00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Bi Orientation principale dans ce chapitre

La cour des trois — Chapitre 2 · Le maâlem

11 minutes
359
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

Auteur

Photo de profil de Lafayette2000
Lafayette2000
Histoires publiées
3
Chapitres publiés
9
Abonnés
3
J'aime cumulés
47
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

Ce qui retient d'emblée, c'est la précision sèche des dialogues d'Idriss — chaque réplique tient en deux mots, et ça fait plus d'effet qu'un long discours. Le dîner à trois est construit comme une joute tranquille où personne ne dit vraiment ce qu'il veut, et on sent le désir monter sans qu'il soit jamais nommé. L'auteur a une façon de laisser les silences travailler à la place des mots, et ça, ça reste.

La cour des trois

Chapitre 2 · Le maâlem

Elle descendit au souk des épices avant dix heures, quand la chaleur reste supportable. Elle avait une liste : absolue de rose, huile de cèdre, résine d'oud, un peu de néroli. Brahim, le marchand que lui avait indiqué une consœur, tenait une boutique au fond d'une ruelle qu'aucun touriste ne trouvait seul — ce qui, vu la ruelle, se comprenait : il fallait passer sous une poutre, enjamber une flaque, et ignorer trois types qui vous criaient « par ici, madame, bonne qualité ».
Brahim était petit, rond, méfiant, et il avait une voix de crécelle.
— Rose ? J'ai la rose. Quelle rose ?
— Absolue de rose de mai, dit Léonie. Trente millilitres.
— Trente ? — Il fit mine d'être blessé. — Trente, c'est rien. C'est une goutte. Vous faites quoi, une goutte ?
— Un parfum.
— Un parfum. — Il la dévisagea. — Un parfum pour une personne ? Une seule ?
— Pour cinquante personnes.
— Ah. — Il se détendit un peu. — Alors c'est du sérieux.
Elle négocia mal. Elle savait négocier, en théorie ; en pratique, elle avait toujours peur de vexer. Brahim sentit la faiblesse, en profita, ajouta une huile de cèdre « cadeau » qui n'était pas cadeau du tout. Elle paya. Il la raccompagna jusqu'à la poutre en lui tenant le bras comme une grand-mère.
— Vous revenez quand vous voulez, madame. Vous êtes polie. C'est rare.
À la sortie, quelqu'un l'attendait, adossé au mur, les bras croisés.
Grand. La barbe courte et grisonnante. La chemise de lin retroussée aux coudes, avec des traces de poussière blanche. Léonie reconnut l'homme de la cour, celui qui réparait le bassin.
— Vous vous êtes fait avoir de trente pièces, dit-il.
— Je sais.
— Vous le savez et vous avez payé quand même.
— C'est un budget. — Elle resserra son sac contre elle. — Vous êtes qui, au juste ? Un contrôleur fiscal des épices ?
— Idriss. — Il ne souriait pas, mais quelque chose dans le pli des yeux s'amusait. — Le maâlem. Celui qui répare le bassin. Zohra m'a envoyée vous chercher.
— « Envoyée » ?
— Elle dit que vous allez vous perdre. — Il poussa le mur du pied et se détacha. — Elle a raison. Vous avez pris trois fois la même ruelle.
— J'explorais.
— Vous tourniez.
Il prit son sac sans demander — pas d'un geste galant, plutôt d'un geste pratique, comme on enlève un outil des mains de quelqu'un qui ne sait pas s'en servir. Ils remontèrent par des ruelles de plus en plus étroites, de plus en plus fraîches, sous des treilles de vigne. Il marchait vite. Elle suivait.
— Vous êtes parfumeuse, dit-il au bout d'un moment.
— Oui.
— Alors vous connaissez le cèdre.
— Je connais le cèdre.
— Bien.
Ils marchèrent encore. Il s'arrêta devant une porte cochère, la poussa, et ils débouchèrent dans l'atelier.
C'était au fond d'une impasse où le soleil n'entrait jamais. Deux pièces basses, hautes comme des caves, pleines de poussière de cèdre, de chutes de zellige, d'odeurs de vernis, de gomme arabique et de sciure. Des outils partout, rangés par taille. Une porte ancienne en réparation, couchée sur deux tréteaux. Des planches, des tesselles, un pot de colle de peau.
— C'est là que vous travaillez ?
— C'est là que je vis.
— Vous dormez ici ?
— Aussi. — Il posa le sac sur une table. — Asseyez-vous, le temps que je finisse un truc.
Léonie s'assit sur un tabouret et le regarda travailler.
Il réparait la porte : les clous, les charnières, un montant fendu. Il taillait chaque pièce à la main, sur une pierre posée en travers de ses genoux, avec une lenteur qui n'était pas de la lenteur mais de l'attention. Ses mains étaient larges, sèches, coupées de petites cicatrices blanches. Elles faisaient exactement ce qu'elles disaient faire. Rien de plus. Rien de moins.
Elle le regarda une heure sans parler. Une vraie heure. Elle n'avait pas fait ça depuis des années.
— Vous connaissez le cèdre, dit-il enfin, sans lever les yeux.
— On a déjà eu cette conversation.
— Non. On a dit le mot. — Il ajusta une pièce, appuya du pouce, vérifia l'alignement. — Le cèdre, c'est un bois qui se souvient. Il sent la pluie qu'il a vue il y a quarante ans. Il sent l'endroit où il a poussé, l'altitude, le froid. Vous, vous vendez ce souvenir aux gens.
— En gros, oui.
— C'est une belle escroquerie.
— C'est un métier honnête.
— C'est ce que disent les escrocs.
Elle rit. Il leva enfin la tête et la regarda — une seconde de trop. Le regard descendit le long de sa gorge, s'arrêta, remonta, sans se presser, comme on inspecte un ouvrage bien fait. Léonie sentit ses oreilles chauffer et trouva ça ridicule.
— Et vous, dit-elle pour se rattraper. Vous réparez quoi, à part les bassins ?
— Des portes. Des plafonds. Des riads entiers. — Il reprit son ciseau. — Je restaure. Je ne construis pas. Construire, c'est mentir.
— Pourquoi ?
— Parce qu'un bâtiment neuf dit « je suis parfait ». C'est faux. Un bâtiment ancien dit « j'ai vécu ». C'est vrai.
— Et les gens qui construisent, ils mentent ?
— Ils espèrent. — Il haussa une épaule. — C'est moins bien.
Il travailla encore. Léonie se leva, fit le tour de l'atelier, toucha une tesselle, un morceau de plâtre sculpté, une planche de cèdre brute. Elle la porta à son nez. Derrière elle, Idriss eut un petit bruit.
— Quoi ?
— Rien. Vous faites ça vraiment.
— Faire quoi ?
— Sentir les choses. — Il posa son ciseau. — On croit que c'est un métier. Pour vous, c'est un tic.
— C'est un tic qui paye.
— Comme la mienne.
Elle se retourna. Il la regardait avec, pour la première fois, quelque chose de presque tendre.
— Vous voulez boire quelque chose ? demanda-t-il. J'ai du thé. Enfin — il désigna une bouilloire cabossée — du thé à peu près.
— Vous le préparez bien ?
— Non. Très mal.
— Alors oui.
Le thé fut infect. Ils le burent dans des verres dépareillés, assis chacun sur un tabouret, à deux mètres l'un de l'autre, et Léonie se surprit à rire trois fois. Il ne racontait pas d'histoires drôles. Il disait juste les choses à peu près.
— Pourquoi vous travaillez chez Zohra ? demanda-t-elle.
— Parce qu'elle me paye. Et parce que son bassin est beau.
— C'est tout ?
— C'est beaucoup. — Il but une gorgée, grimaça. — J'ai restauré le riad il y a douze ans. Le plafond de la chambre du haut, les arcs du patio, la porte. Elle m'a fait une liste de défauts, très longue. Elle m'a dit : « Voilà ce que tu as raté. » C'était vrai, aussi.
— Vous aimez qu'on vous critique.
— J'aime qu'on regarde. — Il posa son verre. — La critique, c'est quelqu'un qui regarde longtemps.
Le soir, Zohra avait dressé une table basse sur la terrasse. Salade de tomates et poivrons grillés, tajine de poulet aux citrons confits, pain, amandes, une jarre d'eau fraîche. Elle resta le temps du premier verre, raconta deux histoires de mauvais œil et de fiançailles ratées, puis descendit se coucher en déclarant qu'elle n'aimait plus les jeunes.
Nayla arriva en dernier. Cheveux mouillés, robe large, pieds nus. Elle s'assit en tailleur entre Léonie et Idriss, sans hésiter une seconde sur sa place.
— Alors, dit-elle en se servant. Vous vous êtes rencontrés ?
— Ton oncle m'a sauvée au souk, dit Léonie.
— Mon oncle ? — Idriss leva les sourcils. — Je ne suis pas son oncle.
— Tu es mon oncle, dit Nayla, la bouche pleine. Tu es mon oncle, mon frère, mon ami et mon ancien amant. C'est un poste à plein temps.
— Ancien amant, répéta Léonie.
Le silence dura une seconde. Nayla mordit dans son pain, tranquille.
— Raconte-lui, dit-elle à Idriss.
— Raconte-lui toi.
— Tu racontes mieux.
— C'est faux.
— C'est vrai, dit-elle. Tu racontes mal, mais ça a un charme.
Idriss reposa son verre et regarda Léonie.
— Elle dansait pour l'ouverture d'un hôtel. J'avais fait les patios. Elle est venue me dire que mon travail était trop sage.
— Et c'était vrai.
— C'était vrai. — Il tourna son verre. — Elle m'a emmené sur le plateau de Zaroun trois jours, pour me déranger. Ça a marché. On a été amants deux ans.
— Et puis ? demanda Léonie.
— Et puis elle a voulu danser à Kaltenberg. Deux ans. Moi, je ne voulais pas quitter mes pierres. — Il haussa une épaule. — On s'est quittés proprement. On ne s'est jamais perdus.
— Ce n'est pas la même chose, dit Nayla, doucement. Se perdre, se quitter.
— Non, dit Idriss. C'est pour ça que j'ai insisté sur « proprement ».
— Tu as insisté sur rien du tout. Tu as pleuré dans une chambre d'hôtel et tu m'as dit « fais tes valises ».
— J'ai pleuré correctement.
— Tu as pleuré trois heures.
— Correctement.
Léonie les regardait, l'un après l'autre, comme on regarde un match. Elle sentit, sous la table, le genou de Nayla contre le sien — posé là, sans intention apparente.
— Et vous, dit Idriss en se tournant vers elle. Vous êtes mariée ?
— Divorcée.
— Depuis longtemps ?
— Deux ans. Enfin — deux ans officiellement. — Elle but une gorgée de vin. — En vrai, ça a duré plus longtemps.
— Il s'appelle comment ?
— Gaspard.
— Gaspard. — Idriss fit la moue. — Un prénom de quelqu'un qui ne sent rien.
— Il ne sentait rien, confirma Léonie. C'est exactement ça.
Nayla éclata de rire.
— Vous voyez, dit-elle à Idriss. Elle est drôle.
— Elle est triste et elle est drôle, dit Idriss. C'est la meilleure combinaison.
Ils mangèrent. La nuit tombait. Nayla raconta une commande catastrophique — un mariage à Anfara, une mariée qui voulait qu'elle danse sur une chanson précise, un DJ qui avait mis la mauvaise, le père qui avait hurlé. Idriss raconta un client qui voulait un riad « authentique » et avait fait casser le plâtre ancien pour mettre du plâtre neuf. Léonie raconta Brahim et la poutre.
Puis Idriss demanda :
— Parlez-nous du parfum. Le vrai. Celui que vous êtes venue faire.
— *Nue*. Provisoirement. — Elle hésita, puis se lança, parce que la nuit aidait. — Je veux faire l'odeur de la peau. Pas l'odeur du savon, pas l'odeur du parfum. La peau elle-même. Le creux derrière l'oreille. Le pli du coude. Le dessous du genou. L'endroit où on met le nez quand on aime quelqu'un.
Nayla ne bougea pas. Idriss non plus. Les deux la regardaient avec une intensité qui n'était plus tout à fait amicale.
— L'endroit où on met le nez, répéta Idriss, lentement.
Il se pencha, prit le poignet de Léonie, le retourna, et posa son nez juste à la saignée. Il inspira. Longuement. Léonie regarda le crâne penché, les mèches grises aux tempes, la bouche tout près de sa peau, et son cœur fit un truc désagréable dans sa poitrine.
— Comme ça ? dit-il.
— Comme ça.
Il se redressa, reposa le poignet de Léonie sur la table, mais ses doigts s'attardèrent une seconde. Nayla les regardait tous les deux avec un petit sourire qu'elle ne cherchait pas à cacher.
— Et vous deux, dit Idriss. Vous vous êtes rencontrées hier.
— Oui.
— Et ?
Nayla répondit avant Léonie.
— Et je l'ai fait sentir mon poignet. Et elle a eu peur.
— Je n'ai pas eu peur.
— Tu as mis deux secondes avant de respirer.
— Deux secondes, c'est pas de la peur, c'est de la réflexion.
— Chez toi, c'est pareil.
Idriss eut un petit souffle par le nez, qui était chez lui la version complète du rire.
— Elle a raison, dit-il. Vous avez eu peur. Ce n'est pas grave. C'est même bon signe, chez les gens qui sentent.
— Pourquoi vous dites tous les deux la même chose ?
— Parce qu'on se connaît, dit Nayla.
— Parce qu'on a raison, dit Idriss.
Nayla se leva, s'étira, les bras au ciel, la robe tirée en arrière.
— Demain, je t'emmène au hammam, dit-elle à Léonie. Il faut que tu sentes le savon beldi. Et que tu apprennes à fermer les yeux plus longtemps que deux secondes.
— C'est une leçon payante ?
— C'est gratuit. La première fois.
Elle descendit. Idriss se leva à son tour, ramassa deux verres, les posa sur le plateau.
— Elle ne dort pas beaucoup, dit-il. Ne la laissez pas vous entraîner trop loin.
— Vous croyez que je peux résister ?
— Non. — Il s'arrêta à la porte de l'escalier. — Bonne nuit, Léonie.
— Bonne nuit.
Il descendit. Léonie resta seule avec son cœur qui battait trop vite, un verre à moitié plein et une phrase déjà formée qu'elle alla écrire dans son carnet, trois minutes plus tard, sur son lit :
*Fond du parfum : deux personnes. À préciser.*
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 3 · Le bandeau
À Zahria, Léonie est venue composer un parfum. Elle n'avait pas prévu que Nayla, la danseuse croisée au riad, l'entraîne dans un hammam réservé pour deux heures, avec une règle simple : ne pas penser, seulement sentir. Entre vapeur, savon noir et gestes sûrs, Léonie se demande ce qu'elle accepte de lâcher. Et jusqu'où Nayla compte la mener, quand chaque geste semble une question ?
9 minutes
657
7
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ Jane Does Sous les toits de Paris XSTORY
Sous les toits de Paris
Chapitre 1
Par Jane Does
87
5
3.4k
Hétéro
✦ Jane Does Tant à l'eau... XSTORY
Tant à l'eau...
Chapitre 1
Par Jane Does
81
5
12.2k
Bi
✦ Jane Does Drôle d'ambiance XSTORY
Drôle d'ambiance
Chapitre 3
Par Jane Does
194
6
12k
Hétéro
✦ Anthynéa Dix femmes... dix destins XSTORY
Dix femmes... dix destins
Chapitre 8
Par Anthynéa
44
2
4.6k
Hétéro
✦ Vivi75 Pas évident, les études ! XSTORY
Pas évident, les études !
Chapitre 1
Par Vivi75
184
1
18.1k
Hétéro
✦ Elannë Éloïse in the twenties XSTORY
Éloïse in the twenties
Chapitre 6
Par Elannë
7
5
2.4k
Hétéro
✦ Exorium Voisines (1) XSTORY
Voisines (1)
Chapitre 1
Par Exorium
400
17
59.2k
Hétéro
✦ Jane Does Le satin de Noêl XSTORY
Le satin de Noêl
Chapitre 1
Par Jane Does
108
7
4.6k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio