Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La sœur du patron — Chapitre 3 · La question
Auteur
La sœur du patron
Chapitre 3 · La question
Le dernier client — un régulier qui traîne toujours plus que de raison — finit par lâcher son verre vide, glisse de son tabouret avec un grognement sourd et se dirige vers la sortie. Je verrouille la porte derrière lui, tourne la clé dans la serrure, et le clic métallique résonne dans le bar vide. Les spots au-dessus du comptoir projettent une lumière ambrée, chaude, qui transforme l'espace en quelque chose d'intime, presque clos — un cocon. Je repasse derrière le bar, saisis une pinte, et tire une IPA bien fraîche. La mousse monte, dense et blanche, déborde légèrement sur mes doigts. Mon péché mignon. Je porte le verre à mes lèvres, et l'amertume houblonnée envahit ma gorge, nette, tranchante. Elle me ramène un peu à moi-même. Un peu.
Emma est toujours assise au comptoir, son Americano à moitié vide devant elle. Ses doigts tracent des cercles dans la condensation du verre, lentement, comme si elle n'avait aucune notion du temps qui passe. Son tee-shirt bleu profond épouse la courbe de ses petits seins, et sous la lumière chaude, je distingue nettement la pointe de ses tétons qui pointent à travers le tissu fin. Je détourne le regard. Pas assez vite.
Elle penche la tête sur le côté, et ses cheveux blonds raides glissent le long de son visage en mèches trop longues, dérangeantes, comme elle. Ses yeux — ce marron qui vire au vert sous cette lumière — se fixent sur moi avec une intensité tranquille. Un coin de sa lèvre se relève, à peine. Elle sait. Elle a compris l'effet qu'elle me fait, et elle en joue comme on joue d'un instrument.
— T'es sûr que c'est juste une bière, ça ? dit-elle, et sa voix — ce grain rauque, cette texture qui gratte doucement — s'enroule autour de la phrase comme de la fumée.
Je prends une autre gorgée, plus longue.
— Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?
Elle hausse une épaule, et le mouvement fait glisser son tee-shirt sur sa clavicule, découvrant une bande de peau pâle.
— Je sais pas. Tu me sembles… ailleurs.
Ailleurs. Elle a raison — je suis ailleurs. Je suis exactement ailleurs, et cet ailleurs a son visage, sa voix, la courbe de ses seins sous ce tissu trop fin.
Elle attrape son verre, boit une gorgée, et quand elle le repose, ses doigts s'attardent sur la paroi. Elle me regarde par-dessus le bord, et ses yeux ont viré au vert profond maintenant. La lumière les transforme, les rend liquides. Elle cligne lentement — une fois, deux fois — et je remarque la mâchoire légèrement carrée qui structure son visage, cette asymétrie qui la rend jolie plutôt que classique, qui la rend réelle.
— Tu penses à quoi, là, tout de suite ? demande-t-elle.
Le ton est léger. La question ne l'est pas.
— À rien, dis-je, et ma voix est trop plate pour être crédible.
Elle sourit. Pas un grand sourire — un sourire qui s'étire lentement, comme une fissure dans du verre.
— Menteur.
Je ne réponds pas. Je bois. L'amertume de l'IPA me racle le palais, et je m'accroche à cette sensation comme à une bouée. Mais elle parle encore, et chaque mot qui sort de sa bouche me tire un peu plus loin du rivage.
— Tu sais, dit-elle, en penchant son verre d'un côté puis de l'autre, faisant rouler le liquide restant, j'ai remarqué que tu me regardes. Pas comme on regarde quelqu'un qu'on sert au bar.
Elle marque une pause. Sa langue passe sur sa lèvre inférieure, rapide, à peine perceptible.
— Tu me regardes comme quelqu'un qui aimerait faire autre chose que de servir un verre.
Le silence qui suit est épais. Je sens mon pouls dans mes tempes. Je pose ma pinte sur le comptoir, et la mousse tremble dans le verre. Mes doigts laissent des empreintes humides sur la paroi froide.
— Et si c'était le cas ? dis-je.
C'est elle qui détourne le regard, cette fois. Mais c'est calculé — elle baisse les yeux vers son verre, et ses cils jettent une ombre sur ses joues. Quand elle relève la tête, il y a quelque chose de nouveau dans son expression. Une franchise crue, à vif.
— Alors je dirais que c'est bien, murmure-t-elle. Parce que je n'ai pas envie d'un verre.
Je suis aux anges. Littéralement — je flotte, je ne sens plus le sol sous mes pieds, je ne sens plus la fatigue de la journée dans mes épaules, je ne sens plus rien d'autre qu'elle. Sa voix, ses mots, la façon dont elle construit chaque phrase comme un piège délicat dans lequel je me jette de plein gré. Elle pourrait me demander de fermer le bar, de tout quitter, de marcher avec elle dans le froid jusqu'au bout de la nuit, et je le ferais. Elle pourrait me demander n'importe quoi.
Et elle le sait.
Elle penche son buste en avant, s'appuyant sur ses coudes, et le mouvement fait remonter la base de son tee-shirt, découvrant cette bande de ventre nu — peau lisse, ventre plat, le haut de ses hanches dépassant de la taille basse de son jean, presque indécent dans sa négligence calculée. Je fixe cette bande de peau comme un homme qui meurt de soif fixe une goutte d'eau. Je ne peux pas m'en empêcher. Mon corps entier se tend vers elle.
— Tu m'écoutes, au moins ? demande-t-elle, et il y a une moquerie tendre dans sa voix rauque.
— Oui, dis-je. Chaque mot.
— Vraiment ? Parce que tu as l'air… fait-elle un geste vague avec sa main, …absent. Comme si tu étais dans ta tête.
Je le suis. Je suis profondément dans ma tête, et dans ma tête, il se passe des choses que je ne peux pas lui dire. Pas encore. Pas comme ça.
Je l'imagine — et l'image se forme avec une netteté troublante, presque hallucinatoire — à genoux derrière le bar, ses cheveux blonds pris dans ma main, ma queue entre ses lèvres. Je vois cette bouche — la lèvre inférieure pleine, la mâchoire carrée — s'ouvrir pour moi, sa langue plate contre le dessous de ma queue, et je l'entends, le bruit humide, le bruit de succion obscène d'une succion lente et profonde. Je la vois soumise, les yeux levés vers moi, ses petits seins pointant à travers le tissu, et ma main qui serre ses cheveux un peu plus fort, qui tire sa tête en arrière, et elle qui gémit — un son guttural, rauque, qui correspond exactement au grain de sa voix.
Je me vois la guider, contrôler le rythme, enfoncer ma queue plus profond dans sa gorge, sentir ses lèvres se serrer autour de ma base, sa salive qui coule sur ma hampe, chaude et visqueuse. Elle prend tout, sans résistance, sa bouche ouverte et obéissante, et je la tiens là, immobile, ma queue pulsant contre sa langue, et elle attend mon ordre pour continuer.
Mais l'image bascule. Et soudain, c'est elle qui domine.
Elle est debout devant moi, et moi je suis assis sur un tabouret, et elle me dit quoi faire. Sa voix rauque me donne des ordres.
— Plus bas. Lèche-moi. Reste là.
Je m'exécute, docile, hypnotisé par le son de ses mots autant que par son corps. Je la vois me diriger, me dicter chaque geste, chaque mouvement, et je me surprends à bander en pensant à cette soumission — moi, quarante ans, un mètre quatre-vingt-dix, agenouillé devant cette fille menue et fine qui pèse probablement la moitié de mon poids, et qui me dit exactement comment lui donner du plaisir.
Je l'imagine se retourner, se pencher en avant, ses mains à plat sur le comptoir, son petit fessier ferme offert, et elle me dit, d'un ton qui n'admet aucune réplique :
— Maintenant.
Je m'exécute. Je la prépare, mes doigts, ma langue, et elle gémit à chaque mouvement, et ses ordres deviennent plus rauques, plus fragmentés :
— Là — oui — plus —
Et je suis son instrument, je fais exactement ce qu'elle veut, quand elle le veut, et l'idée de ce contrôle qu'elle exerce sur moi me durcit au point que je dois déplacer ma position derrière le bar pour que ce ne soit pas visible.
Mon souffle est plus court. Je prends une gorgée d'IPA, longue, et le froid de la bière contraste avec la chaleur qui monte en moi. Mes doigts laissent des traces de condensation sur la pinte.
Emma me regarde. Ses yeux ont capté quelque chose — un changement dans ma respiration, un micro-mouvement de mon corps, un détail dans mon regard. Elle plisse légèrement les yeux, et son sourire revient, plus précis cette fois, plus aiguisé.
— Tu étais encore ailleurs, dit-elle. Ce n'est pas une question.
— Non, dis-je. Le mensonge est tellement gros que je n'essaie même pas de le vendre.
Elle rit — un rire court, sec, qui vient du fond de sa gorge, et qui sonne comme un murmure amplifié.
— Tu sais quoi ? Je crois que je préfère quand tu mens. Ça veut dire que la vérité est intéressante.
Je ne dis rien. Je fais tourner la bière dans mon verre, et les bulles montent à la surface, éclatent une par une. Le bar est silencieux autour de nous — pas de musique, pas de conversations parasites, juste le bourdonnement bas du frigo derrière moi et le bruit de nos respirations.
Elle se redresse sur son tabouret, croise les bras sous sa poitrine — et le mouvement comprime légèrement ses seins, les soulève, fait tendre le tissu bleu encore plus contre ses tétons. Je ne regarde pas. Je ne regarde pas. Je regarde.
— Alexandre, dit-elle, et le fait qu'elle utilise mon prénom — pas le barman, pas un geste de la main pour attirer mon attention — me traverse comme un courant électrique.
— Oui.
— Il se fait tard.
— Oui.
— Il se fait tard.
Les mots atterrissent. Je regarde l'horloge derrière le bar — l'aiguille des minutes avance sans que je m'en rende compte. Il est tard. Plus tard que je ne le pensais. Le temps s'est dilaté, étiré, compressé par sa présence et par mes pensées.
Elle finit son Americano en une gorgée, pose le verre vide sur le comptoir avec un tintement sec, et me regarde. Ses yeux oscillent — marron, vert, marron — et sa mâchoire carrée se tend légèrement. Elle ne sourit plus. Son visage est ouvert, direct, sans calcul apparent pour la première fois depuis le début de la soirée.
— Alors, dit-elle, et sa voix rauque prend un ton qui n'est ni taquin ni provocateur — un ton simple, réel, qui me demande une réponse réelle. Que fait-on ?
La question reste suspendue entre nous. Je sens le poids de ma pinte dans ma main, le froid du verre contre ma paume. Je sens le silence du bar, les murs qui nous enferment dans cette lumière ambrée. Je sens Claire quelque part — dans mon téléphone éteint, dans les messages non lus, dans un projet d'appartement qui me semble soudain appartenir à une autre vie.
Je regarde Emma. Ses cheveux blonds qui tombent. Ses yeux verts maintenant, profondément verts. Cette bande de ventre nu. Son visage qui attend ma réponse.
— Que veux-tu faire ?
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Commentaires ()
Lecture agréable.