Ce soir-là, sous mon jean et ma chemise épaisse, je portais un ensemble en dentelle noire et soie bordeaux. Et la seule personne dans la pièce au courant me fixait avec un demi-sourire.
L'appartement de Marc était enfumé, saturé d'odeurs de pizza et de bière. On était cinq : Marc, sa copine Sarah, Lucas, Camille et moi. Une soirée classique entre potes d'enfance.
Sauf que pour moi, chaque geste était un calvaire.
Quand je m'asseyais, je tirais discrètement sur le bas de ma chemise. Si mon jean descendait d'un centimètre, la bordure en dentelle du bas apparaissait. Sous mon torse, la bralette fine épousait mes pectoraux, ses bretelles cachées de justesse sous les coutures de mes épaules. Je portais ça en secret depuis des mois. C'était mon trip, personnel, intime, que personne ne devait jamais découvrir.
Personne, sauf Camille.
Deux jours plus tôt, elle était passée chez moi sans prévenir pour récupérer un chargeur. J'étais sous la douche. Elle était entrée dans ma chambre et était tombée nez à nez avec l'ensemble posé sur mon lit. Elle n'avait rien dit, mais son regard avait tout enregistré.
Et ce soir, calée contre les coussins à deux mètres de moi, elle buvait son verre sans me lâcher des yeux. Elle savait exactement ce que j'avais sur la peau.
Vers minuit, Lucas a lancé l'idée prévisible :
— Action ou Vérité. Un vrai, sans esquive.
Tout le monde a suivi. Les premiers tours se sont enchaînés avec des gages débiles et des vérités sans intérêt. J'espérais passer sous le radar. Je restais silencieux, le cœur battant trop vite à chaque fois que la bouteille de bière tournait sur la table basse.
Puis Lucas a fait tourner la bouteille d'un coup sec.
Elle a ralenti, hésité, et son goulot s'est arrêté pile sur moi.
— Enfin ! a braillé Lucas.
Le cul de la bouteille, lui, désignait Camille.
Un silence s'est installé. Camille a posé son verre sur le parquet, s'est redressée et a planté ses yeux dans les miens. Un regard froid, calculateur, presque carnassier.
— Action ou vérité ? a-t-elle demandé doucement.
La vérité était un piège mortel : elle pouvait me demander ce que je cachais.
— Action, ai-je répondu, les mâchoires serrées.
Son sourire s'est élargi.
— Parfait, a dit Camille en croisant les jambes. Tu as l'air d'étouffer dans cette grosse chemise. Enlève-la et reste torse nu jusqu'à la fin de la partie.
Mon estomac a coulé net.
— Allez, fais tomber la chemise ! a crié Marc en rigolant.
Ils ne comprenaient rien. Je n'avais aucun t-shirt en dessous. Rien pour faire rempart. Si j'ouvrais le tissu, ils verraient instantanément la dentelle noire ouvragée sur ma poitrine.
Camille attendait, immobile. Elle voulait me voir craquer.
Mes doigts gourds sont montés au premier bouton. Je l'ai défait. Puis le deuxième. L'encolure a baillé. Une fine lanière noire satinée est apparue dans l'ombre de mon col.
Camille a fixé la bretelle. Ses pupilles se sont dilatées.
Mes doigts ont touché le troisième bouton. C'était fini. Ma vie sociale volait en éclats. Je l'ai regardée, les yeux pleins d'une panique absolue, suppliant silencieusement.
Elle a soutenu mon regard une seconde de trop. Quelque chose a basculé dans ses yeux : le sadisme s'est effacé au profit d'un trouble évident.
— Stop, a-t-elle coupé d'une voix sèche.
Lucas a râlé. Marc a protesté. Camille a simplement levé la main pour les faire taire.
— Laisse tomber, il est blanc comme un cadavre, c'est pathétique. Le spectacle ne m'intéresse pas. À la place, va dans la cuisine me préparer un autre verre. Et charge en gin.
J'ai refermé les boutons à la hâte et j'ai filé vers la cuisine en respirant à peine.
Les mains posées sur le plan de travail en inox, j'essayais de calmer les battements violents dans ma poitrine. La porte coulissante s'est ouverte puis refermée sans bruit.
Camille s'est approchée. Elle s'est collée contre moi, son épaule effleurant la mienne.
— Tu as eu peur, hein ? a-t-elle chuchoté.
— Pourquoi tu joues à ça ? ai-je lâché, la voix rauque. Tu voulais m'humilier ?
Elle a secoué la tête, un sourire étrange aux lèvres. Sans un mot, sa main est montée vers mon col. Ses doigts ont glissé sous la flanelle, touchant ma peau brûlante avant de crocheter la bretelle en soie noire. Elle a tiré doucement dessus pour la faire claquer contre ma clavicule.
La décharge a traversé tout mon corps.
— Si j'avais voulu t'humilier, je t'aurais laissé ouvrir ce bouton, a-t-elle murmuré, son visage à quelques centimètres du mien. Mais je voulais voir si tu avais osé le mettre ce soir. Et t'es assez fou pour l'avoir fait.
Ses yeux ne se moquaient pas. Ils débordaient d'un désir brut, presque agressif. Sa main est descendue plus bas, pressant mon flanc à travers mon pantalon là où la dentelle épousait mes hanches.
— On se casse d'ici, a-t-elle dit à voix basse. Tout de suite.
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La suite promet d'être intéressante ;-)