Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cage Rose & Strings Trempés — Chapitre 27
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cage Rose & Strings Trempés
Chapitre 27
Le réveil ne sonna pas.
Je me réveillai seul, dans le silence particulier des appartements quand ils ont perdu quelqu'un. Ce n'était pas le silence ordinaire des matins, celui qu'on traverse en cherchant ses chaussons, en bâillant dans le couloir. C'était un silence plein, dense, qui occupait chaque pièce comme un locataire supplémentaire. Je restai allongé quelques secondes, les yeux au plafond de ma chambre, à écouter l'absence de Tiffany.
Pas de douche qui coule. Pas de tresse défaite sur l'oreiller d'à côté. Pas de bruit de valise roulant sur le parquet.
Elle était partie.
Je me levai.
***
La cuisine ouverte sentait le café froid. Je mis en route la machine — ce café que Tiffany rangeait dans un bocal en verre sur l'étagère ouverte, entre les pâtes et le sucre — et je m'installai sur l'un des tabourets en métal face à l'île centrale en marbre noir. Le soleil du matin découpait un rectangle pâle sur le carrelage anthracite. Dehors, le Marais s'éveillait sans se presser.
Je fis glisser mon téléphone vers moi.
Rien de Tiffany, elle avait dû embarquer tôt, elle m'avait dit de ne pas attendre de message avant son escale. Je scrollai sans vraiment regarder, les pouces en pilote automatique. Une story, une photo de quelqu'un que je connaissais à peine, une publicité pour une montre que je n'achèterais jamais. La cage était là, comme toujours, froide contre ma cuisse à travers le tissu du caleçon. Je l'avais presque oubliée cette nuit.
Je bus une gorgée de café.
Et c'est là que la notification apparut. Un email professionnel. L'adresse de Lucrezia, la plateforme logistique où travaillait Tiffany, et où, par un de ces hasards que Paris produit parfois, je travaillais aussi depuis quelques mois comme développeur web intégré à leur équipe informatique. Je fronçai les sourcils.
De : Léa Fontaine
Je posai ma tasse.
Je me réveillai seul, dans le silence particulier des appartements quand ils ont perdu quelqu'un. Ce n'était pas le silence ordinaire des matins, celui qu'on traverse en cherchant ses chaussons, en bâillant dans le couloir. C'était un silence plein, dense, qui occupait chaque pièce comme un locataire supplémentaire. Je restai allongé quelques secondes, les yeux au plafond de ma chambre, à écouter l'absence de Tiffany.
Pas de douche qui coule. Pas de tresse défaite sur l'oreiller d'à côté. Pas de bruit de valise roulant sur le parquet.
Elle était partie.
Je me levai.
***
La cuisine ouverte sentait le café froid. Je mis en route la machine — ce café que Tiffany rangeait dans un bocal en verre sur l'étagère ouverte, entre les pâtes et le sucre — et je m'installai sur l'un des tabourets en métal face à l'île centrale en marbre noir. Le soleil du matin découpait un rectangle pâle sur le carrelage anthracite. Dehors, le Marais s'éveillait sans se presser.
Je fis glisser mon téléphone vers moi.
Rien de Tiffany, elle avait dû embarquer tôt, elle m'avait dit de ne pas attendre de message avant son escale. Je scrollai sans vraiment regarder, les pouces en pilote automatique. Une story, une photo de quelqu'un que je connaissais à peine, une publicité pour une montre que je n'achèterais jamais. La cage était là, comme toujours, froide contre ma cuisse à travers le tissu du caleçon. Je l'avais presque oubliée cette nuit.
Je bus une gorgée de café.
Et c'est là que la notification apparut. Un email professionnel. L'adresse de Lucrezia, la plateforme logistique où travaillait Tiffany, et où, par un de ces hasards que Paris produit parfois, je travaillais aussi depuis quelques mois comme développeur web intégré à leur équipe informatique. Je fronçai les sourcils.
De : Léa Fontaine
Je posai ma tasse.
Objet : Tu veux être libéré ?
De : Léa Fontaine (lea.fontaine@lucrezia.fr)
À : Hugo Mercier (hugo.mercier@lucrezia.fr)
Bonjour mon chéri,
Il est tôt ce matin, et je suis déjà en train de sourire en pensant à toi.
Tu veux être libéré aujourd'hui ? Vraiment ? Alors je rentre pleinement dans mon rôle de dominatrice. Voici mes conditions :
Tu vas t'habiller maintenant en tenue entièrement féminine et tu viendras directement comme ça au bureau chez Lucrezia. Pas de détour, pas d'hésitation. Tu n'as plus d'excuse : ton nouvel appartement est à deux pas de l'entreprise.
Justaucorps bleu marine bien moulant
Jupe noire courte
Collant bleu marine
String rose en dentelle
Bottine marron
Tu assumes ta tenue de femme jusqu'au bureau, sans rien mettre par-dessus. Pas de manteau, pas de cachette. Tu sais que tu as déjà porté bien pire avec Tiffany… alors aujourd'hui, c'est à mon tour de décider.
Si tu obéis et que tu arrives au travail habillé comme ça, je te libérerai ce soir.
Si tu refuses… tu resteras enfermé dans ta cage encore longtemps.
Hugo, tu as le pouvoir de choisir. Je te respecte, même dans ta soumission. Mais je sais aussi que tu adores ça. Alors… à toi de décider, ma belle.
Je t'attends avec impatience.
Léa
Je lus l'email deux fois.
La première fois, les mots défilèrent sans vraiment s'accrocher, tenue entièrement féminine, directement au bureau, body bleu marine, jupe noire courte. La deuxième fois, je lus lentement, ligne par ligne, et quelque chose se déplaça dans ma poitrine, ou plus bas, dans une région du corps que la cage maintenait sous surveillance permanente.
Si tu obéis et que tu arrives au travail habillé comme ça, je te libérerai.
Je reposai le téléphone sur le marbre.
Mon cœur battait trop vite pour sept heures et demie du matin.
Je regardai fixement le carrelage métro blanc en face de moi, ces petits rectangles nets, propres, avec la crédence en zinc qui réfléchissait vaguement mon propre visage. Traits doux, mâchoire peu marquée, cheveux en bataille sur le front. Pas de barbe à cette heure, pas vraiment de barbe du tout, à vrai dire. Je n'avais pas besoin de me raser depuis trois jours et ça ne se voyait pas.
La cage exerça une pression sourde et familière.
Cela faisait longtemps.
Je n'essayai même pas de me souvenir exactement combien de temps. Assez longtemps pour que l'idée de me libérer soit devenue quelque chose d'abstrait, presque théorique, comme un pays dont on a oublié la langue mais dont on se rappelle vaguement la chaleur. Et là, dans cet email rédigé avec ce mélange de douceur et d'autorité tranquille, ma belle, je te respecte même dans ta soumission, Léa avait posé la clef sur la table. Littéralement.
Je repris le téléphone. Relus une troisième fois.
Tu sais que tu as déjà porté bien pire avec Tiffany.
C'était vrai.
Je descendis du tabouret.
***
La chambre de Tiffany était à l'autre bout du couloir. Je poussai la porte et restai une seconde sur le seuil. Le lit king-size était fait, elle avait toujours été maniaque là-dessus, même les matins de départ. Les tables de chevet en marbre et laiton luisaient. Son dressing occupait tout un mur, les portes légèrement entrebâillées sur une géographie de tissus que je connaissais mal.
Je m'avançai.
Les vêtements féminins étaient rangés par couleurs, à peu près. Je cherchai mentalement la liste de l'email, body bleu marine, jupe noire courte, collant bleu marine, string rose en dentelle, bottines marron. Je trouvai les bottines en bas, rangées sur l'étagère basse. La jupe noire sur un cintre. Le body bleu marine plié sur une étagère.
Le collant. Le string.
Je m'assis sur le petit banc en velours du dressing, et je commençai à me déshabiller.
Mon caleçon tomba en premier. Debout dans la lumière LED du dressing, je me regardai dans le miroir corps entier, cette silhouette que je connaissais sans vraiment la regarder. Mince, presque trop. Épaules étroites. Hanches légèrement marquées pour un garçon, taille fine, peau claire et lisse de partout. Entièrement épilé, les jambes, le torse, le ventre, tout. La cage en plastique blanc accrochait la lumière avec un sérieux presque comique.
Je pris le string rose en dentelle.
Le tissu était léger entre mes doigts, aérien, avec cette texture de dentelle qui n'a pas été conçue pour retenir grand-chose. Je le dépliai et reconnus immédiatement, à la taille, aux hanches larges prévues dans la coupe, que c'était le string de Tiffany. Pas le mien. Enfin, pas un qui avait été acheté pour moi.
— Pour une journée, ça ira, murmurai-je pour personne.
Je l'enfilai lentement.
Le tissu remonta le long de mes jambes épilées, franchit mes genoux, mes cuisses, et vint se positionner sur mes hanches avec une imprécision douce. La dentelle rose ne cachait absolument rien, la cage déformait légèrement la coupe, visible sous le tissu comme un fait accompli. Je me regardai dans le miroir. La cage. Le string de dentelle rose. Mes mains fines avec les ongles rongés.
Quelque chose monta.
Pas une pensée précise, une image, plutôt. La sensation à venir, hypothétique, différée depuis trop longtemps. Mon sexe qui grossirait enfin sans contrainte, la pression qui se libérerait, le soulagement brutal et total. La cage cogna une fois, sèchement. Je fermai les yeux une seconde.
— Concentre-toi, dis-je.
Je pris le collant bleu marine.
Je m'assis sur le banc et l'enfilai avec précaution, comme on enfile quelque chose de fragile. Le tissu fin monta le long de mes mollets rasés, de mes genoux, de mes cuisses. Il y avait quelque chose d'étrangement rituel dans ce geste, cette lenteur forcée, ce soin qu'on prend avec des matières qui ne pardonnent pas les brusqueries. Je me levai pour le remonter jusqu'à la taille, lissai les plis sur mes cuisses.
Dans le miroir, mes jambes avaient changé. La teinte marine unifiait tout, allongeait le galbe, effaçait la cage dans une suggestion plutôt qu'une évidence.
Le body bleu marine ensuite.
Je le passai par la tête, glissai les bras dans les bretelles. Le tissu moulant épousait mon torse sans effort,il n'y avait pas grand-chose à mâter là-dedans, juste cette silhouette longiligne, ces épaules étroites, ce ventre plat. Je fis passer les pressions du body entre mes jambes, les fermai avec un petit claquement. Immédiatement, le tissu s'enfonça légèrement dans mes fesses, et la cage fut comprimée avec une pression douce mais présente.
— Ah.
Pas agréable. Pas vraiment douloureux non plus. Quelque chose entre les deux, ce poil d'inconfort permanent dont on sait qu'il durera toute la journée et qu'on décide d'accepter en bloc plutôt que d'y penser trop longtemps.
La jupe noire.
Courte. Le tissu descendait jusqu'à mi-cuisse environ. Je la fis glisser sur mes hanches, elles rentraient dedans sans forcer, Tiffany et moi n'étions pas si différents sur ce point, dans un sens inattendu. La jupe tourna légèrement, se posa. Je tirai dessus pour la centrer.
Je me regardai dans le miroir.
Un moment.
La jupe noire. Le collant marine. Les bretelles du body qui dépassaient légèrement. Mes cheveux châtain clair en bataille sur le front, les yeux noisette grands et expressifs. Pas de mâchoire marquée, pas de barbe, pas de volume. Quelqu'un qui ne me connaissait pas et me croisait dans le Marais à sept heures cinquante du matin, cette personne verrait quoi, exactement ?
Je pensai aux mangas que j'avais lus adolescent. Ces personnages masculins aux traits doux, aux silhouettes androgymes, que le lecteur prenait pour des filles pendant cent pages avant de comprendre. Ce n'était pas une comparaison flatteuse dans le sens où les autres l'entendaient, généralement. Mais dans ma tête, debout dans le dressing de Tiffany avec ses vêtements sur le corps, ça ressemblait à une description honnête.
Je pris les bottines marron. M'assis sur le banc pour les lacer. Mes doigts fins, ongles rongés, taches d'encre d'une session de debug de la veille, serrèrent les lacets avec une précision presque professionnelle.
Je me levai.
Fis deux pas vers la porte. Revins. Regardai le miroir une dernière fois.
Le body serrait dans le bas. Le string de Tiffany tirait légèrement sur la gauche. La cage pressait à chaque mouvement des hanches, et les hanches bougeaient, forcément, parce que la jupe demandait ça, parce que les bottines le demandaient aussi. Il y avait cet inconfort permanent, ce tissu qui s'insinuait quelque part derrière, cette conscience aiguë de chaque couture.
Et pourtant.
Je respirai.
La cage cogna doucement, régulièrement, comme un pouls secondaire. L'image revint, la libération, la pression qui cède, cette chose simple et immense que Léa avait mise au bout de l'effort comme une carotte au bout du bâton. Je te libérerai. Deux mots. Trois syllabes. Je n'avais plus besoin de peser le pour et le contre.
Je pris mon téléphone sur le lit. Mes clefs sur la console dorée de l'entrée. Le marbre noir et blanc en damier du sol réfléchit mes bottines marron quand je traversai.
Je posai la main sur la poignée de la porte d'entrée.
Derrière moi, l'appartement silencieux et vide attendit sans rien dire.
Devant moi, les Rue des Rosiers, le Marais, Lucrezia, et Léa.
Je soufflai doucement par le nez.
Et je sortis.
De : Léa Fontaine (lea.fontaine@lucrezia.fr)
À : Hugo Mercier (hugo.mercier@lucrezia.fr)
Bonjour mon chéri,
Il est tôt ce matin, et je suis déjà en train de sourire en pensant à toi.
Tu veux être libéré aujourd'hui ? Vraiment ? Alors je rentre pleinement dans mon rôle de dominatrice. Voici mes conditions :
Tu vas t'habiller maintenant en tenue entièrement féminine et tu viendras directement comme ça au bureau chez Lucrezia. Pas de détour, pas d'hésitation. Tu n'as plus d'excuse : ton nouvel appartement est à deux pas de l'entreprise.
Justaucorps bleu marine bien moulant
Jupe noire courte
Collant bleu marine
String rose en dentelle
Bottine marron
Tu assumes ta tenue de femme jusqu'au bureau, sans rien mettre par-dessus. Pas de manteau, pas de cachette. Tu sais que tu as déjà porté bien pire avec Tiffany… alors aujourd'hui, c'est à mon tour de décider.
Si tu obéis et que tu arrives au travail habillé comme ça, je te libérerai ce soir.
Si tu refuses… tu resteras enfermé dans ta cage encore longtemps.
Hugo, tu as le pouvoir de choisir. Je te respecte, même dans ta soumission. Mais je sais aussi que tu adores ça. Alors… à toi de décider, ma belle.
Je t'attends avec impatience.
Léa
Je lus l'email deux fois.
La première fois, les mots défilèrent sans vraiment s'accrocher, tenue entièrement féminine, directement au bureau, body bleu marine, jupe noire courte. La deuxième fois, je lus lentement, ligne par ligne, et quelque chose se déplaça dans ma poitrine, ou plus bas, dans une région du corps que la cage maintenait sous surveillance permanente.
Si tu obéis et que tu arrives au travail habillé comme ça, je te libérerai.
Je reposai le téléphone sur le marbre.
Mon cœur battait trop vite pour sept heures et demie du matin.
Je regardai fixement le carrelage métro blanc en face de moi, ces petits rectangles nets, propres, avec la crédence en zinc qui réfléchissait vaguement mon propre visage. Traits doux, mâchoire peu marquée, cheveux en bataille sur le front. Pas de barbe à cette heure, pas vraiment de barbe du tout, à vrai dire. Je n'avais pas besoin de me raser depuis trois jours et ça ne se voyait pas.
La cage exerça une pression sourde et familière.
Cela faisait longtemps.
Je n'essayai même pas de me souvenir exactement combien de temps. Assez longtemps pour que l'idée de me libérer soit devenue quelque chose d'abstrait, presque théorique, comme un pays dont on a oublié la langue mais dont on se rappelle vaguement la chaleur. Et là, dans cet email rédigé avec ce mélange de douceur et d'autorité tranquille, ma belle, je te respecte même dans ta soumission, Léa avait posé la clef sur la table. Littéralement.
Je repris le téléphone. Relus une troisième fois.
Tu sais que tu as déjà porté bien pire avec Tiffany.
C'était vrai.
Je descendis du tabouret.
***
La chambre de Tiffany était à l'autre bout du couloir. Je poussai la porte et restai une seconde sur le seuil. Le lit king-size était fait, elle avait toujours été maniaque là-dessus, même les matins de départ. Les tables de chevet en marbre et laiton luisaient. Son dressing occupait tout un mur, les portes légèrement entrebâillées sur une géographie de tissus que je connaissais mal.
Je m'avançai.
Les vêtements féminins étaient rangés par couleurs, à peu près. Je cherchai mentalement la liste de l'email, body bleu marine, jupe noire courte, collant bleu marine, string rose en dentelle, bottines marron. Je trouvai les bottines en bas, rangées sur l'étagère basse. La jupe noire sur un cintre. Le body bleu marine plié sur une étagère.
Le collant. Le string.
Je m'assis sur le petit banc en velours du dressing, et je commençai à me déshabiller.
Mon caleçon tomba en premier. Debout dans la lumière LED du dressing, je me regardai dans le miroir corps entier, cette silhouette que je connaissais sans vraiment la regarder. Mince, presque trop. Épaules étroites. Hanches légèrement marquées pour un garçon, taille fine, peau claire et lisse de partout. Entièrement épilé, les jambes, le torse, le ventre, tout. La cage en plastique blanc accrochait la lumière avec un sérieux presque comique.
Je pris le string rose en dentelle.
Le tissu était léger entre mes doigts, aérien, avec cette texture de dentelle qui n'a pas été conçue pour retenir grand-chose. Je le dépliai et reconnus immédiatement, à la taille, aux hanches larges prévues dans la coupe, que c'était le string de Tiffany. Pas le mien. Enfin, pas un qui avait été acheté pour moi.
— Pour une journée, ça ira, murmurai-je pour personne.
Je l'enfilai lentement.
Le tissu remonta le long de mes jambes épilées, franchit mes genoux, mes cuisses, et vint se positionner sur mes hanches avec une imprécision douce. La dentelle rose ne cachait absolument rien, la cage déformait légèrement la coupe, visible sous le tissu comme un fait accompli. Je me regardai dans le miroir. La cage. Le string de dentelle rose. Mes mains fines avec les ongles rongés.
Quelque chose monta.
Pas une pensée précise, une image, plutôt. La sensation à venir, hypothétique, différée depuis trop longtemps. Mon sexe qui grossirait enfin sans contrainte, la pression qui se libérerait, le soulagement brutal et total. La cage cogna une fois, sèchement. Je fermai les yeux une seconde.
— Concentre-toi, dis-je.
Je pris le collant bleu marine.
Je m'assis sur le banc et l'enfilai avec précaution, comme on enfile quelque chose de fragile. Le tissu fin monta le long de mes mollets rasés, de mes genoux, de mes cuisses. Il y avait quelque chose d'étrangement rituel dans ce geste, cette lenteur forcée, ce soin qu'on prend avec des matières qui ne pardonnent pas les brusqueries. Je me levai pour le remonter jusqu'à la taille, lissai les plis sur mes cuisses.
Dans le miroir, mes jambes avaient changé. La teinte marine unifiait tout, allongeait le galbe, effaçait la cage dans une suggestion plutôt qu'une évidence.
Le body bleu marine ensuite.
Je le passai par la tête, glissai les bras dans les bretelles. Le tissu moulant épousait mon torse sans effort,il n'y avait pas grand-chose à mâter là-dedans, juste cette silhouette longiligne, ces épaules étroites, ce ventre plat. Je fis passer les pressions du body entre mes jambes, les fermai avec un petit claquement. Immédiatement, le tissu s'enfonça légèrement dans mes fesses, et la cage fut comprimée avec une pression douce mais présente.
— Ah.
Pas agréable. Pas vraiment douloureux non plus. Quelque chose entre les deux, ce poil d'inconfort permanent dont on sait qu'il durera toute la journée et qu'on décide d'accepter en bloc plutôt que d'y penser trop longtemps.
La jupe noire.
Courte. Le tissu descendait jusqu'à mi-cuisse environ. Je la fis glisser sur mes hanches, elles rentraient dedans sans forcer, Tiffany et moi n'étions pas si différents sur ce point, dans un sens inattendu. La jupe tourna légèrement, se posa. Je tirai dessus pour la centrer.
Je me regardai dans le miroir.
Un moment.
La jupe noire. Le collant marine. Les bretelles du body qui dépassaient légèrement. Mes cheveux châtain clair en bataille sur le front, les yeux noisette grands et expressifs. Pas de mâchoire marquée, pas de barbe, pas de volume. Quelqu'un qui ne me connaissait pas et me croisait dans le Marais à sept heures cinquante du matin, cette personne verrait quoi, exactement ?
Je pensai aux mangas que j'avais lus adolescent. Ces personnages masculins aux traits doux, aux silhouettes androgymes, que le lecteur prenait pour des filles pendant cent pages avant de comprendre. Ce n'était pas une comparaison flatteuse dans le sens où les autres l'entendaient, généralement. Mais dans ma tête, debout dans le dressing de Tiffany avec ses vêtements sur le corps, ça ressemblait à une description honnête.
Je pris les bottines marron. M'assis sur le banc pour les lacer. Mes doigts fins, ongles rongés, taches d'encre d'une session de debug de la veille, serrèrent les lacets avec une précision presque professionnelle.
Je me levai.
Fis deux pas vers la porte. Revins. Regardai le miroir une dernière fois.
Le body serrait dans le bas. Le string de Tiffany tirait légèrement sur la gauche. La cage pressait à chaque mouvement des hanches, et les hanches bougeaient, forcément, parce que la jupe demandait ça, parce que les bottines le demandaient aussi. Il y avait cet inconfort permanent, ce tissu qui s'insinuait quelque part derrière, cette conscience aiguë de chaque couture.
Et pourtant.
Je respirai.
La cage cogna doucement, régulièrement, comme un pouls secondaire. L'image revint, la libération, la pression qui cède, cette chose simple et immense que Léa avait mise au bout de l'effort comme une carotte au bout du bâton. Je te libérerai. Deux mots. Trois syllabes. Je n'avais plus besoin de peser le pour et le contre.
Je pris mon téléphone sur le lit. Mes clefs sur la console dorée de l'entrée. Le marbre noir et blanc en damier du sol réfléchit mes bottines marron quand je traversai.
Je posai la main sur la poignée de la porte d'entrée.
Derrière moi, l'appartement silencieux et vide attendit sans rien dire.
Devant moi, les Rue des Rosiers, le Marais, Lucrezia, et Léa.
Je soufflai doucement par le nez.
Et je sortis.
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