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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Fils Prodigues — Chapitre 3 · Entre deux rives

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Gagou
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Fils Prodigues

Chapitre 3 · Entre deux rives

Juillet 2006, Casablanca
Je me présentais à la porte du consulat de France pour recevoir mon passeport fraîchement tamponné. Sur la page dix, apparaissait une étiquette rouge collée avec des tampons de Marianne. La mention : « Visa étudiant, carte de séjour à solliciter à l’arrivée. ». J’avais obtenu le graal, mon passeport vers la liberté. Mon certificat de bac dans mon sac à dos. J’imaginais les nombreuses possibilités et cette future Française avec laquelle j’allais connaître l’extase.
Les péripéties de Keny m’avaient un peu émoustillé, mais l’année avait été dure. J’avais fondu, perdu cinq kilos. Ce foutu bac, les équations différentielles, le développement limité et les espaces vectoriels. Autant de fiches de révisions que j’avais écrites.
J’allais entrer en prépa Math Sup, fier de moi. Je pris l’avion avec mon père, direction Lyon. Il fallait faire vite : trouver un logement dans cette grande ville n’était pas simple. On avait raté le coche pour l’internat, ce qui, au fond, m’arrangeait. J’aurais mon propre logement. À moi la liberté, les soirées… et peut-être les filles. Cette fois, j’allais enfin pouvoir conclure.
Septembre arriva vite. Mon père était déjà reparti et je me retrouvais seul dans mon studio de dix-sept mètres carrés, rue des Émeraudes. Je me levais tôt, pour une fois. Je commençais déjà à prendre goût à mes promenades dans le parc de la Tête d’Or. J’admirais le jardin botanique, les grandes pelouses verdoyantes et le calme du lac, à quelques minutes seulement de mon nouveau chez-moi.
Il restait cinq jours avant la rentrée. J’abordais cette nouvelle étape avec un mélange d’impatience et d’angoisse. Je commençais à cuisiner dans mon mini studio. Pour la première fois, j’avais acheté du jambon. J’étais curieux, je voulais expérimenter loin des regards. J’étais en France, j’avais gagné ma liberté. Loin de moi les années à culpabiliser d’avoir cassé le ramadan. Je leur disais fuck. Et sur leurs têtes, j’allais en profiter et conclure.
Cette transgression m’avait laissé un goût de luxure. Quand j’approchais ma bouchée de jambon-beurre de la bouche, je sentis une excitation qui fait bander. Les images de Keny et Amine me revenaient. Je baissais mon short et commençais à me soulager. Je pensais à son visage, son expression, et puis Amine avec ses biceps de rêve, sa force et sa virilité. Je fermais les yeux, et c’était parti. J’en avais mis partout.
L’image d’Amine me perturba. Et ce jambon que j’avais avalé ? Ce n’était pas la première fois : je me souvenais de ce salami danois englouti par erreur à Stockholm en achetant un sandwich. Mon visage surpris quand le vendeur m’annonça : « It’s pork », mais c’était trop tard, je n’allais pas faire mon islamiste. Je payais le sandwich, mû par la curiosité. C’était salé et divinement bon. Mes parents n’étaient pas très pratiquants, mais je pensais à mon grand-père. Il me trouverait damné. Le jambon-beurre, lui, ne me faisait même plus honte : ça m’excitait.
Lundi cinq septembre, sept heures vingt-cinq du matin, je mis ma belle chemise à carreaux et me dirigeai vers la prépa. J’accomplissais le parcours d’inscription, sortis mon nouveau chéquier pour régler la cotisation de sécurité sociale. Dans le couloir, je vis Keny. Un moment de sidération, un sourire timide échangé. Nous hésitions à parler arabe ensemble. Dans un français impeccable, elle me dit :
— J’étais sur liste d’attente et à la dernière minute j’ai reçu le mail de confirmation d’admission post-bac.
Nous discutions et découvrions, l’un après l’autre, que nous n’étions pas les seuls Marocains de la classe. Nous étions sept, tous des Casablancais de la classe moyenne haute. Tout le monde ne pouvait pas obtenir le fameux visa ; il fallait avoir les moyens. À part nous, un seul Maghrébin de France. Plus tard, je compris que c’était le résultat de ségrégations sociales et de déperditions scolaires. Dans cette classe de l’élite, il n’y avait que des fils à papa. Comme ce gars, Sébastien, tellement sûr de lui-même qu’il ne se mêlait pas aux autres.
Les cours commençaient, on découvrait les célèbres profs cassants de prépa, il fallait s’habituer à la pression des concours. Les pauses déjeuner au self étaient des moments de socialisation où l’on échappait au stress des cours. Une grosse partie de la promo s’y retrouvait. Il y avait Loïc le rebelle, qui traînait souvent avec nous, les étudiants étrangers. Curieux de tout, il voulait savoir d’où l’on venait, quelles étaient nos coutumes. Mes compatriotes fanfarons s’amusaient à recréer l’ambiance casablancaise, mélangeant arabe et français.
L’ambiance dura jusqu’au jeudi. Au menu : côte de porc et poisson pour ceux qui n’en mangeaient pas. Je me servis en côte de porc, sous l’œil étonné du cuisinier, et m’assis à cette tablée sans réfléchir.
Rachid me dit :
— Attention, ne mange pas ça, c’est du porc.
— Ne t’inquiète pas, j’en mange.
Je lisais dans ses yeux du dégoût, puis du mépris. Moi, le mec effacé, réservé, j’osais braver cet interdit. Dans ma tête : je suis en France, je me comporte comme tel. Basta. Ils ne l’entendaient pas ainsi. Face à mes refus successifs, ils tentèrent de me culpabiliser, menacèrent d’informer ma famille. Keny vint à ma défense, disant que chacun avait le droit de vivre comme bon lui semblait. Elle s’imposa et eut le dernier mot, leur mettant sous les yeux leurs propres contradictions : Rachid qui buvait de temps en temps de la bière, Hicham qui sortait régulièrement avec les Spé d’économie.
« Chacun s’arrange avec Dieu », disait-elle. Depuis ce jour, elle veillait sur moi telle une sœur — jusqu’au jour où elle se rapprocha de Mickaël. Un bref échange de regards en cours de maths, des devoirs faits ensemble le dimanche, puis, un lundi, nous les vîmes main dans la main. J’étais vexé qu’elle ne m’ait pas réservé l’exclusivité de cette annonce.
Le midi, autour de la grande tablée, Rachid l’invectiva :
— Toi aussi tu veux t’acheter une intégration ?
— De quoi tu parles ? dit-elle.
— De ce Mickaël
— T’as acheté ton intégration en écartant les cuisses ?
— De quoi je me mêle !
— T’as vite oublié d’où tu venais, salope !
Depuis cet épisode, nous nous étions éloignés tous les deux de ces gamins immatures, comme les appelait Keny. Ma curiosité m’entraîna vers d’autres étudiants. Il y avait Caro, qui venait de Colombie et transpirait la joie de vivre. Elle avait suivi l’école française à Bogotá, et peut-être que cela expliquait en partie cette étrange familiarité que nous avions l’un avec l’autre. Elle faisait souvent la fête, buvait beaucoup, avec cette façon de vivre les nuits comme si elles ne devaient jamais finir. C’est avec elle que je goûtais ma première tequila. Elle devenait la grande sœur que je n’avais jamais eue — la bienveillance incarnée. Chez elle, nous écoutions du Bob pendant qu’elle fumait son pet’.
Keny, elle, passait de plus en plus de temps avec Mickaël. Normal, pour un nouveau couple.
Nos soirées du samedi avec Caro se ressemblaient : bonne bouffe et boisson. Ce soir-là, sa tournée : empanadas colombiennes, entre deux bouteilles de Corona, je parlais à Gabrielle, une copine de Caro en prépa HEC. Nous sympathisions, la conversation ne s’arrêtait plus. Je passais un agréable moment.
— Au fait Sami, est-ce que tu connais Sébastien ? Il est dans ta classe, c’est un bon ami, et mon voisin accessoirement. Il peut paraître froid, mais n’y fait pas attention, il a tendance à mettre de la distance quand il ne connaît pas. Nous nous regardions avec Caro. Elle me fit sourire malicieux, comme si elle cachait quelque chose. Puis je répondis :
— Je vois qui c’est. Mais effectivement, je n’ai jamais traîné avec.
— J’organiserai une soirée entre nous tous, tu verras, il est cool.
— Dis plutôt que tu veux le sortir de sa coquille, dit Caro en gloussant de rire en imaginant fort bien la rencontre entre les deux garçons.
Minuit passé, tout le monde rentrait chez lui. Restaient Caro, Gaby et moi. Je venais de terminer la vaisselle quand je vis les deux filles s’embrasser. Gaby était aux commandes. Dès qu’elle me vit, elle me lança un regard de braise. Jupe portefeuille, top qui épousait ses hanches et ses formes.
Je m’assis sur le canapé avec elles. Gaby commença à me papouiller. Caro échangea un regard timide avec moi, dit qu’elle avait trop bu et alla s’enfermer dans sa chambre. Gaby vint sur moi et me roula une pelle. L’excitation montait, j’allais enfin conclure. Je malaxais maladroitement ses hanches et ses seins.
Elle détacha ma ceinture, baissa mon caleçon. Je n’étais pas dur. Je ne voulais pas le lui montrer. L’alcool sans doute… Il ne fallait que je la déçoive ! J’étais un mec pourtant… Je la retournai sur le dos et me baissai pour atteindre sa culotte. Une main dessus, puis elle me guida, me montra où caresser, jusqu’à ce que je baisse sa culotte et rapproche ma bouche.
Je ne pouvais pas la satisfaire, mais je voulais qu’elle se souvienne de cette soirée. La technique de l’alphabet, lue sur un site d’histoires érotiques. Ma langue montait et descendait ; j’observais ses réactions. Dix minutes de ce traitement, les halètements en plus et un mal de cou insupportable, Gaby eut un spasme, lâcha un gémissement, me dit merci, m’embrassa une dernière fois.
— Qu’avez-vous fait, mes cochons ? nous dit Caro en sortant de sa chambre pour aller aux toilettes.
Nous rigolions tous les trois et ne tardions pas à partir.
— Tu veux venir avec moi ? me dit Gaby sur le chemin.
Sa question m’atteint en plein cœur, ça y est, j’y étais presque, il fallait que je réponde oui. J’allais assurer, les minutes étaient passées, et je serais de nouveau dur.
— Non, je me sens bien naze, mais merci pour la soirée.
Voici ce que j’avais répondu… Pourquoi… Je me maudissais, me détestais. Je n’étais pas rentré les mains dans les poches, mais presque. En colère, désabusé, je me couchai dans les bras de Morphée — au moins elle, je ne la repoussais pas.
Mes vêtements sentaient encore la cigarette de Caro. Un passage éclair à la douche, avant d’aller chez elle. Par la fenêtre entrouverte, j’entendais un dernier tram qui grinçait du côté de Charpennes - Charles Hernu, puis plus rien. Je repensais à la bouche de Gaby, à ses mains qui avaient su, elles, où aller. Moi je n’avais fait que suivre, comme toujours — suivre les gestes, suivre les filles, suivre ce qu’on attendait de moi depuis Berlin, depuis le camping, depuis Keny. Je comptais les échecs.
Le lendemain, il pleuvait sur les toits d’ardoise de la rue des Émeraudes, cette pluie fine et sale de Lyon qui salit plus qu’elle ne lave. Je me suis levé tard, la bouche pâteuse, avec cette sensation familière : le vide après le désir, plus lourd que le désir lui-même. Ce creux me pesait sur le ventre. Je décidais de sortir à la Tête d’Or, un footing pour me décarcasser.
Au fond, je vis Sébastien, le camarade dont m’a parlé Gaby, bien franchouillard, du genre qui ne m’adressait que rarement la parole. Je le saluai quand même. Il me salua froidement et continua son chemin. Je ne compris pas ce que Gaby pouvait trouver à un type aussi glacial. Mais je fus surpris de ressentir de la sympathie, comme si ce n’était pas la même personne… Gaby avait dû biaiser mon jugement.
Quelques-uns aimaient souligner que le major de promo était encore un Marocain — était-ce pour cela qu’il me regardait de travers, était-il jaloux de ça ? J’essayais de ne penser à rien, et je continuais à courir. Droit devant, autour du lac. Je courais sans compter les tours. Mon souffle était coupé. Le footing me fit du bien ; je retrouvais de l’énergie.
Pour décompresser, je cherchais de la lecture et tombais sur ce site d’histoires érotiques. Le même que celui lu cette matinée du ramadan. Le même qui m’avait fait passer de l’autre côté, celui des impies. Je fermais les volets, me mis en caleçon, commençai à lire. Un jeune couple inexpérimenté de dix-huit ans découvrait les joies de la chair avec Rémi, un trentenaire qui se revendiquait gay. Au-delà de la fille, j’étais curieux du rapprochement des deux hommes — de comment, après s’être fait masturber par elle, il s’était fait sucer par lui.
Ce récit mélangeait le besoin de découverte et de transgression. Je m’imaginais à la place du jeune homme, posé sur ses genoux, en train de lui faire du bien. Trois tags accompagnaient le texte : hétéro, bi, gay. J’explorais la catégorie bi/gay. Des hommes se faisant plaisir, des étudiants prêtres dans des séminaires, deux gars dans une salle de sport déserte, et cette pratique : s’agenouiller, regarder dans les yeux, sucer.
Avec Gaby, c’était doux et lisse. Avec un homme, quelle sensation aurait un sexe bien dur ? Que ressentirais-je quand il jouirait dans ma bouche ? Je me soulageais sur ces images mentales. Moi, la langue ouverte. Je n’avais aucune idée de son goût. Mais j’étais curieux et je voulais savoir.
J’en ai mis plein partout, mais quand l’excitation tomba, mes larmes se mirent à couler. Je ressentais du vide, de la sidération, du dégoût. J’avais envie de vomir. Et j’avais honte. Honte de moi. Pire que de passer pour un impie. J’étais un incapable, un demi-homme. Je dormis mal, me réveillai à huit heures, en retard. Cours d’algorithmie ce jour-là. J’embarquai mon ordi à la hâte et partis en courant sous la pluie battante de février.
À huit heures trente, je me mis en binôme avec Jean, un Auvergnat pur souche. Je ne remarquai pas que mon navigateur était resté ouvert sur l’histoire des séminaristes — une scène de sodomie gay à la sacristie d’une église. Jean ne rata pas une miette. Il dit fort, dans la classe :
— Putain les gars, Sami est pédé !
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Sheppard42
17 octobre 2026 à 17:53
Bonne histoire a quatre main hâte de savoir la suite
Robert Dubois
16 octobre 2026 à 22:13
Bien sympa : ça sent le vécu.

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