Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les vendredis d'après — Chapitre 8 · Le voyage des apparences
Auteur
Les vendredis d'après
Chapitre 8 · Le voyage des apparences
Le lundi matin, Ève était prête avant Adam.
Deux petites valises attendaient près de la porte.
Adam les regarda sans rien dire.
Tout le week-end, il avait vécu dans une sorte de brouillard. La soirée du vendredi revenait par fragments : le rire de Jean, le visage de Jacqueline lorsqu'elle avait compris, le calme presque irréel d'Ève, puis cette question qui avait tout changé.
Tu viens avec moi ?
Il avait dit oui.
Et maintenant, il ne savait plus exactement pourquoi.
Ève apparut dans l'encadrement de la porte.
— Tu es prêt ?
— Presque.
— Presque.
Elle sourit.
— Alors dépêche-toi. J'ai envie de partir avant que tu commences à réfléchir.
Il la regarda longuement.
— Tu avais tout préparé avant vendredi, n'est-ce pas ?
Ève ne répondit pas immédiatement.
Puis elle prit sa veste.
— Peut-être.
— Même le voyage ?
— Surtout le voyage.
Adam comprit qu'il n'avait jamais réellement repris le contrôle de la situation.
Ils partirent en voiture.
Pendant les premières heures, Ève parla de tout sauf de Jacqueline.
Elle choisissait la musique, commentait les paysages, racontait des souvenirs anciens.
Elle semblait redevenue la femme qu'Adam avait connue des années auparavant.
Et c'était précisément ce qui le troublait.
À midi, ils s'arrêtèrent dans une petite ville côtière.
Ève choisit une terrasse donnant sur la mer.
— Tu te rappelles notre premier voyage ?
Adam sourit malgré lui.
— Tu avais oublié ton passeport.
— Et toi, tu avais oublié les clés de la voiture.
Ils rirent.
Un rire sincère.
Pendant quelques secondes, Adam sentit quelque chose se fissurer en lui.
Peut-être qu'il avait réellement aimé cette femme.
Peut-être qu'il l'aimait encore.
Mais alors le visage de Jacqueline traversa son esprit.
Son sourire.
Ses messages.
La plage.
La promesse interrompue.
Il baissa les yeux.
Ève l'observait.
— Elle te manque déjà ?
Adam releva brusquement la tête.
— Qui ?
Ève sourit.
— Ne fais pas ça. Pas avec moi.
Il resta silencieux.
Elle ne semblait pas en colère.
C'était presque pire.
— Je ne veux pas que tu me mentes pendant ce voyage, ajouta-t-elle. Je veux seulement que tu sois honnête. Même si la vérité me fait mal.
Adam regarda la mer.
— Oui. Elle me manque.
Ève inspira profondément.
Puis elle hocha lentement la tête.
— Merci.
L'après-midi, ils arrivèrent à l'hôtel.
Ève avait réservé une chambre avec vue sur la mer.
Deux verres étaient posés près de la fenêtre.
Une bouteille attendait dans un seau à glace.
Adam entra.
Il regarda autour de lui.
— Tu avais vraiment tout prévu.
— Je voulais qu'on ait une chance de nous retrouver.
Elle s'approcha de la fenêtre.
— Mais je ne veux pas te retenir de force.
Adam la regarda.
— Pourquoi alors ?
Ève se retourna.
— Parce que je veux savoir si ce que nous avons construit peut encore exister.
Cette fois, Adam ne trouva rien à répondre.
Le soir venu, ils dînèrent dans un restaurant discret.
Ève avait choisi une table éloignée des autres.
Elle portait une robe élégante.
Adam la regarda plusieurs fois.
Elle le remarqua.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu me regardes comme avant.
Il sourit légèrement.
— Peut-être parce que je me souviens de toi comme ça.
Ève baissa les yeux.
— Alors regarde-moi encore.
Il le fit.
Longtemps.
Et quelque chose d'ancien revint entre eux.
Pas la passion des débuts.
Quelque chose de plus fragile.
Une mémoire.
Une complicité.
Un morceau de leur histoire qui refusait de mourir.
Pendant ce temps, à plusieurs centaines de kilomètres de là, Jacqueline était assise seule dans son appartement.
Son téléphone était posé devant elle.
Elle avait écrit trois messages à Adam.
Elle les avait tous effacés.
Finalement, elle reçut une notification.
Une photo.
Ève et Adam devant la mer.
Jacqueline fixa l'écran.
Elle sentit son cœur se serrer.
Sous la photo, Ève avait écrit :
« Premier jour de notre nouvelle escapade. »
Jacqueline comprit immédiatement.
Ce message n'était pas destiné uniquement à Adam.
Elle savait qu'elle pouvait le voir.
C'était un avertissement.
Jacqueline posa le téléphone.
Puis elle se leva et alla jusqu'à la fenêtre.
Pour la première fois depuis le début de cette histoire, elle se demanda si elle n'avait pas été naïve.
Elle avait cru que son histoire avec Adam pouvait devenir quelque chose de réel.
Elle découvrait maintenant qu'il existait un passé qu'elle ne pouvait pas effacer.
Et surtout une femme qui connaissait Adam depuis bien plus longtemps qu'elle.
Le deuxième soir, Ève et Adam marchèrent longtemps sur la plage.
La nuit était douce.
Le bruit des vagues couvrait presque leurs pas.
Ève s'arrêta.
— Adam.
— Oui ?
— Si tu devais choisir maintenant, sans penser aux conséquences... tu choisirais qui ?
Adam resta immobile.
La question qu'il redoutait depuis des semaines venait enfin d'être posée.
— Je ne sais pas.
Ève ferma les yeux.
Une larme apparut au coin de son œil, mais elle l'essuya immédiatement.
— Au moins, c'est honnête.
Elle continua de marcher.
Adam la suivit.
Quelques mètres plus loin, elle prit sa main.
Il la laissa faire.
Ils avancèrent ainsi dans le silence.
Et Adam comprit quelque chose qui le bouleversa :
il n'était pas seulement déchiré entre deux femmes.
Il était déchiré entre deux versions de lui-même.
Avec Jacqueline, il était devenu quelqu'un d'autre.
Avec Ève, il retrouvait l'homme qu'il avait été.
Mais lequel des deux était le véritable Adam ?
Le lendemain matin, alors qu'ils prenaient leur petit déjeuner, le téléphone d'Adam vibra.
Un message de Jacqueline.
« J'espère que tu vas bien. »
Il regarda l'écran.
Ève aussi.
Elle ne demanda pas à voir.
Elle se contenta de dire :
— Réponds-lui.
Adam hésita.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Il tapa quelques mots.
Puis s'arrêta.
Ève posa doucement sa tasse.
— Dis-lui la vérité.
Adam releva les yeux.
— Quelle vérité ?
Ève le regarda avec une étrange douceur.
— Celle que tu refuses encore de te dire à toi-même.
Il ne répondit pas.
Mais cette fois, il ne supprima pas le message.
Il écrivit simplement :
« Je pense à toi. Mais je ne sais plus où je vais. »
Il appuya sur envoyer.
Ève détourna le regard vers la mer.
Elle savait désormais que le voyage avait produit exactement ce qu'elle espérait.
Adam n'avait pas choisi.
Mais il avait cessé de prétendre qu'il pouvait continuer à vivre entre deux mondes.
Et lorsque le téléphone de Jacqueline s'alluma quelques secondes plus tard, une nouvelle étape de leur histoire commença.
Une étape où les sentiments ne suffiraient plus.
Il faudrait choisir.
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