Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Mon année de terminale — Chapitre 9
Auteur
Mon année de terminale
Chapitre 9
Ma mère est rentrée des courses puis a lancé d’une voix gaie :
— Allez, à table tout le monde. Ce soir c’est spaghettis bolognaise, j’ai mis la bolognaise à mijoter avant de sortir.
On s’est installés dans la salle à manger. La grande table, les assiettes blanches, le saladier de salade verte au milieu. Juliana est descendue juste après moi. Elle avait enfilé un jean et un pull large par-dessus sa tenue d’avant. Rien n’indiquait ce qui s’était passé à l’étage une demi-heure plus tôt. Son visage était calme, son sourire poli. Elle s’est assise à ma droite, comme d’habitude.
Le plat a tourné. Les spaghettis bien al dente, la sauce riche, parfumée à l’ail et au basilic, la viande fondante. Mon père a servi le vin pour accompagner le repas, j’ai eu droit à un verre également pour fêter le week-end. La conversation a démarré sur le travail de mon père, une réunion qui avait débordé, puis sur les dossiers d’Emma. Elle a reparlé des écoles de master, des frais d’inscription, des stages possibles à l’étranger. Ma mère hochait la tête, mon père posait des questions précises. Juliana écoutait, intéressée, et a glissé une remarque sur les programmes Erasmus en Espagne. Tout le monde a souri.
Moi, j’étais concentré sur mon assiette, mais mon attention glissait sans cesse vers elle. Sa fourchette, la façon dont elle enroulait les pâtes, le petit mouvement de sa gorge quand elle buvait. Sous la table, nos genoux s’étaient frôlés une fois. Elle n’avait pas bougé. Moi non plus.
Vers le milieu du repas, Juliana a posé sa fourchette et a regardé autour de la table.
— Au fait… pour le restaurant. Je vous avais dit que je voulais vous inviter pour fêter mon nouveau poste. Demain soir, ça vous irait ? L’endroit dont je vous ai parlé, près de la gare. Ils font une très bonne paella.
Ma mère a ouvert de grands yeux, ravie.
— Demain ? Mais c’est parfait ! On n’a rien de prévu.
— Demain ? Mais c’est parfait ! On n’a rien de prévu.
Mon père a hoché la tête, déjà convaincu.
— Excellente idée.
— Excellente idée.
Emma a tapé légèrement dans ses mains.
— Oui ! J’adore la paella. Et comme ça on fête vraiment ton boulot.
— Oui ! J’adore la paella. Et comme ça on fête vraiment ton boulot.
Juliana a souri, un vrai sourire cette fois, et a tourné brièvement la tête vers moi.
— Et toi, Théo ? Tu viens aussi, évidemment.
— Et toi, Théo ? Tu viens aussi, évidemment.
J’ai hoché la tête, la voix un peu plus rauque que prévu.
— Carrément.
— Carrément.
Tout le monde a trinqué. L’ambiance était légère, familiale, presque festive. On a reparlé de l’institut de langues, des horaires de Juliana, des élèves qu’elle aurait. Ma mère a proposé d’appeler pour réserver, Juliana a dit que c’était déjà fait, qu’elle avait anticipé. Mon père a ri, a dit qu’elle était organisée. Emma a commencé à imaginer les plats, les tapas en entrée, le dessert.
Le reste du repas s’est déroulé dans cette bonne humeur. On a fini les spaghettis, on a partagé le fromage, ma mère a sorti du yaourt à la grecque pour ceux qui en voulaient. Juliana a raconté une anecdote sur un restaurant de Barcelone où elle allait avec ses parents. Tout le monde a écouté. Moi aussi. Mais une partie de mon esprit restait collée à l’étage, à ce qui s’était passé sur son lit, à la façon dont elle m’avait regardé juste avant que la porte d’en bas ne s’ouvre.
Après le repas, Juliana s’est levée la première.
— Je vais prendre une douche, je suis encore collante de la journée.
— Je vais prendre une douche, je suis encore collante de la journée.
Elle a monté l’escalier sans se presser. Emma et moi nous sommes regardés. Qui de nous deux irait à la douche après ? Emma a croisé les bras.
— Moi d’abord.
— Non. Moi.
— Moi d’abord.
— Non. Moi.
On s’est chamaillés deux minutes. J’ai fini par gagner. Elle a roulé des yeux et est retournée dans le salon.
J’ai attendu dans le couloir. L’eau a coulé longtemps. Quand la porte s’est ouverte, Juliana est apparue, enveloppée dans une grande serviette blanche. Ses cheveux trempés collaient à sa nuque et à ses épaules. Des gouttes glissaient encore le long de sa clavicule. Elle avait les joues un peu roses, les yeux brillants. Même comme ça, elle restait d’une beauté insolente. Elle m’a croisé, m’a adressé un petit sourire, et a murmuré :
— À toi, pequeño.
— À toi, pequeño.
Puis elle a disparu dans sa chambre.
Je suis entré dans la salle de bain encore chaude, emplie de buée et de l’odeur de son gel douche. J’ai fermé la porte, posé mon téléphone sur le rebord du lavabo. À peine avais-je enlevé mon tee-shirt que l’écran s’est allumé. Trois notifications. Photos.
J’ai ouvert.
La première montrait son corps de face, prise devant le miroir. Elle était nue. Une main posée sur sa poitrine, les doigts légèrement écartés. On ne voyait pas son visage, seulement la ligne de son cou, l’arrondi de ses seins, le ventre plat, le piercing au nombril, le haut de ses cuisses. La lumière donnait à sa peau un ton doré.
La deuxième avait été prise sous la douche. L’eau perlait sur sa peau. On devinait sa poitrine de près, les gouttes qui coulaient entre ses seins, les piercings brillants.
La troisième était un selfie. Cheveux mouillés, regard un peu baissé, lèvres entrouvertes. On apercevait le haut de sa poitrine, encore brillante. En légende :
« Penses à moi, Théo. »
« Penses à moi, Théo. »
Je suis resté immobile un moment, le cœur trop fort. J’ai tapé :
« Woaw Juliana… tu es superbe. »
« Woaw Juliana… tu es superbe. »
Puis j’ai posé le téléphone, suis entré sous le jet. L’eau chaude a coulé sur mes épaules. Mais les images restaient là, nettes. J’ai refermé les yeux. Ma main a glissé le long de mon ventre, plus bas. J’ai pris mon sexe déjà dur, et j’ai commencé à me caresser lentement.
Les photos défilaient derrière mes paupières. Son corps devant le miroir. L’eau sur sa peau. Ce regard dans le selfie. Ma main a accéléré. La pression montait vite, trop vite. Je me suis appuyé contre le carrelage, le souffle court, les yeux mi-clos.
Mon téléphone a vibré de nouveau sur le rebord. J’ai tendu le bras, l’ai attrapé d’une main mouillée. Un nouveau message de Juliana :
« J’ai pas pu m’occuper de toi tout à l’heure. J’espère que ça t’aidera sous la douche. »
« J’ai pas pu m’occuper de toi tout à l’heure. J’espère que ça t’aidera sous la douche. »
J’ai gémi bas. Les mots ont suffi. J’ai serré plus fort, accéléré le rythme, les images et le message se mêlant. En quelques secondes, la jouissance m’a traversé en une vague chaude et longue. Je me suis vidé contre le mur, le front appuyé sur le carrelage froid, les jambes un peu tremblantes.
Je suis resté sous l’eau encore un moment, le cœur qui se calmait lentement. Puis j’ai répondu, simplement :
« Ça a très bien aidé. Merci. »
« Ça a très bien aidé. Merci. »
L’écran est resté silencieux. Je me suis rincé, j’ai éteint l’eau, et je me suis enveloppé dans une serviette.
Je suis sorti de la douche, serviette nouée autour de la taille, cheveux encore humides. Le couloir était silencieux. J’ai regagné ma chambre, refermé la porte derrière moi et ai commencé à chercher un boxer propre dans le tiroir.
La porte s’est ouverte sans bruit.
Juliana est entrée. Elle portait un simple t-shirt large qui lui arrivait à mi-cuisses, rien d’autre apparemment. Ses cheveux étaient encore un peu mouillés, tirés en arrière. Elle s’est assise directement au bord de mon lit, les jambes croisées, et m’a regardé avec ce demi-sourire qu’elle réservait aux moments où elle savait exactement l’effet qu’elle produisait.
— J’espère que tu as aimé, pequeño.
Ma voix est sortie un peu rauque.
— Oui. Beaucoup.
Elle a penché légèrement la tête, les yeux plongés dans les miens.
— Tu t’es touché en pensant à moi ?
La question était directe, posée sans détour. J’ai senti la chaleur me monter aux joues. J’ai détourné le regard une seconde, puis j’ai hoché la tête, gêné.
— Oui…
Elle a souri plus franchement, satisfaite.
— Pour les photos… tu peux les garder. Ça me fait plaisir de savoir que tu pourras te toucher en pensant à moi aussi souvent que tu veux.
Elle s’est levée, a fait un pas vers moi. Sa main a trouvé ma nuque, douce, et elle s’est hissée légèrement sur la pointe des pieds. Ses lèvres ont rencontré les miennes. Un baiser lent, chaud, sans urgence. Sa bouche était douce, légèrement humide. Le contact a duré plusieurs secondes, assez pour que je sente son souffle se mêler au mien.
Quand elle s’est écartée, elle a posé son front un instant contre le mien.
— Bonne nuit, pequeño.
Puis elle a glissé hors de la chambre aussi silencieusement qu’elle était entrée, refermant la porte derrière elle.
Je suis resté planté là, la serviette encore autour des hanches, le goût de son baiser sur les lèvres, et les photos encore bien présentes dans mon téléphone.
Le lendemain matin, la maison était déjà animée quand je suis descendu. Juliana et Emma étaient parties courir de bonne heure. J’avais entendu la porte claquer vers 7 h 15, leurs voix basses dans l’entrée, le bruit des baskets sur le gravier. Ma mère préparait le café dans la cuisine, mon père lisait les infos sur son téléphone. J’ai pris un bol de céréales, une tartine beurrée, un verre de jus d’orange. Rien de bien inspiré. Mon esprit était encore à moitié collé à la veille : les photos, le baiser dans ma chambre, ce « bonne nuit, pequeño » murmuré contre ma bouche.
Vers 9 h, j’ai enfilé un jean et un sweat, j’ai chopé mon sac avec les fiches de l’exposé, et je suis parti chez Lucien. Il habitait à vingt minutes à pied, dans un pavillon un peu plus grand que le nôtre, avec un jardin où sa mère cultivait des tomates. Lucien m’attendait déjà devant la porte, en short et tee-shirt, un mug de café à la main.
— T’es à l’heure pour une fois. Entre, on va pas traîner.
On s’est installés dans sa chambre. Le bureau était déjà envahi de feuilles, de livres d’histoire et d’un ordinateur portable ouvert sur un diaporama à moitié vide. L’exposé portait sur les conséquences économiques du traité de Versailles. Sujet chiant, mais noté. On s’est réparti les parties : lui prenait les réparations de guerre et l’hyperinflation allemande, moi les conséquences sur la France et les nouvelles frontières. Pendant deux heures, on a cherché des chiffres, des cartes, des citations. Lucien râlait toutes les dix minutes.
— Putain, qui a décidé que les traités de 1919 c’était intéressant ?
— Le prof. Et le bac.
— Le prof. Et le bac.
On a ri. Vers midi, sa mère est montée avec deux sandwichs jambon-beurre et des chips. On a mangé sur le lit, les miettes partout, en regardant des conneries sur YouTube entre deux recherches. L’ambiance était celle des samedis habituels : détendue, un peu bordélique, sans pression.
L’après-midi a filé. On a fini le plan, on a écrit les transitions, on a choisi les images pour le diaporama. Lucien a passé un moment à chercher une photo de Clemenceau qui avait l’air suffisamment sévère. Moi j’ai relu mon texte à voix haute pour vérifier que ça tenait la route. De temps en temps, la conversation dérivait.
On a parlé de la scène de la cantine la veille, de Julie qui avait envoyé Thomas balader, de la façon dont Mélanie avait l’air de se délecter du scandale. Lucien a raconté qu’il avait croisé Thomas dans le couloir le matin et que le mec avait une tête d’enterrement. J’ai hoché la tête sans trop commenter. Julie ne m’intéressait plus, et je n’avais pas envie de m’attarder dessus.
Vers 15 h, on a fait une pause. On a parlé de jeux vidéo, d’une ranked qu’on avait perdue lamentablement la semaine d’avant, de Jules qui ragequit dès qu’il mourait deux fois. Puis Lucien a basculé sur autre chose, un sourire en coin.
— Et l’Espagnole ? Ça avance ou tu restes au stade des regards en coin ?
J’ai hésité. Depuis le début, j’avais donné des détails, mais jamais tout. Pas les photos. Pas le baiser de la veille. Pas ce qui s’était passé sur son lit avant que mon père et Emma rentrent.
— Ça avance. Doucement.
— Doucement ? Mec, la semaine dernière elle te suçait dans ta chambre. C’est quoi, doucement, pour toi ?
J’ai ri malgré moi.
— Ok, pas si doucement. Mais on fait gaffe. Y a ma famille à côté en permanence.
Il a hoché la tête, comprenant. On est retombés dans le travail. Vers 17 h, le diaporama était quasi terminé. On a relu une dernière fois, corrigé deux fautes, enregistré le fichier sur une clé USB. Lucien s’est allongé en travers de son lit, les bras derrière la tête.
— T’as le resto ce soir, non ? Avec toute la famille et elle.
— Ouais. Elle invite pour fêter son nouveau boulot.
Il a souri plus large, un peu moqueur.
— Profite avec l’Espagnole ce soir. Tu penses qu’elle va te branler sous la table ?
J’ai éclaté d’un rire sec, presque choqué.
— Y aura ma famille, t’es con ou quoi ? Mes parents, Emma, tout le monde autour de la table. Tu vois le tableau ? Ma mère qui demande le sel pendant que Juliana a la main dans mon froc ?
— Y aura ma famille, t’es con ou quoi ? Mes parents, Emma, tout le monde autour de la table. Tu vois le tableau ? Ma mère qui demande le sel pendant que Juliana a la main dans mon froc ?
Lucien a rigolé franchement.
— Je dis ça, je dis rien. Mais si j’avais une meuf de vingt-cinq ans qui est en train de me chauffer comme ça, je serais déjà en train de calculer les angles morts sous la nappe.
— Je dis ça, je dis rien. Mais si j’avais une meuf de vingt-cinq ans qui est en train de me chauffer comme ça, je serais déjà en train de calculer les angles morts sous la nappe.
— T’es un malade.
— Je suis un réaliste. Et toi t’es un puceau de 19 ans chanceux qui a peur de se faire chopper avec une bombe de 25 ans.
On a continué à se chambrer encore un moment. Il m’a demandé si j’avais déjà touché plus loin, si elle avait laissé faire. J’ai éludé, gêné et un peu fier à la fois. Il a insisté, j’ai fini par lâcher que oui, qu’on s’était embrassés vraiment, que ça allait plus loin que des regards. Il a sifflé, impressionné malgré les vannes.
À 17 h 50, j’ai rangé mes affaires. Lucien m’a raccompagné jusqu’à la porte.
— Sérieux, Théo. Amuse-toi ce soir. Même si c’est juste des regards ou des petites caresses sous la table, prends ce que tu peux. Des meufs comme ça, ça court pas les rues.
— Ouais. Je sais.
Le chemin du retour m’a pris vingt-cinq minutes. Le ciel était déjà un peu plus bas, la lumière de fin d’après-midi transformait radicalement le paysage. J’ai marché sans me presser, les mains dans les poches, le sac sur une épaule. Dans ma tête, les mots de Lucien tournaient. « Tu penses qu’elle va te branler sous la table ? » C’était absurde, impossible, et pourtant l’image s’était plantée quelque part. Juliana à côté de moi au restaurant, ma famille en face, sa main qui glisserait peut-être… Non. Impossible. Mais le simple fait d’y penser faisait remonter la tension de la veille.
En arrivant devant chez moi, j’ai vu la voiture de mon père déjà là. Emma et Juliana étaient rentrées de leur course depuis longtemps. J’ai poussé la porte.
L’odeur de gel douche et de parfum flottait dans l’entrée. Des voix venaient de l’étage. Ma mère a crié depuis la cuisine :
— Théo ? Tu rentres pile à l’heure. On part dans une heure, va te préparer.
Je suis monté. En passant devant la chambre de Juliana, j’ai entendu sa voix qui riait avec Emma. J’ai poussé la porte de ma chambre, j’ai posé mon sac, et j’ai commencé à chercher une chemise correcte. Le restaurant approchait. Et avec lui, toute la tension discrète qui s’était installée entre Juliana et moi depuis des jours.
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