Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Éloïse in the twenties — Chapitre 3 · Dehors
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Éloïse in the twenties
Chapitre 3 · Dehors
La semaine avait passé différemment. Pas dans les faits — toujours les mêmes couloirs, les mêmes horaires, les mêmes visages. Mais dans la texture. Quelque chose avait changé. Mathis ne baissait plus systématiquement les yeux quand on se croisait. Parfois, il souriait. Un sourire discret, presque imperceptible, mais qui était là. Et moi, je le cherchais. Pas ouvertement. Juste... je savais où il serait, à quelle heure, dans quel coin du réfectoire. Je passais par-là. Par hasard. Enfin, presque.
On ne s'était pas reparlé depuis le train. Pas vraiment. Juste des « salut » polis, des hochements de tête. Mais il y avait quelque chose entre nous, maintenant. Une connivence. Un secret partagé. Comme si on s'était reconnus, et que ça suffisait. Sauf que ça ne suffisait pas. Pas à moi, en tout cas.
Le vendredi était revenu. Seize heures. Fin de service. Je me suis dirigée vers la gare, mon sac sur l'épaule, les mains dans les poches. Il pleuvait encore. Pas fort, juste ce crachin persistant qui colle à la peau. J'ai vu Mathis sur le quai, au même endroit que la semaine précédente. Même veste, même bonnet, même posture un peu voûtée.
Il m'a vue. A souri. On est montés dans le train. Cette fois, je me suis assise directement en face de lui. Pas d'hésitation. Il a posé son sac, a retiré son bonnet, passé une main dans ses cheveux. Ils étaient un peu gras, mal coupés. Ça m'a attendrie, allez savoir pourquoi.
— Encore un week-end, a-t-il dit.
— Ouais.
— Chez tes grands-parents ?
— Voilà...
— Ouais.
— Chez tes grands-parents ?
— Voilà...
J'avais dit ça avec un petit sourire. Il a froncé les sourcils, intrigué, mais n'a pas insisté. Le train a démarré. On a parlé de tout et de rien. De la semaine, du lycée, d'un prof chiant, d'une rumeur sur un couple qui s'était formé dans sa classe. Conversation légère, presque banale. Mais sous les mots, il y avait autre chose. Une tension. Une attente.
À un moment, nos genoux se sont frôlés. Il s'est excusé. J'ai souri.
À un moment, nos genoux se sont frôlés. Il s'est excusé. J'ai souri.
— C'est pas grave.
Mon arrêt approchait. J'ai vu le panneau défiler par la fenêtre. Et je n'ai pas bougé. Le train a ralenti. S'est arrêté. Les portes se sont ouvertes. Mathis m'a regardée, surpris.
— C'est pas là ?
— Si.
— Si.
Je n'ai pas bougé. Les portes se sont refermées. Le train est reparti.
— T'as loupé ton arrêt, a-t-il dit, un peu inquiet.
— Ouais.
— Ouais.
J'ai souri.
— C'est pas grave. Je descendrai à la prochaine. J'attendrai le train qui repart dans l'autre sens.
Il m'a regardée bizarrement. Pas dupe, peut-être. Ou juste surpris. Mais il n'a rien dit. Dix minutes plus tard, on descendait ensemble à sa gare. Le bar PMU était juste en face. Une façade grise, une enseigne en néon rouge à moitié grillé, des tables en formica et une odeur de tabac froid mêlée à celle du café réchauffé. Il y avait trois types au comptoir, un vieux qui jouait au loto, et une serveuse blonde qui mâchait du chewing-gum en regardant son téléphone.
— Je vais me poser là en attendant, ai-je dit. Tu veux boire un truc ?
Mathis a hésité.
— Je... je sais pas. Je devrais rentrer.
— Un verre. Juste un.
— Un verre. Juste un.
Il a fini par hocher la tête. On s'est installés dans un coin, près de la fenêtre. J'ai commandé deux bières. La serveuse nous a servis sans un mot, sans un regard. On était transparents, encore une fois. Mais ensemble, cette fois. Mathis a bu une gorgée. A grimacé.
— T'aimes pas ?
— Si, si. C'est juste... j'ai pas l'habitude.
— Si, si. C'est juste... j'ai pas l'habitude.
J'ai souri.
— T'as jamais bu de bière ?
— Pas souvent.
— T'as dix-huit ans, Mathis.
— Je sais.
— Pas souvent.
— T'as dix-huit ans, Mathis.
— Je sais.
Il a souri aussi. Un sourire un peu gêné, un peu triste. On a parlé. De rien de particulier. De sa sœur, encore. De mes grands-parents. Du temps qui passait trop vite, ou trop lentement, on ne savait plus. Dehors, la lumière déclinait. Le ciel prenait cette teinte gris-mauve du crépuscule d'hiver. Les lampadaires se sont allumés, un par un. J'ai vidé mon verre. Lui aussi.
— Je dois y aller, a-t-il dit. Ma mère va se demander où je suis.
— Je te raccompagne.
— Je te raccompagne.
Il a ouvert la bouche pour protester. Puis s'est ravisé.
— T'es sûre ?
— Ouais. J'appellerai mon grand-père après. Il viendra me chercher.
— Ouais. J'appellerai mon grand-père après. Il viendra me chercher.
On est sortis. L'air était froid, piquant. On a marché côte à côte, en silence. Ses mains étaient fourrées dans ses poches. Les miennes aussi. Nos épaules se frôlaient parfois. Le lotissement n'était pas loin. Cinq minutes à pied, peut-être. Des pavillons identiques, des haies taillées au cordeau, des volets fermés. Tout était calme. Presque mort.
— C'est laquelle ? ai-je demandé.
— La troisième à gauche. Celle avec le portail vert.
— La troisième à gauche. Celle avec le portail vert.
On a continué. Mes pas ralentissaient. Mon cœur battait plus fort. On approchait. Encore deux maisons. Puis une. Je me suis arrêtée.
— Mathis.
Il s'est retourné.
— Ouais ?
Je l'ai regardé. Vraiment regardé. Ses yeux clairs, un peu perdus. Sa bouche entrouverte. Ses mains qui tremblaient légèrement, peut-être à cause du froid. Peut-être pas.
— Viens.
J'ai fait quelques pas sur le côté. Derrière un transformateur EDF, gris, couvert de tags. Un recoin sombre, à l'abri des regards. Il m'a suivie. Sans poser de questions. Comme s'il savait. On était seuls. Le bruit lointain d'une voiture. Un chien qui aboyait. Rien d'autre. Je me suis approchée. J'ai posé ma main sur son torse. Il tremblait. Pas de froid, cette fois. J'ai levé les yeux vers lui.
— T'as confiance en moi ?
Il a hoché la tête. Incapable de parler. J'ai glissé mes mains sous sa veste, senti la chaleur de son corps à travers son pull. Puis, lentement, je me suis agenouillée. Ses yeux se sont écarquillés. Il a murmuré quelque chose. Mon prénom, peut-être. Ou juste un souffle. Je l'ai regardé une dernière fois.
Une vague de chaleur s'est propagée dans mon bas-ventre. Lente, diffuse, presque surprenante. Il ne résistait plus. Il ne bougeait même plus. J'ai défait le bouton de son jean. Puis la fermeture éclair, lentement. Sous le tissu, une protubérance évidente. J'ai posé ma main dessus, par-dessus le tissu. Il a tressailli. Je l'ai caressé doucement, juste pour sentir sa réaction. Puis j'ai levé les yeux vers lui. Son visage était figé dans une expression que je n'arrivais pas tout à fait à déchiffrer. Du désir, oui. Mais aussi de la peur. De l'incrédulité. Comme s'il attendait que je disparaisse d'un instant à l'autre, que tout ça ne soit qu'un rêve. Je l'ai regardé encore un moment. Pour qu'il sache que j'étais là. Que c'était réel. Puis j'ai repris mes gestes, plus assurée.
J'ai glissé mes doigts sous l'élastique de son boxer. Sa peau était chaude, presque brûlante. J'ai remonté son sweat, juste assez pour dégager son ventre. Une odeur m'a saisie. Masculine, un peu âcre. Pas désagréable. Troublante, plutôt. Comme quelque chose d'animal qui me déstabilisait autant qu'il m'excitait. J'ai posé mes lèvres sur son ventre, juste au-dessus de son nombril. Sa peau a frémi sous ma bouche. D'une main, j'ai continué à le caresser. De l'autre, je me suis aventurée sous son pull, remontant lentement le long de son torse. Puis j'ai saisi ce que je cherchais. Avec une détermination qui m'a surprise moi-même. J'ai relevé les yeux vers lui une dernière fois. Et je lui ai souri. Pas un sourire tendre. Juste... rassurant. Pour lui dire que tout allait bien. Qu'il pouvait se laisser aller.
Ma main n'avait pas relâché son emprise. Ça m'a presque fait sourire. Il avait durci complètement, maintenant. Dur et chaud contre ma paume. Mon propre désir montait en proportion. Je l'ai regardé encore une fois. Doucement. Puis j'ai fait glisser son boxer, libérant son sexe. J'ai embrassé à nouveau son ventre, juste au-dessus, là où quelques poils commençaient. Puis plus bas. Le long de sa verge, sur le côté. Il a tressailli. Sa respiration s'est accélérée. Il avait rendu les armes.
Il n'avait jamais été touché. J'étais en terrain connu, moi. Sans réfléchir davantage, j'ai pris son gland dans ma bouche. Délicatement d'abord, juste entre mes lèvres. Il n'était pas circoncis - une première pour moi. J'avais toujours aimé ça. Cette sensation de contrôle. De pouvoir. J'avais découvert très jeune que j'étais douée pour ça. Que j'aimais ça, aussi. Le donner aux hommes. Les voir se défaire, se relâcher, s'abandonner.
Et là, en cet instant, je voulais lui donner le meilleur. Tout. J'ai commencé à bouger. Lentement. Prenant la mesure de lui. De ses réactions. Ses premiers gémissements m'ont indiqué que j'étais sur la bonne voie. J'ai posé une main sur son ventre, et de l'autre j'ai accéléré progressivement, contrôlant ma salive, mon rythme. Entre mes cuisses, je sentais cette chaleur monter. Cette moiteur. Je ne ressentais ni honte ni gêne. Juste... du désir. Cru. Assumé. Comme si je m'étais enfin autorisée à le suivre sans détour. Malgré le froid, malgré le vent, rien ne m'aurait détournée. Je voulais le combler. Le conduire jusqu'à la jouissance. Combler nos manques mutuels.
Ça n'a pas duré longtemps. Il a murmuré quelque chose - un avertissement. Qu'il allait jouir. Je ne me suis pas arrêtée. Je ne m'arrêtais jamais. Et lui, en cet instant, le méritait peut-être plus que tous ceux dont j'avais avalé la semence avant.
Après, il y a eu le silence. Juste nos respirations. La sienne, saccadée, encore tremblante. La mienne, plus calme, presque détachée. Je me suis relevée lentement, ai essuyé mes lèvres du revers de la main. Il me regardait comme si j'étais irréelle. Comme si je venais de lui offrir quelque chose qu'il n'aurait jamais cru possible.
— Éloïse...
— Chut.
— Chut.
J'ai posé un doigt sur sa bouche.
— Dis rien.
Il a hoché la tête. Les larmes aux yeux. Pas de tristesse. Juste... trop d'émotions. Trop de tout. Je me suis reculée, ai rajusté mon écharpe, mes cheveux. Lui, il remontait son jean, maladroitement, les mains tremblantes.
— Tu rentres chez toi, ai-je dit doucement. Moi, je retourne à la gare.
— Mais...
— Rentre, Mathis.
— Mais...
— Rentre, Mathis.
Il a hésité. Puis a hoché la tête. M'a regardée une dernière fois. Avec une intensité que je n'avais jamais vue chez personne. Puis il est parti. Je l'ai regardé s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière le portail vert. Alors seulement, j'ai sorti mon téléphone.
***
Mon grand-père a décroché à la troisième sonnerie.
***
Mon grand-père a décroché à la troisième sonnerie.
— Éloïse ?
— Salut Papi. Désolée, j'étais allée marcher un peu. T'es déjà arrivé à la gare.
— Oui, je te vois pas.
— Je me bouge. Je suis pas loin.
— Salut Papi. Désolée, j'étais allée marcher un peu. T'es déjà arrivé à la gare.
— Oui, je te vois pas.
— Je me bouge. Je suis pas loin.
J'ai raccroché, ai commencé à marcher. Mes jambes tremblaient un peu. Pas de peur. Pas de regret. Juste... une sorte de décharge. Quelque chose qui ressemblait à de l'adrénaline. Ou peut-être à du désir assouvi. Ou peut-être à de la culpabilité, aussi. Je ne savais pas encore. J'ai allumé une cigarette — je ne fumais presque jamais, mais j'en avais toujours un paquet dans mon sac. J'ai tiré une longue bouffée, regardé la fumée se dissiper dans l'air froid. Qu'est-ce que je venais de faire ? Je n'avais pas de réponse. Ou plutôt, j'en avais trop. J'avais franchi une ligne. Peut-être même plusieurs. Mais je ne regrettais pas. Pas encore, en tout cas. Il y avait quelque chose de grisant dans ce geste. Quelque chose de puissant. J'avais vu son visage. Son abandon. Sa reconnaissance. Pour une fois, j'avais eu l'impression d'exister vraiment. D'être vue. Désirée. Nécessaire.
J'ai aperçu la voiture de mon grand-père apparue au bout de la rue. Je me suis arrêtée brièvement, j'ai fouillé dans mon sac, sorti un chewing-gum - à la menthe, heureusement. Je l'ai mâché rapidement, avec application. Puis j'ai vaporisé un peu de parfum sur mon cou, mes poignets. Pas trop. Juste assez. J'ai écrasé ma cigarette sous ma semelle. Me suis redressée afin de composer un visage neutre.
— Ça va, ma chérie ?
— Oui, Papi. Ça va.
— Oui, Papi. Ça va.
Il a démarré. J'ai regardé par la vitre. Les lumières du lotissement qui s'éloignaient. La route déserte. La nuit qui tombait pour de bon. Et dans ma tête, juste une question, lancinante, obsédante :
— Et maintenant ?
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Commentaires ()
Persévérez sur cette voie qui est la vôtre. Continuez à vous faire plaisir pour nous faire plaisir !
Je comprends tout à fait ta démarche pour l'avoir empruntée quelques fois lors de mes séances d'écriture.
Il n'est pas toujours facile de doser ou même de se positionner quand on relate du vécu.
En tout cas, sache que cette lecture a été tout à fait agréable… sur tous les points 😏.
J'ai hâte de lire la suite
En tout cas, cette suite est écrite tout en émotions. Un instant d'une évidente intensité 😌.