Sous la dentelle du silence — Chapitre 4 · Chapitre 4 : l'inconnue et la jupe crayon
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Ce qui accroche d'emblée, c'est la précision du jeu de séduction : Vincent qui remonte le regard à toute vitesse vers les yeux noisette de Célia, le sourire en coin qu'il surprend au coin de ses lèvres — on sait qu'elle a tout vu, et lui aussi sait qu'elle sait. La joute commerciale est menée avec un vrai sens du rythme, chaque escarmouche servant à faire monter la pression d'un cran. Et le trouble de Vincent, rendu avec une franchise brute, ne quitte pas le lecteur.
Sous la dentelle du silence
Chapitre 4 · Chapitre 4 : l'inconnue et la jupe crayon
Je me prépare mécaniquement, nouant ma cravate face au miroir sans vraiment regarder mon propre reflet. Aujourd'hui, j'ai rendez-vous à quatorze heures avec la commerciale B2B de notre fournisseur principal. Une perspective qui ne me réjouit guère. Je m'attends à une après-midi mortellement ennuyeuse à regarder défiler des portants de vêtements, à discuter marges et volumes, ou à refuser poliment les ensembles de lingerie hors de prix qu'elle essaie invariablement de m'imposer à chaque saison.
Je décide d'arriver largement en avance au magasin. Pour m'occuper les mains et éviter que mon esprit ne dérive vers les fantômes de mes nuits, je me jette dans le travail physique. Je déplace des portants, réagence le pôle central de prêt-à-porter, dépoussière les étagères de la réserve et remets un ordre strict dans les stocks. Une discipline de fer pour étouffer le désordre intérieur.
Quatorze heures trente. Toujours personne.
Assis à mon bureau dans l'arrière-boutique, les yeux rivés sur mon écran, je commence à perdre patience. La ponctualité a toujours été une règle d'or pour moi, un héritage indéboulonnable de mes années sur les chantiers. Je me donne encore un quart d'heure. Si elle ne se pointe pas, tant pis pour elle : je ferme le dossier, je rentre chez moi ou je pars faire mes courses. Elle n'avait qu'à être à l'heure, ou au bas mot passer un coup de téléphone pour me prévenir de son retard.
À quinze heures tapantes, alors que je saisis mes clés sur le bureau, bien décidé à quitter les lieux, trois coups fermes retentissent contre la porte vitrée de l'entrée.
Je pousse un soupir d'agacement. Je m'avance d'un pas lourd vers le hall, prêt à signifier mon mécontentement à Mme Duchemin — cette femme d'une cinquantaine d'années, cassante, à la poignée de main molle et au physique ingrat, avec qui les négociations ressemblent toujours à une corvée.
Mais en déverrouillant la porte, le reproche se bloque net dans ma gorge.
Ce n'est pas Mme Duchemin qui se tient sur le perron.
Devant moi se dresse une jeune femme d'une trentaine d'années, d'une élégance saisissante. Très bien apprêtée, elle porte un tailleur assorti d'une jupe crayon ajustée couleur prune qui souligne une silhouette élancée et des formes parfaitement dessinées. Ses cheveux châtains, légèrement décoiffés par la pluie matinale, tombent en ondulations naturelles sur ses épaules, et son visage, éclairé par des yeux noisette pétillants, dégage une énergie immédiate.
Pendant une seconde, du haut de mon mètre quatre-vingt-huit, je reste immobile sur le seuil, pris de court.
Elle tend une main soignée aux ongles impeccables, que je saisis presque par réflexe. Sa poignée est ferme, sa peau douce et chaude.
Je la dévisage un instant, oscillant entre le soulagement de ne plus avoir à traiter avec Mme Duchemin et un agacement professionnel légitime.
Je jette un coup d'œil dehors, puis vers l'intérieur de la boutique silencieuse.
Elle franchit le seuil. Alors qu'elle me dépasse dans le hall étroit, son parfum envoûtant — un mélange d'épices douces et de vanille — vient titiller mes narines. Mais c'est surtout lorsqu'elle prend les devants pour se diriger vers l'arrière-boutique que ma maîtrise de moi-même flanche.
Incapable de lutter contre mes pulsions réveillées depuis quelques jours, mes yeux sont irrésistiblement attirés vers son postérieur. Sa jupe crayon, parfaitement coupée, moule son fessier avec une précision diabolique. À chacun de ses pas hauts sur talons, le tissu tendu accompagne le balancement fluide, charnel et cadencé de ses hanches.
Le spectacle est hypnotique. En un éclair, une image fulgurante traverse mon esprit : je m'imagine déjà derrière elle, faisant glisser la fermeture éclair de cette jupe prune pour découvrir la nudité de sa peau, révélant des fesses fermes et rebondies qu'il ne demanderait qu'à pétrir de mes larges mains.
Une bouffée de chaleur m'envahit brutalement le visage. Mon sang ne fait qu'un tour et ma respiration se heurte dans ma poitrine. La neutralité professionnelle que je m'efforçais d'afficher vient de voler en éclats en l'espace de trois secondes.
Je stoppe net mon regard, remontant à toute vitesse vers ses yeux noisette, priant pour qu'elle n'ait rien remarqué de la dévorante inspection à laquelle je viens de la soumettre.
Mon visage s'embrase. À la façon dont un léger sourire en coin étire la commissure de ses lèvres, je devine sans l'ombre d'un doute qu'elle a parfaitement vu la direction de mon regard. Mais, en grande professionnelle — ou fine stratège —, elle fait comme si de rien n'était et s'installe d'un mouvement fluide face à moi, posant sa lourde mallette sur le grand bureau en bois brut.
Célia me fixe, amusée par ma résistance. Elle sort une série de nuanciers qu'elle étale entre nous, se penchant légèrement sur le bureau. Son décolleté se creuse subtilement sous la lumière de la lampe d'architecte, mais son ton reste professionnel, tranchant.
Perturbé par la tension ambiante, déstabilisé par sa proximité et surtout harponné par la lueur provocante de ses yeux noisette, je finis par céder sur les trois ensembles. Je signe le bon de commande pour ne pas faire durer les joutes verbales inutilement.
Puis vient le chapitre le plus délicat : la lingerie.
Elle extrait de sa sacoche plusieurs visuels d'ensembles extrêmement travaillés, doublés d'échantillons de dentelle et de soie qu'elle aligne sur la table avec précaution.
Je jette un coup d'œil aux tarifs d'achat HT et secoue aussitôt la tête, opposant un refus net et catégorique.
Célia ne se démonte pas d'un pouce. Elle ramasse un échantillon de soie couleur prune et le fait glisser lentement entre ses doigts soignés, instaurant une atmosphère feutrée dans le bureau.
Face à ma mine renfrognée et devinant que je m'apprête à clore le dossier avec un « non » définitif et irrévocable, elle esquisse un sourire énigmatique.
Soudain, sans un mot de préavis, elle se lève de sa chaise.
Avant même que mon cerveau ait le temps d'assimiler ses paroles, Célia fait glisser sa veste de tailleur sur ses épaules et la laisse tomber négligemment sur le dossier de sa chaise. Mes yeux s'écarquillent. D'un geste rapide et d'une aisance déconcertante, elle dégrafe son chemisier qu'elle retire d'un mouvement d'épaule, puis défait la fermeture de sa jupe crayon qu'elle laisse glisser le long de ses jambes galbées avant de l'écarter du pied.
En l'espace de cinq secondes, elle se retrouve debout au milieu de mon bureau, vêtue uniquement d'un ensemble en dentelle fine et soie prune, parfaitement assorti à son teint et sublimant la fermeté de son corps.
Du haut de mon mètre quatre-vingt-huit, calé dans mon fauteuil, je reste littéralement pétrifié. Mes yeux, complètement hypnotisés, parcourent ce corps sculpté dont je n'osais qu'imaginer les contours quelques minutes plus tôt : la naissance de ses seins parfaitement maintenus par le balconnet en dentelle, la finesse de sa taille, le galbe généreux de ses hanches et la rondeur de ses cuisses fuselées.
Le choc est absolu. Je n'en reviens pas de l'audace inouïe de cette commerciale. Jamais, dans mes trois ans de deuil, jamais dans toute ma carrière d'ancien chef de chantier puis de gérant, je n'aurais pensé une seule seconde qu'une telle scène puisse se produire dans mon arrière-boutique.
Je reste là, la bouche ébauchée, le souffle coupé, incapable de sortir le moindre son alors que mon cœur martèle ma poitrine à tout rompre.
Célia pose une main sur sa hanche, cambre légèrement le dos et me fixe avec une assurance triomphante, un brin joueuse.
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