La cour des trois — Chapitre 4 · La main d'Idriss
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L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.
On aime les répliques d'Idriss, courtes et un peu rugueuses, qui claquent comme un ciseau sur la pierre. Le dialogue du déjeuner se joue à coups de mots pris au vol, et chaque silence pèse. Le style reste sobre, sans fioritures, et ça colle parfaitement à l'atelier poussiéreux.
La cour des trois
Chapitre 4 · La main d'Idriss
— Pas encore.
— Bien. On mange chez moi, puis on travaille.
— On travaille à quoi ?
— À vous.
— Tous les jours.
— Elle vous a dit ?
— Quoi ?
— Pour nous.
Il mordit dans son msemen.
— Elle vous a dit qu'elle voulait les deux.
— Elle a dit qu'elle ne voulait pas choisir.
— C'est la même chose.
Il mâcha.
— Elle vous a dit ce que je voulais, moi ?
— Elle a dit que vous attendiez que je sois prête.
— Ah.
Il eut un petit rire par le nez.
— Elle a dit ça.
— C'est faux ?
— C'est partiellement faux.
— Je n'attends pas que vous soyez prête. J'attends de savoir si vous êtes capable de rester.
Il la regarda.
— Prête, tout le monde est prêt. C'est rester qui est dur.
— Et si je ne reste pas ?
— Alors on aura eu trois semaines, dit-il. Et j'aurai un mauvais souvenir à trente-huit ans, et à soixante ans je le raconterai à des gens qui s'en fichent.
— C'est très triste.
— C'est normal.
Il se leva.
— Allez. Debout.
— Scolairement, non.
— Dans un lit.
— Non.
— Bien.
Il prit une bobine de ruban de soie, large, couleur de miel.
— Alors on commence simple. Les poignets devant. Vous gardez vos couleurs. Vous répétez.
— Vert, ambre, rouge.
— Encore.
— Vert, ambre, rouge.
— Bien.
Il lui prit les poignets et les croisa devant elle.
— Il y a trois règles. Tu ne parles pas, sauf pour tes couleurs. Tu ne te retiens pas : si tu as envie de gémir, tu gémis ; si tu as envie de jurer, tu jures. Et tu dis *ambre* avant que ça devienne trop, pas après.
— Comment je sais quand c'est « avant » ?
— Tu le sais.
Il enroula la soie en croix sur ses paumes, large et plate, sans serrer. Trois tours. Un nœud lâche.
— Tire.
— Vert.
— Un peu.
— De quoi ?
— De ne pas savoir quoi faire de mes mains.
— Elles ne font rien. C'est le principe.
Il se releva, contourna la banquette, se plaça derrière elle. Sa voix descendit d'un cran, sans qu'il la force.
— Maintenant, écoute. Il y a trois choses. Tu ne parles pas, sauf pour tes couleurs. Tu ne te retiens pas. Et tu me dis *ambre* avant que ça devienne trop.
— Vert.
— Oui. C'est juste… bizarre.
— C'est le but.
— Ça va.
Elle rit, nerveuse.
— Refais-le.
— J'ai dit *ambre* parce que ça commençait à…
— Oui. C'est exactement ça.
Il se pencha, posa sa bouche sur sa nuque.
— Tu apprends vite. C'est bien et c'est emmerdant.
— Pourquoi emmerdant ?
— Parce que les gens qui apprennent vite, il faut aller plus loin avec eux.
— Non. Je veux voir.
— Bien.
— Quoi ?
— Lâche. Tout.
— Oui.
— Je ne veux pas te prendre à elle. Ni elle à moi.
Il tourna la tasse entre ses doigts.
— J'ai essayé d'être raisonnable, il y a six ans. Un amour à la fois, proprement, chacun chez soi. C'était triste.
— Triste ?
— Propre et triste.
Il la regarda.
— Avec toi, il y a trois jours que ça ne ressemble pas à ça.
— Trois jours, c'est court.
— C'est court.
Il but une gorgée.
— Mais on ne mesure pas ça en jours. On le mesure en ce qu'on accepte de perdre.
— Et tu accepterais de perdre quoi ?
— Rien. C'est ça, le problème.
Il posa la tasse.
— Je veux tout. Je veux Nayla, je veux toi, je veux le riad, je veux mon atelier, je veux Zahria. Et je veux qu'on soit trois dans le même lit sans que personne se sente de trop.
— C'est beaucoup demander.
— Oui.
— Et si je repars dans deux semaines et demie ?
— Alors on aura eu deux semaines et demie.
— Tu répètes.
— Parce que c'est vrai.
Il la regarda.
— Mais je ne crois pas que tu repartes comme tu es venue.
— Tu es sûr de toi.
— Non.
Il se frotta le visage.
— J'ai peur tous les matins. C'est pour ça que je travaille avec mes mains. Le matin, je me lève, j'ai peur, je prends un ciseau, et à midi j'ai plus peur.
— Mauvaise élève, dit-elle. J'ai dit *ambre* alors que tu ne me touchais même pas.
— C'est encore mieux.
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