00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Le charpentier et le voisin — Chapitre 3 · Le goût de la bile

12 minutes
4.7k
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

Auteur·e

Photo de profil de Matthew_237
Matthew_237
Histoires publiées
6
Chapitres publiés
15
Abonnés
31
J'aime cumulés
690
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

Ce qui frappe d'abord, c'est la précision du corps de Marc : ses mains qui tremblent « assez », sa tête qui tourne vers la fenêtre sans qu'il l'ait décidé. L'auteur·e n'explique jamais — iel montre, et ça fait mal de la bonne façon. On aime aussi la façon dont Théo est écrit : pas un séducteur de papier glacé, mais quelqu'un qui salue toujours, ne se vexe jamais, et dont la simple présence détraque quelque chose chez le voisin.

Le charpentier et le voisin

Chapitre 3 · Le goût de la bile

Pendant trois jours, Marc fit tout pour ne plus croiser Théo. Il partait à cinq heures et demie, avant que la lumière ne monte. Il rentrait par la ruelle de service, derrière le potager, là où la haie était trop haute pour laisser passer un regard. Il ne sortait plus sur la terrasse après dix-huit heures. Il ne fumait plus dehors, dos à la rue. Il buvait sa bière debout, dans la cuisine, face à l'évier.
Le quatrième jour, ça craqua. La tondeuse hurlait de l'autre côté de la haie. Marc ponçait un montant de porte, lunettes de protection sur le nez, poussière de sapin collée aux avant-bras. Le bruit n'avait rien à voir avec lui. Sauf que sa tête s'était déjà tournée vers la fenêtre, et que Théo était là, torse nu, tondeuse arrêtée, une main en visière au-dessus des yeux.
— Salut, Marc.
Un grognement. Court, dans le fond de la gorge. Marc replongea sur sa planche.
— Belle journée, non ?
— Ouais.
— Je vais en ville, si tu as besoin de quelque chose.
— Non.
Théo rit. Un petit rire bas, sans méchanceté. Puis la tondeuse repartit et l'odeur d'herbe coupée entra par la fenêtre ouverte, verte, épaisse, presque écœurante.
Marc posa la ponceuse. Ses mains tremblaient. Pas beaucoup. Assez.
Les semaines suivantes, Théo continua de vivre. C'était ça, le pire. Le gamin ne changeait rien. Il sortait le samedi avec ses amis, rentrait le dimanche en fin d'après-midi, une fille au bras ou pas. Il lavait sa voiture dans l'allée, seau d'eau savonneuse, éponge, short qui descendait quand il se penchait sur les roues. Il prenait le soleil sur le perron, un livre ouvert sur le ventre, et s'endormait là, bouche entrouverte, tranquille comme un chat de ferme.
Et il disait bonjour. Toujours. Sans exception. Même quand Marc baissait la tête. Même quand Marc s'occupait ostensiblement à décharger du bois de la camionnette, les bras pleins, le dos tourné.
— Bonjour, Marc.
Un grognement.
— Ça va, le chantier ?
— Ça va.
— Tu as maigri, on dirait.
Là, Marc se retournait. Et il tombait sur ce sourire. Lent. Tranquille. Un sourire qui ne cherchait rien et qui trouvait tout.
— Occupe-toi de tes affaires.
Théo haussait les épaules et repartait. Il ne se vexait jamais. C'était ça qui rendait Marc fou.
Un mardi, les jumeaux jouaient au ballon dans la rue. Le ballon roula jusque chez les voisins, sous la haie, et Marc le vit disparaître avec cette lenteur absurde des choses qu'on ne veut pas voir se produire. Théo sortit, le ramassa, le fit tourner sur son index. Puis il l'envoya d'une pichenette au petit Lucas, qui hurla de rire.
Dix minutes plus tard, ils jouaient tous les trois. Théo se laissait marquer. Il tombait dans l'herbe, se relevait avec des brins collés aux mollets, laissait Lucas lui voler le ballon entre les jambes. La petite s'accrochait à sa cuisse comme à un mât et il la portait sur son dos en riant.
Marc regardait par la fenêtre de la cuisine, un torchon humide entre les mains. Ce n'était pas un rival de dix-huit ans qu'il avait en face. C'étaient ses propres enfants. Et la chaleur dans sa poitrine avait exactement la texture de la jalousie — la même, la vraie, celle qu'il avait éprouvée à vingt ans — sauf qu'elle n'avait aucun sens, aucune forme, et que pourtant elle serrait.
— Tu regardes quoi ?
Il sursauta. Le torchon tomba.
Léa ramassa le linge sans se presser. Dehors, Théo venait de se faire plaquer au sol par les deux jumeaux à la fois, et son rire montait à travers la vitre, clair, entier.
— Il est gentil avec les petits, dit-elle. Il leur parle comme à des gens.
— Il n'a que ça à faire.
— Marc.
— Quoi.
— Tu as un problème avec ce gamin ?
Il la regarda. Elle avait les yeux fatigués et calmes, et elle attendait. Vraiment. Il ouvrit la bouche. Rien ne sortit.
— Non.
Il sortit de la cuisine.
La honte, elle, ne partait pas. Elle attendait sous la douche, le front contre le carrelage, l'eau trop chaude qui lui brûlait la nuque. Elle attendait au chantier, entre deux coups de scie. Elle attendait le soir, quand il s'allongeait près de sa femme, les mains sagement posées à plat sur le drap.
Trente-huit ans. Deux fois son âge. Un homme avec des callosités plein les paumes et de la sciure dans les cheveux.
Il essayait parfois de se dire le mot. Le vrai. Celui qu'il n'avait jamais prononcé de sa vie, pas même pour rire, pas même avec les gars du chantier quand les blagues fusaient. Il le formait dans sa tête, lettre par lettre, et il l'effaçait aussitôt, comme on souffle une allumette.
Le vendredi, la voiture des voisins quitta l'allée à dix-neuf heures. Marc était sur la terrasse. Il vit les valises dans le coffre, la mère de Théo qui vérifiait son sac une dernière fois, le père qui klaxonna deux fois avant de démarrer. Théo, debout sur le perron, leur fit un signe de la main. T-shirt blanc. Sourire. Il ne regarda pas de l'autre côté de la haie. Pas une fois.
À vingt heures trente, la première voiture se gara. À vingt et une heures, il y en avait six.
À vingt-trois heures, la musique monta d'un coup. Pas une musique de fête de famille. Quelque chose avec des basses qui descendaient bas, très bas, assez bas pour traverser la rue, les murs, les vitres, et venir s'installer dans la poitrine comme une deuxième respiration.
Marc était dans le jardin, debout, mains dans les poches. Il regardait la façade éclairée, les silhouettes qui passaient derrière les rideaux, les rires qui sortaient par les fenêtres ouvertes. Trois filles sur la terrasse, jambes croisées, verres rouges à la main. Deux garçons qui fumaient près du barbecue. Et Théo quelque part au milieu, invisible et partout à la fois.
Il porta sa bière à sa bouche. Tiède.
Dans la maison, la petite s'était réveillée. Léa descendit en robe de chambre, les cheveux plats d'un côté, la joue marquée par l'oreiller.
— Ils vont tenir longtemps, tu crois ?
— Je ne sais pas.
— Emma n'arrive pas à se rendormir. Elle a peur du bruit.
Marc fixa la fenêtre voisine. Une fille hurla de rire. Un son aigu, en vrille.
— Je vais aller lui dire.
Léa hésita. Il sentit l'hésitation, précise, dans le silence.
— Tu es sûr ? Tu n'as pas l'air—
— Je vais lui dire. Ça prend deux minutes.
Sa voix était trop calme. Il posa sa bière sur la table de jardin, traversa la pelouse, poussa la barrière.
De près, le bruit était une masse. Les basses cognaient dans les lames de la terrasse et remontaient par les pieds, jusqu'aux dents. La porte de derrière était grande ouverte, pleine de lumière jaune et de corps qui bougeaient. Odeur de bière, de sueur, de citronnelle, de cigarette froide.
Théo était assis au bord de la terrasse, seul, un verre à la main, les pieds nus dans l'herbe. Torse nu. Évidemment. La peau luisante sous la lampe. La nuque mouillée. Les cheveux noirs plaqués par la transpiration. Il regardait la nuit, pas la porte, et il ne se retourna qu'au dernier moment, quand Marc fut à trois pas.
Alors il sourit. Un grand sourire, franc, ouvert, comme s'il attendait quelqu'un depuis longtemps.
— Marc.
— Ta musique.
— Ma musique.
— Elle empêche ma fille de dormir.
Théo posa son verre sur les lames. Il se leva lentement, sans se presser, et Marc dut lever les yeux. Le gamin était plus grand que dans son souvenir. Une demi-tête de plus. Les épaules larges, la taille fine au-dessus du short, et ce creux entre les pectoraux que la lumière de la porte remplissait d'ombre.
Marc regarda le torse. Il regarda le torse et il ne réussit pas à en détacher les yeux. Une goutte descendait, de la clavicule au sternum, très lentement, et il la suivit, et elle disparut sous l'élastique du short, et Marc cligna des yeux comme un homme qui sort d'un rêve.
— La musique, répéta-t-il. Baisse-la.
— D'accord, dit Théo.
Il ne bougea pas.
— Théo.
— Tu es venu de ton plein gré, dit le gamin doucement. À minuit. Pour une histoire de musique.
Marc ouvrit la bouche pour répondre. Aucun mot n'arriva. Derrière eux, dans la maison, la chanson changea et quelqu'un cria le titre, et le plancher trembla sous une claque de basses.
La main de Théo se leva. Elle se posa sur la mâchoire de Marc, quatre doigts le long de la joue, le pouce juste sous la lèvre inférieure. La peau du gamin était chaude et légèrement humide, et Marc sentit la chaleur entrer par là, dans son visage, comme une gifle lente.
— Tu trembles, dit Théo.
— Non.
— Si.
Il se pencha. Il ne se jeta pas. Il se pencha, la bouche ouverte de deux centimètres, et il attendit là, dans cet espace minuscule, assez longtemps pour que Marc puisse reculer. Assez longtemps pour que Marc comprenne qu'il ne reculerait pas.
Le baiser, quand il vint, fut mou. D'abord. Deux lèvres sur les siennes, tièdes, hésitantes à la surface — puis Théo appuya, et la bouche de Marc céda, s'ouvrit d'elle-même, laissa passer une langue qui avait le goût de la bière et du sucre et un peu du sel de la sueur sur la lèvre supérieure.
Un son monta dans la gorge de Marc. Il ne l'avait pas autorisé. Ses mains, elles, étaient restées le long de son corps, les doigts écartés, comme s'il refusait encore. Puis elles se fermèrent sur les hanches de Théo. Puis elles remontèrent, sur les côtes, sur les flancs, et la peau était tendue là, dense, et la chaleur qui sortait du gamin n'avait rien de celle d'une femme.
Théo inclina la tête. Il prit la lèvre de Marc entre les siennes, la tira doucement, la relâcha. Sa paume descendit sur la poitrine de Marc, à plat, et s'arrêta. Juste là, sur le cœur. Il devait le sentir. Ce n'était pas possible autrement. Ce tambour dans la cage thoracique, ce désordre imbécile, ce rythme de gamin pris en faute.
Marc avait la bouche pleine de quelqu'un. Il avait les mains pleines d'un dos d'homme. Sous le short, contre sa cuisse, il sentit une pression ferme, et son propre corps répondit avant sa tête — un tiraillement chaud dans le ventre, une raideur immédiate, et sa hanche bougea, presque rien, un centimètre, juste assez pour se caler contre la cuisse de Théo.
Le contact le traversa comme un courant. Il embrassa plus fort. Il ne savait pas faire. Sa langue partait trop vite, revenait, cherchait, et Théo la suivait avec une patience insupportable, la laissait venir, la reprenait. Le bruit de leurs bouches était couvert par la musique mais Marc l'entendait quand même, dans l'os de sa mâchoire, ce petit son mouillé, obscène, intime, celui d'un homme de trente-huit ans qui se laissait faire sur une terrasse.
Sa main monta dans les cheveux de Théo. Ils étaient trempés à la racine. Il les serra. Le gamin soupira contre sa bouche, un souffle court, et ce souffle-là entra dans Marc comme une lame.
Puis Théo glissa ses doigts sous le col de son t-shirt, à la base de la nuque, et le pouce appuya derrière l'oreille. Il avait déjà fait ça. Dans le garage. Il y a des semaines. Et le corps de Marc se souvint.
Qu'est-ce que tu fais. Qu'est-ce que tu fais. Qu'est-ce que tu fais.
Il poussa. Ses deux mains frappèrent la poitrine nue de Théo et le gamin recula d'un pas, sans résistance, sans colère, les bras ouverts, le souffle court, la bouche encore luisante.
— Marc.
— Non.
Le mot sortit rauque. Marc essuya sa bouche du revers de la main. Il avait le goût de l'autre encore sur la langue, la bière et le sucre, et il frotta, frotta, comme si on pouvait poncer ça.
— Non, répéta-t-il.
Derrière, dans la maison, la musique continuait. Personne n'avait rien vu.
— Marc, dit Théo, plus bas.
Mais Marc courait déjà. Il traversa la pelouse. Il sauta la haie au lieu de passer par la barrière et une branche lui fouetta la cuisse. Il entra chez lui par la cuisine, monta les escaliers quatre à quatre, et la porte de la salle de bain claqua derrière lui, et il tomba à genoux sur le carrelage froid, les deux mains agrippées au rebord de la baignoire.
Son estomac se retourna. Il vomit la bière, puis rien, puis de la bile amère, et il resta là, la bouche ouverte au-dessus de la porcelaine, le front trempé de sueur, les yeux fermés si fort que des taches blanches dansaient derrière ses paupières.
Il avait embrassé un garçon de dix-huit ans. Il avait mis sa langue dans la bouche d'un garçon de dix-huit ans et il avait bandé contre sa cuisse et il avait gémi.
Il cracha. Il se redressa sur les talons, s'assit contre la baignoire, essuya sa bouche sur son épaule. Ses mains tremblaient tellement qu'il ne pouvait pas les poser à plat. Dans la glace au-dessus du lavabo, il aperçut un bout de son visage — une joue rouge, un œil trop ouvert — et il détourna la tête.
Dehors, la musique s'arrêta. Comme ça. D'un coup. Le silence tomba sur la rue avec un poids de plomb, et Marc l'entendit arriver, ce silence, à travers le mur, à travers la porte, à travers sa propre respiration.
Puis, dans la maison, un pas monta l'escalier.
— Marc ?
La voix de Léa, derrière le battant. Douce. Inquiète.
— Marc, tu es là ?
Il ouvrit la bouche. Rien ne sortit.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur·e en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Fin du livre
Vous avez atteint la fin de ce livre.
Ce livre ne comporte pas de suite.

Commentaires ()

Passer les 5 commentaires
Photo de profil de walla
walla
28 octobre 2026 à 13:50
Pourquoi avoir intitulé ce chapître: " le goût de la bite " ?
Fabio83
25 octobre 2026 à 03:08
Excellent cette montée en chaleur, excitant la volonté de Théo d'avoir atteint en partie son but
Photo de profil de kool13013
kool13013
25 octobre 2026 à 02:57
tres beau texte a quand la suite

Histoires similaires

✦ Manfred68 Fin de service XSTORY
Gays
Fin de service
Chapitre 1
Par Manfred68
7
1
822
✦ Sinapse Le fantasme du beau-père XSTORY
Gays, Quotidien et 4 autres tags
Le fantasme du beau-père
Chapitre 2
Par Sinapse
68
0
7.7k
✦ misssexe Un histoire, un regard... XSTORY
Hétéro, Romantique et 1 autre tag
Un histoire, un regard...
Chapitre 2
Par misssexe
7
3
1.2k
✦ akalucas69 Mon voisin et son fils XSTORY
Gays, BDSM et 1 autre tag
Mon voisin et son fils
Chapitre 1
Par akalucas69
112
20
24.3k
✦ Grenade Un pas de côté XSTORY
Gays, Infidélité
Un pas de côté
Chapitre 3
Par Grenade
25
1
4.4k
✦ Evan Whale Léon, le vieux voisin d'en face XSTORY
Gays, Jeunes majeurs
Léon, le vieux voisin d'en face
Chapitre 1
Par Evan Whale
191
5
55.1k
✦ Elannë Éloïse in the twenties XSTORY
Hétéro, Romantique
Éloïse in the twenties
Chapitre 3
Par Elannë
33
6
3.4k

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio