Quelques jours plus tard, je suis retourné chez lui. Il n’y avait plus la précipitation de la première fois, ni l’urgence presque fébrile du lendemain. Juste une envie claire, posée. Quand il a ouvert la porte, j’ai su que je n’étais plus en train de fuir quelque chose. J’y allais.
Nous nous sommes embrassés longuement dans l’entrée. Ses lèvres étaient tièdes, un peu sèches au début, puis plus souples. Sa langue a trouvé la mienne sans forcer. Ses mains étaient chaudes sur ma nuque, les miennes sur ses hanches. Je sentais déjà mon sexe durcir contre lui, et le sien répondre. On a fini par s’allonger sur le lit, encore habillés, à s’embrasser et se caresser sans se presser. Le frottement du tissu de son jean contre le mien m’envoyait de petites décharges dans le bas-ventre.
À un moment, alors que sa main glissait sous mon t-shirt, le long de mon ventre, j’ai dit, presque à voix basse :
— J’aime quand tu me prends.
Vraiment.
Il a ralenti ses gestes et m’a regardé. Ses doigts restaient posés sur ma peau, immobiles.
— Je sais, a-t-il répondu simplement.
Je suis resté silencieux un instant. Dans ma tête, les mots tournaient depuis des jours. Je les avais répétés en marchant, sous la douche, le soir dans mon lit. Maintenant qu’il était là, face à moi, ils me semblaient plus lourds.
— C’est plus que ça. Quand je suis sous toi… quand je te sens entrer en moi… j’ai l’impression de…
J’ai hésité. La phrase suivante me faisait peur.
… de me sentir femme.
Charles n’a pas détourné le regard. Il a juste continué de me caresser lentement le flanc, du bout des doigts, attendant que je continue. La chaleur de sa paume sur ma peau me donnait du courage.
— Avant, quand je regardais du porno hétéro, j’ai toujours cru que je désirais seulement les femmes. Et c’est vrai, je les désire. Leurs seins, leurs hanches, leur façon de s’ouvrir… ça me touche toujours. Mais maintenant je comprends autre chose. Ce qui me bouleversait le plus, ce n’était pas seulement de les regarder. C’était de m’imaginer à leur place. D’être celle qui reçoit. Celle qu’on pénètre. Celle dont le corps s’ouvre et accueille.
Je n’avais jamais mis de mots dessus. Ça restait flou, gênant. Maintenant que je le dis, j’ai l’impression que tout s’aligne.
Il a penché un peu la tête, pensif, puis a posé son front contre le mien. Son souffle chaud se mêlait au mien.
— Et ça te plaît, de le formuler comme ça ?
J’ai hoché la tête.
— Oui. Ça me fait peur un peu. Comme si je franchissais une ligne que je n’étais pas censé franchir. Mais surtout… ça me soulage. Comme si une partie de moi arrêtait enfin de se cacher.
Il m’a embrassé alors, plus lentement, plus profondément. Ses mains ont commencé à m’enlever mon t-shirt, puis le sien. On s’est déshabillés sans se quitter des yeux. Quand nous nous sommes retrouvés nus l’un contre l’autre, j’ai senti la chaleur de sa peau sur toute la longueur de mon corps. Son sexe dur appuyait contre mon ventre, le mien contre sa cuisse. L’odeur de sa peau, un peu musquée, un peu savonneuse, m’a envahi.
Cette fois, tout a été plus conscient.
Il m’a caressé longtemps, partout. Ses lèvres ont parcouru mon cou, se sont attardées sous mon oreille, sont descendues sur ma poitrine. Quand il a pris un de mes tétons entre ses lèvres, une sensation inattendue a filé jusqu’à mon sexe. Puis sa bouche a continué vers mon ventre, a embrassé juste au-dessus de mon pubis, avant de refermer sur moi.
La chaleur de sa bouche m’a arraché un gémissement. Je me suis abandonné complètement. Je ne cherchais plus à donner un rythme, ni à contrôler quoi que ce soit. Je recevais. Sa langue tournait autour du gland, appuyait sous le frein, puis il s’enfonçait plus bas, me prenant presque entièrement. Je sentais la pression de sa gorge, le bruit humide de sa salive, le mouvement régulier de sa tête. Dans ma tête, l’image revenait : celle d’un corps offert, allongé, qui se laisse aimer. L’image que j’avais projetée tant de fois sur les actrices. Sauf que maintenant, c’était ma peau qui frissonnait, mon sexe qui durcissait encore plus dans sa bouche.
Ensuite, il s’est placé entre mes jambes.
J’ai relevé les genoux, les écartant sans qu’il ait besoin de me le demander. Il a posé le bout de son sexe contre mon anus. Je l’ai senti chaud, un peu humide. Il a attendu que je le regarde. Nos yeux se sont croisés. Puis il a poussé lentement.
La pénétration a été profonde, régulière, presque solennelle.
D’abord la pression, l’étirement, cette frontière qui cède. Puis la sensation de le sentir glisser en moi, centimètre par centimètre, jusqu’à ce qu’il soit entièrement à l’intérieur. Une plénitude chaude, lourde, qui occupait tout mon bas-ventre.
À chaque mouvement, je sentais non seulement le plaisir physique — le frottement, la pression contre ce point sensible au fond de moi — mais aussi cette image intérieure qui s’imposait avec une clarté troublante : celle d’un corps qui s’ouvre, qui accueille, qui est pris. L’image exacte que j’avais tant de fois fantasmée en regardant des femmes se faire pénétrer. Sauf que maintenant, c’était mon anus qui se resserrait autour de lui, mon ventre qui se tendait, mes gémissements qui remplissaient la pièce.
Je gémissais sans retenue.
Mes mains tenaient ses bras, puis ont glissé dans son dos. Je me laissais traverser. Chaque poussée faisait monter une vague plus large. Dans ma tête, les mots tournaient en boucle, presque tendres : C’est ça. C’est exactement ça que je voulais. Me sentir comme elle. Recevoir.
Il me baisait avec une attention constante, veillant à mon visage, à ma respiration, à la façon dont mon corps se tendait ou se relâchait. Quand il a accéléré un peu, j’ai senti l’orgasme monter, différent des autres, plus large, plus envahissant. Il partait de l’endroit où il me touchait le plus profond et se répandait dans tout mon bassin, puis dans mon ventre, jusqu’à ma poitrine.
J’ai joui en le regardant.
Mon sexe a jailli entre nos ventres, chaud, abondant, tandis que mon anus se contractait par à-coups autour de lui. Les secousses étaient longues, profondes. Il a continué de bouger en moi encore quelques instants, puis j’ai senti son corps se tendre. Il a joui à son tour, profondément, en me tenant contre lui. Chaque spasme de son sexe à l’intérieur de moi prolongeait mon propre plaisir, comme une deuxième vague.
Nous sommes restés longtemps enlacés après.
Son sexe s’est adouci peu à peu en moi, puis il s’est retiré lentement. Le liquide a coulé le long de ma cuisse, tiède. Je n’ai pas bougé. Mon corps était lourd, ouvert, encore sensible.
Allongé sur le dos, la tête contre son épaule, j’ai murmuré :
— C’est ça que j’aime. Me sentir… comme ça.
Il a posé un baiser dans mes cheveux. Sa main traçait des cercles lents sur mon torse.
— Alors on fera ça, a-t-il dit doucement. Sans te forcer à être autre chose.
J’ai fermé les yeux.
Pour la première fois, l’idée de me sentir femme dans ces moments-là ne me faisait plus honte.
Elle m’appartenait.
Elle était claire, charnelle, et étrangement apaisante.
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