Fantasme
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'éveil d'Isabelle — Chapitre 16 · Les mains de Sophie et la chute de l'armure
Auteur
L'éveil d'Isabelle
Chapitre 16 · Les mains de Sophie et la chute de l'armure
La station debout devenait une épreuve de force contre mon propre corps. Sous les projecteurs halogènes, la chaleur de la pièce s'était épaissie, se collant à ma peau comme une seconde pellicule de sueur. Mes jambes, maintenues dans cette tension rigide depuis de longues minutes, commençaient à trembler imperceptiblement. À chaque micro-mouvement, le frottement continu des bas satinés contre le haut de mes cuisses produisait ce chuchotement sec et intime — schprr-schprr — qui résonnait dans mon esprit comme le tic-tac d'une bombe à retardement. L'humidité entre mes jambes s'était faite plus dense, une tiédeur visqueuse et brûlante qui me rappelait sans cesse l'état de soumission charnelle où je m'enfonçais un peu plus à chaque seconde.
Je voyais les silhouettes dans la pénombre se figer davantage. Gérard, le comptable, n'osait plus cligner des yeux, les mains crispées sur son calepin, se mordant nerveusement les lèvres pour contenir un trouble qu'il ne reconnaissait plus. Henri, le baroudeur, dardait sur moi un regard de prédateur immobile. Et un peu plus à gauche, Claire, la jeune spectatrice aux longs cheveux châtains, se mordillait les lèvres avec une fascination si intense qu'elle semblait elle-même suspendue à ma potence.
C'est alors que Valérie a brisé le silence.
— Elle a tenu assez longtemps en équilibre derrière ce rempart, a prononcé Valérie d'une voix de glace et d'autorité. Sophie. Va l'aider à enlever le reste. Fais-la descendre d'un cran.
À l'appel de son nom, j'ai vu Sophie tressaillir. Ses joues, déjà colorées par l'émotion, se sont empourprées d'un rouge vif. Malgré son rôle au sein de l'association, la perspective de toucher directement, sous le regard de tous, ce corps mûr et bourgeois restait pour elle un vertige. Elle a avalé sa salive, ses yeux clairs brillant d'un mélange de peur panique et d'une voracité qu'elle ne cherchait même plus à dissimuler.
— Oui, Valérie... a soufflé Sophie, sa voix trahissant un léger tremblement.
Elle s'est avancée sur l'estrade, ses propres talons claquant faiblement sur le parquet. Elle est venue se placer tout contre moi, si près que j'ai senti l'odeur de son parfum sucré se mêler à la sueur qui perlait sur mes tempes. Ses mains, d'abord hésitantes, se sont posées sur mes hanches, juste au-dessus de la ceinture de ma jupe tailleur. Le contact de ses paumes chaudes à travers le tissu a failli me faire vaciller.
— Ne tremble pas, Isabelle, a murmuré Sophie tout près de mon oreille, sa voix rauque se changeant en une confidence brûlante. Laisse-nous voir ce qu'il y a en dessous. Tu as fait tout ce chemin... ce n'est pas le moment de reculer. Laisse-moi t'aider à faire tomber le masque.
Ses doigts agiles ont cherché la petite agrafe et la fermeture éclair dissimulée sur le côté de ma jupe. Le déclic métallique de la fermeture, un son net et sec dans le silence de la grande salle d'honneur, a résonné comme un coup de feu. Un murmure unanime a parcouru l'assemblée, une onde de choc électrique qui a fait tressauter le jeune Steeve au premier rang, son boîtier aussitôt braqué sur nos mains.
— Doucement, Sophie... ai-je réussi à souffler, ma voix étranglée par la panique et le désir.
— Non, plus de douceur, a répliqué Valérie en s'approchant, l'objectif pointé sur nous, guettant la moindre expression de mon visage. Fais glisser le tissu, Sophie. Qu'elle sente l'air.
Sous l'impulsion des mains de Sophie, qui ont enserré le tissu lourd de la jupe pour l'entraîner vers le bas, le vêtement a glissé le long de mes hanches, frottant contre mes bas noirs avant de tomber lourdement en un cercle de drap sombre autour de mes talons.
Le choc a été instantané, violent.
L'air frais de la grande caserne, jusque-là repoussé par les étoffes, est venu frapper brutalement ma peau nue. Une chair de poule fulgurante a parcouru mes cuisses et mon bas-ventre, créant un contraste saisissant avec la fournaise des projecteurs. Je me suis retrouvée là, exposée au milieu de la pièce, vêtue seulement de ma guêpière en dentelle noire, lacée serré sur mes côtes, et de mes bas satinés maintenus par des porte-jarretelles tendus. Toujours pas de nudité totale — la guêpière protégeait et moulait mon entrejambe comme une seconde peau —, mais l'illusion de la décence bourgeoise venait d'être entièrement incinérée.
Sophie est restée agenouillée un instant au pied de mes jambes, les mains encore posées sur mes mollets gainés de nylon, les yeux levés vers moi avec une dévotion presque effrayante.
— C'est magnifique... a murmuré Sophie, les lèvres entrouvertes, son souffle chaud venant caresser la peau de ma cuisse. Regarde-la, Valérie. Elle est sublime.
Dans la salle, une toux gênée a retenti au troisième rang, vite étouffée dans un silence de cathédrale, trahissant le malaise et l'effervescence de l'assistance.
— Ne bouge plus, Isabelle, a ordonné Valérie, la voix vibrante de triomphe. Garde cette pose.
C'est alors que les photographes se sont déchaînés. Autour de Valérie, d'autres boîtiers se sont levés, attirés par l'odeur du scandale. Les déclics se sont mis à crépiter en une mitraillade ininterrompue, un déluge de lumière stroboscopique qui ne laissait plus aucune ombre pour me cacher.
Clic-clic-clic-clic.
Un premier éclair blanc, d'une violence aveuglante, a zébré la pièce, suivi immédiatement d'une salve de flashs croisés venant de tous les côtés. La honte tentait désespérément de refaire surface, de me crier de fuir face à cette agression visuelle, mais elle était désormais totalement noyée sous une marée de chaleur et d'exhibition. Mes mains tremblaient le long de mon corps, mes yeux cherchaient désespérément un point d'ancrage dans le noir, et dans le creux de mes cuisses, l'humidité se faisait plus pressante, comme une promesse inévitable de ce qui devait encore arriver.
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