Fantasme
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'éveil d'Isabelle — Chapitre 15 · L'épreuve de la station debout
Auteur
L'éveil d'Isabelle
Chapitre 15 · L'épreuve de la station debout
— Lève-toi, Isabelle.
La voix de Valérie tombe comme un couperet, tranchant net le bourdonnement des conversations étouffées qui flottent dans la pénombre de la salle.
Je reste figée une fraction de seconde, mes doigts crispés sur le cuir râpé des accoudoirs du fauteuil. Se lever ? Me dresser en pleine lumière, face à cette assemblée d'inconnus, de voisins, de clients potentiels de la rue principale ? Mes jambes, déjà lourdes de fatigue et d'une étrange, insupportable tension, me semblent soudain incapables de porter mon poids.
Mais le regard de Valérie ne souffre aucune réplique. Il est planté dans le mien, sombre, lourd d'une promesse d'emprunt et de soumission consentie. À côté d'elle, Sophie s'est redressée en silence. Ses joues, un instant plus tôt empourprées par le trouble, se sont un peu détendues, mais ses yeux clairs continuent de m'observer avec une fascination mi-inquiète, mi-gourmande.
— Allez... murmure Sophie dans un souffle presque inaudible, les mains jointes contre sa jupe crayon, sa voix trahissant un léger tremblement. Lève-toi, Isabelle. Ne les fais pas attendre plus longtemps. On dirait... on dirait que toute la salle retient son souffle pour toi.
— Ne parle pas pour eux, Sophie, intervient Valérie sans lever les yeux de son boîtier, sa voix froide coupant net l'hésitation de la jeune femme. Laisse-la faire face seule. C'est son moment.
Je prends une inspiration saccadée. La guêpière en dentelle me scie les côtes, comprimant ma cage thoracique au point de me couper le souffle, tandis que le tissu de mon chemisier en mousseline, entrouvert, frôle mes seins nus de sa caresse aérienne. Je prends appui sur mes talons.
Mes jambes se tendent.
Et à l'instant précis où je me dresse de tout mon long sur l'estrade, une onde de choc sensorielle me traverse. Libérées de la position assise, mes cuisses gainées de bas noirs satinés se frôlent. Le frottement du nylon contre le nylon produit un chuchotement intime, un frottement sec et étouffé — schprr-schprr — que j'entends résonner à mes propres oreilles, comme un secret bruyant échangé sous mes vêtements. La chaleur de la pièce, chauffée à blanc par les projecteurs halogènes, vient frapper directement le bas de mon corps. Sous le tissu sombre de ma jupe, je sens l'humidité s'installer, une tiédeur secrète et visqueuse qui trahit l'afflux de mon excitation.
Pour l'instant, rien ne se devine. Mon tailleur et ma jupe gardent leur rigueur de façade. Pas de culotte visible, pas de chair nue offerte à la vue de tous — du moins, pas encore. Le jeu est à la suggestion, à la torture lente, à la rétention. Je sais ce qui se cache sous ces couches de tissu, je sens la dentelle de ma lingerie fine presser contre mes lèvres intimes, sensible au moindre battement de mon cœur, mais pour eux, dans l'ombre, je reste une énigme habillée. Une silhouette bourgeoise au bord de la rupture.
— Tourne-toi vers eux, ordonne Valérie d'un ton sec, en pivotant sur elle-même pour lever son boîtier. Ne les fuis pas. Regarde-les en face. Montre-leur ce qu'ils sont venus chercher.
Je pivote lentement sur mes talons, sentant le parquet ciré craquer sous mes chaussures. Mes yeux, éblouis par la violence des projecteurs, mettent quelques secondes à s'ajuster à la pénombre de la grande salle d'honneur.
Au premier rang, assis bien droit sur sa chaise pliante, Gérard, le comptable, a la bouche entrouverte. Ses lunettes à monture d'écaille glissent le long de son nez, et ses mains serrent si fort son calepin de cotisations qu'il en déchire presque la couverture. Il me regarde avec l'effarement d'un homme qui assiste à la profanation d'un monument sacré.
Un peu plus loin, Henri, le vieux baroudeur aux tempes grisonnantes, a croisé les bras sur sa poitrine. Son regard n'est plus seulement technique ou professionnel ; c'est un regard de prédateur posé sur une proie qui avance d'elle-même dans la cage. À ses côtés, sa femme Hélène a posé une main ferme sur son avant-bras, les lèvres pincées, oscillant entre la réprobation et une fascination morbide qu'elle ne parvient pas à quitter des yeux.
Plus près, sur la gauche de l'estrade, assise sur le bord de sa chaise avec une grâce immobile, Claire, une jeune femme de trente ans aux longs cheveux châtains noués en un chignon lâche et au profil délicat, me fixe intensément. Ses lèvres rosées sont entrouvertes, et un frémissement imperceptible agite ses doigts posés sur son sac en cuir. Elle ne possède pas d'appareil photo ; elle est venue en simple spectatrice, aspirée par le scandale et la beauté vénéneuse de la scène. Son regard, à la fois critique et dévorant, semble me déshabiller plus sûrement que tous les objectifs réunis. Elle sait, me traverse l'esprit. Elle sait exactement ce que je ressens sous ce tissu.
— Regarde-la, murmure Sophie à mon oreille, sa voix se rapprochant, pleine d'une jalousie feinte ou d'une excitation partagée tandis qu'elle vient coller son épaule contre la mienne. Même Claire est hypnotisée. Elle n'ose pas bouger d'un pouce. Tu vois comme elle te regarde, Isabelle ? Elle se demande ce que ça fait d'être à ta place.
— Regarde-la, murmure Sophie à mon oreille, sa voix se rapprochant, pleine d'une jalousie feinte ou d'une excitation partagée tandis qu'elle vient coller son épaule contre la mienne. Même Claire est hypnotisée. Elle n'ose pas bouger d'un pouce. Tu vois comme elle te regarde, Isabelle ? Elle se demande ce que ça fait d'être à ta place.
— Tais-toi, Sophie, souffle Valérie sans baisser son appareil, son œil collé au viseur, guettant la moindre micro-variation de mon expression. Laisse-la absorber le silence. C'est le regard des autres qui la sculpte à présent.
Et quel regard. Leurs pupilles braquées sur moi pèsent comme un poids physique. Chaque souffle retenu dans la salle agit comme une main invisible qui me palpe, me déshabille, explore les moindres contours de ma silhouette. La honte, glacée et familière, essaie de reprendre pied dans mon estomac, mais elle est balayée, piétinée par une vague de chaleur bien plus puissante. Sous mes bas, mon entrejambe brûle. Le frottement continu de mes cuisses, à chaque micro-mouvement, me rappelle l'état de trempe avancée où je me trouve.
— Ne baisse pas le menton, Isabelle, répète la voix de Valérie, métallique et proche. Laisse-les voir la femme qui tremble, mais qui tient debout.
Un premier éclair zèbre l'obscurité.
Clic.
Puis un deuxième, plus rapproché, de biais, orchestré par le jeune Steeve qui s'est imprudemment levé au premier rang.
Clic-clic.
La lumière me frappe en pleine poitrine, brûlant la mousseline de mon chemisier, traversant virtuellement les couches de mon armure. Je serre les dents, retenant un soupir qui menace de s'échapper de mes lèvres. Je ne suis plus en sécurité. Je ne suis plus qu'un corps offert, suspendu au milieu de la pièce, attendant que la chute devienne inévitable.
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