00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

La cour des trois — Chapitre 3 · Le bandeau

9 minutes
569
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

Auteur

Photo de profil de Lafayette2000
Lafayette2000
Histoires publiées
3
Chapitres publiés
9
Abonnés
3
J'aime cumulés
47
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

Les répliques de Nayla font mouche à chaque fois : « C'est pas la vapeur » revient comme un refrain et devient vite un petit jeu entre elles. Le texte se lit avec tous les sens à la fois, entre l'odeur du savon beldi, le gant de kessa et l'eau de rose, et on sent la chaleur du hammam sans jamais quitter la peau de Léonie. Un chapitre à lire lentement.

La cour des trois

Chapitre 3 · Le bandeau

Le hammam de Zohra était au fond du riad, derrière une porte basse qui n'avait pas l'air d'une porte. Nayla avait loué l'endroit pour deux heures et prévenu tout le monde : on ne monte pas, on ne crie pas, on ne vient pas chercher une serviette.
— Règle numéro un, dit-elle en se déshabillant sans façon. Tu ne parles pas de ton travail.
— Mais—
— Règle numéro deux, tu ne t'excuses pas.
— C'est deux règles très différentes.
— C'est la même.
Elle jeta un drap de coton à Léonie.
— Tu t'excuses parce que tu penses trop. Ici, on ne pense pas, on sent. C'est ton métier, non ?
Léonie se déshabilla, un peu raide. Elle avait le corps d'une femme de trente-six ans qui n'avait pas fait de sport depuis dix ans : des rondeurs qu'elle connaissait par cœur et qu'elle n'aimait pas toujours, une poitrine lourde, un ventre mou. Elle plia ses affaires avec soin, comme si on allait les juger. Nayla, elle, avait jeté les siennes en tas.
Nayla était faite de lignes longues et denses. Ventre plat, seins petits, épaules larges de danseuse, une peau mate et lisse à faire mal. Elle se tourna, sans pudeur, et attrapa un seau.
— Arrête d'inventorier.
— Je t'inventorie à peine.
— Tu me compares à toi. C'est pareil.
La première pièce était tiède. La deuxième, plus chaude. La troisième, franchement brûlante, avec une coupole percée d'étoiles qui laissait tomber des rais de lumière blanche dans la vapeur. Léonie s'assit sur une dalle, et la chaleur lui monta dans le dos comme une main.
Nayla lui versa un seau d'eau chaude sur les épaules. Puis elle prit une bassine de savon noir — épais, gluant, presque vert, l'odeur d'olive et de potasse qui monte d'un coup — et l'étala sur son dos, ses bras, ses cuisses.
— Ça, c'est le savon beldi. Tu le sens ?
— Oui.
— Décris-le.
— Olive fermentée. Cendre. Un fond de… de pierre mouillée.
— Bien. — Nayla lava, rinça. — Tu vois que tu peux.
Elle reprit du savon et massa : les épaules, la nuque, le haut du dos, les reins. Ses mains étaient fermes, précises, et elles ne s'excusaient de rien. Léonie ferma les yeux.
— Tu connais les couleurs ? demanda Nayla.
— Non.
— Vert, c'est vas-y. Ambre, c'est doucement, je flotte, tu continues mais plus lentement. Rouge, c'est stop, tout de suite, sans discuter. Répète.
— Vert, ambre, rouge.
— Encore.
— Vert, ambre, rouge.
— Ta voix tremble.
— C'est la vapeur.
— C'est pas la vapeur.
Nayla sortit d'un panier une longue bande de soie crème, très fine, pliée en accordéon.
— Je vais te bander les yeux.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as un nez et que tu passes ton temps à regarder. — Elle secoua la soie. — Tu vas voir ce que ça change.
— Et si ça ne me plaît pas ?
— Tu dis rouge et je l'enlève.
Elle noua la soie derrière la tête de Léonie, pas trop serré, en laissant un pli pour les cils. Le monde disparut d'un coup.
Le hammam devint immense. Le bruit de l'eau, l'écho de la pierre, la respiration de Nayla, la vapeur qui venait par vagues du sol. Léonie tendit la main, chercha un appui, trouva un bras tiède.
— Vert ?
— Vert.
D'abord, ce fut le gant de kessa. Rugueux, presque brutal, il racla la peau morte des bras, des jambes, du dos, par grands mouvements longs. Léonie grimaça, se tendit, puis lâcha. Des rouleaux gris tombaient sur la dalle. C'était dégoûtant et délicieux.
— Tu as la peau d'une femme qui se lave trop vite, dit Nayla.
— Merci.
— C'est pas un compliment.
Ensuite, le ghassoul : une argile grise et douce, mélangée à de l'eau de rose, qui glissait sur la peau comme de la soie mouillée. Nayla l'appliqua partout, lentement, en couches, puis laissa poser. Léonie, les yeux bandés, immobile, sentait le masque tirer doucement sur sa peau en séchant. Puis un seau d'eau fraîche sur la tête — un choc, un cri, un rire.
Puis Nayla ne fit plus rien. Juste ses mains, nues, huilées à l'huile d'argan, qui parcouraient Léonie sans se presser.
L'intérieur des bras. La paume, doigt par doigt. Le creux du coude. Les côtes, une par une, comme on compte. Le ventre, en cercles qui se rétrécissent. Le haut des cuisses, l'intérieur, tout près.
— Ambre, murmura Léonie, sans savoir pourquoi.
— Bien.
Nayla ralentit encore. Ses doigts remontèrent le long de la colonne, vertèbre après vertèbre, jusqu'à la nuque, puis redescendirent jusqu'au bas du dos, puis plus bas, sur les reins, sur les fesses. Une main s'attarda. L'autre aussi.
— Tu respires court, dit Nayla.
— C'est la chaleur.
— C'est pas la chaleur.
— Je vais te tuer.
— Beaucoup de gens disent ça.
Nayla se rapprocha. Léonie sentit son souffle contre son oreille, puis contre sa tempe. Puis une bouche, très légère, à la naissance du cou.
— Je vais te toucher entre les jambes, dit Nayla. Vert, ambre, ou rouge ?
— Vert.
Nayla écarta doucement ses cuisses et posa sa main entière, à plat, sur son sexe, sans bouger. Juste la chaleur. Juste la pression. Léonie eut un son petit, aigu, presque gêné, et se mordit la lèvre.
— Tu es trempée, dit Nayla.
— C'est la vapeur.
— C'est pas la vapeur.
— Arrête de dire ça.
Nayla rit, tout bas, tout près de son oreille. Puis elle la toucha vraiment. Du bout des doigts, lentes, circulaires, mouillées d'huile. Léonie appuya sa tête contre la pierre. Le bandeau l'empêchait de prévoir quoi que ce soit : chaque mouvement était une surprise, chaque pression une petite déflagration. Elle ne savait plus où était le haut, où était le bas. Elle était devenue tout entière une surface sensible, un grand carré de peau offert.
— Je vais te faire jouir, dit Nayla. Puis on parlera.
— On peut faire les deux en même temps ?
— Non. Toi, tu ne peux pas.
Ce fut long. Nayla ralentissait à chaque fois que Léonie s'approchait du bord, la ramenait en arrière, recommençait. Une fois, deux fois, trois fois. Léonie jura en français, en anglais, dans un patois de Vaugelles que personne ne connaissait. Elle supplia deux fois, ce qui l'humilia. La troisième fois, elle dit « ambre » et Nayla ralentit encore, et ce fut pire.
— Rouge ?
— Non ! Non, non, ambre, ambre, continue.
— Tu te contredis.
— Je sais.
Quand elle vint enfin, ce fut dans un grand mouvement de tout le corps, les cuisses serrées autour de la main de Nayla, la bouche ouverte, un cri qui résonna longtemps dans le tadelakt. Elle resta sans force, pantelante, les jambes molles, le ventre tremblant.
Nayla lui retira le bandeau. La lumière de la coupole, au-dessus, découpait des étoiles dans la pierre, et Léonie mit trois secondes à comprendre où elle était.
— Tu vois, dit Nayla. Deux minutes sans respirer. On progresse.
Léonie rit, la gorge serrée. Elle avait, soudain, une envie folle de rendre. Elle se redressa, prit le visage de Nayla à deux mains, et l'embrassa.
Elles s'embrassèrent longtemps, sans se presser, bouche contre bouche, puis bouche contre gorge, bouche contre épaule. Léonie apprit le goût de cette peau-là : sel, olive, argan, et dessous le jasmin, toujours. Elle descendit, s'agenouilla entre les jambes de Nayla sur la pierre chaude, et fit ce qu'on lui avait fait — mais sans bandeau, en regardant. Nayla, qui parlait toujours, se tut enfin. Au bout de dix minutes, elle dit « ambre », et Léonie ralentit, et Nayla jura à son tour.
Quand elle cria, elle cria le nom de Léonie.
Puis elles s'allongèrent côte à côte sur les serviettes, mouillées, épuisées, à bout de souffle, dans la vapeur qui retombait.
— J'ai un homme, dit Nayla au bout d'un moment.
— Je sais.
— Pas un amant. Idriss. — Elle fixait la coupole. — Ce n'est pas un mari. Ce n'est pas un ex. C'est l'autre moitié de ma maison.
— Vous avez l'air très proches.
— On l'est. On s'appelle tous les jours. Il répare mes meubles, je l'engueule quand il travaille trop. — Elle tourna la tête. — Et physiquement ?
— Quoi, physiquement ?
— Il y a un an et demi, on a recouché ensemble. Deux fois. Puis on a arrêté, parce qu'on ne savait pas ce qu'on faisait. — Elle haussa une épaule. — C'était bien. C'était trop bien. Ça nous a fait peur.
— Et il le sait, pour moi ?
— Il le sait depuis le premier soir. — Nayla sourit. — Il t'a regardée toute la soirée d'hier. Tu ne l'as pas vu parce que tu me regardais moi.
— Je ne te regardais pas.
— Tu me regardais.
Léonie se tut. C'était vrai.
— Et toi, dit-elle. Tu veux quoi ?
Nayla se tourna sur le flanc, posa la tête sur l'épaule de Léonie, et resta là, mouillée, chaude, collée.
— Je veux pas choisir, dit-elle. C'est ça, le truc. Ma mère me dit : choisis. Un homme, une vie, une ville. Et moi je regarde Idriss, je regarde toi, et je me dis : pourquoi je choisirais ?
— Parce que tout le monde choisit.
— Tout le monde a tort.
Un silence. L'eau gouttait quelque part, régulière comme une horloge.
— Il attend quoi, Idriss ? demanda Léonie.
— Il attend que tu sois prête. — Nayla ferma les yeux. — C'est un homme très patient. C'est insupportable.
— Et toi, tu es prête ?
— Moi, je suis toujours prête. C'est un défaut.
— Je te demandais pour moi.
Nayla ouvrit un œil.
— Ah.
Elle réfléchit une seconde.
— Je pense que tu es prête à ce qu'on te touche. Je pense que tu n'es pas prête à ce qu'on te garde. — Elle se redressa, s'étira. — C'est pas grave. On a trois semaines.
— Tu as compté ?
— J'ai compté. — Elle se leva, ramassa les serviettes. — Allez, habille-toi. Tu vas avoir faim.
Dans l'escalier, Léonie s'arrêta.
— Nayla.
— Hm ?
— Si ça ne marche pas, entre nous. Si dans trois semaines je repars, et que tout ça, c'était…
— Alors on aura eu trois semaines. — Nayla ne se retourna pas. — C'est déjà plus que ce que la plupart des gens ont en trente ans.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Fin du livre
Vous avez atteint la fin de ce livre.
Une suite est prévue prochainement. Restez à l'affût !

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ Marjo Au hammam entre copines. XSTORY
Au hammam entre copines.
Chapitre 1
Par
229
30
18.3k
Hétéro
✦ zooph34 Aâmet XSTORY
Aâmet
Chapitre 2
Par zooph34
109
3
10.1k
Lesbiennes
✦ jonas Vacances en Egypte XSTORY
Vacances en Egypte
Chapitre 4
Par jonas
113
2
9k
Lesbiennes
✦ Anthynéa Un plaisir comme un autre XSTORY
Un plaisir comme un autre
Chapitre 3
Par Anthynéa
10
3
5.7k
Hétéro
✦ EroXHime Rendez-vous voilé XSTORY
Rendez-vous voilé
Chapitre 1
Par EroXHime
1
0
73
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio