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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Week-end de chasse — Chapitre 6 · Retour au quotidien

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Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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willaspi
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Julie se parle dans la buée d'une glace, comme à une amie, et ce dialogue intime donne au réveil une voix bien à elle. Les détails sont d'une précision délicieuse, comme cette couture qu'il faut tirer bien droite derrière chaque mollet. L'humour surgit au milieu d'une scène tendue, et difficile de lâcher le récit avant la dernière ligne.

Week-end de chasse

Chapitre 6 · Retour au quotidien

Je me réveille avant eux, dans le grand lit de la chambre du fond, seule sous l'édredon. Je ne me souviens pas d'être montée. Je me souviens de la couverture, du feu, de la poitrine de Marc contre mon front, et puis plus rien. Il a dû me porter, comme ils m'ont toujours portée les soirs de cuite, sauf que cette fois je n'avais pas bu.
Il fait encore presque nuit. Par la fenêtre, la brume colle aux troncs, et un merle chante quelque part, obstiné, tout seul.
Je fais l'inventaire, sans bouger. Mes cuisses, raides comme après un marathon que je n'ai jamais couru. Mes reins, lourds. Ma mâchoire, qui proteste quand je bâille. Plus bas, une brûlure sourde, profonde, presque tendre, qui me rappelle à chaque respiration la façon dont Idriss me soulevait et me laissait retomber. Je ferme les yeux, et j'ai chaud d'un coup, sous l'édredon, rien qu'à y penser.
Et entre mes jambes, le petit poids de métal. La cage. Toujours là, toujours fermée. Je ne la touche pas. Je la sens, c'est tout, comme on sent une bague qu'on porte depuis des années.
Je porte encore mes bas. Ils ont filé tous les deux, l'un du genou à la cheville. Le serre-taille a disparu : quelqu'un me l'a défait pendant que je dormais, et la marque des baleines court encore sur mes flancs, des petites rayures roses, régulières, comme une partition. Ma peau sent la sueur, le feu de bois, et eux. Tous. Je n'ai pas pris de douche hier soir. J'avais dit : le reste, je le garde. Je l'ai gardé.
Je souris dans l'oreiller. Puis je me lève, très lentement, et je vais à la salle de bain.
La douche est longue. L'eau très chaude, presque trop. Je me lave comme on range une maison après une fête : méthodiquement, sans hâte, en m'arrêtant sur chaque objet. Mes cheveux, d'abord, emmêlés, collés par endroits, qu'il faut démêler à deux mains. Mon visage, où le mascara a laissé des ombres jusqu'aux pommettes.
Mes épaules, ma poitrine, mon ventre. Mes cuisses, l'intérieur, là où les mains d'Hervé, de Bastien, de tous les autres sont passées. Je reconnais chaque endroit. Je pourrais presque dire à qui il appartenait.
Je laisse la cage tranquille. L'eau coule dessus, et c'est tout. Personne ne la touche, pas même moi.
Quand je sors, la glace est couverte de buée. J'y passe la main. Le visage qui me regarde est celui de Julien, sans maquillage, les joues rasées, les cheveux mouillés plaqués en arrière. Mais les yeux ne sont pas ceux de Julien. Ils sont trop brillants, trop tranquilles. Il y a quelqu'un d'autre, derrière, qui s'est installé et qui ne compte pas partir.
— Bonjour Julie, dis-je à voix basse.
Ça me fait rire, et puis ça me serre la gorge, et puis ça me fait rire encore.
Sur la chaise, quelqu'un a posé mes affaires d'homme, pliées : le jean, le pull camionneur, les chaussettes de laine, le caleçon. Et à côté, sans un mot, une paire de bas neufs dans son emballage de carton, noirs, avec une couture, et un porte-jarretelles de dentelle simple. Pas de mot. Pas d'ordre. Juste les deux piles, côte à côte.
Je reste longtemps debout devant, en serviette.
C'est la première fois depuis vendredi qu'on me laisse choisir quelque chose d'aussi simple. Pas « est-ce que tu veux continuer », pas « bécasse ou pas bécasse ». Juste : qui est-ce qui monte dans la voiture, tout à l'heure ?
Je prends le porte-jarretelles. Je l'agrafe sur mes hanches, j'enfile les bas, lentement, en tirant la couture bien droite derrière chaque mollet, comme Marc me l'a appris samedi. Puis le jean par-dessus, le pull. Dans la glace, on ne voit rien. Un garçon mince en pull, avec des cheveux mouillés. Mais quand je marche, je sens la dentelle sur mes hanches et les jarretelles qui tirent à chaque pas, et je sais.
Dans la cuisine, Antoine fait des œufs. Romain beurre des tartines avec ses mains de charpentier, une pile énorme, comme pour un régiment. Quand j'entre, ils lèvent la tête tous les deux en même temps.
Il y a une seconde de flottement. Je vois qu'ils ne savent pas quel nom employer.
— Salut, dis-je.
— Salut, dit Antoine. Et puis, après un temps : Bien dormi, Julie ?
Je rougis jusqu'aux oreilles. Il l'a dit doucement, sans moquerie, comme on vérifie qu'un mot est encore le bon.
Comme une pierre.
Romain me pousse une tasse de café, me regarde de haut en bas, s'attarde sur le pull, le jean, puis remonte vers mon visage.
— Tu marches bizarrement, dit-il.
Je me demande bien pourquoi.
Il éclate de rire, et Antoine aussi, et moi aussi, et pendant une minute on rit comme on a ri pendant vingt-six ans, dans des cuisines de colocs, dans des voitures, sur des parkings de boîtes de nuit. Rien n'a changé. Tout a changé. Les deux sont vrais.
On mange. On parle de la route, des bouchons sur l'A6, du chantier de Romain qui reprend demain à sept heures. Personne ne parle d'hier. Pas directement. Et puis Antoine repose sa fourchette, regarde son assiette vide, et soupire.
— Quand même, dit-il. L'an prochain, c'est loin.
Romain s'arrête de mâcher.
— Un an, dit-il. Trois cent soixante-cinq jours à faire comme si de rien n'était.
— Trois cent cinquante-huit, corrige Antoine. Si on revient samedi.
Il l'a dit sur le ton de la blague. Mais personne ne rit. Romain pose sa tartine. Ils se tournent vers moi tous les deux, en même temps, et je sens le rouge me remonter dans le cou.
— Ça ne se décide pas sans toi, dit Antoine, plus sérieusement. Tu peux dire non. Tu peux dire dans un an. Tu peux dire jamais. On ne t'en voudra pas, tu le sais.
Je le sais. Je regarde ma tasse. Je pense à mon appartement vide, à la semaine qui m'attend, aux réunions, aux tableaux Excel, au métro. Je pense à cette maison, au feu, à leurs mains. Il y a une chaleur qui monte du fond de mon ventre et qui vient buter contre la cage, et je n'ai pas besoin de réfléchir longtemps.
— Samedi, dis-je.
— Tu es sûre ? demande Romain. Tu ne veux pas souffler un peu ?
— Je n'ai pas raté ce lapin pour un seul week-end.
Romain éclate de rire et donne une grande claque sur la table, qui fait sauter les tasses. Antoine ne rit pas tout de suite. Il me regarde, et je vois dans ses yeux quelque chose qui ressemble à un gamin à qui l'on vient d'annoncer que Noël tombe deux fois cette année.
— Sept jours, dit-il. Je ne vais jamais tenir sept jours.
— Moi non plus, dis-je, et c'est vrai.
Marc descend le dernier, rasé, les cheveux humides, en chemise de flanelle. Il se sert un café, boit une gorgée, et me regarde par-dessus la tasse. Il voit tout de suite. Je ne sais pas comment, mais il voit. Peut-être ma façon de me tenir. Peut-être la couture, qui dépasse d'un centimètre au-dessus de ma chaussette, sous l'ourlet du jean.
Il ne dit rien. Il hoche juste la tête, une fois.
— On a une proposition, annonce Romain, la bouche pleine.
— Je m'en doute. Je vous ai entendus depuis l'escalier. Toute la maison vous a entendus.
Il s'assoit en bout de table, comme vendredi soir, quand il a lu les règles.
— La maison est libre samedi, dit-il. Et dimanche. Mêmes règles. Tout le monde d'accord, à tout moment, et n'importe qui peut arrêter. Le mot tient toujours.
Bécasse, disons-nous tous les quatre en même temps, et cette fois tout le monde rit.
Marc sort de la poche de sa chemise la petite clé de laiton, au bout de sa chaînette, et la pose au milieu de la table, entre la cafetière et la pile de tartines.
— Le gage est fini depuis hier soir, dit-il. Elle est à toi, Julie. Tu l'ouvres maintenant, tu rentres libre, et samedi on verra. Ou elle reste fermée jusqu'à samedi. C'est toi qui choisis. Pas nous.
Je regarde la clé. Je regarde les trois visages autour de moi. Je pense à la cage sous mes vêtements dans le métro, en réunion, au supermarché. Je pense à ce petit poids de métal qui me rappellerait, chaque heure de chaque jour, où je serai samedi.
— Elle reste, dis-je. Jusqu'à samedi.
— Alors c'est la bande qui garde la clé, dit Marc. Je la mets dans le tiroir du buffet, ici. Elle t'attendra. Si tu veux l'enlever avant, pour n'importe quelle raison, tu appelles l'un de nous, et on vient. N'importe lequel, à n'importe quelle heure. Sans discussion.
Il remet la clé dans le tiroir du vieux buffet, sous les nappes, et le referme. Le petit bruit du bois me descend jusque dans le ventre.
— Une dernière chose, dit Antoine. Pour que la semaine passe plus vite.
Il sort son téléphone et tapote dessus. Nos quatre téléphones vibrent en même temps. Le groupe de la bande, celui qui s'appelait « Les Quatre » depuis le lycée, s'appelle maintenant « Saison de chasse ».
— Chaque matin, dit-il, tu nous dis ce que tu portes en dessous. Un message, c'est tout. Si tu en as envie. Et si tu n'en as pas envie un matin, tu n'écris rien, et personne ne te demande rien.
— J'en aurai envie, dis-je.
— Je le sais déjà.
Après le petit déjeuner, ils chargent les voitures. Les fusils dans leurs housses, les glacières, les sacs de linge sale. La valise noire, la mienne maintenant, je suppose, qu'Antoine porte avec un soin exagéré, comme une relique. Romain se bat avec une glacière qui ne rentre pas dans le coffre et jure comme un charretier.
Je rentre avec Antoine, qui habite à deux rues de chez moi. Sur l'autoroute, la radio joue des chansons des années quatre-vingt-dix, celles de nos soirées de fac. Il chante faux sur les refrains, et moi aussi. À chaque bosse, je sens la cage, les jarretelles qui tirent sur mes bas, la brûlure tendre au fond de moi.
Je regarde défiler les champs gris, les forêts rousses, les panneaux des aires de repos, et je compte. Six jours. Six jours, quelques heures.
Porte d'Orléans, Antoine baisse le son.
— Tu as besoin de quelque chose, pour samedi ? Je peux m'occuper de…
— Non, dis-je. C'est moi qui m'en occupe.
Il sourit, sans quitter la route des yeux.
— Je me disais bien.
Mon appartement sent le renfermé. Je pose la valise noire au milieu du salon et je reste un moment debout devant, avec mon manteau sur le dos, comme devant une invitée qu'on ne sait pas où installer.
Puis je l'ouvre.
Tout est là, plié par quelqu'un qui a pris son temps. Le serre-taille, lavé, ses lacets enroulés. Les bottines lacées. Une paire d'escarpins noirs, vernis, que je n'avais portée qu'une heure samedi. La trousse de maquillage, le rouge à lèvres, le mascara, le flacon de parfum à moitié vide. Des bas, propres, encore dans leur emballage. Ils ont pensé à tout.
J'enlève mon jean et mon pull. Je reste en porte-jarretelles et en bas, au milieu de mon salon de célibataire, entre le canapé gris et la télévision. Je glisse mes pieds dans les escarpins.
Le parquet sonne différemment. Je n'avais jamais remarqué que mon parquet avait une voix. Clac. Clac. Je traverse le salon, le couloir, jusqu'à la chambre et retour, prudemment, la main frôlant le mur. Mes chevilles hésitent.
Mes hanches, elles, ont compris tout de suite : elles roulent toutes seules, d'un côté, de l'autre, comme si elles avaient attendu ça depuis toujours.
Dans la salle de bain, je vide la trousse sur le bord du lavabo. Personne pour me tenir le menton, cette fois. Personne pour me dire de regarder en haut, de ne pas cligner. Le premier trait d'eye-liner part de travers. Le deuxième aussi. J'efface, je recommence. Au quatrième essai, il est presque droit. Le mascara, ensuite, la bouche entrouverte comme toutes les femmes que j'ai vues faire dans des miroirs de toilettes sans jamais comprendre pourquoi. Je comprends, maintenant. Le rouge à lèvres en dernier.
Je me regarde. Ce n'est pas parfait. C'est même un peu raté. Mais c'est moi qui l'ai fait, toute seule, chez moi, un lundi soir.
— Bonsoir Julie, dis-je au miroir.
Je dîne comme ça. Des pâtes, au comptoir de la cuisine, perchée sur un tabouret, les escarpins accrochés au barreau, une trace de rouge sur le bord du verre. Le téléphone vibre.
— Bien rentrée ? écrit Romain.
J'hésite. Puis je tape :
— Oui. En talons dans ma cuisine.
Trois réponses en moins d'une minute.
— Je le savais, écrit Antoine.
— Ça va être une longue semaine, écrit Romain.
— Bonne nuit, Julie. N'oublie pas de les enlever avant de dormir, écrit Marc.
Je ris toute seule, dans ma cuisine. Je les enlève avant de dormir. Mais je les pose au pied du lit, bien alignés, pour les voir en me réveillant.
Mardi matin, sept heures quinze. Je suis debout devant mon armoire, en serviette. D'un côté, les chemises blanches de Julien, rangées par ordre de délavage. De l'autre, sur la chaise, le porte-jarretelles noir et une paire de bas à couture.
Je les mets. Une chemise blanche par-dessus, un costume gris, une cravate. Dans la glace, Julien, prêt pour sa réunion de neuf heures. Il n'y a que moi qui sais.
J'écris dans le groupe.
— Noir. Bas à couture. Porte-jarretelles. Et la cage.
Les réponses arrivent avant que j'aie fini de nouer ma cravate.
— Je coule une dalle de béton dans une heure et je vais penser à des jarretelles toute la journée. Merci beaucoup, écrit Romain.
— Les coutures bien droites ? écrit Antoine.
Je vérifie dans la glace, par-dessus mon épaule, en soulevant le bas du pantalon.
— Bien droites.
— Bonne journée, Julie, écrit Marc.
La réunion de neuf heures dure deux heures. Je n'en retiens rien. Je croise les jambes sous la table, et le nylon glisse contre le nylon avec un petit chuintement que je suis sûre que tout le monde entend. Personne n'entend. Mon directeur parle de la clôture du trimestre. Sandrine, de la compta, prend des notes avec trois stylos de couleurs différentes. Et moi, je sens la jarretelle qui tire sur le haut de ma cuisse chaque fois que je me penche vers l'écran, et je pense à une table de bois massif, au milieu d'une maison perdue dans les bois.
À midi, dans l'escalier, Sandrine me rattrape.
— Tu as l'air reposé, dit-elle. C'était bien, ta chasse ?
— Très bien.
— Tu as tiré quelque chose ?
— Non, dis-je. J'ai raté un lapin.
Elle rit, compatissante. Moi aussi.
Le soir, je ne prends même pas le temps d'enlever le costume. Juste la veste, la cravate. Les escarpins par-dessus les bas, sous le pantalon de Julien. C'est absurde. C'est parfait. Je fais le tour de l'appartement, vingt fois, trente fois, jusqu'à ce que mes chevilles arrêtent de discuter.
Puis je me démaquille du maquillage de la veille, que j'avais mal enlevé, et je recommence. L'eye-liner part droit du premier coup. Je pousse un petit cri de victoire, toute seule devant mon lavabo.
Mercredi, je pose mon après-midi.
Je n'ai jamais posé un après-midi de ma vie pour autre chose qu'un plombier ou un notaire. Je prends le métro jusqu'à Opéra, avec dans la poche une liste écrite la veille, au crayon, au dos d'une enveloppe, comme une liste de courses.
La boutique de lingerie est petite, feutrée, rue Tronchet. Des tiroirs de bois clair jusqu'au plafond, une moquette épaisse, une odeur de poudre de riz. La vendeuse a une soixantaine d'années, des lunettes au bout d'une chaînette, et un chignon parfait. Je reste trois minutes devant la vitrine avant d'oser pousser la porte.
— Je peux vous aider, monsieur ? C'est pour offrir ?
J'ouvre la bouche. Je pourrais dire oui. Ce serait tellement facile. Pour ma compagne, elle fait à peu près ma taille.
— Non, dis-je. C'est pour moi.
Elle ne cille pas. Pas une seconde. Elle hoche la tête comme si je venais de lui donner une pointure.
— Alors on va commencer par prendre vos mesures. Venez par ici.
Dans la cabine, elle me fait enlever ma chemise. Je garde mon pantalon, elle ne demande rien. Le mètre ruban fait le tour de ma taille, de mes hanches, de ma poitrine. Elle note dans un petit carnet, en murmurant des chiffres.
— Vous avez une jolie taille, dit-elle. Fine. On peut faire beaucoup de choses avec une taille comme ça.
Je sors de là une heure plus tard avec un sac de papier glacé noué d'un ruban. Dedans : un porte-jarretelles rouge, un ensemble de dentelle noire, culotte haute et soutien-gorge à armatures qu'elle m'a appris à remplir avec deux coussinets de silicone, trois paires de bas à couture, et une nuisette de satin couleur champagne, que je n'avais pas sur ma liste et que j'ai prise quand même, parce qu'elle a dit : celle-là, c'est pour vous, je le sais.
En sortant, elle me tient la porte.
— Revenez nous voir, mademoiselle.
Je marche jusqu'au bout de la rue sans sentir le trottoir.
Le magasin de chaussures est plus difficile. Je chausse du quarante-et-un, et les talons en quarante-et-un, ça ne court pas les rues. On m'envoie dans une boutique de grandes pointures, près de la République, tenue par un vieux monsieur et sa fille. La fille a des ongles verts et un piercing dans le sourcil, et elle trouve ça formidable.
— Vous voulez quelle hauteur ?
Je regarde le mur. Les escarpins de la valise font huit centimètres.
— Dix, dis-je.
Elle siffle, ravie, et revient avec quatre boîtes. Je les essaie toutes. Je marche sur la moquette, d'un miroir à l'autre, sous l'œil du vieux monsieur qui lit son journal sans lever la tête. La fille marche à côté de moi, en me corrigeant : le talon d'abord, puis la pointe, une ligne droite, comme sur un fil, les épaules en arrière.
— Voilà. Comme ça. Vous avez des chevilles faites pour ça, franchement.
Je prends une paire d'escarpins noirs, à bout pointu, et une paire de sandales à brides, rouges, que je ne mettrai sans doute jamais ailleurs que dans une maison au milieu des bois.
Au rayon parfumerie du grand magasin, la maquilleuse s'appelle Fatou. Elle me fait asseoir sur un haut tabouret, au milieu de l'allée, au vu de tous, et je n'ai pas le temps d'avoir peur.
— Vous voulez apprendre ou vous voulez que je fasse ?
— Apprendre.
— Alors on va faire un œil chacun. Je fais le gauche, vous faites le droit.
Elle me montre le fond de teint, l'estompe, le crayon pour les sourcils, la poudre, le contouring sous les pommettes, qui me creuse le visage d'un coup et me fait des joues que je ne me connaissais pas. Mon œil droit est moins réussi que le gauche. Elle rit, elle corrige, elle me fait recommencer. Des clientes passent derrière nous et nous regardent dans le grand miroir. Une jeune femme s'arrête même, me sourit, et dit : ça vous va bien, ce rouge. Je dis merci. Ma voix tremble à peine.
Je ressors avec un deuxième sac, plus petit, plus lourd, et une facture que je préfère ne pas relire.
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Chapitre 7 · Chasseuse
Il ne reste qu'une adresse sur l'enveloppe, soulignée deux fois. Julie pousse la porte d'une vieille maison de chasse derrière la Madeleine, où une vendeuse à la poigne douce lui tend une tenue qu'elle n'aurait jamais imaginé porter. Dehors, la nuit tombe et la liste est presque finie. Un week-end approche, une question reste en suspens, et chaque achat la rapproche un peu plus de quelque chose qu'elle n'arrive pas tout à fait à nommer.
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