Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La sœur du patron — Chapitre 2 · Le jeu
Auteur
La sœur du patron
Chapitre 2 · Le jeu
Les semaines défilent, et le souvenir de cette soirée ne s'estompe pas. Chaque soir, en essuyant le comptoir, en rinçant les verres, en rangeant les bouteilles, je repense à ce tee-shirt blanc qui moulait ses seins, à cette bande de ventre nu entre le tissu et la taille basse de son baggy. L'image revient inlassablement, sans que je la convoque. Je me surprends à scruter la porte d'entrée chaque fois qu'elle s'ouvre, à identifier les silhouettes avant même qu'elles ne franchissent le seuil. Et chaque fois que ce n'est pas elle, quelque chose dans ma poitrine se relâche — ou se serre, je n'arrive pas à distinguer les deux.
Que va-t-elle porter quand je la reverrai ? La question tourne en boucle. J'avais particulièrement aimé ce style skateuse un peu sexy, ce mélange de négligence assumée et de trucs qui tombent juste comme il faut. Le baggy qui pendouille sur ses hanches, le tissu fin du tee-shirt qui épouse la forme de ses seins et révèle le point dur de ses tétons. Ce ventre mince, plat, qui apparaissait à chaque fois qu'elle bougeait. Je me surprends à reconstruire l'image de mémoire, à la peaufiner, à l'enrichir de détails que je n'avais peut-être même pas remarqués sur le moment.
Claire m'envoie des messages. Elle parle de visites d'appartements ce week-end. Je réponds avec des emojis, des « oui, bonne idée », des « on regarde ça ». Les mots sortent secs, fonctionnels. Je ne pense pas à Claire. Ou plutôt, je ne veux pas y penser. La distinction est mince mais elle fait toute la différence.
Et puis un soir, la porte s'ouvre et c'est elle.
Emma entre suivie de son frère. Mon cœur fait un truc bizarre — pas un bond, plutôt un étirement lent, comme un muscle qu'on sollicite après l'avoir trop longtemps gardé au repos. Elle porte un jean classique ce soir, pas son baggy habituel. Une petite paire de baskets blanches, propres, presque enfantines. Et un tee-shirt moulant bleu — un bleu profond, presque marine, qui sous la lumière chaude du bar prend des reflets électriques. Le tissu est fin, tendu sur sa poitrine, et je vois la ligne de son soutien-gorge — ou plutôt l'absence de ligne, le grain du tissu qui épouse la forme de ses petits seins sans rien intercepter entre eux et ma vue. Elle est vraiment craquante. Le bleu fait ressortir ses yeux, qui oscillent entre le marron et le vert selon l'angle, et ce soir, sous les spots au-dessus du comptoir, ils tirent vers un vert profond qui me désarme.
Son frère s'installe au bout du bar, commande une bière, parle de choses que je n'entends pas. Emma est à côté, et je sens son regard se poser sur moi avant même que je ne relève les yeux. Je sers la bière, j'essuie le comptoir, je fais mon travail. Mais mes gestes sont mécaniques, et toute ma concentration est ailleurs — sur elle, sur la façon dont elle a penché la tête, sur ces mèches blondes qui tombent le long de son visage et qu'elle repousse d'un geste machinal du dos de la main.
Après quelques verres, son frère pose un billet, fait un signe de la main.
— À demain.
Que va-t-elle porter quand je la reverrai ? La question tourne en boucle. J'avais particulièrement aimé ce style skateuse un peu sexy, ce mélange de négligence assumée et de trucs qui tombent juste comme il faut. Le baggy qui pendouille sur ses hanches, le tissu fin du tee-shirt qui épouse la forme de ses seins et révèle le point dur de ses tétons. Ce ventre mince, plat, qui apparaissait à chaque fois qu'elle bougeait. Je me surprends à reconstruire l'image de mémoire, à la peaufiner, à l'enrichir de détails que je n'avais peut-être même pas remarqués sur le moment.
Claire m'envoie des messages. Elle parle de visites d'appartements ce week-end. Je réponds avec des emojis, des « oui, bonne idée », des « on regarde ça ». Les mots sortent secs, fonctionnels. Je ne pense pas à Claire. Ou plutôt, je ne veux pas y penser. La distinction est mince mais elle fait toute la différence.
Et puis un soir, la porte s'ouvre et c'est elle.
Emma entre suivie de son frère. Mon cœur fait un truc bizarre — pas un bond, plutôt un étirement lent, comme un muscle qu'on sollicite après l'avoir trop longtemps gardé au repos. Elle porte un jean classique ce soir, pas son baggy habituel. Une petite paire de baskets blanches, propres, presque enfantines. Et un tee-shirt moulant bleu — un bleu profond, presque marine, qui sous la lumière chaude du bar prend des reflets électriques. Le tissu est fin, tendu sur sa poitrine, et je vois la ligne de son soutien-gorge — ou plutôt l'absence de ligne, le grain du tissu qui épouse la forme de ses petits seins sans rien intercepter entre eux et ma vue. Elle est vraiment craquante. Le bleu fait ressortir ses yeux, qui oscillent entre le marron et le vert selon l'angle, et ce soir, sous les spots au-dessus du comptoir, ils tirent vers un vert profond qui me désarme.
Son frère s'installe au bout du bar, commande une bière, parle de choses que je n'entends pas. Emma est à côté, et je sens son regard se poser sur moi avant même que je ne relève les yeux. Je sers la bière, j'essuie le comptoir, je fais mon travail. Mais mes gestes sont mécaniques, et toute ma concentration est ailleurs — sur elle, sur la façon dont elle a penché la tête, sur ces mèches blondes qui tombent le long de son visage et qu'elle repousse d'un geste machinal du dos de la main.
Après quelques verres, son frère pose un billet, fait un signe de la main.
— À demain.
Et il sort. La porte se referme derrière lui. Le bar n'est pas vide — il reste quelques clients attablés — mais l'espace autour d'Emma s'est comme agrandi, libéré de la présence fraternelle. Elle ne bouge pas. Elle reste là, son verre à moitié vide devant elle, les doigts qui dessinent des cercles sur la condensation.
Je m'approche pour débarrasser la place de son frère. C'est le métier. C'est ce que je me dis.
Je m'approche pour débarrasser la place de son frère. C'est le métier. C'est ce que je me dis.
— Tu reprends quelque chose ?
Ma voix est neutre, professionnelle. Mais je sais qu'elle ne l'est pas tout à fait. Il y a un infime changement de ton, un adoucissement que je ne contrôle pas. Emma relève la tête. Ses mèches glissent le long de sa mâchoire légèrement carrée, et elle me fixe de ses yeux verts.
— Peut-être. Qu'est-ce que tu me conseilles ?
Ce « tu ». Elle dit « tu » comme si c'était acquis, comme si on avait dépassé ce stade depuis longtemps. Sa voix — cette voix haute et rauque, avec ce grain particulier dans les basses — fait quelque chose à ma colonne vertébrale. Un frisson qui descend et qui se loge quelque part dans le bas de mon dos.
— Ça dépend de ce que tu aimes.
Je le dis en la regardant. Pour la première fois, je m'autorise à la regarder vraiment. Pas comme la dernière fois, où je volais des fragments d'elle entre deux commandes, où je détournais les yeux dès qu'elle me fixait. Ce soir, je la regarde de face. Son visage n'est pas classique — il est joli, avec cette asymétrie qui rend le regard plus vif, la mâchoire qui structure sans durcir. Et ses lèvres. Ses lèvres que je fixe maintenant sans détourner les yeux, fines, légèrement entrouvertes quand elle réfléchit, avec ce grain de beauté à gauche que je n'avais jamais remarqué.
— J'aime les trucs un peu amers, dit-elle en penchant la tête.
— Mais tu le sais déjà.
— Mais tu le sais déjà.
Est-ce que je le sais ? Je ne sais pas. Mais le fait qu'elle le dise me fait comprendre qu'elle a observé ce que je préparais pour les autres, qu'elle a mémorisé mes gestes, mes habitudes. L'idée qu'elle m'ait regardé travailler me fait quelque chose dans la poitrine.
Je prépare un Americano. Je verse le Campari, le vermouth, je remue doucement. Mes gestes sont précis, mes mains stables. Mais à l'intérieur, quelque chose vacille. Je sens cette attirance mutuelle qui s'installe, cette tension qui n'a pas besoin de mots pour exister. Elle est là, entre nous, dans l'espace du comptoir qui nous sépare, dans la façon dont elle s'est penchée en avant sur ses coudes, faisant remonter le bas de son tee-shirt bleu et découvrant à nouveau cette bande de peau nue au niveau de ses reins.
Je pose le verre devant elle. Nos doigts se frôlent — peut-être par accident, peut-être pas. Sa peau est fraîche, sèche, fine. Le contact dure une fraction de seconde mais il résonne en moi comme une note grave.
Je prépare un Americano. Je verse le Campari, le vermouth, je remue doucement. Mes gestes sont précis, mes mains stables. Mais à l'intérieur, quelque chose vacille. Je sens cette attirance mutuelle qui s'installe, cette tension qui n'a pas besoin de mots pour exister. Elle est là, entre nous, dans l'espace du comptoir qui nous sépare, dans la façon dont elle s'est penchée en avant sur ses coudes, faisant remonter le bas de son tee-shirt bleu et découvrant à nouveau cette bande de peau nue au niveau de ses reins.
Je pose le verre devant elle. Nos doigts se frôlent — peut-être par accident, peut-être pas. Sa peau est fraîche, sèche, fine. Le contact dure une fraction de seconde mais il résonne en moi comme une note grave.
— Tu connais bien les cocktails, dit-elle en portant le verre à ses lèvres.
Je la regarde boire. Je regarde le liquide ambré toucher ses lèvres, ses lèvres qui se ferment sur le bord du verre, sa gorge qui fait un mouvement quand elle avale. Je me laisse porter. Je ne pense pas à Claire. Je ne veux pas y penser. La tentation est trop forte, et je n'ai plus la force de lutter contre, pas ce soir.
— C'est le métier, dis-je en m'appuyant contre le comptoir, face à elle.
— Mais il y a des soirs où c'est plus agréable que d'autres.
— Mais il y a des soirs où c'est plus agréable que d'autres.
Elle sourit. Pas un grand sourire — un demi-sourire, à peine une asymétrie des lèvres qui remonte d'un côté.
— Je vois ça.
Le jeu commence. Ce petit jeu de séduction qui n'a pas de règles explicites mais qu'on reconnaît tous les deux. Les phrases à double sens, les regards qui s'attardent une seconde de trop, les silences qui ne sont pas vides mais chargés. Je sens qu'elle joue, et je sens que je joue aussi, et que ni l'un ni l'autre ne veut être le premier à nommer ce qui se passe.
— Qu'est-ce que tu fais quand tu ne travailles pas ? demande-t-elle.
Et c'est là que je comprends qu'elle veut me faire parler. Mais je ne me laisse pas faire.
— Et toi ? Qu'est-ce que tu fais de tes journées ?
Elle répond. Elle parle de son travail, de ses projets, de choses que je ne retiendrai pas. Ce n'est pas le contenu qui m'importe — c'est sa voix. Cette voix haute et rauque, avec ce grain dans le timbre qui la rend singulière, érotique sans qu'elle le cherche. Chaque syllabe a une texture, chaque voyelle a une couleur. Je l'écoute comme on écoute un instrument, en essayant de ne pas perdre le fil de la conversation tout en me laissant absorber par le son.
— Tu m'écoutes ? demande-t-elle en plissant les yeux.
— Oui. Toujours.
— Oui. Toujours.
Le mot « toujours » sort de ma bouche avant que je ne le contrôle. Il est trop chargé, trop franc. Emma le reçoit sans ciller, mais je vois quelque chose changer dans ses yeux — un approfondissement du vert, un éclair de conscience qu'on est passés dans un autre registre.
— Tu as une façon de regarder les gens, dit-elle en baissant un peu la voix. Comme si tu les voyais vraiment.
— Je ne regarde pas les gens comme ça.
— Non ?
— Non. Juste toi.
— Je ne regarde pas les gens comme ça.
— Non ?
— Non. Juste toi.
Le silence qui suit n'est pas inconfortable. Il est dense, plein, comme l'air avant l'orage. Emma fait tourner son verre entre ses doigts, les yeux baissés, et je vois une rougeur légère monter sur sa poitrine, juste au-dessus du col de son tee-shirt bleu. Le tissu se tend un peu plus quand elle redresse le dos, et je vois la forme de ses seins, petits et délicats, le point dur de ses tétons qui durcit sous le tissu fin. Est-ce le froid ? Est-ce autre chose ? Je ne pose pas la question mais la réponse me brûle.
— Tu finis à quelle heure ? demande-t-elle.
— Bientôt.
— Bientôt.
Ce n'est pas vrai. Il me reste plus d'une heure. Mais le mot sort comme une promesse, comme une ouverture, comme un pied dans une porte qu'elle est en train d'entrouvrir.
Elle sourit — un vrai sourire cette fois, qui transforme son visage, qui creuse une fossette à gauche, qui fait plisser ses yeux vert marron. Et je sais que je suis foutu. Que Claire, l'appartement, le projet de vie ensemble — tout ça est en train de s'effacer, pas d'un coup mais lentement, comme une lumière qu'on baisse par paliers. Et que je le laisse faire.
Elle sourit — un vrai sourire cette fois, qui transforme son visage, qui creuse une fossette à gauche, qui fait plisser ses yeux vert marron. Et je sais que je suis foutu. Que Claire, l'appartement, le projet de vie ensemble — tout ça est en train de s'effacer, pas d'un coup mais lentement, comme une lumière qu'on baisse par paliers. Et que je le laisse faire.
— Je peux t'attendre, dit-elle.
Ce n'est pas une question. C'est une affirmation, posée dans cette voix rauque qui vibre dans l'air entre nous. Et je ne dis rien, parce que dire quoi que ce soit serait soit reculer, soit avancer trop vite. Alors je la regarde, je la regarde vraiment, ses lèvres, ses yeux, ses mèches blondes qui tombent, et je hoche la tête. Lentement. Une seule fois.
Le jeu continue.
Le jeu continue.
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