Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
De danseuse au bled à femme d'affaires en France — Chapitre 1 · Le rêve européen
Auteur
De danseuse au bled à femme d'affaires en France
Chapitre 1 · Le rêve européen
Été deux mille douze, cinq heures du matin, dans une petite ville du Moyen Atlas au Maroc. Je me réveille au bruit d’une voiture qui s’arrête devant notre modeste maison. Les portes s’ouvrent, j’entends la voix de ma mère qui discute avec le conducteur, les portes du véhicule claquent lors de leur fermeture, la voiture repart. Je me lève et m’empresse d’ouvrir la porte d’entrée en acier.
— On t’a réveillé, mon fils, me dit ma mère d’un air désolé.
— Non, t’inquiète pas, avec cette chaleur, j’arrive pas à dormir de toute façon. Alors, ce mariage, c’était comment ?
— C’était trop bien, il y avait beaucoup de monde et l’ambiance était géniale, dit ma sœur Siham en entrant dans la maison.
— Maman, demande à Aziz s’il a besoin de quelqu’un pour que je vienne travailler avec vous ?
— C’est pas le moment de parler de ça, Sofiane. Siham, va faire chauffer de l’eau pour qu’on se douche.
— L’énerve pas, je vais lui en parler, tu sais que t’es mon frère préféré. Est-ce que tu peux aller me chercher du pain et des croissants ? me dit ma sœur en sortant un billet de cinquante dirhams de sa poche et en me faisant les yeux doux.
— Je suis ton seul frère, lui dis-je en prenant le billet.
— Aahhaaa, je le savais que tu étais le meilleur, viens que je te fasse un bisou, me dit-elle en me prenant dans ses bras.
— Arrête, t’es toute transpirante.
— Siham, dépêche-toi, on va pas y passer toute la nuit, s’exclama ma mère.
— Dépêche-toi toi aussi, me dit ma sœur, j’arrive maman !
— Non, t’inquiète pas, avec cette chaleur, j’arrive pas à dormir de toute façon. Alors, ce mariage, c’était comment ?
— C’était trop bien, il y avait beaucoup de monde et l’ambiance était géniale, dit ma sœur Siham en entrant dans la maison.
— Maman, demande à Aziz s’il a besoin de quelqu’un pour que je vienne travailler avec vous ?
— C’est pas le moment de parler de ça, Sofiane. Siham, va faire chauffer de l’eau pour qu’on se douche.
— L’énerve pas, je vais lui en parler, tu sais que t’es mon frère préféré. Est-ce que tu peux aller me chercher du pain et des croissants ? me dit ma sœur en sortant un billet de cinquante dirhams de sa poche et en me faisant les yeux doux.
— Je suis ton seul frère, lui dis-je en prenant le billet.
— Aahhaaa, je le savais que tu étais le meilleur, viens que je te fasse un bisou, me dit-elle en me prenant dans ses bras.
— Arrête, t’es toute transpirante.
— Siham, dépêche-toi, on va pas y passer toute la nuit, s’exclama ma mère.
— Dépêche-toi toi aussi, me dit ma sœur, j’arrive maman !
En revenant de la boulangerie, je croise ma sœur qui sort de notre chambre habillée d’une gandoura. C’est une robe longue blanche, légère et confortable, avec des rayures verticales, des manches courtes et un motif brodé au niveau de la poitrine.
Ma sœur Siham a deux ans de plus que moi (j’ai dix-huit ans). Elle a des cheveux noirs foncés qui lui tombent dans le dos, un visage ovale aux traits fins, de grands yeux foncés, des sourcils bien dessinés, un nez fin et des lèvres pulpeuses. Elle a une silhouette affirmée, une taille marquée et des hanches arrondies.
— Prépare la table, je vais faire du thé, me dit-elle.
Ma mère, Souad, quarante-deux ans, sort à son tour de la douche habillée d’une simple gandoura. Elle est de taille moyenne, avec une silhouette ronde, une taille marquée et des hanches assez larges. Elle a le visage ovale, les yeux foncés, les sourcils bien dessinés, un nez fin, des lèvres charnues et des cheveux châtains attachés en chignon.
Le petit-déjeuner est prêt. Nous nous rassemblons autour de la table. Ma mère et ma sœur parlent encore un peu du mariage, des chants, des youyous, de la foule. Je les écoute en silence, en rompant mon pain.
Une fois le petit-déjeuner terminé, ma sœur et moi rangeons la table et nous attaquons à la vaisselle. Ma mère, épuisée, va se coucher.
Tout en essuyant une assiette, ma sœur se penche vers moi et me demande à voix basse si j’ai des cigarettes. Je hoche la tête. On se glisse discrètement jusqu’au stah.
Là-haut, sur la terrasse, le soleil tape déjà fort. On s’assoit contre le muret, à l’abri des regards. Elle allume la cigarette, en tire une longue bouffée, puis me la tend.
Elle commence à me raconter le mariage de la veille, dans les moindres détails. Les tentes montées dans la cour, les plateaux de thé qui n’arrêtaient pas de circuler, les hommes qui tapaient dans leurs mains en rythme. Elle et ma mère étaient les chikhat. On les avait appelées pour animer la soirée. Elles ont dansé pendant des heures, vêtues de caftans brodés, les hanches qui roulaient, les bras qui dessinaient des arabesques dans l’air, la voix qui montait au-dessus des youyous des femmes.
Les hommes ne les quittaient pas des yeux. Certains restaient plantés au premier rang. D’autres s’approchaient pendant les danses plus sensuelles, glissaient des billets dans leur décolleté, en échange d’un mouvement de hanches plus appuyé. Les chikhat, c’est ça : on les paie pour faire vibrer la fête, pour donner au mariage ce côté vivant, un peu transgresseur, que les familles conservatrices n’osent pas s’offrir elles-mêmes. Elles chantent des airs anciens, elles font des mouvements que les filles de bonne famille n’ont pas le droit d’imiter. Et les hommes regardent. Toujours. Et parfois, ils paient pour en voir davantage.
Tout en parlant, elle écrase le mégot contre le béton. Puis elle baisse un peu la voix.
— À la fin de la soirée, un homme m’a approchée. Grand, bien habillé, un peu plus âgé. Il m’a regardée longuement avant de parler. Il m’a dit qu’il avait un restaurant en Espagne, près de Barcelone, et qu’il cherchait quelqu’un de confiance pour s’occuper du service et de l’accueil. Un vrai contrat, papiers, salaire correct. Il a ajouté… qu’il m’avait remarquée dès le début. Que j’étais belle. Que j’avais une présence, une façon de bouger qui attirerait la clientèle. Qu’une fille comme moi n’avait pas sa place à rester ici à danser pour des billets glissés dans le décolleté. Il m’a donné son numéro et m’a dit de l’appeler dès que j’étais prête.
Elle me regarde. On n’a pas besoin d’en dire plus.
L’Espagne. L’Europe. C’est notre rêve depuis qu’on est gosses. Sortir de cette misère qui nous colle à la peau, de ces jours où on compte chaque dirham, de ce regard que les gens posent sur les filles qui dansent pour gagner leur vie. Partir là-bas, travailler, gagner correctement, respirer autrement. Ne plus être coincés ici, entre les murs et les jugements.
Elle reste silencieuse un moment, la tête appuyée contre le muret. Puis elle se relève. Avant de s’éloigner, elle se penche et me dépose un bisou rapide sur la joue. Ses lèvres sont tièdes.
Je reste assis. Je la regarde descendre.
Ses pieds touchent les marches une à une, lentement. La robe suit le mouvement de son corps. Je la regarde jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
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