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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

La cour des trois — Chapitre 4 · La main d'Idriss

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On aime les répliques d'Idriss, courtes et un peu rugueuses, qui claquent comme un ciseau sur la pierre. Le dialogue du déjeuner se joue à coups de mots pris au vol, et chaque silence pèse. Le style reste sobre, sans fioritures, et ça colle parfaitement à l'atelier poussiéreux.

La cour des trois

Chapitre 4 · La main d'Idriss

Trois jours plus tard, Idriss passa la chercher à midi.
— Vous mangez ? demanda-t-il.
— Pas encore.
— Bien. On mange chez moi, puis on travaille.
— On travaille à quoi ?
— À vous.
Léonie le suivit sans discuter. Elle avait passé trois jours à y penser, à retourner la scène du hammam dans tous les sens, à se réveiller la nuit avec la voix de Nayla dans l'oreille. Elle avait besoin que quelque chose arrive.
Ils mangèrent dans l'atelier, assis sur des tabourets, autour d'une assiette de msemen au miel et d'un thé infect. Idriss avait les mains couvertes de poussière blanche, une trace de colle de peau sur le poignet.
— Vous avez parlé avec Nayla ?
— Tous les jours.
— Elle vous a dit ?
— Quoi ?
— Pour nous.
Il mordit dans son msemen.
— Elle vous a dit qu'elle voulait les deux.
— Elle a dit qu'elle ne voulait pas choisir.
— C'est la même chose.
Il mâcha.
— Elle vous a dit ce que je voulais, moi ?
— Elle a dit que vous attendiez que je sois prête.
— Ah.
Il eut un petit rire par le nez.
— Elle a dit ça.
— C'est faux ?
— C'est partiellement faux.
Léonie reposa son verre.
— Développez.
— Je n'attends pas que vous soyez prête. J'attends de savoir si vous êtes capable de rester.
Il la regarda.
— Prête, tout le monde est prêt. C'est rester qui est dur.
— Et si je ne reste pas ?
— Alors on aura eu trois semaines, dit-il. Et j'aurai un mauvais souvenir à trente-huit ans, et à soixante ans je le raconterai à des gens qui s'en fichent.
— C'est très triste.
— C'est normal.
Il se leva.
— Allez. Debout.
Il la fit asseoir sur une vieille banquette de cuir, au fond de l'atelier, et s'accroupit devant elle.
— Vous avez déjà été attachée ?
— Scolairement, non.
— Dans un lit.
— Non.
— Bien.
Il prit une bobine de ruban de soie, large, couleur de miel.
— Alors on commence simple. Les poignets devant. Vous gardez vos couleurs. Vous répétez.
— Vert, ambre, rouge.
— Encore.
— Vert, ambre, rouge.
— Bien.
Il lui prit les poignets et les croisa devant elle.
— Il y a trois règles. Tu ne parles pas, sauf pour tes couleurs. Tu ne te retiens pas : si tu as envie de gémir, tu gémis ; si tu as envie de jurer, tu jures. Et tu dis *ambre* avant que ça devienne trop, pas après.
— Comment je sais quand c'est « avant » ?
— Tu le sais.
Il enroula la soie en croix sur ses paumes, large et plate, sans serrer. Trois tours. Un nœud lâche.
— Tire.
Elle tira. La soie tenait, mais laissait de la place. Ce n'était pas une prison. C'était une phrase.
— Ça va ?
— Vert.
Il s'agenouilla devant elle et commença à la déshabiller, bouton par bouton, avec la même lenteur qu'il mettait à tailler la pierre. Il lui laissa le soutien-gorge, fit glisser la jupe, la culotte. Elle se retrouva presque nue, les poignets liés devant, dans une pièce poussiéreuse de la vieille Zahria, sous une ampoule jaune, avec un homme qui la regardait comme un ouvrage à restaurer.
— Tu as peur ?
— Un peu.
— De quoi ?
— De ne pas savoir quoi faire de mes mains.
— Elles ne font rien. C'est le principe.
Il se releva, contourna la banquette, se plaça derrière elle. Sa voix descendit d'un cran, sans qu'il la force.
— Maintenant, écoute. Il y a trois choses. Tu ne parles pas, sauf pour tes couleurs. Tu ne te retiens pas. Et tu me dis *ambre* avant que ça devienne trop.
— Vert.
Il posa une main sur sa nuque, à plat, lourde. L'autre sur son ventre. Il la maintint là, immobile, un long moment — dix secondes, vingt, une minute. Léonie commença à s'agiter, puis se calma, puis sentit quelque chose se dénouer dans sa poitrine.
Puis il la toucha. La clavicule, le sternum, le dessous du sein, la taille. Chaque contact était net, décidé, jamais hésitant. Quand il atteignit ses seins et les prit dans ses paumes, elle laissa échapper un souffle.
— Bien, dit-il. Continue.
Il la fit lever, la guida jusqu'à un chevalet bas, et l'y pencha, le buste posé sur un tapis roulé, les reins offerts. Les poignets liés devant, elle ne pouvait pas se rattraper. Elle essaya, glissa, rit.
— Ça va ?
— Oui. C'est juste… bizarre.
— C'est le but.
Il caressa son dos, ses fesses, l'arrière des cuisses, longtemps, à plat, sans rien d'autre. Puis, sans prévenir, sa main claqua. Une fessée sèche, précise, sur la fesse droite. Léonie sursauta et poussa un petit cri.
— Ça va ?
— Ça va.
Elle rit, nerveuse.
— Refais-le.
Il refit. Trois fois. Cinq fois. Toujours la même main, le même rythme, jamais deux au même endroit, si bien que la chaleur se répartissait en taches : les fesses, le haut des cuisses, les reins. La peau de Léonie devint brûlante, rose. Elle sentit, très loin au fond d'elle, un endroit s'ouvrir — un endroit qui n'avait rien à voir avec le plaisir et qui y menait quand même.
— Ambre.
Il s'arrêta immédiatement. Caressa, à plat, ce qu'il venait de frapper.
— Bien. Très bien. Tu as dit *ambre* au bon moment.
— J'ai dit *ambre* parce que ça commençait à…
— Oui. C'est exactement ça.
Il se pencha, posa sa bouche sur sa nuque.
— Tu apprends vite. C'est bien et c'est emmerdant.
— Pourquoi emmerdant ?
— Parce que les gens qui apprennent vite, il faut aller plus loin avec eux.
Il la délia, mais garda la soie dans une main. Il la retourna, la prit dans ses bras, la porta jusqu'à un lit de repos au fond de l'atelier — un vieux divan de cuir, sous une couverture de laine grise. Il se déshabilla, lentement, sans spectacle. Puis il s'allongea près d'elle.
— Bandeau ? demanda-t-il.
— Non. Je veux voir.
— Bien.
Il la reprit, cette fois sans jeu, sans rôle — juste un homme et une femme, dans la sciure et la lumière jaune. Il entra en elle avec une prudence qui faillit la faire pleurer. Il ne se pressa pas. Il la regardait tout le temps, dans les yeux, et elle comprit qu'il vérifiait, sans arrêt, sans un mot, le vert, l'ambre, le rouge.
Quand elle s'accrocha à ses épaules, il l'attrapa par les poignets, une seule main, les deux poignets, et les maintint au-dessus de sa tête contre le dossier du divan — juste ça, juste cette pression — et Léonie sentit monter une vague si violente qu'elle en eut peur une seconde.
— Lâche, dit-il.
— Quoi ?
— Lâche. Tout.
Elle lâcha. Elle vint en le serrant, en mordant son épaule, en criant son nom — et elle cria vraiment, sans retenue, et ça résonna contre les murs de l'atelier, sous les planches de cèdre, et un chien aboya dans la ruelle.
Longtemps après, il la couvrit d'une couverture, fit du thé, le posa sur le sol près d'elle, et s'assit à côté, le dos contre le mur. Il ne parlait pas. C'était parfait.
— Nayla, dit-il enfin.
— Oui.
— Je ne veux pas te prendre à elle. Ni elle à moi.
Il tourna la tasse entre ses doigts.
— J'ai essayé d'être raisonnable, il y a six ans. Un amour à la fois, proprement, chacun chez soi. C'était triste.
— Triste ?
— Propre et triste.
Il la regarda.
— Avec toi, il y a trois jours que ça ne ressemble pas à ça.
— Trois jours, c'est court.
— C'est court.
Il but une gorgée.
— Mais on ne mesure pas ça en jours. On le mesure en ce qu'on accepte de perdre.
— Et tu accepterais de perdre quoi ?
— Rien. C'est ça, le problème.
Il posa la tasse.
— Je veux tout. Je veux Nayla, je veux toi, je veux le riad, je veux mon atelier, je veux Zahria. Et je veux qu'on soit trois dans le même lit sans que personne se sente de trop.
— C'est beaucoup demander.
— Oui.
— Et si je repars dans deux semaines et demie ?
— Alors on aura eu deux semaines et demie.
— Tu répètes.
— Parce que c'est vrai.
Il la regarda.
— Mais je ne crois pas que tu repartes comme tu es venue.
— Tu es sûr de toi.
— Non.
Il se frotta le visage.
— J'ai peur tous les matins. C'est pour ça que je travaille avec mes mains. Le matin, je me lève, j'ai peur, je prends un ciseau, et à midi j'ai plus peur.
Léonie tendit la main, posa deux doigts sur son genou.
— Ambre, dit-elle.
Il sourit — vraiment, pour la première fois, un sourire large et abîmé.
— Bonne élève.
— Mauvaise élève, dit-elle. J'ai dit *ambre* alors que tu ne me touchais même pas.
— C'est encore mieux.
Il lui passa la couverture sur les épaules, se leva, ralluma l'ampoule, et se remit au travail comme si de rien n'était. Léonie resta sur le divan, enroulée, à le regarder tailler une pièce de bois, et elle pensa très clairement, pour la première fois, la phrase qu'elle n'osait pas écrire dans son carnet : *je crois que je vais rester.*
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