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✦ tounet777 La proie du chasseur XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La proie du chasseur — Chapitre 6

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La proie du chasseur

Chapitre 6

Chapitre 6
Je sors du cabinet, la clé tournant dans la serrure avec un clic métallique net qui résonne dans la rue déserte. Dix-sept heures pile. L'air frais du Jura s'engouffre dans mes poumons, chassant les odeurs persistantes de désinfectant, d'éther et de poils de chien qui m'ont collé à la peau tout au long de cette journée marathon. Je me sens étrangement léger, presque porté par une euphorie que je peine à contenir sous mon masque de professionnalisme habituel. Je grimpe dans le Defender, le moteur vrombit dans un nuage de fumée grise, et je commence à rouler doucement vers mon propre chalet. Je n'ai qu'une idée en tête : me doucher, me changer, mettre quelque chose de confortable et rejoindre Robin.
Mais je n'ai pas fait trois cents mètres que je vois Lucie débouler sur le perron du cabinet. Elle agite les bras frénétiquement, le visage déformé par une panique que je ne lui connais pas. Mon sang ne fait qu'un tour. Un mauvais pressentiment, lourd et froid, me tord l'estomac. Je pile, les pneus crissent sur le goudron humide. Je fais une marche arrière rapide et baisse la vitre passager.
— Jonas ! Reviens !
Hurle-t-elle, le souffle court.
— C'est une urgence absolue ! Les frères Varin viennent d'appeler sur le fixe, ils arrivent, ils sont à deux minutes !
Je jure entre mes dents, frappant le volant du plat de la main. Les frères Varin. Sylvain et son cadet, deux brutes épaisses, des agriculteurs-chasseurs de la vieille école qui considèrent la forêt comme leur propriété privée et le code de l'environnement comme un simple papier hygiénique. Je gare le 4x4 en vrac, sors en courant et déverrouille la porte en un temps record. À peine ai-je franchi le seuil et enfilé ma blouse blanche par-dessus ma chemise de ville que le pick-up déglingué des Varin dérape sur le gravier dans un vacarme de ferraille.
Les deux frères s'extirpent de la cabine, couverts de boue de la tête aux pieds, le visage congestionné par un mélange d'excitation et de nervosité. Entre eux, ils portent un grand sac de jute qui s'agite avec une violence terrifiante. Un cri s'en échappe brusquement. Un feulement strident, déchirant, presque surnaturel, qui me glace le sang.
— Posez ça sur la table de chirurgie, tout de suite !
Crié-je en désignant le bloc.
Quand Sylvain desserre le lien et que le sac s'ouvre, mon cœur rate un battement. Ce n'est pas un renard, ni un chien errant pris au piège. C'est un lynx. Un jeune mâle subadulte, une merveille de la nature avec ses oreilles terminées par des pinceaux de poils noirs et sa fourrure tachetée d'une densité incroyable. Mais le spectacle est un cauchemar éveillé. Une boucle de câble d'acier, un collet artisanal, est serrée à mort autour de sa patte arrière gauche. Le métal a scié les muscles, tranché les tendons comme un fil à couper le beurre, et l'os blanc luit, exposé, sous la lumière crue des néons du cabinet. L'animal, fou de terreur et de douleur, tente de mordre le vide, ses yeux ambrés dilatés à l'extrême.
— Un collet...
Murmuré-je, la voix étranglée par une rage sourde.
— Qui a posé cette saloperie ?
Sylvain Varin s'essuie le front d'une main terreuse, évitant soigneusement mon regard.
— On n'en sait rien, Doc ! On vérifiait juste les clôtures du parc à moutons en haut de la combe, on l'a entendu hurler à la mort. Fallait bien faire quelque chose, on n'est pas des sauvages !
Je ne les crois pas une seconde. Je sais que les Varin détestent les prédateurs qui "volent" leur gibier ou menacent leurs bêtes. Mais je n'ai pas une seconde à perdre en palabres. L'animal est en état de choc traumatique, sa respiration est erratique.
— Lucie, prépare immédiatement 0,2 ml de médétomidine pour l'anesthésie. Vite ! Si on ne le calme pas, son cœur va lâcher avant même que je touche la plaie.
Les deux heures qui suivent ne sont qu'un tunnel de concentration chirurgicale. Je ne suis plus l'homme qui attend son amant, je ne suis plus le citadin idéaliste, je redeviens le technicien de la survie. Je nettoie la plaie béante souillée de terre, je retire les éclats de métal du collet qui se sont brisés dans l'os. C'est un travail d'orfèvre, épuisant. Je dois recoudre les tendons un à un avec un fil d'une finesse extrême, priant pour que la vascularisation ne soit pas totalement coupée. La sueur coule dans mon cou, brûle mes yeux. Lucie, imperturbable, éponge mon visage à intervalles réguliers. Le félin dort enfin, mais son pronostic reste engagé.
Alors que je termine le dernier point de suture cutanée, la porte du cabinet s'ouvre à nouveau. Ce n'est pas le fracas des Varin. C'est le pas lourd, régulier et mesuré des bottes de cuir de service.
Robin est là.
Mais ce n'est pas mon Robin. C'est le garde-chasse. Il porte son uniforme complet de l'Office Français de la Biodiversité : la veste kaki impeccablement boutonnée, l'écusson tricolore, son ceinturon d'intervention et son talkie-walkie qui grésille par intermittence. Son visage est un masque de granit, froid, distant, presque sévère. Deux gendarmes l'escortent. Mon cœur se serre violemment. Cette version de lui m'intimide et me renvoie brutalement à tout ce qui sépare nos deux mondes.
Il s'avance vers la table d'examen, ses yeux verts balayant la scène sans s'arrêter sur moi.
— Docteur Ruiz,
Dit-il d'une voix grave et impersonnelle.
— On m'a signalé par téléphone la capture illégale d'une espèce protégée. En tant qu'agent assermenté, je dois dresser le procès-verbal de constatation et procéder à la saisie de l'animal pour les besoins de l'enquête criminelle.
Je suis déstabilisé par ce ton.
— Il est en phase de réveil, Robin... On ne peut pas le manipuler sans risque de rupture des sutures.
Il me regarde enfin, mais son regard est vide d'émotion, purifié par la procédure.
— C'est "Monsieur Blois" pour la rédaction du rapport officiel, Docteur. S'il vous plaît, indiquez-moi précisément l'heure d'arrivée de l'animal et l'identité des déposants.
Sylvain Varin, qui sent le vent tourner, commence à brailler dans la salle d'attente, jurant qu'il est le sauveur de la biodiversité jurassienne. Robin se détourne de moi et s'avance vers lui. Je vois alors l'autorité pure émaner de sa stature. Il ne crie pas, mais sa voix est comme un couperet.
— Sylvain, tais-toi.
Dit-il d'un ton glacial.
— Ce collet est un modèle artisanal avec une double boucle de sécurité que je traque sur ce secteur depuis trois semaines. Les empreintes de tes pneus de tracteur sont parfaitement identifiables près de la souche où il a été posé. Alors tu vas suivre les gendarmes maintenant, ou je rajoute entrave à la justice et destruction volontaire de preuves au dossier.
Le ton monte. Les gendarmes interviennent pour calmer les deux frères qui commencent à devenir menaçants. Le cabinet, d'ordinaire si calme, est devenu une zone de guerre bureaucratique et judiciaire. Je reste près du lynx, posant une main protectrice sur son flanc qui se soulève régulièrement, essayant de l'isoler de ce tumulte humain. Robin gère tout avec une efficacité de machine, photographiant la patte, mesurant la section du câble, interrogeant Lucie.
Il est presque dix-neuf heures trente quand le calme revient enfin. Les gendarmes ont emmené les frères Varin pour un interrogatoire formel à la brigade. Une unité spécialisée du centre de soins de la faune sauvage est en route pour transférer le félin. Lucie, dont les traits sont tirés par la fatigue, me salue d'un geste de la main et quitte les lieux. Je me retrouve seul avec Robin dans le silence pesant du cabinet.
Il soupire longuement, retire sa casquette de service et passe une main lasse dans ses cheveux bruns. L'armure semble se fendiller.
— Je te demande pardon pour le "Monsieur Blois",
Murmure-t-il en s'approchant enfin de moi.
— Mais si je ne suis pas d'une rigueur absolue sur une affaire impliquant un lynx, les avocats des Varin feront sauter la procédure pour vice de forme en dix minutes. Je ne pouvais pas me permettre la moindre familiarité devant les gendarmes.
— Je le comprends,
Dis-je en sentant la tension s'évacuer de mes muscles.
— Mais c'était... déstabilisant de te voir comme ça. Si dur.
— C'est le prix à payer pour que ces types ne recommencent jamais, Jonas. Je ne suis pas là pour me faire des amis dans ces moments-là, je suis là pour protéger ce qui ne peut pas se défendre.
Il s'approche encore, pose ses mains sur mes épaules. Elles sont chaudes, fermes, exactement comme je m'en souvenais.
— On rentre ?
Demande-t-il avec une douceur qui contraste avec sa voix d'il y a dix minutes.
Je le regarde, encore un peu étourdi par la violence de l'après-midi. Je pense à mes vêtements souillés, à mon besoin de me retrouver un instant seul pour digérer tout ça.
— Écoute, Robin... Je préfère passer par chez moi d'abord.
Dis-je doucement.
— J'ai besoin de prendre quelques affaires pour la nuit, de nourrir Liberté et de me doucher vraiment. Je ne me vois pas rester dans cet état.
Il hoche la tête, un petit sourire compréhensif au coin des lèvres.
— Je comprends. Je vais devant au chalet, je prépare le feu et je commence à cuisiner.
— D'accord. Je prends mes affaires et je te rejoins chez toi dans moins d'une heure.
Lui promis-je.
Il dépose un baiser rapide mais intense sur mon front, remet sa casquette et sort. Je le regarde monter dans son pick-up et démarrer. Je prends quelques minutes pour ranger les derniers instruments, vérifier une dernière fois les constantes du lynx avant l'arrivée du transporteur spécialisé, puis je ferme enfin le cabinet pour de bon.
Une heure plus tard, j'arrive devant son chalet. La nuit est tombée, une nuit d'encre typique des montagnes, glaciale et constellée d'étoiles. Le Defender se gare près de son pick-up noir, deux silhouettes sombres sous la lune. Lou nous accueille sur le perron en remuant frénétiquement la queue.
Je pousse la porte. L'intérieur est baigné par la lueur orangée d'un feu magnifique qui crépite déjà dans la cheminée. Robin a enlevé son uniforme, il est en t-shirt noir et pantalon de toile. Il se tourne vers moi, un couteau de cuisine à la main.
— Tu as été rapide.
Dit-il avec un sourire chaleureux.
— Je ne voulais pas te faire attendre.
Répondis-je en posant mon sac de voyage près de l'entrée.
L'odeur de la cuisine a déjà envahi le chalet : des pommes de terre qui dorent avec de l'ail, des champignons cueillis cet automne, une salade craquante. Une bouteille de vin d'Arbois est déjà débouchée sur la table en chêne.
Nous mangeons avec une faim de loups, le silence n'étant rompu que par le crépitement du bois dans l'âtre. Nous sommes épuisés par l'adrénaline. Lou dort déjà à nos pieds, son museau posé sur mes pieds.
— Tu penses vraiment qu'il pourra remarcher normalement ?
Demande Robin en fixant les flammes, son verre de vin à la main.
— J'ai fait le maximum pour les tendons, mais les félins sont imprévisibles. S'il ne fait pas d'infection nerveuse, il a une chance. Mais il lui faudra des mois de rééducation en enclos.
Il pose son verre et plonge ses yeux verts dans les miens.
— Tu as été brillant, Jonas. La précision de tes gestes malgré la fatigue... Je t'observais du coin de l'œil pendant que je prenais les photos. J'étais fier de toi.
Il se lève, contourne la table et vient s'asseoir juste à côté de moi sur le banc. Il passe un bras puissant autour de mes épaules et m'attire contre son torse. Je laisse tomber ma tête sur son épaule.
— On n'a pas vraiment "pris notre temps" et "discuté" comme on l'avait prévu ce matin,
Dis-je avec un petit rire nerveux.
— Non,
Répond-il en déposant un baiser sur ma tempe.
— On a fait mieux. On a sauvé un lynx ensemble. C'est une épreuve de vérité, tu ne crois pas ?
Il tourne délicatement mon visage vers le sien. Le baiser qui suit est différent des précédents. Il est chargé de toute la tension de l'après-midi, mais aussi d'une gratitude immense. Nous nous installons sur le grand canapé devant la cheminée. La douceur de l'aube semble appartenir à une autre vie.
— Jonas...
Murmure-t-il contre mon cou.
— Je ne veux plus que tu doutes. Ni de moi, ni de la raison pour laquelle je porte cet uniforme.
— Je n'ai plus peur de l'uniforme, Robin. J'ai juste compris que tu es le seul ici à vraiment tenir tête à ces types.
Nous restons là, enlacés, pendant ce qui me semble être des heures. Nous parlons enfin de nous. Vers minuit, la fatigue finit par nous terrasser pour de bon.
Nous montons dans sa chambre à l'étage. Je sors de mon sac mes affaires. Nous nous déshabillons doucement dans la pénombre de la chambre. Je retire mon jean et ma chemise, restant simplement en boxer. Je caresse la musculature de ses épaules et de son dos alors qu'il se dévêt à son tour. Il ne porte rien d'autre que son boxer lui aussi, révélant son corps athlétique sculpté par le grand air. Nous nous glissons sous la couette lourde, peau contre peau à travers le tissu fin de nos sous-vêtements. Il se place derrière moi, me prenant en "cuillère", son corps massif épousant chaque courbe du mien. Sa main vient se poser sur mon ventre, ses doigts s'entrelaçant fermement aux miens.
— À quoi tu penses, là, tout de suite ?
Chuchote-t-il dans mon cou.
— À demain. À la suite de tout ça.
— La suite sera belle, Jonas. On va apprendre à naviguer entre tes principes et les miens. Mais ce soir, on est juste nous.
Le gris perle de l'aube commence à peine à filtrer à travers les rideaux épais du chalet lorsque je m'éveille. La sensation est immédiate, envahissante, d'une douceur que je n'ai jamais connue : la chaleur. Le corps de Robin est une véritable fournaise contre mon dos. Son bras, lourd et protecteur, est toujours enroulé autour de ma taille, sa main posée à plat sur mon ventre, son pouce caressant inconsciemment ma peau dans son sommeil.
Je reste immobile, savourant cet instant de grâce. Le silence de la montagne est absolu, seulement troublé par le crépitement lointain des dernières braises dans la cheminée en bas. Puis, je sens Robin bouger. Son souffle contre ma nuque s'accélère, devient plus chaud. Il s'éveille.
Au fur et à mesure que la conscience lui revient, son corps réagit. Je sens son érection, dure et impérieuse, se presser contre mes fesses à travers le tissu fin de nos boxers. C'est une présence massive, électrique, qui réveille instantanément mon propre désir. Mon sexe durcit à son tour, tendu contre mon ventre, répondant à l'appel du sien.
Robin gémit doucement, un son rauque qui vibre jusque dans ma colonne vertébrale. Ses mains commencent à bouger, parcourant mon corps avec une lenteur délicieuse. Il remonte le long de mes flancs, ses doigts traçant le relief de mes côtes, puis redescend vers mes hanches. Il me fait basculer doucement pour que je me retrouve face à lui.
Nos regards se croisent dans la pénombre. Ses yeux verts sont sombres, chargés d'une envie si pure qu'elle me coupe le souffle. Nous nous enroulons l'un contre l'autre, nos jambes s'entremêlant, cherchant le contact maximum de nos peaux. Il m'embrasse, un baiser profond, lent, qui goûte le sommeil et le désir. Je gémis contre ses lèvres, mes mains remontant vers ses épaules puissantes.
— Jonas…
Murmure-t-il entre deux baisers, sa voix plus rauque que jamais.
— Mon Dieu, j'ai une envie de toi… C'est presque douloureux.
Il frotte son érection contre la mienne, un mouvement lent qui nous fait gémir de concert. L'électricité entre nous est presque palpable, une tension qui ne demande qu'à exploser. Mais Robin s'arrête un instant, posant son front contre le mien, son souffle court.
— Mais je vais attendre. Je te l'ai promis. On prend notre temps. Je veux que tu sois prêt, vraiment prêt.
Je suis touché par sa retenue, par ce respect qui me prouve, encore une fois, qu'il ne me voit pas comme une simple conquête. Pourtant, mon corps réclame le sien avec une urgence nouvelle. Il me regarde, un sourire en coin un peu malicieux malgré le désir.
— Mais… je peux te demander quelque chose pour patienter ? Est-ce que je peux te caresser les fesses ? Sous ton boxer ? Je t'ai déjà vu nu après tout, je sais à quel point tu es beau.
J'hésite une seconde, mon cœur battant à tout rompre. L'idée de sa main nue contre ma peau me fait frissonner d'avance. Je finis par hocher la tête, le regard brillant.
— Oui… tu peux.
Sa main glisse sous l'élastique de mon boxer. Le contact est électrique. Ses doigts sont chauds, un peu calleux, et ils parcourent mes fesses avec une tendresse infinie, les pétrissant doucement, remontant vers le bas de mon dos. Je ferme les yeux, laissant échapper un soupir de pur plaisir. En retour, je laisse mes mains explorer son torse massif. Ses muscles sont fermes, son torse est couvert d'un duvet léger que je caresse du bout des doigts. Je me penche pour déposer des baisers sur ses pectoraux, sur le creux de son cou, avant de remonter vers ses lèvres pour un baiser interminable.
— Robin…dis-je en me détachant doucement de lui.
— Ce matin, je peux arriver plus tard à la clinique. Lucie gère les premières ouvertures. Je n'ai pas de rendez-vous avant 10h30.
Un éclat de joie traverse son regard.
— C'est la meilleure nouvelle de la journée.
Nous restons encore un moment à nous caresser, à savourer cette proximité interdite il y a encore quelques jours. Puis, nous nous levons doucement, le froid de la chambre nous saisissant dès que nous sortons des draps. Robin enfile un pantalon de jogging et descend au salon. Je l'entends remuer le bois, craquer une allumette. Le feu reprend vie, apportant une chaleur bienvenue.
Il remplit la bouilloire pour mon thé vert et prépare son café, l'odeur du grain moulu montant jusqu'à la mezzanine. Quand je descends, il est dans la cuisine, le torse nu, s'activant avec une efficacité tranquille. Il pose devant moi une assiette de fruits frais — des quartiers de pommes et des poires du verger voisin — et deux tartines de pain complet.
— Pour le petit-déjeuner du docteur, dit-il en me tendant mon thé.
Nous nous asseyons à la petite table en bois, face à la forêt qui s'éveille. C'est le moment des premières vraies discussions sur "nous".
— Comment tu vois la suite, Jonas ? demande-t-il sérieusement, son regard vert plongeant dans le mien.
— Je sais que nos mondes s'entrechoquent. L'affaire du lynx hier l'a prouvé. Les gens vont parler dans le village s'ils nous voient ensemble.
— Je me fiche de ce que les gens disent, Robin, répondis-je avec une assurance qui me surprend moi-même.
— Pour le lynx, nous étions du même côté. C'est ça qui compte. Je veux qu'on continue, lentement, mais sans se cacher de nous-mêmes.
— Moi aussi. Je veux que tu fasses partie de ma vie. Pas juste des nuits, mais de tout le reste.
Après le petit-déjeuner, l'appel du lit et de la chaleur est trop fort. Nous remontons nous allonger, juste pour le plaisir d'être ensemble. Je pose ma tête sur son torse large, sentant les battements de son cœur. Mes doigts s'amusent avec les poils bruns de son torse, les tournant distraitement. C'est un moment de confidence totale.
Nous parlons de tout. De son enfance dans ces montagnes, de son grand-père qui lui a appris à lire les traces des animaux. Je lui parle de mon dégoût pour la pollution urbaine, de ma passion pour la philosophie antispéciste, et comment j'essaie de concilier cela avec la réalité brutale de la campagne. Nous discutons de nos livres préférés, de la musique qu'il écoute quand il patrouille seul la nuit. Il me confie ses doutes sur l'évolution du climat dans le Jura, sur la disparition des essences d'arbres. Je l'écoute, fasciné par sa connaissance viscérale de la nature.
— Est-ce que c'est toi qui viens ce soir ? me demande-t-il alors que l'heure tourne.
— Oui. Je reviens ici après le cabinet, lui dis-je avec un sourire.
Il est temps de partir. Je me lève avec regret. Je m'habille, mais je décide de laisser mon sac de voyage et quelques affaires chez lui, une manière de marquer mon territoire, de dire que je reviendrai. Sur le perron, alors que le soleil est maintenant bien haut, il me retient par la taille.
Il me donne un dernier baiser, long, profond, qui me laisse les jambes tremblantes.
— À ce soir, Jonas.
— À ce soir, Robin.
Je monte dans mon Defender, le cœur léger. En regardant dans le rétroviseur, je vois sa silhouette sur le seuil du chalet, sa main levée. Ce n'est plus seulement une attirance physique ; c'est le début de quelque chose de bien plus vaste.
Fin du chapitre 6.
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