Le charpentier et le voisin
Chapitre 2 · La charpente qui cède
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le charpentier et le voisin — Chapitre 2 · La charpente qui cède

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Matthew_237
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Ce qui frappe d'emblée, c'est le travail comme langage du désir : la scie circulaire, la ponceuse, les planches coupées en boucle — on sent physiquement la tension monter dans les mains de Marc avant même qu'il lève les yeux vers la fenêtre. La scène du repas de famille, avec le soupir de Léa et le silence qui s'abat sur les jumeaux, dit en dix lignes ce que des pages d'exposition n'auraient pas réussi à exprimer. Le texte sait aussi se taire au bon moment, et c'est dans ce silence-là que quelque chose commence à peser.

Le charpentier et le voisin

Chapitre 2 · La charpente qui cède

Le marteau frappa le clou de travers. La tête métallique glissa sur le bois tendre et laissa une balafre blanche dans la planche de sapin. Marc jura entre ses dents, posa l'outil, essuya la sueur qui lui coulait dans les sourcils. Trois fois. Trois fois ce matin qu'il ratait son coup. À vingt ans de métier, ses mains ne rataient jamais rien.
Ses mains. Pas sa tête.
Il replaça le clou, ajusta son geste, frappa. Droit. Enfin. Le bruit sec résonna dans le garage vide et il resta un moment penché sur l'établi, le souffle court, à fixer la tête du clou enfoncée dans le bois comme si elle pouvait lui donner une réponse.
Dehors, une portière claqua.
Marc leva les yeux vers la fenêtre de l'atelier. De l'autre côté de la rue, une petite voiture rouge s'était garée devant chez les voisins. Une fille en sortit. Cheveux longs, jean moulant, rire trop fort. Elle monta les marches du perron deux par deux et frappa à la porte. La porte s'ouvrit. Théo apparut, torse nu, un short de pyjama sur les hanches.
La fille se jeta à son cou.
Marc détourna le regard. Trop tard. L'image était déjà là, imprimée derrière ses paupières. Il attrapa une autre planche, la posa sur les tréteaux, empoigna la scie circulaire. Le moteur hurla. Il poussa le bois dans la lame, lentement, en suivant la ligne tracée au crayon. La sciure vola, piqua ses avant-bras, se mêla à sa sueur. Bon. C'était bon. Le travail. Le bruit. La poussière.
Il coupa six planches d'affilée sans s'arrêter. Ses mains savaient. Ses mains faisaient ce qu'elles avaient toujours fait. C'était le reste qui partait en couille.
Quand il releva la tête, la voiture rouge était encore là. Une heure avait passé. Ou deux. Il ne savait plus. Il posa la scie, s'approcha de la fenêtre sans s'en rendre compte, et regarda.
La fenêtre de la chambre de Théo était ouverte. Les rideaux bougeaient doucement dans la brise. À l'intérieur, une silhouette. Deux silhouettes. La fille riait, sa tête renversée en arrière. Théo se pencha vers elle, et Marc ne vit pas la suite parce qu'il avait déjà reculé, les poings serrés, la mâchoire si tendue que ses dents grinçaient.
Il traversa l'atelier, attrapa une bière dans la glacière, l'ouvrit avec ses dents. La mousse déborda sur ses doigts. Il but la moitié d'un trait, s'essuya la bouche du revers de la main, et se remit au travail.
La scie. Le marteau. La ponceuse. Chaque outil devait effacer l'image. Mais l'image revenait. La fille. Ses cheveux. Ses rires. Ses mains sur la peau lisse de Théo. Ses lèvres.
Arrête.
Il posa la ponceuse trop fort. La machine vibra sur l'établi et faillit tomber. Il la rattrapa, la serra contre lui, respira. Sa chemise était trempée. Il la déboutonna, la jeta sur une chaise. Le vent de la fenêtre ouverte lui glaça la poitrine et il frissonna.
À midi, Léa l'appela pour manger. Il traversa la cour, entra par la cuisine, s'assit à table sans un mot. Les jumeaux se disputaient un jouet. La petite dessinait sur la nappe. Léa posa une assiette devant lui.
— Tu as l'air épuisé, dit-elle.
— J'ai du travail.
— Tu as toujours du travail.
Il leva les yeux. Elle avait ce regard fatigué, toujours le même, celui qui ne cherchait plus à comprendre. Il baissa la tête et mangea.
— Tu grognes tout le temps, reprit-elle doucement. Les enfants l'ont remarqué. Même moi je l'entends. Qu'est-ce qui se passe ?
— Rien.
— Marc.
— J'ai dit rien.
Le silence tomba sur la table. Les jumeaux s'arrêtèrent de se disputer. Même la petite leva les yeux de son dessin. Marc reposa sa fourchette, se leva, et sortit. Il entendit Léa soupirer derrière lui, ce soupir qu'elle poussait de plus en plus souvent, ce soupir qui disait je ne sais plus quoi faire de toi.
Il retourna à l'atelier. La voiture rouge était partie. La fenêtre de Théo était fermée.
Le soir, il baisa sa femme.
Il la prit contre le mur de la salle de bain, une main plaquée sur sa bouche pour étouffer ses gémissements, l'autre agrippée à sa hanche. Léa s'accrochait à ses épaules, les jambes autour de sa taille, et elle jouit vite, comme toujours, avec ce petit cri qu'elle retenait dans sa gorge. Marc continua. Il poussa encore, encore, les yeux fermés, le souffle rauque.
Ce n'était pas Léa qu'il tenait.
Les cheveux noirs mouillés. La nuque fine. Les omoplates qui roulaient sous la peau. La voix calme, précise. Je peux te montrer des trucs.
Il jouit avec un grondement bas et resta un moment immobile, le front contre le carrelage froid, les jambes tremblantes. Léa glissa au sol, ramassa sa serviette, et sortit sans un mot. Elle ne se retourna pas. Elle ne demandait plus rien.
Marc se doucha. Il se frotta la peau jusqu'à ce qu'elle rougisse, comme s'il pouvait laver ce qu'il y avait dedans. Ça ne marchait pas. Ça ne marchait jamais.
Dans le lit, plus tard, il resta sur le dos. Léa dormait déjà, tournée vers le mur. Ses ronflements légers emplissaient la chambre. Marc fixa le plafond. Sa main descendit. Encore.
Le lendemain matin, il partit tôt. Pas de chantier ce jour-là — juste des courses à faire. Il prit la camionnette, roula jusqu'au quincailler, acheta des vis, du bois de charpente, une nouvelle lame pour sa scie. Il resta deux heures dans les allées, à soupeser des outils dont il n'avait pas besoin, à parler boulot avec le vieux Gérard qui tenait le comptoir. Du concret. Du solide.
Quand il rentra, il était presque quinze heures. Il gara la camionnette et, avant même d'ouvrir sa portière, il vit la petite voiture rouge.
Elle était là. Encore.
Cette fois, deux filles en descendirent. La même brune que la veille, et une autre, plus petite, les cheveux courts, un sourire trop large. Elles montèrent chez Théo. La porte se referma.
Marc resta dans la camionnette, les mains sur le volant, à fixer la façade. Quelque chose montait dans sa poitrine, une chaleur lourde, épaisse, qui n'avait rien à voir avec la jalousie. Non. La jalousie, c'était pour les maris. C'était pour les femmes qui regardaient leur homme s'éloigner. Pas pour ça. Pas pour un gamin de dix-huit ans qui recevait des filles chez lui un mardi après-midi.
Il fait ce qu'il veut. C'est chez lui. C'est son âge.
Il descendit de la camionnette. Claqua la portière plus fort que nécessaire. Traversa la cour. Entra dans l'atelier. Referma la porte derrière lui. Le bruit du loquet résonna dans le silence et il appuya son front contre le battant, les yeux fermés.
— Calme-toi, dit-il tout haut. Calme-toi.
Sa voix lui parut étrangère. Grave. Cassée.
Il travailla. Il travailla jusqu'à ce que ses épaules brûlent et que la sciure lui pique les yeux. Il ponça, il coupa, il assembla. Un cadre de porte. Une étagère. N'importe quoi. Ses mains ne s'arrêtaient pas. Sa tête, elle, tournait en boucle.
À dix-huit heures, il sortit pour ranger les outils. La voiture rouge était toujours là. Une des filles traversa la pelouse des voisins en courant, poursuivie par l'autre, et leurs rires éclatèrent dans la rue calme. Marc les regarda sans bouger. Puis Théo apparut sur le perron, une serviette sur l'épaule, et il les regarda aussi — mais pas elles. Lui. Marc.
Le regard traversa la rue et vint se poser sur lui, précis, tranquille. Théo leva la main. Un petit salut. Un sourire lent.
Marc ne bougea pas. Il resta là, la main encore sur la poignée de la porte de l'atelier, le cœur cognant. Le sourire de Théo s'élargit.
— Bonsoir, Marc, lança-t-il, juste assez fort pour traverser la rue.
— Bonsoir.
Le mot était sorti tout seul. Marc sentit sa nuque chauffer. Il rentra dans l'atelier, ferma la porte, s'appuya contre elle. Sa respiration était trop rapide. Ses mains tremblaient.
Tu es un homme marié. Tu as quatre enfants. Tu as trente-huit ans.
Trente-huit. C'était ça, le chiffre qui revenait, comme s'il pouvait se le répéter assez fort pour que ça devienne un bouclier. Trente-huit ans. Deux fois l'âge de ce garçon. Un homme fait. Un père. Il avait construit sa maison de ses mains, il avait élevé quatre gosses, il avait un métier, une réputation, une vie.
Et il bandait comme un adolescent contre une porte d'atelier parce qu'un gamin lui avait dit bonsoir.
Il se détacha du battant, traversa l'atelier, et s'assit sur le tabouret devant l'établi. Ses mains se posèrent sur ses cuisses. Il regarda droit devant lui, le mur couvert d'outils, le marteau pendu à son clou, la scie, le niveau, tout aligné, tout à sa place. Sa vie était là. Accrochée au mur. Parfaitement ordonnée.
Pourquoi je n'arrive pas à arrêter ?
Il n'y avait pas de réponse. Il n'y en avait jamais eu.
Il resta assis jusqu'à la nuit. Quand il rentra, Léa était déjà couchée. Il s'allongea près d'elle sans la toucher. Le silence de la chambre était épais, chargé de tout ce qu'il ne disait pas. Il ferma les yeux.
Sa main descendit.
Ce n'était pas sa faute. C'était plus fort que lui. L'image arrivait toujours de la même façon — la nuque, les cheveux mouillés, les omoplates, la voix. Je peux te montrer des trucs. Si tu veux. Son poignet se crispa. Sa respiration se coupa. Un son monta dans sa gorge et il le ravala en serrant les dents, les muscles du cou tendus à se rompre.
Il jouit dans le noir, seul, la honte immédiate et familière, et il resta là, la main poisseuse, à fixer le plafond.
Les jours suivants, il essaya. Vraiment.
Il changea de routine. Il partit travailler plus loin, accepta un chantier à quarante kilomètres, dans une zone industrielle sans âme où il n'y avait rien à regarder que du béton et des entrepôts. Il baisa sa femme chaque soir, parfois deux fois, jusqu'à ce que son corps proteste et que Léa, épuisée, le repousse doucement en murmurant demain, chéri, demain. Il se masturba moins. Ou il essaya. Mais l'image revenait quand même, la nuit, dans le noir, quand le silence devenait trop grand.
Et chaque fois qu'il rentrait, la voiture rouge était là. Ou une autre. Il y avait toujours quelqu'un chez Théo. Des filles, des amis, des rires qui traversaient la rue et venaient cogner contre la vitre de son atelier comme des cailloux.
Le jeudi, il vit un garçon. Grand, blond, un sac de sport sur l'épaule. Il entra chez Théo et resta deux heures. Marc ponça la même planche pendant deux heures, les dents serrées, le geste mécanique, les yeux fixés sur la porte fermée.
— Qu'est-ce que tu as ? demanda Léa ce soir-là, en le voyant repousser son assiette sans y toucher.
— Rien.
— Tu mens.
Il la regarda. Elle avait les traits tirés, les cheveux attachés n'importe comment, une tache de lait sur son t-shirt. La mère de ses enfants. Sa femme. La personne avec qui il partageait tout depuis vingt ans.
— Je suis fatigué, dit-il.
— C'est ce que tu dis depuis des semaines.
— Parce que c'est vrai.
Elle posa sa fourchette.
— Les enfants ont peur de toi, Marc. Tu cries pour un rien. Tu claques les portes. Tu ne joues plus avec eux. Qu'est-ce qui se passe ?
Il aurait pu parler. Là, maintenant, à cette table, il aurait pu ouvrir la bouche et tout laisser sortir. Mais les mots n'existaient pas. Il n'y avait rien à dire. Il n'y avait que cette chose dans sa poitrine, cette chaleur qui montait chaque fois qu'il regardait par la fenêtre, et qu'il ne pouvait pas nommer.
— Rien, répéta-t-il.
Il se leva, posa son assiette dans l'évier, et sortit.
Sur la terrasse, la nuit était tombée. La lumière du garage des voisins était allumée. Marc s'approcha de la haie sans le vouloir, comme aimanté. Par la porte entrouverte, il vit Théo, seul cette fois, en train de ranger des outils. Le gamin portait un vieux t-shirt gris et un short. Rien d'exceptionnel. Rien de spectaculaire. Juste lui, dans la lumière jaune, à vivre sa vie.
Marc resta là, immobile, à le regarder. Il aurait pu rentrer. Il aurait dû rentrer. Mais ses pieds ne bougeaient pas.
Théo se retourna. Il vit Marc à travers la haie. Il ne sursauta pas. Il ne fit pas semblant de ne pas le voir. Il sourit, s'approcha de la barrière, et s'y accouda.
— Tu veux entrer ? demanda-t-il.
Marc secoua la tête. Lentement. Comme si le geste lui coûtait.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne dois pas.
Théo pencha la tête. Ses yeux brillaient dans la pénombre.
— Et pourtant tu es là, dit-il doucement.
Marc ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il fixa la barrière, la main de Théo posée dessus, les doigts longs, détendus. Une main de gamin qui n'avait jamais rien construit.
— Je ne peux pas, dit-il.
Sa voix était basse. Presque un souffle.
— Je ne peux pas, Théo.
Il recula d'un pas. Puis d'un autre. Et il rentra chez lui, dans la maison où sa femme dormait, où ses enfants rêvaient, dans cette vie qu'il avait bâtie et qui tenait debout, parfaitement d'aplomb, comme une charpente solide. Sauf que lui, à l'intérieur, il était en train de céder.
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Mulierscriptor
16 octobre 2026 à 01:49
Dans toute charpente, il y a une poutre maîtresse… sinon tout s’effondre !
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lelivredejeremie
14 octobre 2026 à 23:45
Au mieux, ça va finir en divorce, au pire, en meurtre de masse, cette histoire 😢

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