Vanille et huile d'argan
Chapitre 1 · Une invitation surprenante
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Vanille et huile d'argan — Chapitre 1 · Une invitation surprenante

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Nilou
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Vanille et huile d'argan

Chapitre 1 · Une invitation surprenante

La salle de classe 204 baigne dans les dernières lueurs d'octobre. Les fenêtres grandes ouvertes laissent entrer un courant d'air chaud, portant avec lui l'odeur de tilleul en fleur du lycée. Au tableau, un schéma de neurone tracé à la main occupe toute la surface : dendrites, corps cellulaire, axone, gaine de myéline, avec cette exigence tant sur le fond que sur la forme que Mélanie s'impose pour ses élèves. Elle tient à ce que ses cours soient beaux et justes. Les élèves avaient demandé à leur enseignante si elle pouvait faire un cours de rappel pour reprendre ces notions.
— Et c'est précisément cette conduction saltatoire qui permet aux influx nerveux de voyager jusqu'à cent vingt mètres par seconde dans les fibres myélinisées. Imaginez : votre cerveau envoie un signal à votre orteil, et en un clin d'œil, le message arrive. La myéline, ce n'est pas qu'une gaine. C'est un gain de temps. Et le temps, à défaut d'être de l'argent, ça permet tout simplement de survivre.
L'enseignante fait un geste circulaire avec le marqueur, comme si elle enroulait elle-même la gaine de myéline autour de l'axone. Sa robe légère en coton bleu pâle, qui tombe juste au-dessus du genou, oscille avec le mouvement. Quelques mèches blondes se sont échappées de son chignon défait par la journée de cours et collent contre sa tempe. Elle les repousse machinalement du dos de la main, laissant une trace de marqueur bleu sur sa joue sans s'en rendre compte.
Les trente-deux élèves de terminale ST2S copient le schéma ou commencent à ranger leurs affaires. L'heure tire à sa fin : il reste quatre minutes au compteur, et l'agitation caractéristique de la fin de journée commence à rompre la tranquillité de la salle de classe : chaises qui grincent, fermetures éclair de trousses, chuchotements, …
Maïlyne, assise au deuxième rang, près de la fenêtre, ne range pas ses affaires. Elle fixe le schéma avec une intensité particulière, son stylo quatre couleurs posé sur le cahier encore ouvert. Ses lunettes rondes glissent légèrement sur son nez ; elle les repousse avec l'index, un geste mécanique qu'elle répète des dizaines de fois par jour. La lumière du soleil dépose des reflets cuivrés dans sa chevelure auburn attachée en une queue-de-cheval lâche.
Elle mordille l'embout de son stylo. Puis s'arrête. Elle regarde l'enseignante qui commence à effacer le tableau, sa robe dansant en harmonie avec le chiffon. Puis elle regarde à nouveau son cahier.
La sonnerie retentit enfin — une nouvelle musique résonne dans le couloir : l'enseignante pousse un soupir d'exaspération. Un « Au revoir, n'oubliez pas d'amener votre blouse demain » et le mouvement de sortie s'organise dans un froissement de sacs et un brouhaha de conversations. L'élève reste assise. Elle attend que la majeure partie de la classe se soit échappée vers la porte, ses camarades la saluant au passage : « Salut May ! », « À demain ! », avant de se lever à son tour, lentement.
L'enseignante rassemble ses feuilles de cours qu'elle tapote contre la table pour les aligner avant de les glisser dans son porte-vue qui déborde déjà de feuilles volantes. Un oxymore contrastant avec son perfectionnisme professionnel. Elle jette un regard dégoûté à son thé maintenant froid oublié sur le coin du bureau. Elle grimace et jette l'infusette dans la poubelle, ignorant le panneau « Interdiction de manger ou boire dans les salles de classe ».
— Mademoiselle Bertrand, vous ne filez pas en étude ?
Maïlyne s'approche du bureau, un chandail dévoilant son épaule nue.
— J'voulais vous parler, Madame Losfelt. Enfin… si vous avez deux minutes.
Mélanie pose sa chemise cartonnée. Son regard bleu opale se pose sur son élève avec cette attention particulière. Elle sent que la conversation va dépasser le simple cadre académique. Elle croise les bras et s'appuie contre le bord du bureau.
— Deux minutes, j'ai. Plus que ça, c'est selon. Qu'est-ce qui se passe ? Problème avec le cours ? La petite interro hebdomadaire ?
— Non, non, le cours c'est… c'est clair. Vraiment. Même si vous êtes allée un peu loin avec les canaux sodiques voltage-dépendants.
Maïlyne fait une pause. Ses doigts jouent avec la bretelle de son sac à dos. Elle déglutit. L'enseignante la regarde, surprise de voir son élève hésiter.
— C'est pas ça. En fait… j'ai dix-huit ans. Hier. Enfin, avant-hier, quoi. Attendez ! Bref, c'est pas ça l'important. Et…
— Je l'avais vu en faisant l'appel : il y a un petit gâteau à côté de votre nom quand c'est votre anniversaire. J'ai préféré l'ignorer, ne sachant pas si tu voulais que tes camarades l'apprennent. Bon anniversaire en retard, alors. Dix-huit ans : c'est une étape.
Le souvenir de ses propres dix-huit ans lui remonte en tête. Il y a cinq ans à peine. Cinq ans. La distance entre dix-huit et vingt-trois ans est plus mince qu'elle ne le voudrait. Le temps de faire un IUT, suivi d'un master : en réalité, Mélanie termine sa deuxième année de master qu'elle réalise en alternance, d'où sa présence dans l'établissement scolaire.
— Merci, reprend Maïlyne, qui inspire profondément, comme si elle se préparait à annoncer un diagnostic. Du coup, avec des copines, on a prévu d'aller en boîte jeudi. Au Pirate, en ville. Et je me disais… enfin, on se voit souvent pendant les pauses, vous acceptez de discuter avec moi, j'ai l'impression qu'on s'entend bien : j'trouve ça cool. De tout : de la bio, des études, de… enfin bref. Et j'me disais que… si vous aviez envie de venir, ce serait cool.
Les mots sont sortis d'un bloc, sans respiration. Le silence qui suit dure peut-être cinq secondes, mais il semble plus long. L'enseignante se redresse légèrement et ses doigts se perdent dans sa chevelure : un toc qu'elle n'arrive pas à éliminer. Elle s'en rend compte, baisse la main et la repose sur le bureau. Dans sa tête, un débat intérieur impossible à traiter aussi rapidement la force à gagner du temps.
— En boîte. Au Pirate.
Elle répète les mots comme si elle les testait, comme si elle les pesait sur une balance.
— Ouais. Je sais que c'est un peu… bizarre, peut-être. Vous êtes ma prof. Mais bon, on a une relation quoi, j'sais pas, cordiale ? Vous m'avez aidée sur plein de trucs, même si ça ne fait pas longtemps qu'on se connaît. Sur l'orientation, sur le stress des révisions… En plus, vous êtes nouvelle en ville, dans l'établissement, on ne vous voit jamais avec personne en dehors du lycée. Et puis vous êtes jeune aussi, non ? Enfin… pas vieille. Merde, ça sonne mal, ce que je dis.
Maïlyne se mord la lèvre et ses joues rougissent malgré ses taches de rousseur estivales. Mélanie rit : un rire sincère qui résonne dans la salle de classe vide. Le bruit d'un balai résonne dans le couloir : le concierge fait sa tournée.
— Pas vieille hein ? Merci pour le compliment.
Elle fait les cent pas. Enfin, pas vraiment. Trois pas vers la fenêtre, trois pas vers la porte. Ses chaussures de ville noires, sobres, claquent doucement contre le dallage de la salle de classe. Elle touche son collier, le pendentif en forme de molécule d'ADN (un peu cliché, probablement …), et le fait glisser le long de la fine chaîne en argent.
— C'est gentil. Vraiment. Mais tu comprends que… c'est compliqué pour moi, Maïlyne. Je suis votre enseignante. Même si on a une relation… oui, cordiale, c'est le mot. Il y a un cadre. Un cadre professionnel. Et une charte de déontologie du métier d'enseignante.
— Je sais. Je le sais bien. Mais c'est en dehors du cours, là. C'est le soir, c'est… on serait juste deux personnes qui boivent un verre. Pas prof et élève.
Mélanie s'arrête de marcher. Leurs regards se croisent : les yeux bleus opale de la professeure face aux yeux verts clairs de l'élève.
— Deux personnes qui boivent un verre, répète Mélanie. Sa voix a perdu son ton professoral. Elle est plus basse, plus hésitante. Tu sais que ça ne marche pas comme ça, dans la réalité. Le cadre, il nous suit. Même en dehors de la salle de classe.
Maïlyne hoche la tête. Ses doigts serrent la bretelle de son sac à dos.
— Je comprends si vous voulez pas. C'est pas… j'veux pas vous mettre mal à l'aise. C'est juste que… j'ai pas grand-monde avec qui fêter, en fait. Mes grands-parents, c'est pas trop leur truc. Vous comprenez. Pour eux, les boîtes de nuit, c'est juste du bruit. Bien entendu, Chloé et Sarah vont venir avec moi. Mais les copines de classe, elles sont sympas, mais… vous et moi, on a des conversations différentes. Plus… profondes ? Vous me parlez comme une personne, pas comme une gamine.
Ce dernier argument fait quelque chose à Mélanie. Elle le sent : quelque chose qui se déplace dans sa poitrine, comme un poids qui change de position. Elle se souvient de ses propres dix-huit ans, de cette période où elle avait l'impression que personne ne la prenait au sérieux en dehors de son copain de l'époque, lui aussi plus âgé qu'elle. Elle se souvient ensuite du début d'année et de la façon dont certains collègues l'ont regardée : presque comme une enfant qui joue à la grande personne.
— Le Pirate, c'est jeudi soir ?
Maïlyne relève la tête. Une lueur traverse ses yeux.
— Oui. On se retrouve là-bas vers vingt-deux heures. Mes copines et moi.
— Et tu veux que je vienne. En tant que… quoi, exactement ?
— En tant que vous. Juste… vous. Madame Losfelt. Enfin, pas vraiment Madame Losfelt. Enfin, si, Madame Losfelt quand on est en cours, mais là, le soir… Mélanie. Quoi que, ce serait bizarre de vous appeler autrement que Madame.
Mélanie sourit. Le prénom, prononcé par son élève, sonne étrangement intime dans la salle de classe déserte. Personne ne l'appelle Mélanie ici : c'est « Madame Losfelt » ou « la prof de bio ». Même ses collègues l'appellent sobrement « Losfelt ».
— Mélanie, répète-t-elle, comme pour tester le son. D'accord. Écoute, je… je vais y réfléchir. Sérieusement. Je ne promets rien, mais je vais y réfléchir. Cela te va-t-il ?
Maïlyne sourit : un sourire chaleureux qui l'illumine et fait plisser ses yeux derrière ses lunettes. Lui ôtant le poids qu'elle avait sur les épaules, cette peur de perdre la relation fragile qu'elle avait établie avec son enseignante.
— Ça me va. Merci. Vraiment. Et encore… le cours, aujourd'hui, c'était super. La partie sur les synapses, la façon dont vous avez expliqué les neurotransmetteurs comme des postiers à vélo, j'ai tout compris. Pour de vrai.
La conversation glisse naturellement vers le terrain familier de la biochimie — les récepteurs postsynaptiques, le recyclage des vésicules, le rôle du calcium dans l'exocytose : il faut dire que Mélanie s'était fait un peu plaisir en débordant du programme. L'une s'assoit sur le bord d'une table et l'autre s'appuie contre le bureau. Pendant un quart d'heure, elles parlent comme elles le font souvent pendant les pauses : de science, de curiosité, de ce qui les fascine. Le concierge passe la tête par la porte, les salue, continue son chemin. L'horloge du couloir indique dix-sept heures trente.
— Je dois y aller, dit finalement Maïlyne en sautant de la table. Vous savez, l'étude est obligatoire à dix-huit heures pour les internes. Merci encore. Pour le cours. Et pour… pour l'invitation, enfin, vous voyez.
Mélanie reste seule dans la salle alors que des pas s'éloignent dans le couloir. Elle regarde le tableau, le schéma de neurone à moitié effacé. Elle touche son pendentif, le fait tourner entre ses doigts. Puis elle déverrouille son téléphone posé sur la table, ouvre une conversation avec Marc, son conjoint. Du fait de ses études, elle a dû déménager loin de son conjoint, avec qui elle vient de se pacser pour le concours. Un déclencheur : cela fait quelques années qu'ils se fréquentent maintenant.
— Une de mes élèves m'a invitée en boîte pour ses dix-huit ans samedi. Je ne sais pas si je dois y aller.
La réponse arrive trente secondes plus tard :
— Vas-y. Tu ne sors jamais. Profite ! Bon courage pour supporter le bruit.
— Je t'aime, conclut Mélanie.
Mélanie sourit. Elle glisse le téléphone dans sa poche, rassemble ses affaires, et quitte la salle.
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Chapitre 2 · Flagrances de vanille
Mélanie Losfelt, jeune enseignante de biologie, a accepté l'invitation de son élève Maïlyne pour fêter ses dix-huit ans dans une boîte de nuit. Entre les basses de la musique, les verres de trop et les confidences murmurées trop près, la frontière entre la professeure et la femme commence à vaciller. Une soirée qui n'aurait pas dû dépasser le cadre d'une fête d'anniversaire. Mais certaines frontières, une fois approchées, ne se laissent pas si facilement ignorer.
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Commentaires ()

Passer les 3 commentaires
Photo de profil de bale1984
bale1984
29 octobre 2026 à 08:49
Bravo @Nilou pour ce premier chapitre, toit en douceur. Une bonne intro, avec suffisamment de détails pour bien se représenter les deux protagonistes.

Vous avez su capter mon attention et c'est illico  presto que je m'en vais lire le deuxième chapitre. 

A+
Modifié 29 octobre 2026 à 08:50
Photo de profil de Moutcho
Moutcho
22 octobre 2026 à 05:18
J'adore vraiment le début j'ai vraiment hâte de lire la suite

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