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Couverture de Sous la dentelle du silence, par Louist
Couverture de Sous la dentelle du silence, par Louist
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Sous la dentelle du silence — Chapitre 2 · Chapitre 2 : l'ombre du solitaire

10 minutes
201

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Louist
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Le portrait de Vincent est d'une justesse rare : on sent le poids de trois ans de retenue dans chaque geste, du whisky versé seul au fauteuil jusqu'au carnet de commandes qui déraille. La façon dont le désir s'infiltre jusque dans le travail — une référence produit, un zoom sur un bustier — est redoutablement bien trouvée. Ce chapitre tient sa promesse en avançant sur la pointe des pieds, toujours au bord du basculement sans jamais forcer la main.

Sous la dentelle du silence

Chapitre 2 · Chapitre 2 : l'ombre du solitaire

La pluie battante martèle le pare-brise de mon SUV alors que je m'éloigne du centre-ville. Dans l'habitacle silencieux, le parfum mêlé de soie, de poudre de riz et de peaux fraîches semble s'être accroché au revers de ma veste. Une empreinte invisible mais tenace qui refuse de me quitter.
Dix minutes plus tard, le portail électrique s'ouvre sur ma maison. C'est une bâtisse contemporaine de plain-pied, ni trop grande ni trop petite, idéale pour ma vie d'homme seul. Nichée au fond d'une impasse calme, elle offre une architecture épurée : de grandes baies vitrées donnant sur un jardin paysager dissimulé derrière de hautes haies. Quand nous l'avions achetée avec ma femme, elle devait accueillir une famille vivante et bruyante. Aujourd'hui, elle est devenue un sanctuaire de silence, ordonné et épuré.
La grande, Léa, vingt-cinq ans, a pris son envol depuis deux ans déjà. Préparatrice en pharmacie dans une grande officine du centre, elle s'investit corps et âme dans son métier. Elle vit désormais avec son compagnon, un garçon sans relief mais sérieux, dans un petit appartement lumineux à l'autre bout de la ville. Léa a hérité du caractère protecteur de sa mère. Après le drame, c'est elle qui a tenu la maison à bout de bras pendant les premiers mois, étouffant son propre chagrin derrière une maturité précoce. Je sais qu'elle porte encore les cicatrices de cette perte, masquées sous une régularité rassurante et une vie rangée, presque trop prévisible pour son âge.
Quant à mon fils, Lucas, dix-sept ans, la blessure est restée plus à vif. En terminale dans un lycée à cinquante kilomètres d'ici, il dort en internat la semaine et ne rentre que le vendredi soir. L'accident l'a frappé en pleine adolescence, à l'âge où l'on a tant besoin d'ancrage. Élève brillant mais taciturne, il s'est longtemps réfugié dans la colère avant de se fermer comme une huître. Ses chagrins, il les noie dans le sport intensif et de longues heures solitaires sur sa guitare électrique. Nos échanges sont parfois pudiques, empreints d'un respect mutuel où chacun cherche à épargner l'autre. Je vois dans ses yeux la même mélancolie qui me ronge, cette absence maternelle impossible à combler.
Ce soir, comme presque tous les soirs de la semaine, la maison est vide.
Je franchis le hall d'entrée. La lumière automatique à détection diffuse une clarté douce. Je retire mon manteau trempé que je suspends au patère, puis j'enlève mes chaussures pour sentir le contact frais du parquet en chêne clair sous mes pieds. La maison est tirée au cordeau, chaque chose est à sa place, témoignage de mes manies d'ancien chef de chantier qui a besoin de tout contrôler pour ne pas laisser son esprit vagabonder.
Sans même allumer le grand lustre du salon, je me dirige vers le bar en bois brut du séjour. La lumière extérieure, filtrée par les lampadaires de la rue et la pluie sur les vitres, projette des ombres allongées sur le sol.
Je m'empare de la carafe en cristal, y verse une généreuse dose de malt ambré et y laisse tomber deux glaçons qui tintent dans le verre. Puis, je vais m'enfoncer dans mon vaste fauteuil en cuir club, placé face à la baie vitrée. Du haut de mon mètre quatre-vingt-huit, je m'étale complètement, calant mes épaules larges contre le dossier rembourré. D'une main, je fais tourner le whisky, tandis que de l'autre, je dégrafe lentement les trois premiers boutons de ma chemise.
Je saisis un long trait de malt ambré, laissant la chaleur du liquide apaiser les battements sourds de mes tempes. Il faut que je me reprenne. Je pose mon verre sur la table basse, me dresse du fauteuil et vais chercher mon ordinateur portable. Je m'installe sur le grand canapé, calant un coussin derrière mes lombaires.
Ce lundi, j'ai rendez-vous avec la représentante commerciale de plusieurs marques d'enseignes féminines haut de gamme. Une étape cruciale pour préparer la saison prochaine.
J'ouvre le capot de l'ordinateur. La lumière vive de l'écran éclaire brutalement la pénombre de la pièce. Je tape l'adresse de la plateforme professionnelle B2B du groupe, bien décidé à plonger tête baissée dans les chiffres, les coupes et les nomenclatures pour me changer les idées.
Pourtant, le destin semble avoir un sens de l'humour assez particulier ce soir.
La page d'accueil de la marque s'affiche. En bannière principale, des mannequins prennent la pose dans des tenues de prêt-à-porter fluides, élégantes, parfaitement coupées. Je fais défiler la collection Primavera, mon bloc-notes posé sur les genoux, un stylo entre les doigts.
Je commence à noter des références :
Manteau mi-saison en laine mélangée, coupe croisée, teinte camel. (Réf. M780) — Sarah saurait le vendre en un regard.
Robe portefeuille en soie imprimée floral. (Réf. R412) — Un modèle qui irait comme un gant à Clémence.
Je clique sur l'onglet des ensembles tailleurs, cherchant des pièces structurées. Mais plus je fais défiler le catalogue, plus les visuels mettent en scène des modèles aux décolletés plongeants, des chemisiers en mousseline semi-transparente portés à même la peau, et des coupes qui soulignent le galbe des hanches et la finesse des tailles.
Chaque photo ravive malgré moi le souvenir de la scène de tout à l'heure. Quand je regarde la tombée d'un tissu sur l'écran, je ne peux m'empêcher d'imaginer le corps d'une de mes vendeuses dessous. La cambrure d'un mannequin me rappelle Victoire ; la douceur d'une maille me fait penser à Chloé.
Mes doigts s'attardent sur le pavé tactile. Je zoome sur le détail d'un bustier en velours. La texture apparaît en haute définition à l'écran.
Je prends une inspiration lente, me rendant compte que mon rythme cardiaque réaccélère. Même le nez plongé dans le travail, au milieu des bons de commande et du réapprovisionnement de stocks, la féminité que je côtoie jour après jour m'assiège de toutes parts.
Je note une dernière ligne sur mon carnet :
Collection capsule lingerie & maille fine : prendre rendez-vous pour le showroom physique.
Je rabats doucement l'écran de l'ordinateur, plongeant à nouveau le salon dans une demi-obscurité apaisante. La décision est prise. Lundi, la commerciale viendra à la boutique. Mais d'ici là, il reste tout le week-end à traverser... et la journée de demain avec l'équipe.
Je gagne la chambre, me déshabille et m'allonge enfin dans mon grand lit.
Pendant trois ans, le sommeil a été un refuge neutre. Ce soir, la digue cède. Dès que mes yeux se ferment, mon esprit s'embrase et glisse dans une suite de rêves d'une précision foudroyante.
Dans le premier songe, je suis seul dans l'arrière-boutique avec Sarah. La lumière est tamisée, presque irréelle. Elle s'approche sans un bruit, faisant onduler ses hanches généreuses. Elle pose ses mains sur mon torse, fait sauter les boutons de ma chemise et murmure à mon oreille : « Vous avez trop attendu, Vincent... »
Ses lèvres chaudes s'écrasent sur les miennes dans un baiser profond, gourmand, où nos langues se mélangent avec une faim accumulée. Mes mains enserrent sa taille marquée, descendant pétrir la chair ferme et charnelle de ses fesses sous la soie. Je la soulève sans effort pour l'asseoir sur le bord du bureau. Sarah écarte les cuisses, libérant son corps de sa culotte de dentelle. La tension est insoutenable : je m'enfonce en elle d'un coup sec, profond. Sarah pousse un gémissement rauque, accrochant ses ongles à mes épaules larges. Le rythme est lourd, puissant, calé sur les va-et-vient ininterrompus de nos bassins, baignés dans son parfum d'ambre et de peau chaude.
Puis le décor bascule. Je suis dans une cabine d'essayage, étroitement plaqué contre le miroir. C'est Victoire qui est là, vêtue seulement de sa guêpière écarlate. Elle me fixe dans le reflet avec un sourire joueur avant de se retourner et de plaquer ses mains contre la vitre. Ses jambes interminables s'écartent. Je glisse une main entre ses cuisses, trouvant sa peau déjà brûlante et trempée. Mes doigts la caressent brusquement, faisant monter ses soupirs en cascade, avant que je ne la pénètre par l'arrière. La sensation de sa cambrure contre mon ventre athlétique et l'étroitesse de son corps qui s'ajuste au mien rendent chaque poussée sauvage et haletante.
Le rêve glisse ensuite vers Clémence, sur le tapis de velours du rayon. L'ambiance devient d'une sensualité fluide et enivrante. Ses grands yeux clairs me fixent tandis que mes lèvres parcourent son cou, descendent sur sa clavicule et viennent capturer le bout rosé de ses seins de porcelaine. Elle frissonne, arc-boutant son dos parfait. Mes caresses sont lentes, pesantes, traçant le contour de sa taille fine jusqu'à son sexe qu'elle m'offre avec un abandon total. Quand je glisse en elle, Clémence laisse échapper un long soupir d'extase, refermant ses jambes autour de mes reins pour m'accueillir au plus profond d'elle.
Enfin, la vision nocturne explose dans un tableau collectif. Je suis assis au centre de la boutique, nu jusqu'à la taille, imposant. L'équipe entière m'entoure dans un désordre de peaux et de dentelles. Sarah est à genoux entre mes jambes, le regard levé, m'enveloppant de caresses expertes ; Victoire chevauche l'une de mes cuisses, ses lèvres collées à mon cou ; tandis que Clémence guide ma main sur sa poitrine nue. C'est un raz-de-marée de sensations, de baisers croisés, de soupirs et de frottements contre ma peau qui pousse mon désir à son paroxysme.
Je me réveille en sursaut, le souffle court, les draps emmêlés autour de mes jambes, complètement trempé de sueur.
Le jour commence à peine à poindre à travers les stores, projetant des lignes grises sur le plafond. Mon cœur bat à tout rompre et mon corps entier vibre d'une érection d'une dureté douloureuse, intacte, témoignage brutal de cette nuit d'excès imaginaires.
Je passe une main nerveuse sur mon visage, restant assis sur le bord du lit, la tête entre les mains.
Un vertige m'assomme. Pas une seule journée, depuis ce terrible accident où ma femme a perdu la vie, je n'ai cessé de penser à elle, à notre vie brisée. Pas une seule nuit je n'ai fermé les yeux sans penser à autre chose qu'à son souvenir. Mon monde s'effondre. Et là, en une nuit, je ne pense pas à ma femme, mais à trois autres femmes et au plaisir charnel brut que je pourrais leur donner.
Une vague de culpabilité amère me submerge. Je me sens presque comme un traître, troublé d'être encore capable d'un tel désir après si longtemps.
Trois ans de calme plat et de dévotion viennent de voler en éclats en quelques heures sous la pression d'une sensualité refoulée qui a fini par tout emporter. Et dans deux heures à peine, je dois passer la porte du magasin, enfiler mon costume de patron irréprochable et soutenir le regard de chacune d'entre elles…
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Chapitre 3 · Chapitre 3 : entre l'eau et le feu
Vincent nage à l'aube pour éteindre un feu qu'il ne maîtrise plus. Derrière le comptoir de sa boutique de lingerie, ses trois vendeuses jouent de leurs charmes avec une audace renouvelée, testant chaque jour un peu plus la carapace du patron veuf. Le dimanche, sa famille débarque, ramenant chaleur et normalité dans un quotidien chamboulé. Entre le monde du dehors et ses obsessions nocturnes, Vincent tient encore. Pour combien de temps ?
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