Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La promesse de la peau — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La promesse de la peau
Chapitre 2
La lumière du matin filtre à travers les volets mi-clos, traçant des lignes obliques sur le drap froissé. Julien ouvre un œil, puis l'autre. Sa bouche est pâteuse, son crâne engourdi par un sommeil trop court. Le drap colle à sa peau, rappel sec de la nuit précédente — le sperme séché tend son ventre comme une pellicule raide. Il repousse le tissu d'un geste brusque et attrape son téléphone sur la table de nuit.
L'écran s'allume. Huit heures douze. Et une notification Instagram, le petit cercle rouge qu'il connaît.
Son pouce déverrouille l'écran. Le message d'Émilie est arrivé à six heures quarante-sept.
— Réveille-toi, beau gosse. J'ai un truc pour toi.
Dessous, une photo.
Julien cligne des yeux. L'image se charge pixel par pixel, puis se fige en haute définition. C'est un selfie. Un vrai. Pas un contre-jour, pas une silhouette floue, pas un angle qui masque. Son visage. Entier. Net.
Les pommettes hautes, la mâchoire fine mais arrondie, la peau dorée — pas le bronzage d'un salon, celui du soleil réel, avec quelques grains de beauté épars comme des taches d'encre sur du parchemin. Les yeux. Brun clair, presque ambre sous cette lumière, avec des cils noirs qui les ourlent. Le sourire — pas le sourire timide des stories, mais un vrai, légèrement asymétrique, la lèvre inférieure plus charnue, entrouverte, laissant deviner le bord d'une dent. Une mèche de cheveux bruns tombe sur sa tempe.
Elle porte un top noir — le même que sur sa première photo de profil, celui qui moule la courbe de ses seins et s'arrête juste au-dessus du nombril. Le collier fin brille dans le creux de sa gorge.
Julien reste immobile, le téléphone levé devant son visage. Son cœur accélère d'un cran. Ce n'est plus un fantasme abstrait, une silhouette, une voix textuelle. C'est un visage. Un visage réel, attaché à un corps qu'il a vu partiellement nu, attaché à des mots crus qu'elle lui a envoyés à deux heures du matin.
Il ouvre le clavier. Puis le referme. Puis le rouvre.
— T'es dangereuse.
Trois points apparaissent. Disparaissent. Réapparaissent.
— T'as pas encore vu le reste. Nouveau défi, Julien. Je me cache quelque part dans Paris. Tu devines où -> tu obtiens un indice. Tu trouves tous les indices -> tu obtiens l'adresse d'un hôtel. Gare de Lyon. Ce soir.
Il s'assoit d'un coup dans le lit, le drap glissant de ses cuisses. Il est entièrement nu, le sperme séché craquelé sur son ventre et son torse. L'air frais de la chambre le frappe.
— T'es sérieuse ?
— Jamais été aussi sérieuse. Premier indice : regarde la photo. Y'a un détail. Trouve-le.
Il zoome sur le selfie. Ses yeux parcourent l'image centimètre par centimètre. Le top noir. Le collier. La peau. Les yeux. Le sourire. Le fond flou derrière elle — un arrière-plan en mouvement, des formes indistinctes, mais il y a quelque chose. Une enseigne. Des lettres partielles, tronquées par le flou de la profondeur de champ. Il pince l'écran, étire l'image. Les pixels se brouillent, puis se réorganisent.
— R... DU... TEM...
Rue du Temple. Son pouce bondit sur le clavier.
— Rue du Temple.
Les trois points dansent.
— Fastoche. T'es meilleur que je pensais. Prochaine photo dans dix minutes. Prépare-toi, ça va monter en intensité.
Julien se lève. Ses pieds nus touchent le parquet froid. Il traverse la chambre, allume la lumière de la salle de bain, ouvre le robinet. L'eau glaciale coule sur ses mains, il se penche, s'asperge le visage. Les gouttes roulent le long de sa mâchoire, tombent sur le lavabo, emportant avec elles la brume du sommeil.
Il se regarde dans le miroir. Cernes légers, mâchoire couverte d'un début de barbe, les cheveux en désordre. Il respire un grand coup. Son sexe, encore mou, pend lourdement entre ses cuisses. Il attrape une serviette, s'essuie le visage, puis retourne dans la chambre.
Son téléphone vibre. Nouveau message.
Une deuxième photo. Cette fois, ce n'est plus un selfie de visage. Émilie s'est déplacée. Elle est debout, de trois quarts, dans ce qui ressemble à une ruelle étroite aux pavés luisants. Son top noir est toujours là, mais elle a ajouté quelque chose — une veste en jean surdimensionnée, ouverte, qui glisse d'une épaule. Sa main droite tient un gobelet de café. Son regard est baissé vers le gobelet, ses cils projetant des ombres sur ses joues. Mais le détail n'est pas là. Le détail, c'est derrière elle. Une devanture de boutique. Une enseigne verte, blanche, rouge. Un nom.
— BI...OU...
Bibliothèque. Non. Bistrot. Il zoome encore. Les lettres se précisent.
— BISTROT DU MARAIS
— Bistrot du Marais.
— Deux sur deux. T'es chaud, Julien. Vraiment chaud. Dernier indice dans cinq minutes. Si tu le trouves -> tu as l'adresse. Si tu le trouves pas -> tu restes à Lyon et tu te démerdes seul ce soir.
La pression monte dans sa poitrine. Il s'assoit au bord du lit, les coudes sur les genoux, le téléphone serré entre ses doigts. Cinq minutes. L'attente est un étirement interminable. Il fixe l'écran, rafraîchit la conversation, rafraîchit encore. Rien.
Puis, à 8h27, la photo arrive.
Pas un selfie cette fois. Une vue plongeante. Émilie a posé son téléphone au-dessus d'elle, ou quelqu'un la prend — non, l'angle est trop rapproché, c'est elle, bras tendu. Elle est assise sur un muret bas, les jambes croisées. Le top noir a glissé, révélant la bretelle d'un soutien-gorge — noir, dentelle, qui coupe la peau dorée de son épaule. Sa main libre repose sur sa cuisse, les doigts écartés, et entre l'index et le majeur, un ticket de métro. Un ticket de métro jauni, plié en deux, avec un code-barres et un trajet imprimé.
Il zoome. Les caractères sont minuscules, flous, mais le format est reconnaissable. Le trajet. Origine : une station. Destination : Gare de Lyon.
— Gare de Lyon. C'est ta destination.
Les trois points apparaissent. Disparaissent. Réapparaissent. La réponse met cette fois une éternité à se former.
— Gagné. Hôtel Le Paris Lyon, 21 rue de Bercy. Chambre 407. Ce soir, 20h. Viens préparé.
Puis, en dessous, un dernier message.
— Et Julien ? Si tu viens -> tu prends le contrôle. Si tu viens pas -> n'envoie rien. Je comprendrai.
Il fixe l'écran. Le silence de la chambre pèse sur ses épaules. Lyon est à deux heures en TGV. Il a le temps. Il a le temps de se préparer, de réserver un billet, de traverser la ville, de la retrouver.
Son pouce tape trois lettres.
— J'arrive.
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