Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les vendredis d'après — Chapitre 2 · Les confidences
Auteur
Les vendredis d'après
Chapitre 2 · Les confidences
Le salon d'Ève ouvrait ses portes à neuf heures précises. Comme chaque matin, les parfums mêlés de shampoing, de café et de produits capillaires emplissaient la pièce. Les habituées arrivaient les unes après les autres, échangeant quelques mots avant de s'installer devant les grands miroirs.
Parmi elles, Jacqueline était une cliente à part.
À quarante-neuf ans, elle conservait une élégance naturelle. Blonde, toujours soigneusement maquillée, elle donnait l'image d'une femme sûre d'elle. Pourtant, derrière son sourire se cachait une profonde solitude.
Son divorce, trois ans plus tôt, avait laissé des traces.
Depuis, elle avait appris à vivre seule, mais certains soirs lui semblaient interminables.
Lorsqu'elle franchissait la porte du salon, son visage s'illuminait légèrement.
— Bonjour, ma belle..., lança Ève en venant l'embrasser.
— J'avais besoin de te voir aujourd'hui.
Ève remarqua aussitôt la fatigue dans son regard.
— Encore une mauvaise nuit ?
Jacqueline soupira.
— Les nuits sont les plus difficiles... On réfléchit trop quand la maison est silencieuse.
Elle s'installa devant le miroir pendant qu'Ève préparait sa coloration.
Quelques minutes passèrent dans le calme.
Puis Jacqueline reprit doucement.
— Tu sais... parfois je me demande si je retrouverai un jour quelqu'un.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce qu'à mon âge, les hommes ne cherchent plus vraiment une compagne... Beaucoup veulent simplement passer un bon moment puis disparaissent.
Ève continua de lui brosser les cheveux sans interrompre son récit.
— J'ai rencontré quelqu'un le mois dernier.
— Ah oui ?
Jacqueline esquissa un sourire amer.
— Au début, il était adorable. Des messages du matin au soir... des compliments... des projets de sorties... Il me faisait croire que j'étais importante.
Elle baissa les yeux.
— Puis, du jour au lendemain... plus rien.
Le silence s'installa.
— Il ne répondait plus ?
— Plus un message. Plus un appel. Comme si je n'avais jamais existé.
Ève posa doucement sa main sur son épaule.
— Ce n'est pas toi le problème.
Les yeux de Jacqueline brillèrent.
— Tu sais ce qui me fait le plus mal ?
— Dis-moi.
— Ce n'est pas d'être seule... c'est d'avoir encore envie d'y croire.
Ève sourit avec tendresse.
— Tant que tu y crois, tout n'est pas perdu.
Jacqueline la regarda dans le miroir.
— Tu es la seule à qui je raconte tout ça.
— Et ça restera entre nous.
Un léger sourire réapparut sur son visage.
Pendant plusieurs semaines, les mêmes confidences revinrent.
Parfois Jacqueline parlait d'une rencontre prometteuse, parfois d'un rendez-vous décevant. Elle racontait ses doutes, ses hésitations avant d'accepter une invitation, la peur d'être jugée ou de revivre une nouvelle déception.
Ève ne donnait presque jamais de conseils.
Elle écoutait.
Et cette écoute valait davantage que de longs discours.
À quelques mètres d'elles travaillait Jean.
Âgé de trente-deux ans, il était arrivé au salon depuis moins d'un an. Sérieux, discret et apprécié des clientes, il évitait toujours de se mêler des conversations privées.
Ce jeudi-là, alors qu'il rangeait des serviettes dans la réserve, la porte était restée entrouverte.
Les voix d'Ève et de Jacqueline lui parvenaient faiblement.
— Tu lui faisais confiance ? demanda Ève.
— Oui... peut-être trop.
Jean continua de ranger sans vraiment écouter.
Puis une autre phrase attira malgré lui son attention.
— Depuis mon divorce, je fais semblant d'être forte... mais au fond je me sens souvent seule.
Jean s'immobilisa quelques secondes.
Il ne chercha pas à entendre davantage.
Il referma doucement le placard et s'éloigna, presque gêné d'avoir surpris cette confidence.
Toute l'après-midi, ces quelques mots résonnèrent dans son esprit.
Il avait toujours vu Jacqueline comme une femme élégante, souriante, pleine d'assurance.
Pour la première fois, il découvrait une autre facette de sa personnalité : celle d'une femme blessée qui cachait sa fragilité derrière un masque de bonne humeur.
Sans le savoir, cette confidence entendue par hasard allait bientôt modifier le regard qu'il porterait sur elle... et marquer le début d'une histoire bien plus complexe qu'il ne l'imaginait.
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