prononçait ces mots.
Eusèbe lui sourit puis fit un clin d'œil. Ils s'étaient compris.
Armand était en nage quand ils s'arrêtèrent devant la porte de l'immeuble Haussmannien. Eusèbe lui indiqua le code et le fit entrer. L'ombre rafraichissante s'empara immédiatement d'eux, les recouvrant d'un bien-être absolu alors que la lourde porte se refermait.
Ils s'attaquèrent à l'escalier, l'immeuble ne comportant pas d'ascenseur. Eusèbe, en tête, portait le sac sans montrer trop d'effort. Armand, lui, soulevait difficilement sa valise, marche après marche. Son seul réconfort était d'observer à la dérobée le beau fessier qu'il avait sous les yeux et qui s'adaptait à son rythme.
Au fil des étages il le regarda plus attentivement, se demandant si Eusèbe portait ou pas un sous-vêtement sous son short. Vu le moule parfait du galbe fessier, il en doutait fortement. Comment cela pouvait-il être possible ? Ne pas porter de sous-vêtement ? Un vieux fantasme pour lui, qu'il n'avait expérimenté que deux ou trois fois dans la rue.
Enfin ils arrivèrent dans le studio. Eusèbe referma la porte. Chacun posa son bagage dans un coin. Ils se regardèrent, souriants.
— Te voilà chez toi ! Dit Eusèbe.
— Génial !
— Tiens, voilà les clefs. Je t'explique.
Côte à côte à observer chaque jeu de clef, l'odeur fauve de leur sudation leur monta au nez. Ils se sourirent à nouveau.
— Bien. D'abord les clefs. C'est fait. Ensuite un état des lieux. Le mieux est de tester les équipements.
— C'est certain…
— Puisqu'on est en phase, déshabille-toi, retire ces fringues inadaptées et qui puent la sueur et prends une douche. On saura immédiatement si elle est en état.
Armand se figea. Le sang quitta son visage. Il regarda l'agent immobilier, apeuré. Il était incapable de bouger, de dire quoi que ce soit, de faire quoi que ce soit.
Tandis que les idées se bousculaient dans sa tête, Eusèbe le regardait avec un léger sourire, tendre et chaleureux. Il comprenait parfaitement ses atermoiements. Il s'abstenait de parler. Il savait bien que le premier qui dirait quelque chose perdrait. Sa posture, son être, son regard amical parlaient pour lui.
Armand perdit le combat.
— Ici ? demanda-t-il ?
— Oui mon beau. Ici. Là c'est la seule douche de l'appartement. Je ne te demande pas de te laver dans l'évier. On vérifiera son fonctionnement en faisant couler de l'eau !
— Devant toi, je veux dire ? balbutia le jeune homme.
— On est à Marseille, mon grand ! Les hommes se font la bise. Tes pudeurs de gars du nord, il faut les laisser loin d'ici ! A Marseille les corps se montrent, se voient, c'est juste normal ici !
— Ah ?
— Surtout chez moi.
— Chez toi ?
— Oui, chez moi. Chez mon grand-père si tu préfères.
— Ah ? C'est à toi ? Je croyais que tu étais agent immobilier.
— Moi ? Agent immobilier ? Pour vendre le patrimoine Marseillais à ces têtards de parisiens ? Jamais de la vie ! C'est à nous cet immeuble. J'aide mon papé pour les locations. Il me laisse choisir les mecs à qui on loue.
— Les mecs ? Et les filles, j'imagine…
— Oh que non ! Malheureux ! Des filles ici ? Cela n'amène que du trouble et des ennuis ! Non, à part de temps en temps des lesbiennes comme les deux de l'étage du dessous, je ne loue qu'à des hommes. Des jeunes hommes. Que mon grand-père me laisse choisir selon mon goût. Il me fait confiance. Il faudra que je te présente.
— Des hommes… Uniquement… A ton goût… murmura Armand pour faire pénétrer l'information dans son cerveau.
— Eh oui, normal, non ? Quitte à avoir plein de gars dans l'immeuble, autant qu'ils me plaisent !
— Bien sûr… Alors, moi ?
— Toi ? Tu n'as pas encore compris que tu es le plus mignon de tous ceux que j'ai vu depuis un moment ?
— Ce n'est pas ma mère…
— Je m'en fous de ta mère ! Elle est casse-couilles comme toutes les mères ! Je te l'ai dit. Je t'ai choisi. Et je suis super heureux de mon choix ! Alors, tu la testes cette douche ?
Armand resta encore un moment interdit, hésitant entre fuir et se déshabiller. Mais fuir où ? Pour aller où ? Avec tous ses bagages ? A quelques jours de sa rentrée ? Sans logement ?
Non. Hors de question. Il se sentait déjà bien ici. Et puis prendre une douche devant un homme, il l'avait imaginé en visitant le studio. Alors pourquoi pas devant Eusèbe. D'autant que le Marseillais était beau, viril, puissant. Et qu'il lui avait fait confiance. Il l'avait choisi ! Lui, le petit gars timide de dix-huit ans ! Il avait été choisi par un homme, jeune, à qui il avait tapé dans l'œil. Alors, pourquoi hésiter ?
Il fit un mouvement avant de se figer à nouveau. Il venait de réaliser que, serré dans son slip, son sexe était en train de gonfler… Malaise ! Pas devant quelqu'un !
Son regard s'abaissa furtivement sur son entrejambe avant de se reprendre. Cela n'échappa pas à Eusèbe qui le dévorait du regard.
— T'inquiète, beau gosse ! Je sais ce que sais. Je suis un mâle, moi aussi, au cas où cela t'aurait échappé. Laisse faire les choses. C'est comme cela que c'est le mieux. Laisse faire les choses. Laisse-toi aller…
Armand osa alors regarder son vis à vis dans les yeux. Il lut de l'amusement, toujours de la tendresse, de la fraternité, de l'encouragement. Après tout, il aimait les hommes. De toute évidence Eusèbe aussi. Alors, pourquoi résister ?
Lentement, face à Eusèbe, il déboutonna sa chemise. Les yeux de son vis-à-vis lançaient des flammes en regardant se dévoiler la douce peau claire et peu poilue. Il tendit la main pour attraper la chemise détrempée. Il la porta à ses narines, huma profondément, sourit.
— Bonne odeur mâle… Mais il faut vivre plus léger que cela, ici.
Armand hocha la tête en souriant timidement. Il retira ses chaussures puis ses chaussettes. Eusèbe admirait son ventre plat et légèrement musclé. Le jeune homme n'était pas un athlète, mais il était particulièrement bien fait !
La déglutition fut sonore quand la main dégrafa le bouton du pantalon. Les joues rouge écarlate, Armand baissa sa braguette. Il tenta d'abaisser son jean mais, trempé de sueur et collé à sa peau, le vêtement résista, le faisant tanguer. Eusèbe avança ses bras précipitamment mais le jeune homme n'en eut pas besoin. Il recula d'un pas pour se retenir contre la table et entreprit de se débarrasser de son pantalon trop lourd sans chuter. Et en maintenant son slip en place.
Eusèbe admira la beauté du slip blanc qui semblait déjà bien rempli. Il ne suivit que partiellement la descente du pantalon, son regard ayant le plus grand mal à se détacher de la jolie bosse.
Enfin Armand fut en slip devant lui. Les yeux d'Eusèbe brillaient de désir. Le jeune homme n'eut plus aucun doute sur la motivation de son loueur. Une partie de lui s'en réjouit : il allait se régaler de ce superbe corps de mâle Marseillais ! Un autre lui s'inquiétait : avec sa faible expérience des hommes, serait-il à la hauteur, lui qui doutait toujours de sa capacité à donner du plaisir ?
Que faire maintenant ? Retirer le slip ? Être nu et sans défense devant un superbe mâle plein de désir pour son corps ?
C'en était trop pour lui. Il se retourna et fit les quelques pas qui le séparaient de la cabine de douche, conscient que l'autre regardait ses fesses moulées dans le tissu serré du slip blanc.
Il ouvrit la porte, fit couler l'eau. L'eau tiède arriva vite. Il posa instinctivement ses deux mains sur l'élastique du slip et fit mine de le retirer avant de renoncer : non, il ne pouvait pas aller jusque-là !
Il entra dans la douche et referma la porte vitrée. Il ne se retourna pas pour se mouiller la peau, grognant doucement sous la plénitude ressentie. Il resta un moment ainsi, se demandant s'il aurait la force de se retourner, s'il aurait l'audace d'enlever son sous-vêtement qui moulait indécemment son excitation presque complète.
Sa pulsion mâle lui permit de se retourner. Il vit immédiatement le regard d'Eusèbe se poser sur son entrejambe que le translucide du tissu mouillé dévoilait. Son orgueil en prit un coup : quoi, seul son sexe intéressait ce gars ?
Il plongea son regard sur l'entrejambe du loueur. La bosse, plus prononcée encore que la sienne, plus verticale que la sienne, était d'une magnifique évidence. Non, définitivement non, Eusèbe ne portait pas de slip sous son short moulant !
Devant cette superbe évidence, il se décida à abaisser lentement son slip blanc alors que le jet d'eau brouillait sa vue. Pas suffisamment pour qu'il ne perçoive pas le tressaillement du phallus de l'autre qui se plaça définitivement droit, pointé vers le ciel azur des beautés Marseillaises.
Eusèbe fixait cette verge magnifiquement gonflée, d'une parfaite courbure, à moitié décalottée. Le sexe du jeune homme était somptueux, d'une taille envieuse pour qui aime jouer avec une bite.
Armand se décida à couper l'eau pour ôter entièrement son sous-vêtement. Alors que, le tenant en main, il se demandait quoi en faire, Eusèbe s'avança, repoussa la porte vitrée et lui prit le slip des mains. Sans quitter des yeux la jeune anatomie, il le plia en trois, le roula, l'essora. Ses mains étaient à quelques centimètres de la verge courbe. Pleine d'espoir, elle tressaillit.
Pourtant aucun contact ne se produisit. Eusèbe qui regardait maintenant ses mains en train de serrer le slip avec la verge en arrière-plan, finit par relever les yeux. C'est un regard espiègle et envieux qui se figea dans les yeux d'Armand. Ils se contemplèrent un moment, l'expression de désir de l'ainé réduisant la tension du plus jeune. Aucune parole ne fut échangée. Les mots étaient inutiles. Les regards disaient tout de ce qu'ils ressentaient.
Très lentement, les yeux d'Eusèbe balayèrent le menton volontaire, le cou gracieux, les tétons mignons mais pointés, le torse à peine velu, le ventre blanc, le nombril mystérieux, la toison pubienne, la superbe verge horizontale maintenant décalottée aux trois-quarts.
Eusèbe rompit le charme en demandant :
— Cela a l'air de s'écouler correctement. On dirait que la douche est en état, non ?
— Oui, balbutia Armand.
— Tu veux te savonner ? demanda plus franchement Eusèbe.
— Ce serait bien, oui.
— Il est où ton savon ?
— Dans ma trousse de toilette, dans ma valise, répondit spontanément avant de balbutier en voyant Eusèbe s'en rapprocher : non, mais, je vais le faire !
— Ah ? Intéressant… Non. Ne mouille pas les tomettes. Reste dans la douche. Je vais te le passer.
— Non, attends, pas la peine, je…
— Je crois qu'il y a dans cette valise des choses que maman n'aimerait pas y trouver… Voyons voir…
Eusèbe étendit le slip mouillé sur le dossier d'une chaise après l'avoir encore observé avec amusement. Il caressa la poche avant puis ouvrit la valise en grand. Il commença à fouiller alors que le nordiste lui demandait sous tous les tons d'arrêter. Il mit la main sur une pile de slips blancs qu'il sortit. Tranquillement il les déplia un par un pour les admirer.
— C'est toi qui choisis tes slips ou c'est ta mère ?
— Euh… Elle… J'aime bien… C'est peut-être un peu ringard, non ? Je sais. C'est con.
— Pas du tout ! Le slip blanc est toujours magnifique quand il est porté par un beau mâle bien doté et bien bronzé !
— Ah ? tu crois ?
— Oui. Tu as une des deux conditions. C'est un début…
— Laquelle ? demanda Armand bravache, qui connaissait la réponse.
— Ne t'inquiète pas, je t'amènerai dans des calanques où les hommes aiment bronzer nus… Ils sont mignons tes slips… Et celui-là, il n'est pas un peu mini ? demanda-t-il en exhibant un sous-vêtement minimaliste. Ne me dis pas que c'est ta mère qui te l'a acheté !
— Non… Je l'ai acheté tout seul… répliqua Armand d'une voix confite.
— Et est-ce qu'un homme t'a déjà vu dedans ?
— Ça ne va pas, non ?
— Alors tu me feras le plaisir de le porter pour la première fois devant moi ! Même si je te préfère nu…
Armand piqua un fard. Non que la déclaration fût une surprise. Mais la confirmation de son plaisir à le voir nu alors qu'il dégoulinait encore sous la douche était quelque peu déstabilisante. Toute vérité est-elle bonne à dire ? A entendre ?
Eusèbe avait repris sa recherche. Il trouva la trousse de toilette. Armand essaya de l'empêcher de l'ouvrir en lui demandant de la lui passer. Evidemment il n'en fit rien, ouvrant la trousse en grand et en sortant un par un chaque contenu.
Il le complimenta pour le choix de son parfum, ni trop luxueux, ni trop bon marché.
— Classe, sans excès. C'est très Marseillais ça !
— Es-tu certain ? demanda Armand sur un ton provocateur, imaginant que la faconde Marseillaise impliquait sa dose d'exubérances en tous genres.
Enfin Eusèbe sortit une boite de préservatifs.
— Tu n'es pas obligé de…
— Elle est neuve, non ?
— Oui, je…
— Tu en as déjà déroulé sur ton bel engin ?
— Evidemment ! répliqua Armand, vexé par le doute induit.
— Non, je demande, c'est tout.
— C'est intime ! Tu…
— Tu es un gars sérieux et responsable. Un gars sérieux et responsable a toujours des capotes à portée de main ! Foi de Marseillais ! On ne sait jamais… Il faut être toujours prêt ! Surtout quand on est pédé.
La répartie coupa la chique d'Armand qui ouvrit et ferma la bouche stupidement sans pouvoir prononcer un seul mot. Eusèbe ne l'avait pas posée, mais il avait parfaitement entendu la question : car tu es pédé, bien sûr ?
Le loueur éclata de rire en devinant ce qu'il se passait dans la tête de son jeune locataire si innocent. Il sortit enfin un tube de gel lubrifiant et le lui montra.
— Un gars qui a du lubrifiant épidermique dans ses affaires est forcément pédé. Un hétéro n'a pas besoin de cela. Sauf s'il se tape des très vieilles, mais ce n'est pas ton genre !
Comment nier ? Que répondre ? Armand garda prudemment le silence, conscient que chaque mot l'enfoncerait davantage dans l'évidence de son orientation sexuelle.
De plus en plus amusé Eusèbe lui apporta le gel douche. Puis il retourna à la valise pour continuer à fouiller.
— Tu cherches quoi ? demanda Armand, subitement énervé.
— Je ne sais pas, un sextoy, un bouquin de cul… De cul entre mecs, bien sûr…
— Dans quelle époque vis-tu, le Marseillais ? Si je devais avoir des bouquins de cul, ils seraient dans ma liseuse ! Invisibles à l'œil !
— Ça ? demanda Eusèbe en montrant l'objet et en ouvrant l'étui protecteur.
— Ne cherche pas ! Il y a un mot de passe.
— Ah, voilà la preuve que j'attendais. Tu as donc plein d'homoromances et peut-être même des Bandes Dessinées gay dans ta liseuse ! Sinon, pourquoi mettre un mot de passe ? Est-ce qu'on blinde ses bibliothèques de bouquins ou bien est-ce qu'on les montre ?
— Euh…
— Avec ce que je connais de ta mère, tu as bien fait ! Si elle s'occupe encore de tes slips, c'est tout à fait le genre de mama à regarder en cachette ce que lit son fiston !
— Elle a piqué une crise quand elle n'a plus pu accéder…
— J'imagine… Un sextoy ?
— Ce ne sont pas tes affaires !
— Mais rien que ce mot, sextoy ! Gode ! cela fait gonfler ta belle queue ! J'espère que tu t'en es servi fréquemment car quand tu prendras la mienne j'aimerais que tu couines de plaisir plutôt que tu hurles de douleur ! Tu sais que tu vas la prendre, non ?
— Il va falloir me convaincre ! fanfaronna Armand.
— Tu es déjà convaincu ! Parce que dans "convaincu" il y a... c'est vain de résister à ce que tu désires de tout ton être !
à suivre...
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Commentaires ()
dans une partie bien intime de mon corps
j'attends la suite avec impatience
mais je ne suis pas sur de pouvoir attendre jusque là pour apaiser cette tension !!!!