L'éducation de Noé
Chapitre 2
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'éducation de Noé — Chapitre 2

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JonBirdAuteur
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Ce qui accroche dès les premières lignes, c'est la façon dont l'auteur installe une tension immense avec presque rien : un tiroir ouvert, un détail qui déraille, et le monde de Noé qui bascule en silence. La scène de cuisine est redoutable — Camille avance ses questions comme des pions, sans hausser le ton, et on retient son souffle avec lui. Le texte sait ménager ses effets, laisser les non-dits peser, et faire d'un appartement parfaitement calme un espace où tout peut exploser.

L'éducation de Noé

Chapitre 2

Je me réveillai avec la sensation qu’on m’avait vidé le crâne à la cuillère, puis rempli de sable. Ma langue collait au palais. Derrière les volets, une lumière grise découpait le plafond en lamelles. Je tâtai la table de nuit à la recherche de mon téléphone : sept heures quarante et une. Le cours commençait à neuf heures.
Je n’aurais jamais dû jouer aussi tard. Je ne jouais jamais aussi tard. Quand j’avais fini de ranger la table, j’avais accepté une partie, et la partie en avait entraîné dix.
Je voulus me redresser et me rendis compte que le drap me gênait. Mon corps avait pris de l’avance sur moi. Je restai allongé, immobile, les yeux au plafond, à attendre que ça passe. Ça ne passa pas.
Il me restait un bout de rêve, un seul, et il s’accrochait à moi plus que le reste. Camille se tenait au-dessus de mon lit, debout, et des fils de nylon noir sortaient de ses doigts. Elle les faisait courir autour de moi avec patience, d’un côté, de l’autre, comme on emballe un cadeau. Les jambes d’abord, puis le ventre, puis les bras collés au corps. Je ne pouvais plus bouger. Le nylon serrait, tiède, légèrement rugueux, et je n’avais aucune envie qu’elle s’arrête. J’avais voulu parler, et un fil m’était passé sur la bouche.
Je me tournai sur le côté et écrasai mon visage dans l’oreiller. Il sentait la vanille et l’ambre.
Mes vêtements gisaient en tas au pied du lit. Je me souvenais de m’être couché tout habillé. Dans la nuit, j’avais dû me déshabiller à moitié endormi, sans en garder la moindre trace.
Je me levai, nu, en tenant le drap devant moi de la main gauche, ce qui n’avait aucun sens puisque personne ne pouvait me voir, et je me dirigeai vers la commode.
Le tiroir du bas glissa sans un bruit. Quelqu’un l’avait huilé, ou alors il avait toujours glissé ainsi et je ne l’avais jamais remarqué.
Il ne contenait que des strings.
Je les regardai un moment sans comprendre. Un noir uni, un gris anthracite, un noir bordé de dentelle fine. Trois pièces, alignées, pliées en rectangles parfaits. Je soulevai le noir et le reposai. Je fouillai sous les autres, jusqu’au fond, jusqu’à toucher le bois nu. Ma main ramassa de la poussière et rien d’autre.
Mes caleçons avaient disparu. Je revoyais encore la pile, six ou sept, grise et bleue, le coton usé aux plis. Je me tournai vers le panier de linge, dans l’angle de la pièce. Il était vide. Il n’en restait qu’un : celui de la veille, quelque part dans le tas au pied du lit.
Je consultai de nouveau l’heure. Sept heures quarante-neuf.
Je le repêchai du bout des doigts. Il était froissé, encore humide à la ceinture, et il sentait le bus et la pluie. Je pouvais le remettre. Une journée, personne n’en mourrait. Je le tins un moment au-dessus du tas, le drap serré dans l’autre poing, à chercher une raison de ne pas le faire.
Je le laissai retomber et pris le gris. Le plus discret.
L’élastique glissa sur mes hanches. Le tissu était doux, presque trop, et je dus m’y reprendre à deux fois pour l’ajuster, en tirant l’avant vers le haut, en cherchant l’angle qui m’évitait de me trahir. Il était plus large que je ne l’aurais cru. Il couvrait. Je tournai sur moi-même devant le miroir de l’armoire et jetai un œil à mon profil. Rien ne dépassait. Rien ne se voyait.
J’enfilai mon pantalon par-dessus. La toile frôla ma peau à des endroits où elle n’allait jamais, et je restai une seconde sans bouger. Il me manquait quelque chose, une barrière, un poids familier. J’avais l’impression de marcher à découvert. Je n’aimais pas ça. Je fis deux pas, puis trois, et l’impression ne fit que se préciser.
Je choisis un tee-shirt dans l’armoire et je passai devant la jupe sans la regarder. Elle pendait toujours à sa place, au milieu des chemises, et mes collants étaient pliés sur l’étagère du dessus.
La cuisine sentait le café. J’entendis la machine cracher avant de la voir, puis je franchis la porte, et je m’arrêtai.
Camille était adossée au plan de travail, une tasse entre les mains. Elle portait une nuisette de satin noir, à fines bretelles, qui tombait à mi-cuisse et captait la lumière de la fenêtre à chacun de ses mouvements. Ses cheveux roux étaient défaits sur ses épaules. Elle avait les pieds nus sur le carrelage, les ongles vernis d’un rouge sombre.
Je fixai la cafetière. Je fixai le sucrier. Je fixai tout ce qui n’était pas elle, sans réussite.
— Salut, Noé. Bien dormi ?
— Ouais. Enfin… la tête, un peu.
— Normal, on a joué jusqu’à minuit. Ton père est parti à six heures, il ne veut jamais qu’on se lève pour lui. Il revient vendredi soir pour le week-end.
Elle but une gorgée, me regarda par-dessus le bord de la tasse.
— Je crois que ça va aller, ici. Tous les trois. La soirée s’est bien passée, non ? Je me suis amusée, avec toi.
Personne ne m’avait dit ça depuis longtemps. J’ouvris la bouche pour répondre que moi aussi, que ça m’avait plu, qu’elle jouait mal mais que c’était drôle…
— Au fait, j’ai oublié de te dire, enchaîna-t-elle. J’ai jeté tous tes caleçons. Ils étaient troués. Tous, jusqu’au dernier. Il faudra que tu refasses ta collection de strings, avec trois tu n’iras pas loin.
Mon cœur se mit à cogner. Je sentis chaque battement dans ma gorge.
Elle venait de le dire sur le ton qu’elle aurait employé pour un oubli de courses. Elle avait posé sa tasse et ouvert un placard, cherché une boîte de céréales. Elle ne se retourna pas.
— Euh… dis-je. C’est pour mon kiff personnel, ces trucs. Je n’ai pas l’intention d’en mettre pour aller à la fac.
— Donc tu portes encore ton caleçon de la veille.
Je secouai la tête. Il était resté au pied du lit, là où je l’avais laissé retomber.
Elle posa la boîte sur le plan de travail. Elle se retourna lentement.
— Donc tu es nu sous ton pantalon.
Je secouai de nouveau la tête. Mes oreilles brûlaient. Je regardai mes baskets, le carrelage, le motif des joints entre les carreaux.
— Alors tu en as mis un, conclut-elle. Je croyais que tu ne voulais pas.
Je n’avais rien à répondre. J’entendais le frigo ronronner, le tic-tac du four, ma propre respiration trop courte.
— Pourquoi tu ne veux pas te faire plaisir tous les jours ? reprit-elle. Tu es en amphi toute la journée. Tu n’as pas un seul moment où te changer. Alors tu fais quoi, tu attends le soir ? Le week-end ?
— Parce que je suis un pervers.
Les mots sortirent tout seuls. Je ne les avais jamais prononcés à voix haute.
Camille ne bougea pas. Elle ne sourit pas non plus, et pendant une seconde je crus avoir tout gâché.
— Tu as volé des sous-vêtements ? demanda-t-elle d’une voix égale. Ceux d’une fille de ta fac, d’une voisine ?
— Non. Jamais.
— Tu as pris des photos sous les jupes, dans le métro, dans les couloirs ?
— Non ! Jamais, je…
— Alors tu fais quoi de mal, Noé ?
Je ne répondis pas. Elle s’approcha d’un pas. Le satin bougea sur ses cuisses.
— Tu mets des vêtements féminins. Et alors ? J’ai connu des hommes qui faisaient pareil, plusieurs. Certains portaient des strings, comme toi, sous un costume de bureau. D’autres se maquillaient. Un seul se féminisait de la tête aux pieds, perruque, talons, la totale, et il était plus à l’aise que tous les autres. Ça ne fait de mal à personne.
Elle avait parlé doucement, sans insister, comme on explique un trajet à quelqu’un qui s’est perdu.
Je sentis ma vue se brouiller. Je clignai des yeux, mais les larmes débordèrent quand même, et je ne pus pas les retenir. Elles coulèrent sur mes joues, brûlantes. Je me passai la manche sur le visage, trop tard, trop maladroit.
— Excuse-moi, je… c’est… je ne sais pas pourquoi…
Ma voix se cassa. Les mots butaient les uns contre les autres.
Camille ne fit pas un geste vers moi. Elle prit un rouleau d’essuie-tout sur le plan de travail, en arracha deux feuilles et me les tendit. Je les saisis.
— Prends ton temps, dit-elle.
Je me mouchai. Je respirai. Je comptai jusqu’à cinq, comme quand j’étais petit et que je voulais arrêter de pleurer devant mon père.
— Tu as raison, articulai-je enfin. Je crois que… tu as raison.
— Tu es chez toi, Noé. Autant y être bien.
J’acquiesçai. Je respirais mieux. Puis une pensée me traversa, et la peur revint d’un coup.
— Par contre… ne le dis pas à mon père.
— Je ne lui dirai rien, répondit-elle sans hésiter. Ça ne le regarde pas.
Elle prit mon visage entre ses paumes, quelques secondes, et déposa un baiser sur ma joue. Ses lèvres étaient fraîches. Son parfum m’entoura, ambre, vanille, et le satin glissa contre mon bras.
— Bonne journée, Noé. Et mange quelque chose avant de partir, tu es tout pâle.
J’avalai une biscotte debout, en mâchant à peine. Je retournai chercher mon sac dans ma chambre, enfilai ma parka dans l’entrée, et sortis.
Dehors, la pluie avait cessé. L’air sentait l’asphalte mouillé. Je pris la direction de l’arrêt de bus, d’un pas que j’espérais normal.
À chaque enjambée, le string s’enfonçait un peu plus entre mes fesses. Je tirai sur mon pantalon, par la poche, comme si je cherchais mes clés. Rien n’y fit. Le tissu se replaçait, glissait, remontait. Je marchai en serrant les cuisses. Je sentais chaque pli.
Dans le bus, une fille leva les yeux de son téléphone et me regarda un instant. J’eus la certitude qu’elle savait. Elle retourna à son écran.
Je m’assis au fond, le sac sur les genoux, et je souris malgré moi.
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Noé est étudiant en droit, et depuis que Camille s'est installée à la maison, son quotidien a pris une tournure inattendue. Entre deux articles de Code civil, il tente de passer inaperçu, de tenir une conversation normale, de ne pas rougir. Quelque chose sous son pantalon refuse de rester en place, et une voix intérieure étrangement douce ne cesse de se faire entendre. Jusqu'où tiendra-t-il avant que la façade craque ?
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Guytheduke
10 octobre 2026 à 16:28
La tension monte!
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