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✦ Exorium Le journal intime de Clémence XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le journal intime de Clémence — Chapitre 3

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Exorium
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Le journal intime de Clémence

Chapitre 3

Lundi 20 mai
Tout à l'heure, j'ai vu qu'il y avait un ouvrier sur le toit en face. Qui répare je ne sais trop quoi. La rue est tellement étroite que tout près ça le met. Avec vue plongeante sur la salle de séjour. Si j'avais su, c'est là, devant la fenêtre, que je me serais habillée, mine de rien, en petite étourdie qui ne s'est pas aperçue qu'il y avait quelqu'un qui pouvait la voir. Trop tard ! Dommage ! Vraiment dommage ! Oh, mais demain ! Demain il sera encore là. Sûrement. Et alors là, demain…
Je n'en ai pas parlé à Sophie. Je ne sais pas pourquoi. Enfin si, je sais ! Si ! Elle a beaucoup trop tendance à se mettre en avant. À vouloir occuper le devant de la scène. Je le vois trop bien, ce qui se serait passé si je lui avais dit. « Ah, ouais ? C'est vrai ? Oh, ben, je reviens dormir chez toi ce soir, moi, alors ! » Et, demain matin, il n'y en aurait eu que pour elle.
21 heures
Je ne sais pas pourquoi – et je ne lui poserai pas la question – mais j'ai l'impression que Julien a rompu avec sa copine. D'habitude, il allait passer le week-end avec elle. Et puis, il y avait des coups de téléphone le soir. Même que tu veuilles pas écouter, t'entends quand même et tu te rends bien compte, mais là… plus rien. Bon, mais n'importe comment c'est sa vie, hein ! Et qu'est-ce que j'en ai à faire, moi !
23 heures
J'ai attendu que Julien soit couché et puis je suis allée préparer le terrain. J'ai un peu reculé le fauteuil. Pas trop près de la fenêtre. Que ça ait pas l'air d'être fait exprès. Mais pas trop loin non plus. Qu'il puisse en voir assez quand même, cet ouvrier. Et j'ai posé dessus, bien rangés, bien pliés, les vêtements que je mettrai demain matin.
Mardi 21 mai
Il était là. Ne pas regarder. Je me suis tournée vers la fenêtre. Surtout ne pas regarder. Ne pas lever la tête. La veste de pyjama. Lentement déboutonnée. Retirée. Posément repliée. J'ai pris tout mon temps pour agrafer le soutien-gorge – mon beau soutien-gorge bleu pastel – pour ramener les bonnets devant, enfiler les bretelles, mettre les seins en place. Qu'est-ce qu'il faisait ? Est-ce qu'il… ? Ne pas se laisser tenter. Ne pas tout gâcher. Je suis sortie du pantalon de pyjama, lui aussi méthodiquement replié. Le string. Une jambe. L'autre. Je l'ai ajusté et je me suis retournée pour lui offrir généreusement le spectacle de mes fesses… J'ai levé la tête et… il y avait Julien, là, à côté. Julien dans l'entrebâillement de la porte de sa chambre.
‒ Il a de la chance ce type. Beaucoup de chance. Et moi aussi du coup. Je n'ai pas répondu. J'ai enfilé ma robe. Vite. Très vite. Et détalé vers ma chambre.
‒ Clémence ?
Je me suis suis retournée sans m'arrêter.
‒ Oui ?
‒ Merci.
‒ Ça craint quand même !
Sophie a haussé les épaules
‒ Oh, tu parles !
‒ Ben si ! Si, attends ! Qu'est-ce qu'il va penser de moi maintenant ?
‒ Que t'aimes bien montrer comment t'es faite. Il devait s'en douter un peu, non ?
‒ Peut-être. Mais se douter, c'est pas comme être sûr.
‒ Et ça change quoi ? Que vous allez plus pouvoir jouer à faire semblant. Et ce sera pas forcément plus mal.
22 heures
On a dîné ensemble, lui et moi. Face à face. On a parlé de son boulot. De la voisine du dessous qui passe son temps à épier les allées et venues des uns et des autres. Exactement comme s'il ne s'était rien passé. C'est seulement à la fin. Juste comme j'allais me lever. Lui souhaiter bonne nuit.
‒ Tu remets ça demain ?
J'ai été prise de court.
‒ Je remets quoi ?
Pour gagner du temps.
‒ Ben, comme ce matin !
Il ne m'a pas laissé le temps de répondre
‒ Tu devrais, tu sais ! Parce que j'ai regardé. Ce ne sont pas de gros travaux. Ça ne va pas durer bien longtemps. Et j'ai pensé à un truc. Tu veux que je le filme ? Avec mon portable. De la fenêtre de la salle de bains à côté. Il fera pas attention à moi. Bien trop obnubilé par toi.
Je l'ai regardé, estomaquée.
‒ Le filmer ? Mais pour quoi faire ?
‒ Pour que tu puisses le voir en train de te regarder.
Il comprend beaucoup de choses, Julien. Vraiment beaucoup de choses. Beaucoup trop de choses ?
Mercredi 22 mai
Comme hier. Mais en un peu plus lent les gestes. Un peu plus étirés. En commençant par le bas, cette fois. Et avec une longue pause les seins à l'air, sous prétexte de faire disparaître, du bout du doigt, avec de la salive, une tache imaginaire sur le bonnet gauche du soutien-gorge.
Julien m'a tendu son portable sans un mot.
Sur la vidéo le type ne quitte pas la fenêtre des yeux. Il se passe nerveusement la main dans les cheveux. Sans arrêt. Et puis il se penche. Il tend le cou. Et il finit par se détourner.
‒ C'est parce que t'as fini. Et il a remis la vidéo au début.
‒ J'aime trop comment ils brillent tes yeux.
N'empêche qu'à filmer, comme ça, pour moi, pour me faire plaisir, lui, il a rien vu. C'est pas l'envie qui devait lui en manquer pourtant. Il est trop adorable. Il mérite une petite compensation. Il l'aura. Ce soir, il l'aura.
18 heures
Comme il faisait beau et que j'avais du temps, j'ai flâné un peu après les cours, au hasard, me suis aventurée dans des quartiers où je n'avais encore jamais mis les pieds. Au-delà du Centre commercial une passerelle métallique enjambe les voies. Sous l'escalier qui y mène deux jeunes types avaient la tête levée vers une fille qui descendait. Je l'ai emprunté à mon tour et, effectivement, vu la façon dont il est conçu et l'état dans lequel il se trouve, ils devaient avoir de superbes aperçus. Avec moi, par contre, ils en ont été pour leurs frais : j'étais en pantalon. Est-ce que je l'ai regretté ? Un peu. Soyons franche ! Pas mal. Et même beaucoup. Mais ça peut très bien n'être que partie remise n'être que partie remise. Avec Sophie. On se croise, comme par hasard, dans cet escalier. « Toi, ma chérie, depuis le temps ! Qu'est-ce que tu deviens ? Raconte ! » Et nous voilà lancées, sur place, dans une interminable conversation. Dans quelle tenue ? Ah, ça, moi, là-dessus j'ai déjà ma petite idée. Oh, il faut qu'on le fasse ! Il faut absolument qu'on le fasse. Et si, en plus, Julien peut être planqué à filmer dans un coin… Alors là !
Jeudi 23 mai
Il l'a eue Julien, sa petite compensation. Cette nuit. J'ai remis nos pas dans nos pas. À deux heures du matin je suis sortie de ma chambre. Le même pyjama. Avec, cette fois, deux boutons défaits. Et je me suis activée aux fourneaux. Dans la minute qui a suivi, il était là. À mes côtés.
‒ Les œufs. T'en veux un ou deux ?
‒ Deux, s'il te plaît ! À table. Face à face. Ses yeux sur moi. Ses yeux qui cherchent. Plus loin. Plus bas. Ses yeux qui m'implorent. Le troisième bouton. J'ai fait durer. Je l'ai fait attendre. Le quatrième. Sa main sous la table. Sur lui. Tous les boutons. Les uns après les autres. Avec du temps, beaucoup de temps, de plus en plus de temps entre chaque… Et puis j'ai lentement écarté les pans de ma veste de pyjama. Ses yeux dans les miens. Sur mes seins. Encore dans les miens.
‒ Tu es si belle quand tu sais qu'on te regarde. Encore plus belle. Et il a eu son plaisir. Dans mes yeux.
10 heures
Sophie a hoché la tête.
‒ Toute trempée tu devais être…
‒ Ah, ben ça !
‒ Et tu t'es pas ?
‒ Devant lui ? Oh, non ! Non. Ça viendra sans doute, mais chaque chose en son temps.
‒ C'est dans la chambre que tu te l'es fait alors. Et sûrement qu'il s'en est douté.
‒ Non. Il a entendu. J'ai vraiment pas été discrète.
22 heures
Je lui ai posé la question à Julien. J'ai fini par lui poser la question. Sa copine… C'était fini ? Il a souri.
‒ Si tu savais !
Ben justement ! C'était pour ça que je demandais. Pour savoir. Et j'ai su. Sa copine il l'avait mise entre parenthèses. À cause de moi. Pour se consacrer à moi. Vivre dans mon air. S'imprégner de mes gestes. De mon parfum ; De tout moi. Sans que quoi que ce soit d'autre vienne l'en détourner. Le parasiter.
‒ Oh, mais je ne te demande rien. Je n'exige rien. T'as un petit ami, je le sais. Non, la seule chose… Je l'ai fait taire.
‒ Dis rien ! C'est pas la peine. Dis rien ! Je sais.
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