Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Secrétariat particulier — Chapitre 1 · Mois 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Secrétariat particulier
Chapitre 1 · Mois 1
On m'a toujours dit que j'avais un esprit trop analytique pour mon propre bien. À vingt-trois ans, fraîchement émoulue de mes études supérieures avec les félicitations du jury, je considérais cette remarque non pas comme un défaut, mais comme une arme de précision. Le monde de l'entreprise, en particulier les hautes sphères de la direction générale où je venais de décrocher mon premier poste d'assistante, me paraissait être un échiquier géant. Un terrain neutre où seules la rigueur, l'organisation et la compétence brute devaient dicter la valeur d'un individu.
J'avais une conscience aiguë de mon apparence. Je savais que mes traits étaient symétriques, que mes yeux sombres possédaient une intensité capable de déstabiliser mes interlocuteurs, et que ma silhouette avait des courbes que la société s'empressait trop souvent de surcharger de significations parasites. C'est précisément pour cette raison que j'avais conçu mon armure.
Chaque matin, mon réveil sonnait à six heures. Le rituel était immuable, presque militaire. Devant le miroir de la salle de bain, je tirais mes cheveux longs en un chignon bas, si serré que la peau de mes tempes en était légèrement tendue, effaçant toute mollesse, toute tentation de laisser flotter une mèche rebelle. Mon maquillage se résumait à un unificateur de teint et un baume à lèvres mat, totalement neutre. Pas de fard, pas de mascara lourd, rien qui puisse suggérer que je cherchais à plaire.
Mes vêtements suivaient la même logique de dissimulation volontaire : des tailleurs-pantalons gris anthracite ou bleu marine, coupés dans une laine froide et rigide qui masquait la cambrure de mes hanches. Sous cette coupe volontairement stricte et impersonnelle, je dissimulais une silhouette menue et délicate que personne ici ne soupçonnait. Du haut de mon mètre soixante-cinq, je ne pesais que cinquante petits kilos — une fragilité physique totalement gommée par la raideur de mes vestes de costume. Les chemisiers blancs étaient systématiquement boutonnés jusqu'au dernier bouton, juste sous la pomme d'Adam, m'enserrant la gorge dans un carcan de coton amidonné qui aplatissait la courbe discrète de ma poitrine, un 85B modeste, mais ferme, que je refusais catégoriquement d'offrir en pâture au regard de cet étage. J'aimais cette raideur. Elle me rappelait chaque seconde qui j'étais : une professionnelle intouchable, une forteresse de logique au milieu du chaos.
Puis, j'ai rencontré Julien Vance.
Mon nouveau directeur général était l'incarnation exacte de tout ce que je méprisais sur le plan intellectuel et moral. À quarante ans passés, il arborait cette assurance insolente des hommes à qui la vie n'a jamais opposé de refus. Grand, la mâchoire carrée soulignée par une barbe de trois jours impeccablement taillée, il dégageait une énergie presque physique qui semblait saturer l'espace dès qu'il entrait dans une pièce. Mais ce n'était pas son allure qui me révulsait ; c'était sa réputation, rapidement confirmée par la réalité de mes fonctions.
Dès la première semaine, mon rôle de gardienne de son temps s'est doublé d'une fonction bien plus cynique : la gestion de son cheptel amoureux. Julien Vance était un coureur de jupons compulsif, un prédateur de bureau qui ne prenait même pas la peine de cacher ses trophées. Mon premier choc ne fut pas de découvrir ses infidélités, mais de devoir les orchestrer.
— Clémence, s'il vous plaît, m'avait-il dit un mardi après-midi de sa voix grave, un baryton un peu rauque qui vibrait jusque dans le plancher en chêne du bureau. Appelez la boutique de l'avenue Louise. Faites livrer un bouquet de pivoines blanches à l'adresse que je vous ai laissée sur le post-it. Et modifiez mon déjeuner de jeudi avec le fonds d'investissement. Repoussez-le à quinze heures. J'ai un... impératif à midi.
L'impératif s'appelait Éléonore, une directrice marketing d'une filiale parisienne de passage à Bruxelles. Le post-it contenait l'adresse d'un hôtel de luxe du centre-ville.
Je me souviens d'avoir tapé le numéro du fleuriste avec une raideur excessive, mes ongles courts claquant contre le clavier comme des micro-reproches. Je ressentais un dégoût profond, presque viscéral, pour cette mascarade. Comment un homme doté d'une telle intelligence stratégique pouvait-il être à ce point l'esclave de ses pulsions basiques ? Et surtout, comment ces femmes — souvent brillantes, éduquées, élégantes — pouvaient-elles accepter de n'être que des encoches sur son emploi du temps surchargé ?
Le défilé dans mon bureau d'accueil devint ma routine quotidienne. Il y avait les régulières, les occasionnelles, les clientes qui s'attardaient un peu trop après une réunion de négociation. Je les voyais arriver, parées de leurs plus beaux atours, marchant sur des talons aiguilles qui résonnaient sur le marbre du couloir. Elles me jetaient à peine un regard, me considérant simplement comme un meuble de l'antichambre, un obstacle administratif à franchir avant d'accéder au saint des saints.
Le plus insupportable pour moi était l'après-midi. Lorsque la porte de son bureau privé se refermait derrière l'une d'elles, le silence qui s'ensuivait me paraissait d'une lourdeur obscène. Je restais assise à mon poste, le dos droit, tapant mes rapports de fin de mois, tandis que mon esprit, malgré moi, enregistrait les bruits feutrés. Un rire étouffé, le frottement d'un meuble, le clic d'une serrure. Lorsque la femme ressortait, une heure plus tard, elle avait invariablement ce teint légèrement rosé, ce sourire repu et l'air vaguement victorieux de celle qui croit avoir capturé l'attention du maître.
Dès qu'elles partaient, l'air de mon bureau était colonisé par leurs parfums. Des effluves lourds, sucrés, capiteux — du jasmin suranné, du patchouli agressif, des notes de vanille écœurantes. Cette odeur flottait autour de moi, s'accrochant aux rideaux, pénétrant mes narines jusqu'à la nausée. Elle me rappelait constamment la soumission de ces femmes à un rituel que je jugeais dégradant. Pour me purifier, je me concentrais sur mes dossiers, affichant un visage de marbre lorsque Julien ressortait à son tour, sa chemise parfois légèrement froissée, mais l'œil vif, me jetant un regard amusé.
Car Julien avait remarqué mon manège. Il n'était pas dupe de ma désapprobation muette. Il ne tentait rien avec moi — je n'entrais visiblement pas dans ses critères de recrutement esthétique avec mes tailleurs de nonne —, mais ma rigidité semblait le divertir au plus haut point.
— Tout va bien, Clémence ? me demanda-t-il un soir alors que je lisais un énième dossier de frais de représentation qui cachait manifestement une note de joaillier. Vous avez l'air particulièrement... impénétrable aujourd'hui.
Je relevai les yeux, plantant mon regard dans le sien sans ciller. Ses yeux bleus, d'une clarté presque indécente, brillaient d'une ironie mordante.
— Tout est parfait, Monsieur Vance. Les chiffres sont exacts, ma conscience professionnelle également. Le reste ne me regarde pas.
Il laissa échapper un rire court, un son chaud qui me fit l'effet d'une friction désagréable le long de ma colonne vertébrale.
— C'est ce que j'apprécie chez vous. Votre rigueur est un spectacle fascinant dans ce monde si... fluctuant. À demain.
Il passa à côté de moi, me laissant seule dans le bureau désert. Son parfum à lui, un mélange de vétiver boisé, de tabac blond et de cuir, balaya instantanément les relents sucrés des femmes de la journée. C'était une odeur masculine, propre, autoritaire, qui me resta dans la gorge pendant tout le trajet de retour. Je détestais cet homme. Je détestais sa façon de réduire les relations humaines à de la consommation rapide. Et par-dessus tout, je détestais le fait que malgré mon armure et mes grands principes, sa simple présence physique réussissait à injecter une dose d'adrénaline pure dans mes veines, m'obligeant à redoubler d'efforts pour maintenir mon masque de glace.
Le trajet en métro jusqu'à notre appartement d'Ixelles fonctionnait généralement comme une chambre de décompression. Assise au milieu des visages fatigués des navetteurs, je m'efforçais de dépouiller mon esprit des scènes de la journée. J'enlevais mentalement le parfum de Julien Vance, le défilé de ses maîtresses, le bruit des talons sur le marbre. Je me répétais que tout cela n'était qu'un décor professionnel, un bruit de fond qui n'avait aucun impact sur ma vraie vie. Ma vraie vie, c'était Thomas.
Thomas était mon compagnon depuis trois ans. Ingénieur en environnement, c'était un homme doux, d'une gentillesse absolue, dont la prévisibilité était pour moi la plus belle des vertus. Avec lui, il n'y avait pas de double jeu, pas de manipulation, pas de rapports de force. Sa vie était aussi claire et ordonnée que les rapports scientifiques qu'il rédigeait.
Quand j'ouvris la porte de notre appartement, l'odeur réconfortante d'un gratin de courges en train de cuire m'accueillit. Thomas était dans la cuisine, vêtu de son éternel pull en laine grise un peu trop grand, ses lunettes glissant légèrement sur son nez. En le voyant, je ressentis une vague de soulagement. Il était mon ancrage, ma preuve vivante que le monde n'était pas entièrement peuplé de cyniques comme mon patron.
— Salut ma grande, dit-il en se tournant vers moi avec un sourire tendre. Bonne journée ?
Je m'approchai pour l'embrasser, cherchant sa bouche avec une insistance un peu inhabituelle, comme si je voulais effacer les relents de vétiver et de patchouli qui me hantaient encore. Ses lèvres étaient douces, familières, goûtant l'huile d'olive et le sel.
— Une journée épuisante, soupirai-je en laissant tomber mon sac sur la console. Mon chef est de plus en plus insupportable. Si tu savais le cirque que j'ai dû gérer aujourd'hui...
Pendant le dîner, assis l'un en face de l'autre sous la lumière chaude de la suspension en rotin, je me mis à déverser mon trop-plein d'agacement. J'avais besoin de verbaliser mon mépris pour Julien Vance, besoin que Thomas valide mes principes.
— C'est un cliché ambulant, Thomas, lançais-je en coupant nerveusement ma nourriture. Il passe sa vie à sauter sur tout ce qui bouge. Aujourd'hui, il a passé deux heures enfermé avec une cliente sous prétexte d'un « point stratégique ». Tout le monde sait ce qu'ils faisaient. C'est tellement réducteur pour les femmes, tellement archaïque. Je ne comprends pas comment on peut construire sa vie sur une telle vacuité.
Thomas m'écoutait, hochant la tête, mais je remarquai un changement subtil dans son regard. Ses yeux, d'ordinaire si calmes, s'étaient intensifiés. Il posa sa fourchette, observant ma posture. J'étais encore en tenue de travail, mon chemisier blanc boutonné jusqu'au cou, mon chignon impeccable, n'ayant pas pris le temps de me changer.
— C'est vrai que ça a l'air spécial comme ambiance, dit-il d'une voix qui avait légèrement baissé d'un ton. Mais... je ne sais pas, Clémence. Te voir là-dedans, si droite, si sérieuse au milieu de ce panier de crabes... Il y a quelque chose d'assez stimulant.
Je fronçai les sourcils, suspendue à ses mots. — Stimulant ? En quoi le fait que mon patron soit un pervers est-il stimulant ?
Thomas sourit, un sourire un peu plus lourd, presque timide, qu'il n'arborait que dans l'intimité de notre chambre. Il se leva, contourna la table et vint se placer derrière ma chaise. Ses mains se posèrent sur mes épaules, ses doigts massant doucement la tension accumulée dans mes trapèzes à travers le tissu épais de ma veste de tailleur.
— Pas lui, Clémence. Toi. L'idée que ma petite amie si sage, si brillante, soit devenue la secrétaire particulière d'un homme de pouvoir. Que tu gères ses secrets, que tu sois celle par qui tout passe... Ça te donne un côté... je ne sais pas comment dire. Très sexy.
Un frisson étrange, mêlé d'incompréhension et d'une soudaine chaleur, me traversa. Je sentis mes joues s'empourprer. L'ironie de la situation me frappa de plein fouet : je venais de passer la journée à condamner l'érotisation des rapports de travail, et voilà que mon propre compagnon, le parangon de la vertu domestique, transformait ma réalité professionnelle en fantasme.
Il se pencha, déposant un baiser brûlant dans le creux de mon cou, juste là où le col de mon chemisier s'arrêtait. Sa main descendit le long de mon bras, trouvant mon poignet pour m'inviter à me lever. Je le suivis dans la chambre, le cœur battant à un rythme inhabituel.
L'obscurité de la pièce était à peine percée par les lampadaires de la rue. Thomas ne me laissa pas m'habiller en pyjama comme je le faisais d'ordinaire. Ses mains devinrent plus pressantes, plus directes.
— Attends, chuchota-t-il alors que je portais la main à mes cheveux pour défaire mon chignon. Garde-les comme ça. Ne détache rien. Et garde tes lunettes.
Je le regardai dans la pénombre, surprise. Thomas n'était pas habitué aux scénarios, notre vie sexuelle était généralement guidée par une tendresse spontanée et sans fioritures. Mais ce soir, l'évocation de mon bureau semblait avoir libéré chez lui une audace nouvelle. L'idée de jouer la « secrétaire » me parut d'abord absurde, presque dégradante — un écho direct de ce que je critiquais quelques heures plus tôt. Et pourtant, à l'instant où ses doigts commencèrent à ouvrir les boutons de mon chemisier blanc, un par un, avec une lenteur calculée, je sentis mon ventre se nouer d'une excitation violente.
Il écarta le tissu, révélant mon soutien-gorge de coton blanc, simple et sage. Ses yeux brillaient. Il me fit asseoir sur le bord du lit, restant debout face à moi, inversant la dynamique de pouvoir que je subissais toute la journée.
— Dis-moi, Clémence... murmura-t-il en glissant ses mains sous ma jupe de tailleur, ses paumes chaudes remontant le long de mes collants opaques. Qu'est-ce qu'il fait d'autre, ton chef, avec ses secrétaires ?
La question me fit l'effet d'une décharge électrique. Dans mon esprit, l'image de Julien Vance adossé à son bureau, son sourire moqueur, sa voix de basse, surgit avec une netteté terrifiante. Thomas continua ses caresses, ses doigts trouvant le tissu de ma culotte, exerçant une pression rythmée qui me tira un gémissement. Je fermai les yeux.
À cet instant précis, la frontière entre mon sanctuaire et ma forteresse de verre vola en éclats. Sous les caresses de Thomas, ce n'était plus son visage que je projetais dans le noir de mes paupières, mais l'ombre massive de mon patron. Le mot secrétaire, murmuré par mon compagnon, n'évoquait plus ma compétence ou mes diplômes ; il devint un titre de propriété, un rôle de soumission érotique que j'acceptais de porter pour la première fois.
L'étreinte fut plus sauvage, plus brute que d'habitude. Thomas me prit avec une urgence qu'il n'avait jamais eue, ses mains agrippant le tissu de ma jupe relevée autour de ma taille, le frottement de la laine contre ma peau ajoutant à la friction des corps. Je m'abandonnai à ce rythme, guidée par une tension nerveuse qui n'appartenait pas à notre couple, mais au non-dit de mon bureau. Lorsque le plaisir m'emporta, intense, aigu, presque douloureux, je poussai un cri qui étouffa le nom que j'allais prononcer.
Après coup, Thomas s'endormit rapidement, le bras jeté sur ma poitrine, repu et fier de son effet. Je restai de longues heures éveillée, les yeux fixés sur les ombres du plafond. Mon corps était détendu par l'orgasme, mais mon esprit était en proie à un vertige terrible. En voulant me réfugier dans les bras de l'homme que j'aime pour oublier mon chef, c'est mon chef qui s'est invité, comme une ombre, dans le rythme de nos corps. Mon armure n'avait pas tenu deux mois ; le jeu venait de commencer, et j'en étais déjà la complice involontaire.
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Commentaires ()
Très hâte de lire la suite, Mélanie !