Inspiré du réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Jeux de garçons — Chapitre 1 · Ce que les hommes taisent
Auteur
Jeux de garçons
Chapitre 1 · Ce que les hommes taisent
Gaëtan, quadragénaire accompli, marié à la belle Élodie et père de deux enfants, un petit bonhomme de trois ans et un autre encore en gestation, jouissait d’une existence en apparence parfaite. Une belle maison, une situation professionnelle enviable, une famille aimante… Le tableau était idyllique, sauf qu’il y avait cette fissure microscopique, presque invisible aux yeux du monde : sa frustration sexuelle. Il n’y avait rien, pourtant, de singulier dans cette situation. Elle relevait même d’une banalité confondante au sein d’un couple établi. Il était certes frustré, mais il en avait pris son parti. La privation de désir, il l’avait déjà connue dans sa jeunesse ; seulement, aujourd’hui, il avait appris à remplacer la passion et le besoin charnel par l’amour véritable, celui que l’on bâtit patiemment avec l’être aimé et qui maintient le navire à flot, envers et contre tout.
Élodie, sa douce épouse, avait depuis longtemps oublié le chemin de Vénus. Sa libido, si l’on pouvait encore la qualifier ainsi, était aussi vive qu’un escargot en hibernation. En vérité, elle n’avait jamais éprouvé de véritable appétence pour la chose. Dans son esprit, le sexe n’avait qu’une fonction : celle de donner la vie.
Ce manque pesait sur Gaëtan, bien sûr, mais d’une manière étrangement distante. Avec une discipline presque chirurgicale, il évacuait ses pulsions dans la solitude, nourri par un vivier foisonnant de fantasmes souvent non conventionnels. Des fantasmes où se mêlaient des corps masculins, un secret jalousement gardé, même d’Antoine, son meilleur ami.
Gaëtan avait toujours été bisexuel, sans jamais avoir franchi le pas avec un autre homme. Cette dualité existait en lui depuis sa vie estudiantine, mais là encore, il n’avait rien expérimenté. C’était un choix qu’il avait fait, parce qu’il voulait fonder une famille et en acceptait les conséquences encore aujourd’hui. D’abord, il craignait qu’une passion masculine ne l’emporte sur son objectif ; ensuite, il n’était pas prêt à affronter le regard de ses amis et de sa famille.
Prenez Antoine, son meilleur pote. Avec lui, il pouvait parler de tout. Ils avaient fait les quatre cents coups ensemble, voyagé loin, très loin dans le Grand Nord, bravant le blizzard et admirant les aurores boréales. Pourtant, jamais il ne s’était rien passé dans la promiscuité de la tente. Pas même un geste, ni un mot. Ils adoraient pourtant parler de sexe, mais les discours d’Antoine sur la sodomie l’avaient toujours refroidi.
— Non mais, jamais je n’irais mettre ma bite là-bas, c’est de là que sort la merde.
Une réplique culte « made in Antoine », qui l’avait définitivement convaincu qu’il était un hétérosexuel pur sucre. Avec lui, Gaëtan se livrait régulièrement, sans filtre, à des confessions sur sa vie conjugale. Les deux hommes partageaient un étonnant parallèle : une vie familiale stable, une femme aimante… et une sexualité famélique.
Antoine, plus explicite que Gaëtan, avouait sa lassitude, son envie de renouveau. Il avait même osé parler à son pote d’un projet audacieux : un couple libre. L’idée, aussi révolutionnaire soit-elle, avait suscité chez Gaëtan un étrange cocktail de fascination et de répulsion.
— Putain mec, tu te fous de moi ?
— Pas du tout, ça fait un moment qu’on en parle avec Mathilde, c’est la seule solution pour relancer la machine.
— C’est depuis qu’on a baisé Léna ensemble ? Elle t’a retourné la tête avec ses histoires, Antoine. Ça ne peut pas marcher, on en a déjà parlé.
— Bien sûr que c’est Léna. C’est elle qui m’en a parlé pour la première fois. Mais c’était il y a longtemps. N’empêche, cette baise était l’une des plus mémorables qu’on ait vécues. On s’est bien éclatés, tu te souviens ?
— Évidemment, et heureusement que j’étais là d’ailleurs. Mais bon, je ne sais pas si le jeu en valait la chandelle vu comment ta femme nous a pété un câble en rentrant, car elle n’avait toujours pas son four pour faire cuire tes lasagnes.
— Pas du tout, ça fait un moment qu’on en parle avec Mathilde, c’est la seule solution pour relancer la machine.
— C’est depuis qu’on a baisé Léna ensemble ? Elle t’a retourné la tête avec ses histoires, Antoine. Ça ne peut pas marcher, on en a déjà parlé.
— Bien sûr que c’est Léna. C’est elle qui m’en a parlé pour la première fois. Mais c’était il y a longtemps. N’empêche, cette baise était l’une des plus mémorables qu’on ait vécues. On s’est bien éclatés, tu te souviens ?
— Évidemment, et heureusement que j’étais là d’ailleurs. Mais bon, je ne sais pas si le jeu en valait la chandelle vu comment ta femme nous a pété un câble en rentrant, car elle n’avait toujours pas son four pour faire cuire tes lasagnes.
♦♦♦ ------------------------- ♦♦♦
Le téléphone tinta : une mélodie jazzy, un peu kitsch, comme Antoine les aimait. Il sourit, reconnaissant immédiatement la sonnerie de Gaëtan. À trente-sept ans, père de deux enfants, Antoine vivait une frustration sexuelle tenace, une petite vermine invisible qui le rongeait jour après jour. Il décrocha.
— Salut, mec ! lança Gaëtan de sa voix enjouée, traversant d’un bond la distance qui les séparait.
— Salut, Gaëtan ! Ça va ? répondit Antoine en s’installant dans son fauteuil, le bruit de la télé, un dessin animé pour enfants, en fond sonore.
— Ça va… relativement. Mon boulot me saoûle, et c’est toujours la course entre les gamins, la nounou et l’école.
— Salut, Gaëtan ! Ça va ? répondit Antoine en s’installant dans son fauteuil, le bruit de la télé, un dessin animé pour enfants, en fond sonore.
— Ça va… relativement. Mon boulot me saoûle, et c’est toujours la course entre les gamins, la nounou et l’école.
Puis, comme une vague sous-marine, le sujet ressurgit : le « couple libre » qu’Antoine envisageait avec Mathilde. Un thème délicat, abordé autrefois avec prudence, presque à voix basse. Depuis qu’il avait rencontré la fameuse Léna, l’idée l’obsédait, le travaillait de l’intérieur.
— Alors, mec ? demanda Gaëtan, la voix grave, teintée d’une curiosité mêlée d’inquiétude. Cette révolution… elle a eu lieu ?
Antoine esquissa un sourire large, un peu gêné. Il avait hésité à en parler, à dévoiler l’intimité de cette expérience. Mais Gaëtan, son ami de plus de vingt ans, était le seul à qui il pouvait tout dire.
— Oui, c’est fait. Et… c’est… radical.
Il marqua une pause, cherchant ses mots.
— Ça a transcendé tout ce que j’avais imaginé. Ça a relancé notre couple, on n’arrête plus de baiser.
Gaëtan resta interloqué. Pour lui, tenter une telle expérience, c’était jouer avec le feu. Le danger de tout perdre, sa femme, son équilibre et son couple, lui paraissait bien réel. Mais la curiosité finit par l’emporter.
— Et… t’as pécho combien de meufs ? demanda-t-il, faussement détaché.
Antoine sentit la chaleur lui monter au visage.
— Ouais… en fait, je ne baise qu’avec des mecs, avoua-t-il, la voix légèrement tremblante. Et… j’adore ça.
Gaëtan resta muet de stupeur. Heureusement qu’ils n’étaient pas face à face : sa couverture, patiemment entretenue depuis des années, aurait volé en éclats. Un long silence pesa, dense et électrique. Il serra le combiné, tenta de garder contenance.
Quand il raccrocha, un flot d’émotions le submergea. Il lui était déjà arrivé de fantasmer sur Antoine, mais il l’avait toujours cru hétéro. C’était un terrain interdit mais sans aucun danger. Or, avec ce coming out inattendu, tout basculait. Sa propre vie intérieure vacillait.
Gaëtan se sentait comme un adolescent, tétanisé, submergé par ses émotions. Il croyait ces tempêtes lointaines, depuis longtemps apaisées. Mais ses anciens démons refirent surface, et soudain, l’idée jusque-là fantasmée de coucher avec Antoine devenait de l’ordre du possible. Et même s’il avait toujours accepté intérieurement sa bisexualité, il savait qu’un seul homme pouvait le pousser à la faute, et c’était lui : son meilleur pote.
Il inspira profondément. Il devait se reprendre. Il n’avait plus le choix. Il fallait tout lui avouer, lui dire que, lui aussi, il était attiré par les hommes.
♦♦♦ ------------------------- ♦♦♦
C’est Gaëtan qui prit l’initiative du deuxième coup de fil quelques jours plus tard. Antoine pouvait presque entendre la surprise, la perplexité, mais aussi l’excitation dans la voix de son ami.
— Raconte-moi, murmura Gaëtan, la voix étonnamment basse pour ne pas être entendu par sa femme, Élodie.
Alors, Antoine se lança. Il raconta sa première expérience avec un homme, la nervosité initiale, la découverte d’un plaisir inconnu. Ce qu’on ressent, les sensations d’un contact charnel différent, le trouble de s’occuper d’une verge autre que la sienne. « C’est comme si on redevenait puceau », avoua-t-il, tant cette expérience lui semblait neuve. Il décrivit la douceur de la peau contre la sienne, la chaleur d’un corps se pressant au sien, l’ivresse d’une intimité totale.
— La sodomie… Il hésita, puis poursuivit : c’était… incroyable. Le plaisir de se laisser aller, de se faire prendre, de sentir ce sexe frapper en plein dans sa prostate… J’ai jamais eu un orgasme aussi fort, Gagou.
Ses mots étaient crus, directs, sans détour. Jamais encore il n’avait parlé avec une telle franchise de sa sexualité. Il inspira profondément, laissant la confession l’alléger d’un poids trop longtemps porté. Puis il ajouta, la voix douce, presque tremblante :
— Je me suis demandé… si… on pourrait essayer, toi et moi, Gaët. Je sais que t’es hétéro, mais cette idée… elle me trotte dans la tête depuis des jours.
À cet instant précis, dans la tête de Gagou, ce fut le Big Bang. Une tempête qui le figea, sidéré par l’audace et la portée de la demande d’Antoine. Gaëtan resta paralysé, autant par les conséquences d’un tel acte que par la vertigineuse perspective de voir un fantasme longtemps refoulé se matérialiser soudainement.
— J’ai… balbutia-t-il, j’ai toujours rêvé de… ça, Toinou. Je l’ai toujours refoulé, par peur, par honte… mais ton aveu… moi aussi, j’ai des fantasmes avec des mecs. Et ça a commencé bien avant de te connaître.
Et ce fut au tour d’Antoine d’être surpris. Un long silence s’installa, chargé d’un désir désormais mis à nu. Pourtant, Gaëtan s’était abstenu d’avouer à Antoine qu’il s’était déjà masturbé en pensant à lui ; c’eût été en dire trop, et beaucoup trop tôt.
— Ok… Écoute, proposa finalement Gaëtan d’une voix douce mais assurée. Organisons un week-end rien que tous les deux, comme au bon vieux temps. On verra ensuite si on en a envie… ou pas.
Antoine accepta sans hésiter. L’appel se termina sur une note d’excitation et d’espérance. Ils venaient de franchir une ligne, de briser un tabou, d’avouer des désirs longtemps enfouis. L’aventure ne faisait que commencer, et la suite de leur histoire, aussi imprévisible qu’un coup de foudre, promettait des instants inoubliables.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()