Fils prodigues
Chapitre 1 · Le casablancais
00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Fils prodigues — Chapitre 1 · Le casablancais

12 minutes
2.1k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteurs

Photo de profil de Gagou
Gagou
Histoires publiées
6
Chapitres publiés
9
Abonnés
54
J'aime cumulés
91
reveurlanuit
Histoires publiées
0
Chapitres publiés
0
Abonnés
2
J'aime cumulés
0

Fils prodigues

Chapitre 1 · Le casablancais

Mardi 10 juillet, RER C, je venais de monter à la station Saint-Michel après une nuit étrange. Je venais tout juste d’avoir dix-huit ans. Pour fêter mon passage en terminale, mes parents m’avaient offert mon premier grand voyage. Tel un hippy, je partais à l’aventure en sac à dos. Mon billet d’interrail à la main, j’allais à la découverte de l’Europe.
Nous étions en 2005. Je me souviens du départ en train, le 23 juin, direction Tanger. Je me souviens de la traversée en ferry, du train-couchette partagé avec des immigrés marocains, indiens et pakistanais. De cette phrase prononcée par un compatriote après lui avoir dit que je faisais du tourisme :
— Moi j’ai une carte de séjour chez ces chiens d’Espagnols.
Mon autre voisin pakistanais me parlait dans un français approximatif ; il voulait tenter la traversée vers l’Angleterre.
— J’ai des cousins à Brighton, me disait-il. Au moins, là-bas, il y a du travail.
Et moi, sur cette paillasse rigide, j’avais mes mille euros en petites coupures que ma famille m’avait donnés. Mon oncle, un brin conservateur, m’avait tendu cette liasse de six cents euros : « Tiens, profite, à ton âge, j’aurais aimé faire ça. »
J’allais goûter à la liberté, cette Europe que je fantasmais tant. J’allais enfin pouvoir conclure. J’allais devenir un Mec, un vrai ! Mes hormones me jouaient des tours. J’avais traversé tellement de frontières, de contrées : Espagne, France, Allemagne, et à chaque fois la même chose.
— Bonjour, moi c’est Sami, je viens du Maroc, disais-je dans un anglais approximatif.
Mais là, j’étais à Berlin, la capitale des dépravés — j’allais forcément y arriver. Au camping, je rencontrai Dolores, une Irlandaise très sympathique. Elle me proposa une bière. Quelques secondes de réflexion, un sourire gêné, et me voilà en train de boire ma première gorgée de ce breuvage écœurant. Je me sentais excité. Transgression ? Peur de la damnation ? À ce moment-là, les hormones m’avaient éloigné de la religion ; mon dernier ramadan datait de l’année précédente.
Je me souvenais de ces matins, après le petit-déjeuner de l’aube, où je me soulageais dans mon lit en sachant que c’était interdit. Juste après avoir expulsé ma jouissance, je ressentais cette culpabilité qui montait. J’avais osé casser le ramadan. Je partais au lycée, le cœur meurtri, ruminant des prières dans ma tête pour me faire pardonner.
Dolores me regardait avec un sourire, la boisson traversant mon gosier — l’ivresse de la première goutte d’alcool ingurgitée. Elle était mignonne sans être totalement belle, mais elle avait ces lèvres pulpeuses, je regardais son léger décolleté, mais je ne ressentis rien. Tétanisé, à court d’idées, je me mis à lui parler de mon itinéraire de voyage : Cologne, Amsterdam ou Stockholm ?
Après quelques minutes assises sur l’herbe, elle m’annonça qu’elle allait partir en ville avec ses amies. Je ne saisis pas l’occasion de lui demander à l’accompagner. Je lui dis :
— Enjoy your day, un mélange d’accents français et arabe.
Je choisissais la fuite. Je me souviens aussi de mon passage à Amsterdam. J’avais été hébergé par une connaissance de mon père. J’étais nourri, logé, blanchi. Le premier soir, il me demanda :
— Tu t’es installé, et t’as commencé à manger ? Tu n’as même pas demandé si ce n’était pas du porc ?
Je le regardai, incrédule : nous étions en Europe, pourtant. Je bredouillai quelque chose d’inintelligible. Ce monsieur me racontait l’ambiance tendue dans les mosquées d’Amsterdam :
— Depuis le 11 Septembre, on fait tous attention, on se sent surveillés et bien jugés. J’avais dit à ma femme hollandaise convertie de ne pas mettre le voile ; il ne fallait pas s’attirer les foudres ici.
Il semblait s’accommoder de ce nouveau climat. Lui-même me fliquait, et ne m’a lâché que le troisième jour, où j’avais enfin pu sortir seul. J’avais douze heures devant moi. Je mangeai un sandwich avec les fameuses frites flamandes à la mayo. Je n’osais pas commander de bière ; je craignais traîner une odeur d’alcool en rentrant le soir, et les réprimandes du vieux.
À la sortie du restau, je vis une rue qui tournait en serpentin. Dedans, des filles en cabines. Une blonde pulpeuse en minishort m’invitait à entrer. Je la regardai et je piquai un fard. Pas qu’elle me déplaisait, mais j’avais peur — un sentiment que je ne réussis pas à interpréter.
Je ne voulais pas devenir un « Salgoutte » — sale gosse, en dialecte marocain — l’inverse du fils de bonne famille. Dans ma tête me revinrent des paroles entendues en séances d’éducation islamique : les fornicateurs et fornicatrices, chacun d’eux sera puni de cent coups de fouet. J’avais goûté à ma première bière, mais je n’étais pas comme ça.
En sortant de là, mon regard se posa sur un sex-shop. Ma curiosité me poussa à y entrer. Après avoir contrôlé mon passeport pour vérifier mon âge, j’avais dix-huit ans depuis quelques mois, les portes de la luxure m’étaient ouvertes. Tout le monde regarde du porno, non ? C’était moins grave que de toucher.
Installé dans ma cabine, je mis des pièces dans la machine et je commençai à visionner les films. Deux nanas qui s’embrassaient : je zappe. Une femme, la vingtaine, empalée sur un sexe de plusieurs dizaines de centimètres, montant et descendant.
— Elle doit avoir mal…
Je zappe. Un couple en cuir, le conjoint fessant sa copine avec une sorte de fouet rigide.
— Putain, qu’est-ce que je regarde !
Je zappe. Deux hommes en train de se sucer. Mon doigt resta en l’air, à deux centimètres du bouton. Je ne zappai pas.
C’était la première fois que je voyais de telles images. J’avais l’impression d’assister à un documentaire animalier. Je me posais des questions sur comment ils faisaient, j’attendais le moment de voir la pénétration après les préliminaires. Je cherchais le dégoût que j’étais censé ressentir. Il n’est pas venu.
Soudain, l’automate me signala que je n’avais plus de crédit. J’avais dépensé mes vingt euros. J’en sortis frustré, un désir inassouvi et la loose de n’avoir pas joui — d’avoir perdu du temps à regarder des gays. Les mouchoirs posés sur la console n’avaient pas servi.
Et je me retrouvai ce fameux 9 juillet 2005. Je n’avais plus que trois cents euros pour finir le séjour. J’étais à Paris et je déambulais à la recherche d’un logement. Je venais de descendre du Thalys.
À l’office du tourisme, on me dit que le camping était au bois de Boulogne. J’avais vaguement entendu parler de cet endroit ; il paraissait peuplé de créatures mi-hommes, mi-femmes, prêtes à te sauter dessus.
J’allais à la recherche d’une chambre d’hôtel à l’auberge de jeunesse. Rien en dessous de soixante-dix euros. Je me souviens de cette aventure dans la banlieue de Stockholm, où des jeunes m’avaient invité à boire une bière avec eux et à planter ma tente dans le jardin de leur résidence. J’avais dormi à la belle étoile. Ferais-je pareil ici ?
Aux abords de Clichy, réfugié dans un Macdo, en train de boire mon coca, un homme d’une trentaine d’années, d’origine maghrébine, vint discuter avec moi. Je lui racontai mon voyage, l’Interrail, les étapes, puis je lui avouai que je n’avais pas de plan pour la nuit. C’est là qu’il me proposa de m’héberger. Surprenant, mais ça tombait bien.
Une fois chez lui, il me montra son appartement — sommaire, un lit deux places. Il monta dessus et me demanda de le rejoindre, qu’il fallait se coucher tôt car il travaillait le lendemain matin. Je restai un long moment immobile, puis, sans réfléchir, je pris ma place dans le lit ; il prit la sienne.
Après un quart d’heure, je sentis qu’il frottait ses fesses contre moi. Je n’avais pas réagi. Il l’a répété une deuxième fois. J’ai mis du temps à comprendre la situation. Un Maghrébin musulman ne pouvait pas être homosexuel. Il ne se passa rien. Et maintenant, j’étais dans ce RER bondé, direction Versailles. Je voulais voir la statue de Jean-Jacques Rousseau, ce grand philosophe découvert durant mes cours d’histoire.
J’étais revenu à Casablanca. L’été s’était terminé et je n’avais pas encore conclu. Une nouvelle année commençait, l’année de terminale. J’intégrais la spécialité mathématiques ; les maths, j’aimais ça. L’abstraction, les vues d’esprit, tout un monde de rêve et de transe. À défaut de copine, je m’évadais dans mes espaces vectoriels.
En classe, les garçons et les filles étaient séparés. Seules les filles portaient un semblant d’uniforme : de longues blouses blanches. Il fallait préserver leur pudeur. Même à dix-huit ans, elles étaient encore considérées comme un bien à protéger.
Entre mecs, nous nous racontions nos conquêtes et fantasmes. Ça suintait la testostérone. Entre les CD porno qu’on se passait sous le manteau et les fanfaronnades des gars qui se vantaient de l’avoir fait. Des vrais mecs bien machos.
Dans le cadre d’un projet scolaire d’histoire-géographie, nous devions faire un exposé sur le tissu associatif à Casablanca. Kenza avait proposé d’aller dans l’association de sa tante : Solidarité féminine, qui s’occupe des mamans célibataires — celles qui n’ont aucun statut. Elle nous a proposé ce sujet avec sa fougue habituelle. Nous étions un groupe de cinq élèves : Aziz, Kenza, Samia, Amine, et moi-même, tous majeurs depuis quelques mois déjà. À chaque fois qu’on sortait, Kenza enlevait sa blouse. J’adorais sa désinvolture, je riais à ses blagues et aimais la charrier. Un esprit de camaraderie régnait dans notre groupe.
Amine profitait toujours des moments off pour discuter avec elle de façon mielleuse. Elle y répondait avec son regard espiègle et son sourire d’ange. J’avais l’impression, au fur et à mesure des jours, de voir un jeu de séduction entre eux deux.
Un jour, Kenza et Amine disparurent durant nos séances de préparation. J’allai les chercher ; ils avaient l’habitude de traîner dans les salles du bas désertes le matin. Je me dirigeai vers elles et je les vis, enlacés, en train de s’embrasser. J’étais abasourdi.
— Je n’aurais jamais cru ça d’elle !
Je continuais à regarder, et ce spectacle me paraissait doux et intense à la fois. Elle était assise sur le banc, retroussant sa robe. Amine, un sourire en bouche, se dirigeait vers elle. Il baissa son pantalon, s’assit, lui demanda de venir sur lui. Ça se voyait qu’ils avaient déjà fait ça. Devant la fenêtre, je regardais ce couple interdit — un mélange de peur, d’excitation et d’admiration. Ils avaient osé braver les interdits. À un moment, Kenza eut un sursaut, une sorte de spasme. Fermant les yeux, elle lui dit :
— Oui, comme ça, frotte le devant, ça me donne des décharges.
On entendait leur respiration saccadée. Les yeux mi-clos, elle montait et descendait, sa robe cachant ce qui se tramait en dessous. Amine avait l’air d’une grosse bête, ses biceps ressortant à chaque mouvement, perlés d’un léger voile de sueur. On aurait dit Michel-Ange.
— Stop, arrête, ne rentre pas, je suis vierge.
Amine s’arrêta d’un coup.
— Désolé, mais ton corps m’a envoûté.
— C’est pas grave, rien ne s’est passé. Je ne veux juste pas être comme elles. Je suis une fille de bonne famille, moi. Et d’ailleurs, ne t’avise pas à dire ce qui s’est passé. J’ai une réputation à préserver. Mon père me tuerait.
— Ne t’inquiète pas ! Je te respecte. Par contre, tu peux me faire du bien.
Kenza reprit contenance avec ce flegme que j’avais appris à connaître. Amine désigna son entrejambe. Je la vis rougir, puis commencer à se baisser. Soudain, j’entendis du bruit de l’autre côté du couloir. Le CPE faisait sa ronde. Je bondis, ouvris la porte, les prévins de l’arrivée imminente. Ils eurent tous les deux un temps d’arrêt.
— Faites semblant de réviser, je sors mes cours.
On ouvrit nos manuels.
— Bonjour, vous faites quoi, ici ?
— On révise pour le devoir de seize heures, dis-je, hagard.
— D’accord, mais vous savez que vous ne devez pas venir dans cette aile, le CDI c’est fait pour ça.
Nous sortîmes tous les trois, la tête baissée, en direction du CDI. Après nous être éloignés, Kenza me dit, paniquée :
— S’il te plaît, ne raconte pas ce que tu as vu, sinon je serai fichue, tu sais que je ne suis pas une pute. Les ragots, ça circule vite.
Je la regardai avec bienveillance, pendant qu’Amine baissait les yeux :
— Ne vous inquiétez pas, nous étions en train de réviser pour le devoir, et d’ailleurs, vous m’avez bien aidé vous deux, dis-je d’un air taquin.
Cette rougeur monta dans les joues de Keny, son petit surnom qu’on lui donnerait plus tard. En rentrant chez moi, je fus pris de tremblements. J’avais rendu service, moi, le pote sur lequel on peut toujours compter. Mais je les avais regardés, et ça m’avait bien excité.
Dans mon lit, les volets fermés, ma main effleurait mon corps, et des flashs me revenaient : les biceps, le voile de sueur, la robe, le spasme. J’en avais mis partout. Dès que j’essuyai mes mains sur mon drap froissé, la culpabilité monta — cette image de biceps qui revenait. Oui, j’avais bandé, mais Kenza était aussi là.
J’entendais les appels à la prière, et la culpabilité que j’avais enfouie remonta. Je me suis soulagé durant le ramadan. Et maintenant, j’avais des images de biceps dans la tête. J’allais croupir en enfer pour l’éternité. Moi, le demi-homme, incapable de conclure avec une fille.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 2 · Le solognot
Été 2006, île d'Oléron. Sébastien, dix-huit ans, sort de la messe dominicale en silence, flanqué de parents qu'il ne peut plus vraiment regarder en face. Derrière le polo rose saumon et les bonnes manières, quelque chose fermente — un trouble qu'il tient soigneusement à distance. Sur la plage de Vert-Bois, entre raquettes et embruns, un garçon tatoué surgit dans son champ de vision. Et le temps de cet été suspendu, rien ne sera tout à fait comme avant.
14 minutes
399
5
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer le commentaire
Photo de profil de Stephane269
Stephane269
16 octobre 2026 à 00:59
Un peu comique du fait que ce soit complètement déjanté! En partant de Paris, il part découvrir l'Europe en allant à Tanger ... Le reste est à l'avenant. C'est drôle tellement c'est incohérent et décousu. Cool!

Histoires similaires

✦ maxtherequin damien XSTORY
damien
Chapitre 1
Par maxtherequin
18
1
11.5k
Gays
✦ Calinchaud L'Algérie XSTORY
L'Algérie
Chapitre 1
Par Calinchaud
90
5
43.6k
Gays
✦ trolive La jupe XSTORY
La jupe
Chapitre 8
Par trolive
159
4
13.9k
Trans & QIA+
✦ Delivrance L'éducation de David XSTORY
L'éducation de David
Chapitre 1
Par
55
0
22.6k
Gays
✦ yphos Mon copain Ahmed XSTORY
Mon copain Ahmed
Chapitre 1
Par yphos
118
6
39k
Gays
✦ Candauliste Souvenirs lointains XSTORY
Souvenirs lointains
Chapitre 1
Par Candauliste
59
3
10.8k
Gays
✦ Epsilon689 Itinéraire d'un homo raté XSTORY
Itinéraire d'un homo raté
Chapitre 2
Par Epsilon689
48
1
1.8k
Gays
✦ hélène75 Le prix de la liberté. XSTORY
Le prix de la liberté.
Chapitre 1
Par hélène75
155
15
6k
Bi

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio