Réciprocité - Lui et Moi
Chapitre 1 · Expérimentations
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✦ Haleros Réciprocité - Lui et Moi XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Réciprocité - Lui et Moi — Chapitre 1 · Expérimentations

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Haleros
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Réciprocité - Lui et Moi

Chapitre 1 · Expérimentations

Nous sommes sur l'oreiller. Sa poitrine sous ma joue. Nos souffles qui ralentissent. Cette heure flottante d'après l'amour où les corps sont lourds, les esprits légers, les langues déliées.
C'est moi qui pose la question. Je ne sais même pas d'où elle vient. D'une curiosité que je ne me connaissais pas. D'une porte qu'il a ouverte sans le savoir, à force de m'apprendre qu'aucune question n'est interdite.
— Vous m'avez dit que vous vouliez m'emmener là où je ne suis jamais allée. Il y a un endroit où je refuse d'aller. Depuis longtemps.
Sa main dans mes cheveux ralentit. Attentive.
— L'anal.
Silence. Il ne dit rien. Attend.
— L'autre m'a prise comme ça. Une fois. Je n'étais pas prête. Pas préparée. Rien. Il m'a plaquée sur le ventre. Forcée. Ça a été…
Je m'arrête. Déglutis.
— Violent. Douloureux. Il disait des choses pendant que je criais. Des choses que je ne répéterai pas. J'ai eu l'impression d'être déchirée. De l'intérieur. Pas juste le corps. Tout.
Sa main reprend dans mes cheveux. Lente. Régulière. Un métronome de douceur.
— Depuis, c'est non. Avec tous les hommes. Point final. Non négociable.
— Je comprends.
Deux mots. Pas de « mais ». Pas de tentative de me convaincre. Juste deux mots.
Un silence s'installe. Confortable. Il ne pousse pas. C'est moi qui reprends.
— Sauf que… c'est moi qui vous ai demandé d'explorer mes limites. Et tant que je refuse en bloc, je ne sais pas si c'est une vraie limite à moi ou un traumatisme qui décide à ma place.
Il tourne la tête vers moi. Je sens son regard sur le sommet de mon crâne.
— C'est une distinction importante. Refuser quelque chose parce qu'on se connaît assez pour savoir que ce n'est pas pour soi, c'est une limite. Refuser quelque chose parce qu'une expérience terrible a verrouillé la porte avant même qu'on puisse explorer… c'est différent.
— Vous pensez que ça peut être bon ? Vraiment ?
— Je pense que ça peut être très différent de ce que vous avez vécu. Avec de la préparation. De la patience. De la confiance.
Il se tait un instant. Puis reprend, honnête.
— Je ne vais pas vous mentir.
Il se redresse contre l'oreiller. Sa voix change de registre. Pas le dominant. Pas l'amant. L'homme qui sait des choses et qui les partage sans condescendance.
— Pour une femme, l'anal n'est pas ce que le porno en montre. Ce n'est pas un raccourci vers l'extase. Les femmes n'ont pas de prostate. Le plaisir vient d'ailleurs. De la stimulation simultanée du clitoris. De l'intensité psychologique de l'acte. Du sentiment d'abandon total. Certaines femmes adorent. D'autres non. La seule façon de savoir, c'est d'essayer dans des conditions qui n'ont rien à voir avec ce que vous avez vécu.
Sa franchise me rassure plus que n'importe quelle promesse. Il ne survend pas. Il ne minimise pas. Il décrit.
— Les femmes n'ont pas de prostate… C'est pour ça que les hommes ont l'air d'aimer autant ça ?
Il rit. Un rire doux. Pas moqueur.
— Oui, parce que les hommes ont une prostate, justement. C'est une glande à l'intérieur du rectum qu'on peut stimuler par la pénétration. Certains la comparent au point G féminin, intense, profond. Les hommes qui connaissent l'orgasme prostatique décrivent quelque chose de radicalement différent d'un plaisir classique. Plus long. Plus diffus. Dans tout le corps.
Je me redresse sur un coude. Le regarde.
— Vous en parlez comme si vous aviez lu un manuel.
— J'ai lu pas mal de choses, oui.
— Mais vous… vous avez déjà joui comme ça ?
Quelque chose passe dans ses yeux. Bref. Vulnérable.
— Non. Jamais.
— Pourquoi ?
— Parce que je n'ai jamais trouvé la bonne personne.
Je fronce les sourcils. Il continue.
— Très peu de femmes pratiquent la pénétration sur un homme. Parmi celles qui le font, la plupart sont dans une dynamique de domination. Elles veulent humilier. Soumettre. Rabaisser. Montrer à l'homme ce que ça fait d'être pris.
Il secoue la tête.
— Je suis prêt à offrir mon corps à une femme pour qu'elle me donne du plaisir. Je suis prêt à être vulnérable. Mais pas à être humilié. Pas à être réduit.
Quelque chose résonne en moi. Fort. Profond.
— Et avec un homme ?
Il me regarde. Surpris. Un silence.
— Les hommes ne m'attirent pas particulièrement.
— Vous auriez pu essayer, juste pour voir.
Il me regarde. Un sourcil levé. Amusé.
— Vous êtes en train de me suggérer de coucher avec un homme ?
— Je pose la question.
— Peut-être, par curiosité. Disons que, homme ou femme, l'occasion ne s'est jamais présentée. Pas dans les bonnes conditions en tout cas.
Il marque une pause.
— Pour ce genre de chose, les conditions sont tout.
— Donc en somme… comme moi avant vous. Vous n'avez simplement jamais trouvé personne qui vous convienne.
Le silence change de texture. Devient plus dense. Plus chargé.
Les mots montent en moi avant que j'aie le temps de les analyser. Timides. Audacieux. Contradictoires.
— Et si c'était moi ?
Les mots sont sortis plus bas que prévu. Un murmure. Mon cœur bat dans mes tempes.
Il ne répond pas tout de suite. Me regarde. Longtemps. Quelque chose traverse son visage. Pas de la surprise. Quelque chose de plus lent. De plus profond. Comme s'il voyait une possibilité qu'il n'avait jamais pensé à formuler.
— Je vous offre ce que vous m'avez offert. La confiance. Le corps. L'exploration. Vous essayez avec moi, ensuite vous me guidez pour voir si l'anal me plait. Je vous prends d'abord. Vous m'apprenez, vous me guidez. Et après… Vous me prenez. Parce que c'est vous. Parce que je ne laisserais faire personne d'autre.
Ma voix tremble un peu sur les derniers mots. Je mesure en partie ce que je propose. La symétrie. L'audace. Mais une partie de moi avance à l'aveugle, ne sait pas du tout ce qui va se passer, ce que ça pourrait donner, ce que ça va changer.
Il me prend la main. La serre.
— Vous avez conscience de ce que vous proposez ?
La même phrase que la première fois. Quand je lui ai demandé de m'emmener au-delà de ce que je connais.
— Oui. Non. En partie. Je sais que je veux essayer. Avec vous. Le reste, je ne sais pas.
Un long silence. Son pouce frotte le dos de ma main. Il réfléchit. Je le vois peser. Mesurer. Comme il mesure tout.
— D'accord.
Mon cœur fait un bond.
— Nous prenons notre temps. Chacun à son rythme. Vous pour moi. Moi pour vous. Rien n'est acquis. Rien n'est obligatoire.
— D'accord.
Il se penche. Embrasse mon front.
— Merci.
Ce merci-là est différent de tous les autres. Il pèse le poids de quelque chose qu'il n'a jamais reçu.
Quelques jours plus tard.
La chambre. La lumière tamisée. Nous sommes nus. Mon cœur bat comme au premier soir, peut-être plus fort encore, parce que ce soir tout est nouveau. Pour les deux.
Sur le lit, posés avec cette précision qui lui est propre, les objets qu'il a apportés. Un harnais en cuir souple. Des bas. Un porte-jarretelles en dentelle noire. Un gode en silicone, taille normale, forme lisse, ni intimidant ni ridicule. Du gel. Des coussins.
Je regarde l'ensemble. Mon ventre se noue. Pas de peur. D'anticipation. D'étrangeté. Jamais je n'aurais imaginé me trouver devant cet assortiment. Jamais je n'aurais imaginé vouloir ça.
— Équipez-vous.
Sa voix. Ce calme. Même ici, même dans cette situation inédite, il est ce roc tranquille.
— Je vous regarde.
Il s'assoit sur le bord du lit. Les jambes écartées. Détendu. Ses yeux sur moi.
Je prends les bas d'abord. Noirs. Fins. Je m'assois sur la chaise face à lui. Lève une jambe. Fais rouler le bas le long de mon pied, ma cheville, mon mollet. Lentement. Non pas pour faire un spectacle. Parce que mes mains tremblent un peu. Le tissu glisse sur ma peau. Frais. Soyeux. Je sens son regard remonter le long de ma jambe en même temps que le bas. Lourd. Brûlant.
L'autre jambe. Même lenteur. Je prends mon temps. Pas parce que je tremble cette fois. Parce que je sens ce que ça lui fait.
Le porte-jarretelles. Je me lève pour l'enfiler. L'ajuste sur mes hanches. Accroche les bas. La dentelle noire sur ma peau nue. Mes seins libres au-dessus. Mon sexe nu en dessous.
Je le regarde. Il bande. Dur. Son sexe dressé, tendu. Il ne fait rien pour le cacher. Ses yeux parcourent mon corps avec une faim que je reconnais. Mais il y a autre chose aussi. Du trouble. De la vulnérabilité. Lui qui sait toujours, lui qui maîtrise tout, il est dans l'inconnu ce soir.
— Je vous plait comme ça ?
— Vous n'avez aucune idée.
Je prends le harnais. Le retourne dans mes mains. Les sangles. Les boucles. Il se lève, vient m'aider. Ses doigts ajustent les lanières sur mes hanches. Serrent. Vérifient. Le gode se fixe à l'avant. Lourd. Présent.
Je baisse les yeux.
C'est étrange. Profondément étrange. Ce sexe qui n'est pas le mien qui pointe depuis mon bassin. La forme phallique contre mon ventre. La base du gode qui appuie légèrement sur mon clitoris. Une pression. Sans doute pas assez pour jouir. Assez pour sentir.
Je me tourne vers le miroir de la salle de bain, dont la porte est ouverte. Je me vois.
Les bas noirs. La dentelle. Mes seins nus. Le gode entre mes cuisses. Je ne me reconnais pas tout à fait. C'est moi et ce n'est pas moi. C'est une version de moi que j'ignorais. Pendant une seconde c'est presque absurde. J'ai envie de rire. Cette femme dans le miroir avec ce sexe artificiel entre les cuisses, en dentelle et en bas, prête à prendre un homme. Qui suis-je ? Qu'est-ce que je fais là ?
Puis je croise son regard dans le reflet. Derrière moi. La façon dont il me regarde. Le désir dans ses yeux. Le trouble. Et l'absurdité disparaît. Ce qu'il voit est beau. Ce que je suis en cet instant est beau. La féminité et le phallus. Le contraste est violent. Érotique. Puissant.
Quelque chose frémit en moi. Pas encore du désir. De la curiosité. De la puissance naissante.
Je me retourne vers lui.
— Et maintenant ?
Je suis un peu perdue. Nue dans cette situation inédite. Je ne sais pas quoi faire de mes mains. De ce gode. De ce pouvoir qu'il vient de m'accrocher entre les jambes.
Il le sent. Bien sûr qu'il le sent. Il lit en moi comme dans un livre ouvert.
Quelque chose change dans sa posture. Subtil. Le dominant revient. Même nu. Même vulnérable. Même en sachant ce qui va arriver. Sa voix reprend cette texture que je connais. Ferme. Posée. L'ancre.
— Je vais vous guider. Comme toujours. Venez sur le lit.
Le fait qu'il donne l'ordre de son propre abandon me retourne le cerveau. Il s'offre à moi mais c'est lui qui décide comment. Le pouvoir n'est pas dans la position. Le pouvoir est dans la voix.
Il s'allonge sur le dos. Au centre du lit. Ses jambes écartées. Son sexe dur contre son ventre. Il me regarde. Confiant. Offert.
Le voir ainsi me coupe le souffle. Cet homme qui occupe l'espace avec tant d'assurance, qui me domine avec tant de naturel, qui dirige tout. Il est là, ouvert, les cuisses écartées pour moi. C'est un don. Je le mesure. Comme il a mesuré chacun des miens.
— Commencez par votre bouche. Sur moi. En bas.
Je monte sur le lit. Me positionne entre ses cuisses. Mon visage descend. Mon souffle sur lui. L'odeur de sa peau, musquée, chaude. Plus bas. Plus intime.
Je franchis une frontière. Je le sais. Il le sait. Doux. Chaud. Il frémit. Tout son corps. Un spasme bref. Je recommence. Plus lentement. Ma langue tourne. Explore. Appuie. C'est intime au-delà de tout ce que nous avons fait. Plus intime que sa bouche sur mon sexe. Plus intime que ses doigts en moi. Je suis dans l'endroit le plus vulnérable de son corps. Il me laisse être là. Mon coeur bat à tout rompre.
Un son grave sort de sa poitrine. Pas un gémissement. Plus profond. Un son d'abandon. De lâcher-prise.
— C'est bon ce que vous faites. Continuez. Prenez votre temps.
Ma langue insiste. Je varie. Pression. Rotation. Pointe puis à plat. Je sens son muscle se détendre sous ma bouche. S'ouvrir. Me laisser entrer. La confiance faite chair.
— Un doigt maintenant. Doucement. Du gel d'abord.
Je prends le gel. En enduis mon index. Le réchauffe entre mes doigts. Pose l'extrémité contre lui. Il inspire. Profondément.
Je presse. Mon doigt entre en lui. Lentement.
La chaleur. L'étroitesse. Son corps qui se referme autour de moi, un réflexe, une résistance, puis qui s'ouvre. Volontairement. Je le sens lâcher prise. Me laisser entrer. Mon doigt glisse plus profond. Je suis à l'intérieur de lui. Physiquement. Ce n'est pas une métaphore.
— Courbez votre doigt. Vers le haut. Vers mon ventre. Vous devriez sentir une petite masse, comme une noix. Ferme. Ronde.
Je cherche. Mes doigts ne sont pas les siens. Moins sûrs. Moins savants. Je tâtonne. Et puis, là. Sous la pulpe de mon index. Quelque chose de rond. De ferme.
— Là ?
— Là.
J'appuie. Doucement.
Son corps se cambre. D'un coup. Comme une décharge électrique. Un son sort de lui que je n'ai jamais entendu. De personne. Jamais. Un son qui vient d'un endroit en lui que même sa voix ne connaissait pas. Pas un gémissement. Pas un cri. Quelque chose entre les deux. Guttural. Profond. Comme si le son venait de son ventre, de plus bas encore.
Je suis pétrifiée. Fascinée.
Je bouge mon doigt. Frotte cette petite masse. Doucement. En cercle. Il gémit. Ses mains agrippent le drap. Ses cuisses tremblent autour de moi. Cet homme. Cet homme qui me tient, me guide, me domine. Cet homme qui ne perd jamais le contrôle. Il tremble sous mon doigt.
Le pouvoir me frappe comme une vague.
Ce n'est pas le pouvoir de détruire ni le pouvoir de dominer. C'est le pouvoir de donner. De faire trembler quelqu'un avec la délicatesse d'un seul doigt. Je comprends soudain quelque chose de lui. De ce qu'il ressent quand il me fait jouir. Cette ivresse-là. Cette fierté de tenir le plaisir de l'autre au bout de ses doigts.
— Je pourrais vous faire jouir comme ça. Ma bouche sur votre queue. Mon doigt ici. Sans rien d'autre. Juste ça.
Ma voix me surprend moi-même. Assurée. Joueuse. Gourmande. D'où vient cette femme ? Je ne la connaissais pas il y a une heure.
Ses yeux trouvent les miens. Voilés de plaisir. Mais là-dedans, toujours, cette lueur de maîtrise.
— Je veux aller jusqu'au bout. Continuez.
— Vous êtes sûr ?
— Oui, continuez.
Un deuxième doigt. Davantage de gel. J'entre en lui lentement. Il se crispe. Se détend. Sa respiration se fait discipline. Inspire. Expire. Il s'ouvre pour moi. Je le sens. Ses muscles qui acceptent. Qui m'accueillent.
Mes deux doigts trouvent la prostate. Frottent. Massent. Il gémit plus fort. Son sexe pulse contre son ventre. Du liquide perle à la pointe. Translucide. Il ne se touche pas. Ne me demande pas de le toucher. Tout son plaisir vient de l'intérieur.
— Venez en moi maintenant.
Mon ventre se contracte. Je retire mes doigts. Prends le gel. En enduis le gode. Abondamment. Puis ma main entre ses jambes. Sur lui. Autour de lui. Je le prépare. Lubrifie. Mes gestes sont lents. Précis. J'imite. J'apprends.
Je glisse un coussin sous son bassin. Il soulève les hanches pour m'aider. Son sexe est juste là, devant moi, dressé, dur, palpitant. Et en dessous, son corps ouvert. Prêt.
Je me positionne. Le gode contre lui. La base qui presse mon clitoris. Une vibration sourde dans mon bas-ventre.
— Regardez-moi.
C'est moi qui le dis. Les mots sont sortis seuls. Il lève les yeux. Me regarde. Je soutiens son regard. Ce regard que j'ai l'habitude de recevoir par en dessous, soumise, attachée. Ce soir c'est moi qui suis au-dessus. C'est moi qui entre.
Je pousse. Doucement. Le gode rencontre la résistance de son corps. Je maintiens la pression. Constante. Douce. Il respire. Profondément. Se relâche. Le gode entre. La tête d'abord. Il grimace. Pas de douleur. D'adaptation. Je m'arrête.
— Continuez. Lentement.
Je pousse encore. Le gode glisse en lui. Je vois son visage changer. L'inconfort qui se transforme. Qui devient autre chose. Progressivement.
Plus profond. Je suis en lui. Pleinement. Jusqu'à la base. Mon bassin contre le sien. La dentelle de mon porte-jarretelles contre sa peau.
Un silence immense.
Nous ne bougeons pas. Lui en dessous. Moi au-dessus. Connectés. Inversés. Son souffle est court. Le mien aussi. Je sens la pression du gode contre mon clitoris, sourde, constante. Pas assez. Trop. Les deux. Je suis à l'intérieur de cet homme qui est d'habitude à l'intérieur de moi. Le vertige de cette symétrie.
— Bougez. Les hanches. Doucement. En arc. Comme une vague.
J'ondule. Mon bassin roule. Lent. Instinctif. Le gode bouge en lui. Son souffle se coupe. Reprend. Se coupe encore.
— Cet angle. Restez là. Ne changez rien.
Je maintiens. Mes hanches trouvent un rythme. Doux. Fluide. Le gode presse sa prostate à chaque mouvement. Je le sais parce que son visage me le dit. Parce que ses mains agrippent les draps. Parce que des sons sortent de sa bouche qu'il ne contrôle pas.
— Ne me quittez pas des yeux.
Mes mots. Pas les siens. Mes mots à moi.
Ses yeux dans les miens. Voilés. Perdus. Je vois sa maîtrise se fissurer. Non, pas se fissurer. Se poser. Il la dépose. Consciemment. Il me donne ce qu'il ne donne jamais à personne. Son abandon.
J'accélère. Mes hanches ondulent plus vite. Roulent. Le mouvement est né tout seul, instinctif, féminin. Pas les coups de butoir qu'un homme ferait. Quelque chose de plus fluide. De plus rond. Mon bassin dessine des vagues qui l'emmènent.
Le gode plonge en lui à chaque ondulation. La base frotte mon clitoris. En effet, pas assez pour jouir. Mais assez pour m'embraser. Le plaisir physique se mêle au plaisir psychologique en un cocktail dévastateur.
— Plus…
C'est lui qui demande. Pas qui ordonne. Qui demande. Pour la première fois. Sa voix hachée sur ce mot unique. Cet homme qui prend, qui donne, qui décide. Il demande. À moi. Mon cœur explose, de bonheur, de fierté.
Je donne plus. Mes hanches claquent contre lui. Le gode profond en lui. Ses jambes se soulèvent. Se referment autour de ma taille. M'attirent. Me tirent en lui.
Son visage change. Quelque chose monte en lui que je n'ai jamais vu. Pas l'orgasme que je connais, celui qui contracte et éjecte. Quelque chose de plus vaste. De plus profond. Tout son corps se met à trembler. Les mains. Les jambes. Tout. Chaque muscle. Chaque fibre. Un tremblement qui part de l'intérieur.
— Ne vous arrêtez pas. Ne…
Sa voix se brise. Ses yeux roulent en arrière. Son dos se cambre. Violemment. Ses mains lâchent les draps, agrippent mes cuisses, me plaquent contre lui, me tirent au fond de lui.
Il jouit.
C'est différent de tout ce que j'ai vu. Pas de jets. Pas de saccades brèves. Une vague longue, immense, qui le traverse tout entier. Son corps entier se contracte puis se relâche puis se contracte encore, par ondes, et un son sort de lui, continu, profond, animal. Un son qui vient du fond de son ventre, du fond de son être.
Son sexe pulse contre son abdomen. Du liquide s'écoule de la pointe. Clair. Abondant. Pas du sperme. Autre chose. Du liquide prostatique qui coule en un flux continu, sans les spasmes habituels de l'éjaculation. Il jouit sans éjaculer. Je ne savais même pas que c'était possible.
Ses yeux reviennent sur moi. Égarés dans le plaisir. Il me regarde comme s'il me voyait pour la première fois. Comme s'il ne savait plus tout à fait qui il est.
La vague dure. Longtemps. Ses cuisses tremblent autour de mes hanches. Son ventre se contracte par spasmes. Le son dans sa gorge monte et descend, monte et descend. Je ne bouge plus. Je reste en lui. Immobile. Je le tiens. Je le porte. Comme il m'a portée, tant de fois.
Quand ça finit, le silence est immense.
Son corps retombe sur le lit. Sa poitrine se soulève par grandes inspirations. Ses mains lâchent mes cuisses. Tombent sur le drap.
Je me retire. Lentement. Il gémit à mon absence. Un son fragile. Un son que je n'aurais jamais cru entendre de cet homme.
Je le regarde. Allongé. Vulnérable. Magnifique.
Je défais le harnais. Les boucles. Les sangles. Le gode glisse hors de lui. Tombe sur le lit. Luisant. Je retire le porte-jarretelles. Les bas. Chaque pièce qui me quitte me rend un peu plus à moi-même. Nue. Juste moi. Mais pas la même moi qu'il y a une heure. Une moi qui sait quelque chose de plus. Sur elle-même. Sur le pouvoir. Sur le don.
Je m'allonge à côté de lui. Contre lui. Ma main sur sa poitrine. Son cœur bat si fort que je le sens dans tout mon bras.
— Ça va, me demande-t-il ?
Il tourne la tête vers moi. Ses yeux. Encore voilés. Un sourire lent. Doux.
— Je ne sais pas encore.
Il rit. Faiblement. Je ris aussi. Ce rire entre nous, après ça, c'est la chose la plus intime de toute la soirée.
Il roule sur le flanc. Me fait face. Sa main sur ma joue.
— Merci.
Ce merci-là pèse le poids du monde.
Puis quelque chose change dans son regard. Le dominant revient. Pas d'un coup. Par degrés. Comme un homme qui remet un costume familier.
— À vous maintenant.
Trois mots. Le dominant est revenu. Pleinement. Comme s'il ne l'avait jamais quitté. Comme si ce qui vient de se passer, son abandon, ses tremblements, n'avaient pas entamé sa maîtrise mais l'avaient nourrie. Enrichie d'une couche supplémentaire.
Il me pousse sur le dos. Ses mains sur mes épaules. Fermes. Sûres.
Sa bouche descend sur moi. Mon cou. Mes seins. Mon ventre. Plus bas. Sa langue sur mon sexe. Je suis trempée, inondée. Sa bouche trouve mon clitoris. Aspire. Sa langue frappe. Deux doigts glissent en moi.
Je jouis en moins d'une minute.
Fort. Violent. Un exutoire. Tout ce qui s'est accumulé en moi pendant que je le prenais. L'excitation. La puissance. Le trouble. Le désir. La pression du gode sur mon clitoris qui m'a maintenue au bord sans jamais me laisser basculer. Tout ça sort d'un coup.
Mon corps se tord sous sa bouche. Mes mains dans ses cheveux. Je crie sans retenue. La jouissance me lave. Me vide. Me remet à ma place. Et c'est bon de revenir là. De retrouver cette position. De recevoir après avoir donné. Pas parce que donner ne me plaisait pas. Ça m'a enivrée. Mais recevoir de lui, c'est rentrer chez moi.
Il remonte contre moi. M'embrasse. Je me goûte sur ses lèvres.
— À mon tour de vous prendre, dit-il.
Mon ventre se noue. D'une autre façon. Le plaisir reflue d'un coup. La réalité revient. Ce que je lui ai proposé. Ce que nous allons faire. Mon corps se raidit. Imperceptiblement. Mais il le voit. Bien sûr qu'il le voit.
— Nous y allons aussi doucement que nécessaire. Vous gardez le contrôle. Comme toujours. Allongez-vous sur le ventre. Puis à quatre pattes.
Je m'exécute. La position. La même que cette nuit-là, il y a longtemps, avec l'autre. Les genoux écartés. Les reins cambrés. Offerte. C'est un choix. Délibéré. Cette position. Pas une autre. Je le sais. Il le sait. Si je peux m'offrir ainsi, dans cette position précise, alors le fantôme de l'autre n'a plus de prise.
Il est derrière moi. Je sens sa chaleur.
— Nous allons commencer par mon doigt. Vous me dites tout ce que vous ressentez. Chaque sensation. Chaque pensée.
Sa main se pose sur ma fesse. Caresse. Descend. Ses doigts effleurent mon sexe. Remontent. Plus haut. Plus en arrière.
Son doigt touche mon anus.
Mon corps se verrouille.
D'un coup. Total. Chaque muscle se contracte. Mes cuisses se ferment. Mon dos se raidit. Mes mains agrippent le drap. Un étau de glace autour de ma poitrine.
Putain t'aimes ça ma salope. Prends ma queue dans ton cul de chienne.
La voix. Sa voix à lui. L'autre. Brutale. Crue. Surgie de nulle part. Comme une lame plantée dans le présent. Des années de distance et elle est là. Intacte. Comme si c'était hier. Comme si c'était maintenant. L'odeur de son after-shave. Le poids de son corps. La douleur. Fulgurante. Mon cri qu'il étouffait d'une main.
Un sanglot m'échappe.
Il retire sa main. Immédiatement.
— Je suis là. Vous êtes en sécurité. C'est moi.
Sa voix. Son ancre. Mais mon corps ne l'entend pas. Mon corps est ailleurs. Mon corps est dans l'autre chambre, avec l'autre homme, et il hurle.
— Je suis désolée… Je suis désolée…
— Ne vous excusez jamais. De rien. Jamais.
Sa voix est ferme. Pas sévère. Ferme comme un mur sur lequel je peux m'appuyer quand mon corps ne me tient plus. Il se déplace. Vient s'asseoir à côté de moi. Pas devant. Pas derrière. À côté. Sa main sur mon dos. Légère. Présente.
— Nous pouvons arrêter. Maintenant. C'est tout à fait normal.
Les larmes coulent. Chaudes. Lourdes. Ce ne sont pas les larmes du premier soir, celles du soulagement de l'avoir trouvé lui. Ce sont des larmes anciennes. Des larmes de honte. De colère. De cette nuit-là. De tout ce que cette nuit-là a verrouillé en moi.
— Je voulais… Je pensais que c'était parti…
— Le corps se souvient. Même quand l'esprit a avancé. Ce n'est pas un échec. C'est votre corps qui vous protège.
Sa main sur mon dos. Lente. Patiente.
Un silence. Long. Puis :
— Je voudrais essayer quelque chose. Si vous me faites confiance.
Je le regarde. Les yeux rouges. Le visage défait.
— Avec vous, toujours.
— Asseyez-vous. Confortablement. Fermez les yeux.
Je m'assois en tailleur sur le lit. Il s'installe face à moi.
— Repensez au moment où votre corps s'est figé la première fois. Ne cherchez pas les images. Ne cherchez pas les mots. Juste les sensations. Où dans votre corps c'est bloqué ?
Je ferme les yeux. J'écoute. Mon corps. Pas ma tête. Mon corps.
— La poitrine. Et le ventre. Comme un nœud. Froid. Serré.
— Bien. Restez dessus. Ne le combattez pas. Laissez juste la sensations être là. Observez-la. Comme si vous la regardiez de l'extérieur.
Le nœud est là. Dense. Glacial. Il me coupe le souffle.
— Qu'est-ce que cela fait ?
— Ça serre. Ça serre fort, dans ma poitrine. J'ai du mal à respirer.
— Laissez-la sensation évoluer. Ne résistez pas. Laissez votre corps faire ce qu'il a besoin de faire.
Le nœud serre. Plus fort. Mon corps se met à trembler. Mes mains tremblent. Mes cuisses tremblent. Une vague de froid me parcourt. Puis une vague de chaud. Le nœud bouge. Remonte dans ma poitrine. Dans ma gorge. Un haut-le-cœur. Pas de nausée. Quelque chose qui pousse pour sortir. Qui remonte.
— Laissez venir. Quoi que ce soit. Laissez évoluer les sensations, laissez faire.
Un son sort de moi. Pas un cri. Pas un mot. Un son. Brut. Ancien. Le son que je n'ai pas fait cette nuit-là parce que sa main était sur ma bouche. Le son qui est resté bloqué dans mon corps pendant des années.
Mon corps tremble violemment. Puis la chaleur se répand. D'un coup. Le nœud se défait. Se dissout. Comme de la glace dans de l'eau chaude. Mon ventre se relâche. Ma poitrine s'ouvre. L'air revient. Profond. Libre.
Le tremblement s'arrête.
Silence.
J'ouvre les yeux. Il est là. Face à moi. Calme. Ses yeux sur les miens.
— Comment vous sentez-vous ?
— Je… je ne sais pas. Légère. Comme si quelque chose était parti.
Je porte mes mains à mon ventre. Le touche. L'endroit où le nœud était. Il n'y a plus rien. Juste ma peau tiède. Juste mon souffle.
— C'est… Qu'est-ce que vous avez fait ?
— J'ai juste guidé votre corps pour qu'il finisse ce qu'il avait commencé. Qu'il digère ce qui était resté bloqué. Il n'y a rien de magique. Le corps sait guérir. Il a juste besoin qu'on le laisse faire.
Je le regarde. Incrédule. Bouleversée.
— Posez votre doigt sur moi.
— Pardon ?
— Sur mon anus. Posez votre doigt. Je veux vérifier.
Il me regarde. Cherche dans mes yeux la certitude. La trouve.
Je me remets à quatre pattes. La même position. Sauf que tout est différent.
Son doigt se pose sur moi. Doux. Juste la pulpe. À peine.
J'attends. Le corps tendu d'anticipation. Prête à ce que le verrou jaillisse à nouveau. Prête à ce que la voix revienne.
Mon corps ne se fige pas. Rien. Pas de contraction. Pas de glaciation. Pas de voix. Le silence en moi. Un silence neuf.
Juste son doigt sur ma peau. Chaud. Et moi qui respire. Normalement. Mon cœur bat vite, oui. Il y a de l'appréhension, oui. Mais le verrou est parti. Le réflexe de survie qui claquait la porte avant même que je puisse choisir : disparu.
— Oh mon Dieu.
Ma voix tremble. D'émotion cette fois. Pas de peur.
— C'est parti. C'est vraiment parti.
Il retire son doigt. Se penche. Embrasse le bas de mon dos.
— Votre corps a lâché ce qu'il retenait. Ça ne veut pas dire que la peur a complètement disparu. Mais la réaction automatique, le verrouillage, oui. C'est fait.
Je me laisse tomber sur le lit. Sur le dos. Les yeux au plafond. Les mains sur mon ventre. Quelque chose de chaud et de profond circule en moi. De la gratitude. De la stupéfaction.
Il s'allonge à côté de moi. Attend. Patient. Toujours patient.
Un long moment passe. Nos souffles. Le silence. Le temps qu'il faut pour que mon monde se stabilise.
Je le regarde. Il est allongé à côté de moi. Patient. Toujours patient. Son visage tourné vers moi. Aucune attente. Aucune pression. Il serait prêt à rester là toute la nuit sans rien faire d'autre que me tenir la main. Je le sais. C'est pour ça que je peux dire :
— On continue ?
— Vous êtes sûre ?
— Oui. Maintenant. Avant que ma tête ne reprenne le dessus.
Il sourit.
— À quatre pattes alors. Comme vous étiez.
Je me remets en position. Les genoux écartés. Les reins cambrés. Offerte.
Sa bouche se pose entre mes fesses. Sa langue. Là. Sur moi.
— Ohhhh.
La sensation me prend par surprise. Sa langue. Chaude. Douce. Sur cet endroit que je n'ai jamais associé à autre chose qu'à la douleur. Il lèche. Lentement. Tendrement. Tourne autour. Appuie doucement. Et c'est… bon. C'est bon. L'incrédulité me submerge. Ça ne fait pas mal. Ça ne dégoûte pas. C'est doux. Intime. Profondément intime.
— Comment c'est ?
— C'est… Je n'en reviens pas. C'est bon.
— Votre corps découvre ce qu'il n'a jamais eu la chance de sentir. Laissez-le explorer.
Sa langue continue. Plus insistante. Plus précise. Je me surprends à onduler sous sa bouche. À pousser vers lui. Mon muscle se détend sous sa langue. S'ouvre. Une fraction d'abord. Puis davantage.
Longtemps. Il prend son temps. Des minutes entières. Sa langue sur moi. Sa patience infinie. Mon corps qui s'apprivoise. Qui apprend que cet endroit peut être un lieu de douceur.
— Je vais glisser un doigt. Vous êtes prête ?
— Oui.
Du gel. Beaucoup. Tiède. Puis le bout de son doigt. Là où sa langue était. Il presse. Mon muscle se contracte. Pas de tétanie. Juste un réflexe naturel. Il attend. Je respire. Il presse encore.
— Poussez légèrement. Comme si vous vouliez expulser mon doigt. Cela va faciliter l'entrée.
Je pousse. Le paradoxe fonctionne. Mon muscle se relâche. Son doigt glisse en moi.
La sensation. Étrange. Pleine. Différente de tout. Pas comme un doigt dans mon sexe. Plus dense. Plus… présent. Pas de douleur. Pas la moindre. J'en reste stupéfaite.
— Ça va ?
— Oui. Ça ne fait pas mal. Pas du tout.
— Bien sûr que non. Ça n'est pas censé faire mal. Pas quand c'est fait correctement.
La colère monte en moi. Brève. Brûlante. Contre l'autre. Contre cet homme qui a pris cet acte et en a fait un supplice. Qui m'a fait croire pendant tout ce temps que la douleur était inévitable. Qui m'a volé des années de possibilité. Des années pendant lesquelles mon corps s'est fermé à quelque chose qui aurait pu être agréable. Parce qu'il était trop pressé. Trop brutal. Trop occupé à jouir de sa puissance pour se soucier de ma propre chair.
La main de l'homme derrière moi, en moi, douce, patiente, est la meilleure réponse à cette colère.
Son doigt bouge en moi. Lentement. Il m'explore. Je sens chaque mouvement. Amplifié. Les terminaisons nerveuses sont denses ici. Chaque millimètre parcouru est quelque chose de nouveau.
— Vous ne ressentirez pas le même plaisir que moi. Vous n'avez pas de prostate. Mais votre corps va s'habituer. S'ouvrir. Et la stimulation de votre clitoris en même temps changera tout.
Un deuxième doigt. Du gel, encore. La sensation d'étirement. Je respire. Il attend. Mon corps s'adapte. Accepte. S'ouvre.
Longtemps. Ses deux doigts en moi. Qui bougent à peine. Qui me laissent apprivoiser. Parfois il écarte légèrement ses doigts. Mon muscle s'étire. Se détend. S'étire encore.
— Vous êtes prête pour moi ?
Mon cœur bondit. Oui. Peur et désir mêlés. Mais le désir est plus grand.
— Oui.
Il se retire. Je sens le vide. J'entends le flacon de gel. Ses mains sur lui. Sur moi. Abondant. Généreux.
Puis sa présence derrière moi. Son sexe contre mon anus. Chaud. Large. Plus large que ses doigts.
— Respirez profondément. Poussez comme tout à l'heure. Je rentre doucement. Très doucement. Vous me dites tout.
— D'accord.
Il pousse. Lentement. Mon muscle résiste. Naturellement. Il maintient la pression. Douce. Constante. Je pousse. Mon corps s'ouvre. La tête de son sexe entre en moi.
— Ohhhh…
— Ça va ?
— Oui. C'est… gros. Mais ça ne fait pas mal.
— Je ne bouge pas. Je reste là. Le temps que votre corps s'adapte.
Un temps long. Lui en moi. Immobile. Juste le gland en moi. Je respire. Mon corps s'habitue à cette présence. Se relâche autour de lui.
— Je continue.
Il pousse. Plus profond. Lentement. Si lentement que chaque fraction de progression me fait frissonner. Je le sens entrer en moi. M'emplir. M'ouvrir. C'est plein. Dense. Intense. Aucune douleur. De la pression. De la présence. Il occupe un espace en moi que personne n'a jamais occupé avec douceur.
Plus profond encore. Ses hanches contre mes fesses. Il est en moi. Tout entier.
— Comment vous sentez-vous ?
— Pleine. Remplie de vous. C'est… Je n'ai pas de mots.
— Je ne bouge pas pour l'instant. Respirez. Sentez-moi en vous.
Je le sens. Chaque pulsation de son sexe. Ma paroi si fine que je perçois le battement de son sang. Il est vivant en moi. Profondément vivant.
Puis il bouge. À peine. Des micro-mouvements. Des fractions. Mon corps réagit à chacun. Amplifie chacun. Chaque va-et-vient minuscule résonne dans tout mon bassin.
— Je vous sens. Vous vous détendez autour de moi. Votre corps m'accepte.
Ses mots. Cette façon de dire ce qu'il voit. Ce qu'il sent. De mettre des mots sur ce que mon corps fait, pour que je le comprenne avec ma tête autant qu'avec ma chair.
Mon souffle s'accélère.
— Vous aimez ?
— Oui. Plus.
Il augmente l'amplitude. Des va-et-vient lents. Courts. Doux. Je sens chaque mouvement. Chaque entrée. Chaque retrait. Mon sexe pulse en sympathie. Vide. Affamé.
Au bout d'un moment le confort s'installe. L'étrangeté se mue en familiarité. La pression devient rythme. Le rythme devient plaisir. Pas le plaisir fulgurant de mon clitoris. Un plaisir grave. Sourd. Profond. Qui vient du fait de m'offrir. De donner cet endroit. De le donner à lui.
— Plus fort.
Les mots sont sortis seuls. De mon corps. Pas de ma tête. Ma tête n'en revient pas. Mon corps en veut plus. Mon corps qui se verrouillait à peine effleuré. Mon corps qui hurlait non. Ce même corps dit : plus fort. L'espace entre ces deux moments est un gouffre. Un gouffre que nous avons traversé ensemble.
Il s'arrête.
— Vous êtes sûre ?
— Oui. Plus fort. Je veux vous sentir me prendre.
Il accélère. Ses coups de reins gagnent en amplitude. Plus profonds. Plus francs. Le bruit de son bassin contre mes fesses. Ses mains sur mes hanches qui me tiennent. La sensation de plénitude à chaque poussée.
— Caressez-vous. Votre clitoris. Maintenant.
Ma main glisse entre mes cuisses. Mes doigts trouvent mon bouton. Gonflé. Trempé. Au premier contact une décharge me traverse. La combinaison des deux, son sexe dans mon anus, mes doigts sur mon clitoris, crée quelque chose de neuf. Quelque chose d'immense. Deux sources de plaisir qui se nourrissent l'une l'autre. Qui se multiplient.
— Oh putain, mon Dieu…
— C'est ça. Sentez les deux en même temps. Ma queue en vous. Vos doigts sur votre clitoris. Laissez les deux se mélanger.
Sa voix. Crue. Tendre. Les deux à la fois. Comme tout ce qu'il fait.
— Vous êtes incroyable. Vous vous rendez compte de ce que vous vivez ? De ce que vous me donnez ?
Je gémis. De plaisir.
Ses coups de reins. Plus forts. Plus profonds. Mes doigts sur mon clitoris. Rapides. Urgents. Les deux rythmes se superposent. Se complètent. Mon corps ne sait plus d'où vient le plaisir. De devant. De derrière. De partout. C'est un incendie. Chaque coup de reins envoie une onde qui percute l'onde née de mes doigts. Elles se rencontrent au milieu. Dans mon ventre. S'amplifient.
— Ne vous arrêtez pas… Prenez-moi plus fort… Baisez-moi…
Il donne plus. Ses hanches claquent contre mes fesses brûlantes. Profond. Puissant.
— Vous êtes magnifique. Offerte comme ça. Ouverte pour moi. Vous me donnez tout.
— Tout… Tout est à vous… Prenez-moi… Prenez tout…
La vague monte. Immense. Inarrêtable. Différente de toutes les autres. Elle vient de plus profond. De plus loin. De cet endroit en moi que j'avais verrouillé pendant des années et qui s'ouvre ce soir.
Mes doigts accélèrent. Sa queue plonge en moi. Plus fort. Plus vite.
— Venez. Jouissez pendant que je suis au fond de vous.
L'orgasme me prend.
Pas violent. Pas cette fois. Profond. Immensément profond. Il naît de partout en même temps. De mes doigts sur mon clitoris. De son sexe au fond de moi. De la victoire sur le fantôme. De la confiance faite chair. De toutes ces années de verrou qui sautent d'un coup.
Mes parois se contractent autour de lui, les deux, partout, mon sexe et mon anus en même temps, un spasme global qui l'enserre de toutes parts. Je crie. Mon visage dans le matelas. Mon corps s'effondre vers l'avant mais ses mains me retiennent, me gardent contre lui, et il continue, il pousse à travers mes contractions, il me prend à grands coups de reins pendant que je jouis.
— Je vous sens… Vous vous serrez autour de moi… C'est…
Sa voix se coupe. Mon orgasme déclenche le sien. Je le sens. D'abord le gonflement. Son sexe qui s'épaissit en moi. Puis la pulsation. Chaude. Profonde.
Il se vide en moi. Je le sens. Mieux ici que dans mon sexe. Chaque pulsation. Chaque vague de chaleur qui se répand au fond de moi. Les parois sont plus fines ici. Plus sensibles. Sa semence est chaude. Vivante. Elle m'emplit. Je sens chaque jet comme une vague distincte. Un, deux, trois. Chacun m'inonde un peu plus. Je reçois tout. Je garde tout. C'est lui en moi dans l'endroit le plus intime qui soit. L'endroit que j'avais fermé à tous. Que j'ai ouvert pour lui.
Il gémit. Ses mains serrent mes hanches. Il me tire contre lui. Se plante au plus profond. Se vide jusqu'à la dernière goutte.
Nous restons ainsi. Soudés. Haletants. Son corps sur le mien. Son cœur contre mon dos.
Longtemps.
Il se retire. Avec une lenteur infinie. Je sens chaque portion qui me quitte. Le vide qu'il laisse. Et sa chaleur en moi, qui reste, qui coule.
Je m'effondre sur le lit. Il s'allonge à côté.
Silence.
Nos souffles. Nos cœurs. Le plafond blanc.
Je me tourne vers lui. Me colle contre son flanc. Ma tête sur son épaule. Sa main trouve la mienne. Nos doigts s'entrelacent.
Les mots viennent. En vrac. En désordre. Comme ils viennent.
— Jamais.
C'est tout ce que j'arrive à dire d'abord.
— Jamais je n'aurais cru vivre ça. Jamais je n'aurais cru offrir à nouveau mes reins à un homme. Encore moins y prendre du plaisir. Encore moins jouir.
Sa main serre la mienne.
— C'était… vous m'avez redonné quelque chose qu'on m'avait volé. Non. Pas redonné. Vous m'avez montré que ce n'était pas perdu. Que c'était là. En moi. Derrière un mur. Il suffisait de quelqu'un d'assez patient pour m'aider à l'abattre.
Maintenant j'ai la possibilité. Le choix. Le droit de m'offrir comme ça. Comme un cadeau qu'on fait à quelqu'un qui le mérite.
Ma voix se casse un peu sur les derniers mots. Je respire. Continue.
— Vous, vous le méritiez. Vous le méritez vraiment. Mon corps, cette partie de moi, c'est… c'est la chose la plus intime que je puisse donner. Je l'ai donnée ce soir parce que vous êtes vous.
Silence. Sa poitrine se soulève sous ma joue.
— Vous prendre… C'était une révolution. Je ne savais même pas que je pouvais ressentir ça. Ce pouvoir. Cette fierté. Vous voir perdre pied sous mes mains. Sous mes hanches. Vous, cet homme qui ne tremble jamais… qui a tremblé pour moi.
Je me redresse sur un coude. Le regarde.
— Je comprends mieux maintenant.
— Quoi ?
— Vous. Le plaisir que vous prenez à me faire jouir. Ce n'est pas juste de la générosité. Ce n'est pas juste de la maîtrise. C'est… grisant. Avoir le plaisir de quelqu'un au bout de ses doigts. Être la cause de cet abandon. C'est vertigineux.
Il sourit. Lentement.
— Vous venez de résumer en trois phrases ce que j'ai mis des années à découvrir.
Un silence. Plus doux.
— Et vous ?
Il ne répond pas tout de suite. C'est inhabituel. Lui qui a les mots pour tout. Qui sait tout dire.
— C'était mon premier orgasme comme ça.
Sa voix est basse. Dépouillée.
— Je savais que c'était possible. Je l'avais lu. Étudié. Mais vivre ça… Avec vous…
Il se tait. Cherche.
— Ce n'est pas le même continent que l'éjaculation. Pas le même monde. C'est… plus vaste. Plus long. L'éjaculation, c'est un pic. Bref. Localisé. Là, c'était une vague. Qui monte et qui ne redescend pas. Qui traverse tout. Les jambes. Le ventre. La poitrine. La gorge. Comme si tout le corps devenait le sexe. Comme si chaque cellule jouissait en même temps. À un moment je ne savais plus où j'étais. Je ne savais plus qui j'étais. Il n'y avait plus que la sensation. Et vous. Vos yeux.
Il tourne la tête vers moi.
— Et c'est vous qui m'avez donné ça. La première. La seule. Je m'en souviendrai toujours.
Quelque chose de chaud se répand dans ma poitrine. Pas du désir. Pas de la fierté. Quelque chose de plus calme. De plus profond.
— Je n'aurais laissé personne d'autre, dit-il. Vous le savez ?
— Je sais. C'est la même chose pour moi. Pour ce soir. Pour tout. Personne d'autre.
Silence. Nos doigts entrelacés sur son ventre. Nos souffles qui ralentissent.
— Qu'est-ce que nous explorons la prochaine fois ?
Sa voix est légère. Presque espiègle. Après toute cette intensité, toute cette émotion, ce changement de ton est un soulagement. Une bouffée d'air. La preuve que nous pouvons traverser les abysses et revenir à la surface en souriant.
— Je ne sais pas encore. Surprenez-moi.
Il rit. Doucement.
— Ça, c'est dangereux comme phrase.
— Avec vous ? Non. Avec vous, c'est la phrase la plus sûre du monde.
Sa main dans mes cheveux. Lente. Tendre. Mon corps est lourd. Comblé. Endolori aux bons endroits. Mon esprit flotte. Apaisé.
Je ferme les yeux.
Quelque part dans cette chambre, sur ce lit, dans les bras de cet homme, une femme qui croyait connaître certaines de ses limites vient de découvrir qu'elle n'en avait aucune idée. Et un homme qui croyait tout maîtriser vient de découvrir ce que ça fait de lâcher prise.
Et c'est la plus belle découverte du monde.
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Passer les 18 commentaires
Photo de profil de Crabou
Crabou
5 octobre 2026 à 14:41
Quel beau récit tout en douceur et en sensibilité
J'aimerais beaucoup vivre le même échange avec une femme
Soyez respectueux
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Photo de profil de Frodon
Frodon
5 octobre 2026 à 06:32
Je ne trouve pas les mots pour exprimer mon ressenti. C’est un très beau texte, et le thème d’une découverte, mutuelle, d’une sodomie sans douleur, est un idéal que l’on souhaite atteindre. Merci pour cet écrit.
Soyez respectueux
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Nounours1239
4 octobre 2026 à 08:35
Un tel texte ne peut que donner envie. À toutes & à tous
Merci
Soyez respectueux
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mozart
3 octobre 2026 à 09:00
Une histoire avec un message, même plusieurs. Agréable lecture, très beau texte, beaucoup de tendresse aussi.
Merci Haleros
Soyez respectueux
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DenisB
2 octobre 2026 à 19:06
terriblement excitant et la pression monte au fil des phrases.. j'ai bcp aimé!
Soyez respectueux
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Photo de profil de Swan75
Swan75
2 octobre 2026 à 18:14
Belle histoire, originale et bien écrite, sans vulgarité inutile (mais la vulgarité a-t-elle une quelconque utilité ?).
Merci.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Swan75
Swan75
2 octobre 2026 à 18:12
Belle histoire, originale et bien écrite, sans vulgarité inutile (mais la vulgarité a-t-elle une quelconque utilité ?).
Merci.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
2 octobre 2026 à 15:33
Absolument d’accord avec Rosah et quelle expérience incroyable à vivre dans le partage.
Soyez respectueux
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escabot9
2 octobre 2026 à 14:28
Très bien écrit, passionnant à lire
Soyez respectueux
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Photo de profil de RosaH
RosaH
2 octobre 2026 à 13:27
Incroyable ! C’est tellement beau, tellement juste, tellement parfait ! Sublime texte !
Soyez respectueux
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