Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoires de lesbiennes — Chapitre 1 · Pyjamas party
Auteur
Histoires de lesbiennes
Chapitre 1 · Pyjamas party
Il avait neigé toute la journée sur le plateau, et la route du chalet était devenue un ruban blanc que la voiture de Sofia avait remonté au pas, essuie-glaces à plein régime, les pneus neige mordant dans la poudreuse avec un bruit de succion. Camille, assise à l'arrière, la joue collée à la vitre froide, regardait défiler les sapins alourdis de neige et se répétait qu'elle avait eu tort d'accepter.
— Tu vas arrêter de faire cette tête, lui avait lancé Inès depuis le siège passager.
Elle ajouta.
— C'est une soirée pyjama, pas un enterrement.
— Je fais pas de tête.
— Tu fais une tête de fille qui a passé trois heures à choisir son pyjama et qui a peur qu'on se moque d'elle.
— Je fais pas de tête.
— Tu fais une tête de fille qui a passé trois heures à choisir son pyjama et qui a peur qu'on se moque d'elle.
Camille n'avait rien répondu, parce que c'était exactement ça. Elle avait fini par fourrer dans son sac un pyjama en satin vert bouteille qu'elle trouvait trop court, trop brillant, trop assumé, et un autre, en pilou gris, qu'elle trouvait rassurant et laid. Elle n'avait pas encore décidé lequel elle aurait le courage de porter.
Le chalet était une grande bâtisse de bois sombre, perchée à la lisière du hameau, avec des volets rouges et une cheminée qui fumait déjà. Sofia avait proposé ça comme on propose une évidence : ses parents partaient trois semaines en Thaïlande, elle avait les clés, la maison, le sauna, la cave à vin, et une bande de copines qui n'avaient pas de partiels avant février. Léa les attendait sur le perron, emmitouflée dans une doudoune rouge, un sac de chips sous le bras.
— T'as mis le chauffage au moins ? demanda Inès en claquant la portière.
— J'ai allumé le feu, y a du vin chaud, y a tout ce qu'il faut. Dépêchez-vous, il caille.
— J'ai allumé le feu, y a du vin chaud, y a tout ce qu'il faut. Dépêchez-vous, il caille.
À l'intérieur, c'était chaud comme un ventre. Le salon était immense, avec des poutres, un canapé d'angle en velours brun, un tapis épais, des plaids empilés, et un feu de bois qui craquait déjà dans la cheminée en pierre. Manon était affalée sur le tapis, en chaussettes, un mug entre les mains, et elle eut pour Camille un sourire lent, un peu lourd, qui la fit rougir sans qu'elle sache pourquoi.
— Tu veux du vin chaud ? demanda-t-elle.
— Euh. Oui. Merci.
— Euh. Oui. Merci.
Sofia était dans la cuisine, en robe de chambre de soie noire, les cheveux relevés en un chignon de travers. Elle ouvrit une bouteille de rouge sans cérémonie et versa dans une casserole.
— Bon, on dit les règles, annonça-t-elle en revenant avec les mugs fumants. Personne ne regarde son téléphone après vingt-deux heures. Personne ne parle de la fac. Et personne ne se moque du pyjama des autres.
— Ça va être long, dit Léa.
— Ça va être parfait.
— Ça va être long, dit Léa.
— Ça va être parfait.
Ils burent le vin chaud, trop sucré, trop épicé, et Camille sentit la chaleur descendre le long de sa poitrine et détendre ses épaules une à une. Dehors, la neige continuait de tomber, épaisse, silencieuse, coupant le chalet du reste du monde. On aurait pu croire qu'il n'existait plus rien d'autre.
Elles s'étaient toutes changées. Sofia était passée en nuisette noire et en chaussettes de laine, ses longues jambes brunes nues sous l'ourlet. Inès avait enfilé un ensemble en satin champagne, deux tailles trop grand, qui glissait de son épaule à chaque mouvement. Léa portait un t-shirt de groupe de rock qui lui descendait aux cuisses et des cuissardes de pyjama en pilou léopard. Manon, un short en coton et un débardeur gris moulant qui laissait voir, quand elle se penchait, la naissance de ses seins et la ligne pâle d'une cicatrice au genou. Camille avait choisi le pilou gris. Elle s'en voulut aussitôt en voyant les autres.
— C'est mignon, le pilou, dit Manon.
— C'est un sac à patates.
— Un sac à patates avec des oreilles, dit-elle en tirant sur le capuchon.
— C'est un sac à patates.
— Un sac à patates avec des oreilles, dit-elle en tirant sur le capuchon.
Elles se répartirent sur le tapis, les coussins, le canapé. Sofia avait sorti un jeu de cartes et un plateau de fromages, et le vin chaud avait laissé place à du rouge plus sérieux. La conversation dérivait : les profs de la fac, les ex, les applications de rencontre, les histoires de vestiaires.
— Moi, dit Léa, la dernière fois, elle m'a demandé si j'étais « plutôt bi ou plutôt curieuse ». Genre, comme si c'était un plat au menu.
— Et t'as répondu quoi ?
— J'ai répondu « plutôt affamée ».
— Et t'as répondu quoi ?
— J'ai répondu « plutôt affamée ».
Manon rit dans son verre. Camille sentit son regard glisser vers elle, s'y attarder une seconde de trop.
— Et toi, Camille ? demanda Inès. T'es quoi ?
— Bah. Rien. Enfin. Je sais pas.
— Comment ça, tu sais pas ?
— J'ai jamais trop... réfléchi à la question.
— Bah. Rien. Enfin. Je sais pas.
— Comment ça, tu sais pas ?
— J'ai jamais trop... réfléchi à la question.
Un silence. Pas gêné, un silence qui pèse et qui pousse.
— Tu veux dire que tu n'as jamais été avec une fille, dit Sofia, et ce n'était pas une question.
Camille haussa les épaules, but une gorgée pour se donner une contenance.
— Y a pas de honte, dit Inès. Y a de la place dans le canapé, si tu veux commencer ce soir.
Elles rirent, et Camille rit aussi, mais son cœur cognait. À vingt-trois heures, quelqu'un proposa une partie d'Action ou Vérité. Léa battit les cartes avec une lenteur exagérée.
— Version maison, dit-elle. Les gages sont écrits par les autres. On n'a pas le droit de refuser, on a le droit de dire « moitié » et on boit deux gorgées.
Les deux premiers tours furent anodins. Sofia imita un orgasme de cinéma, Inès dut appeler son ex et lui dire qu'elle pensait encore à son chien. Puis Manon tira une carte.
— Action, dit-elle.
Léa se pencha, réfléchit, sourit.
— Tu es la plus proche du feu. Tu enlèves un vêtement.
Manon ne discuta pas. Elle se leva, fit glisser son short en coton le long de ses jambes et le lança dans le canapé. Elle portait une culotte en dentelle grise, simple, qui épousait ses hanches. Elle se rassit, les genoux serrés, et tout le monde la regarda faire comme si c'était la première fois qu'on voyait une fille en culotte.
Le tour suivant tomba sur Camille.
— Vérité, dit-elle, prudente.
— Non, dit Inès. Tu as déjà dit vérité au dernier tour.
— J'ai pas...
— Tu as dit vérité. C'est écrit dans mes souvenirs.
— C'est pas un règlement officiel.
— C'est un règlement officiel de moi.
— Non, dit Inès. Tu as déjà dit vérité au dernier tour.
— J'ai pas...
— Tu as dit vérité. C'est écrit dans mes souvenirs.
— C'est pas un règlement officiel.
— C'est un règlement officiel de moi.
Camille soupira, résignée.
— Action, alors.
Le silence se fit, plein de convoitise. Léa regarda Sofia, Sofia regarda Inès, Inès prit la parole avec une douceur qui n'excusait rien.
— Tu embrasses Manon.
Manon ne bougea pas, mais elle tourna la tête vers Camille et la regarda en face, sans sourire, sans recul, comme on ouvre une porte. Camille posa son verre, s'essuya les mains sur le pilou, se sentit ridicule, s'approcha à quatre pattes sur le tapis.
— Tu peux dire moitié, dit Manon tout bas.
— Non.
— Non.
Leurs lèvres se touchèrent. Ce fut d'abord prudent, presque sec, deux bouches qui s'effleurent, et puis Manon fit une chose très simple : elle glissa sa main derrière la nuque de Camille et appuya. Camille sentit le vin, la chaleur, la bouche de l'autre qui s'entrouvrait et le bout d'une langue qui venait la chercher. Elle eut un petit bruit, un « mmm » qu'elle n'avait pas prévu, et la main de Manon descendit jusqu'à son flanc, sous le pilou, sur sa peau nue. Quand elles se séparèrent, le feu avait crépité deux fois et personne n'avait parlé. Léa avait la bouche entrouverte.
— Bon, dit Sofia. Je crois qu'on peut continuer la soirée.
La partie s'effondra vite, parce que plus personne n'avait la tête au jeu. Elles se rapprochèrent sans se le dire. Sofia s'assit sur le tapis, dos au canapé, les jambes croisées, et Léa se laissa glisser pour s'appuyer contre elle. Manon était à côté de Camille, et sa main était restée sur le flanc de la jeune fille, sous le pilou, le pouce décrivant une lente arabesque.
— Tu trembles, dit-elle.
— C'est le feu.
— C'est pas le feu.
— C'est le feu.
— C'est pas le feu.
Inès, de l'autre côté, s'étira, le satin champagne coulissant de son épaule, et dit d'une voix tranquille, comme on constate la météo :
— On n'est pas obligées de faire semblant, vous savez. On est cinq, il neige, on est toutes plus ou moins dans le même état. On peut juste... laisser faire.
— Laisser faire quoi ? dit Camille.
— Ce qui vient.
— Laisser faire quoi ? dit Camille.
— Ce qui vient.
Il y eut un moment de flottement, le temps que chacune mesure la portée du truc. Cinq filles, un chalet coupé du monde, une cheminée et du vin. Et cette chaleur dans les cuisses qui n'avait rien à voir avec le feu de bois. Ce fut Léa qui trancha. Elle se retourna vers Sofia, lui prit le visage à deux mains et l'embrassa franchement, la tête inclinée, avec une gourmandise qui n'avait plus rien de prudent. Sofia répondit avec un petit rire dans la gorge, la main dans les cheveux de Léa, et le baiser s'approfondit, devint sonore, humide. Manon se tourna vers Camille.
— Tu veux ?
— Oui.
— Oui.
Cette fois, ce fut Camille qui vint. Elle s'assit à califourchon sur les cuisses de Manon, les genoux de part et d'autre de ses hanches, et l'embrassa en la poussant contre le canapé. Manon eut un souffle de surprise, puis ses mains remontèrent sous le haut de pilou, paumes ouvertes sur les reins, et Camille sentit ses seins s'écraser contre les siens à travers les deux épaisseurs de tissu. Elle ne savait pas très bien ce qu'elle faisait, mais elle le faisait avec un appétit qui la surprenait elle-même, mordant la lèvre inférieure de Manon, descendant le long de son menton, de sa gorge.
— Oh, putain, dit Léa quelque part sur la gauche.
Inès s'était rapprochée d'elles deux, à genoux sur le tapis, et regardait sans se presser. Puis elle posa la main sur le mollet de Camille, remonta le long de sa cuisse, sous l'ourlet du pyjama, et ses doigts trouvèrent l'élastique de la culotte.
— Je peux ? dit-elle.
Camille hocha la tête contre l'épaule de Manon, la bouche pleine de peau. Inès ne se pressa pas. Elle fit glisser la culotte le long des cuisses, sans que Camille ait à se lever, et le tissu s'accrocha à un genou avant de tomber. Puis sa main revint, deux doigts qui remontaient lentement l'intérieur de la cuisse, qui s'arrêtaient juste avant, qui repartaient. Camille se cambra, chercha.
— Elle est déjà trempée, dit Inès, et sa voix avait changé, plus basse, rauque.
— Ça m'étonne pas, dit Manon.
— Touche-la, dit Camille.
— Ça m'étonne pas, dit Manon.
— Touche-la, dit Camille.
Inès obéit. Deux doigts à plat, une pression longue qui remonte, et Camille s'écrasa contre Manon avec un gémissement qu'elle n'eut pas la force de retenir. Le monde se réduisit à cette main entre ses jambes et à la bouche de Manon qui lui mangeait le cou. De l'autre côté, Léa avait débarrassé Sofia de sa nuisette. Sofia avait de petits seins hauts, bruns, à la pointe sombre, et Léa les prenait en bouche l'un après l'autre avec une application de gourmande, la langue à plat, aspirant, pendant que Sofia, la tête renversée contre l'assise du canapé, gémissait doucement et lui maintenait la nuque.
— Attends, dit Sofia au bout d'un moment. Attends, viens là.
Elle fit basculer Léa sur le tapis, s'allongea sur elle, et ce fut un enchevêtrement de jambes, de satin, de pilou léopard. Sofia avait remonté le t-shirt de Léa jusqu'aux aisselles et sa bouche descendait, mordait la peau du ventre, s'arrêtait au nombril, et Léa riait puis ne riait plus du tout. Le feu craquait. Les ombres dansaient au plafond.
Camille jouit une première fois, vite, presque sans prévenir, avec un cri étranglé contre la clavicule de Manon. Inès retira ses doigts, les suça, puis les tendit vers la bouche de Camille.
— Goûte.
Camille goûta. C'était acide et doux à la fois, un goût de peau et de sel, et ça la fit rougir jusqu'aux oreilles, mais elle suça les deux doigts jusqu'à la deuxième phalange en regardant Inès dans les yeux.
— Oh, la salope, dit Manon, admirative.
— Viens, dit Inès. Viens là, toi.
— Viens, dit Inès. Viens là, toi.
Elle attira Camille par le poignet et l'allongea sur le dos, puis elle s'agenouilla entre ses jambes et, sans autre préambule, posa sa bouche sur elle. Camille poussa un cri. Le tapis rêche sous ses omoplates, la langue d'Inès qui la léchait à grands coups plats, la barbe imaginaire de personne, la chaleur de la cheminée sur sa cuisse gauche, tout se mélangeait. Elle agrippa les poils du tapis, puis les cheveux d'Inès.
Manon s'était penchée sur elle, par-dessus, et l'embrassait à l'envers, la tête en bas, sa langue contre la sienne, pendant que celle d'Inès travaillait entre ses cuisses. Deux bouches. Camille crut qu'elle allait devenir folle.
— Attends, dit-elle au bout d'un moment, haletante. Attends, je vais encore...
Inès ne s'arrêta pas. Elle accéléra même, deux doigts qui entraient doucement pendant que la langue insistait, et Camille jouit une seconde fois, les talons plantés dans le tapis, la main de Manon sur sa gorge pour la maintenir au sol. Quand Inès releva la tête, son menton et sa bouche luisaient. Elle s'essuya du dos de la main, souriante, les yeux brillants.
— T'es belle quand tu jouis, dit-elle.
— Ferme-la.
— Non.
— Ferme-la.
— Non.
Manon avait glissé une main dans sa propre culotte grise, et Camille la vit se toucher, à genoux à côté d'elle, le regard posé sur les deux autres, sur Léa et Sofia qui s'étaient retournées et qui maintenant étaient en soixante-neuf, Sofia en haut, les hanches de Léa entre ses mains, Léa qui travaillait avec la même gourmandise qu'elle mettait à tout.
— Viens, dit Camille à Manon. Viens là, toi aussi.
Manon vint. Camille lui retira sa culotte d'un geste maladroit mais décidé, la fit passer par-dessus ses pieds, et Manon se laissa faire sans un mot, les cuisses déjà ouvertes avant même d'être nue. Elle avait un sexe brun, gonflé, une toison courte et sombre, et Camille se pencha et la lécha sans savoir comment s'y prendre, parce qu'elle n'avait jamais fait ça et qu'elle s'en fichait. Elle dut mal s'y prendre, d'ailleurs, parce que Manon rit doucement et lui prit la main.
— Doucement. À plat. Voilà. Comme ça, oui. Plus haut. Voilà, là, reste là.
Camille resta là. Elle apprit vite, en fait. Elle apprit à écouter les souffles, à repérer ce qui faisait se contracter les cuisses autour de ses oreilles, à moduler la pression. Inès s'était couchée contre Manon et l'embrassait, la main sur son sein, le pouce sur le mamelon. Manon gémissait dans sa bouche, ses doigts dans les cheveux de Camille, et elle répétait « oui, oui, comme ça, continue » d'une voix qui se cassait. Camille aurait pu rester là toute la nuit. Elle en oubliait sa propre peau. Mais Inès, au bout d'un moment, se redressa, enjamba le corps de Manon, et s'accroupit au-dessus de son visage.
— Tu permets ?
Manon ne répondit qu'en la tirant par les hanches. Sa langue trouva Inès et Inès poussa un gémissement long, la tête basse, les mains à plat sur les épaules de Manon. Elles formèrent une chaîne. Inès qui léchait Manon par-dessus, Manon qui goûtait Inès, Camille en bas qui ne savait plus où donner de la bouche. Un rythme s'installa, fait de souffles et de soupirs, de langues, de doigts qui se cherchent, de cuisses qui se serrent. Le feu avait baissé, les braises rougeoyaient, et personne n'alla remettre de bûche.
Ce fut Sofia qui jouit la première de la chaîne, dans un long frisson, la bouche collée à celle de Léa, les hanches tremblantes. Léa la tenait par les fesses, l'aspirait, et Sofia eut un dernier spasme puis s'effondra sur le côté, les jambes molles, en riant d'un rire essoufflé.
— Putain, dit-elle. Putain.
Léa s'essuya la bouche sur son poignet, l'air très contente d'elle, et regarda la scène autour d'elle. Elle avait les lèvres gonflées, les joues rouges.
— On migre au salon, dit-elle. Le tapis me scie les genoux.
Elles se relevèrent avec des rires et des gestes las. Sofia jeta deux coussins sur le grand canapé d'angle, tira un plaid, et Manon s'y laissa tomber en entraînant Camille avec elle.
— Tu tiens le coup ? demanda-t-elle tout bas.
— Oui. Toi ?
— Oh, moi je tiens depuis vingt ans.
— Oui. Toi ?
— Oh, moi je tiens depuis vingt ans.
Elles s'embrassèrent de nouveau, plus lentement maintenant, le temps de se dévorer. Manon avait la peau brûlante, les cheveux collés aux tempes. Elle fit basculer Camille sous elle et descendit le long de son corps, s'arrêtant à chaque parcelle, la clavicule, le sternum, le creux du ventre, la hanche, pour mordre, lécher, ou marquer. Quand elle releva la tête, Camille avait une tache rouge sous le sein.
— Voilà, dit Manon. Maintenant tu m'appartiens.
— C'est ça, la règle ?
— C'est ça.
— C'est ça, la règle ?
— C'est ça.
Inès s'était installée à l'extrémité du canapé, jambes écartées, et Léa s'était mise à genoux devant elle. Sofia, encore tremblante, s'accroupit derrière Léa et lui releva les hanches.
— Non, attends, dit Léa. Attends, laisse-moi...
Sofia n'attendit pas. Elle se pencha et sa langue trouva le sexe de Léa par-derrière, et Léa s'écrasa contre les cuisses d'Inès avec un juron. Inès eut un rire mouillé et lui caressa les cheveux.
— Allez. Vas-y. Tu sais faire.
Léa fit. Elle avait une méthode à elle, vive, précise, et Inès ne tarda pas à haleter, une main agrippée à l'accoudoir. Sofia, derrière, la travaillait en même temps, une main à plat sur le bas de son dos pour la maintenir, l'autre qui remontait lui pétrir un sein par-dessous le t-shirt.
Camille, sur le canapé, regardait tout. Manon avait glissé une cuisse entre les siennes et les frottait l'une contre l'autre, et le contact était si bon qu'elle en avait les yeux qui se révulsaient. Elle voyait Léa entre les cuisses d'Inès, elle voyait Sofia derrière Léa, elle voyait les trois corps se mouvoir ensemble, et elle se dit que la veille encore elle aurait été incapable de nommer ce qu'elle voyait là, et que maintenant elle en avait le goût dans la bouche.
— Viens, dit Manon en la tirant par le poignet.
— Où ça ?
— Là.
— Où ça ?
— Là.
Elle l'emmena sur le tapis, devant le canapé, et l'allongea juste à côté des trois autres. Puis elle se mit à côté d'elle, la tête en bas, le sexe au-dessus de sa bouche, et les jambes de Camille de part et d'autre de son visage.
— Comme ça on est toutes ensemble, dit-elle.
Camille comprit, et se mit à la lécher. En mieux maintenant, plus sûre d'elle, à plat, en cercles, en remontant sur le petit bout gonflé qui faisait tressaillir Manon à chaque passage. Manon la léchait aussi, en miroir, et elles trouvèrent un rythme commun, un balancement, deux corps qui se répondent. La pièce n'était plus qu'un seul organisme. Léa jouit contre la bouche d'Inès avec un cri rauque et Sofia la maintint jusqu'au bout, la langue toujours logée en elle, puis Léa glissa sur le côté, à bout, le souffle court, et ce fut au tour de Sofia de venir s'allonger entre les jambes de Camille et de Manon, à cheval sur les deux, une cuisse sur chacune, et de les doigter en alternance.
— Oh, dit Camille.
— Chut. Laisse.
— Chut. Laisse.
Sofia avait des doigts longs et sûrs. Elle entra en elle sans hésiter, deux doigts pliés, le pouce qui venait appuyer à l'extérieur, et Camille crut voir des étoiles. Manon, de l'autre côté, gémissait sans discontinuer, la bouche encore mouillée contre le ventre de Camille. Inès s'approcha à quatre pattes, passa sous le bras de Sofia, et vint s'allonger sur le flanc contre Camille pour l'embrasser.
— Regarde-moi, dit-elle.
Camille la regarda. Les yeux d'Inès étaient immenses, presque noirs, et elle l'embrassa au moment où Sofia la faisait jouir, avalant son cri, sa langue dans sa bouche comme une seconde pénétration. Le plaisir déferla, long, profond, et Camille se tordit, les orteils crispés, la main d'Inès serrée dans la sienne. Il y eut un temps mort, tiède, où elles restèrent en tas sur le tapis, à reprendre leur souffle, les jambes emmêlées, la peau collante. Le feu n'était plus que braises. Dehors, la neige avait cessé.
— On va avoir froid, dit Léa.
— On remet une bûche, dit Sofia.
— Non. On va dans le sauna.
— On remet une bûche, dit Sofia.
— Non. On va dans le sauna.
Le sauna était dans une dépendance, au fond du jardin, un cube de bois clair avec un poêle à granulés et des gradins de bois blond. Elles traversèrent le jardin en courant, nues sous des plaids, en poussant des cris de gorge, la neige leur mordant les chevilles et les mollets. Camille crut mourir de froid sur les quinze mètres, et puis la porte se referma sur elles et la chaleur la saisit comme une gifle.
— Ah, dit-elle, les poumons pleins.
Elles s'assirent sur les gradins, haletantes, les plaids jetés en tas. La chaleur montait. La peau ruissela très vite, et avec elle cette odeur de sel et de sexe qui les avait suivies depuis le salon. Sofia versa de l'eau sur les pierres du poêle. Un nuage de vapeur monta avec un chuintement, et la chaleur devint presque insupportable, délicieuse.
— J'ai un truc, dit Léa. Enfin, j'ai pas de truc, mais j'ai une idée.
— Dis toujours.
— On se met en cercle et on se touche. La personne à gauche. Tout le monde en même temps.
— C'est très con, dit Sofia.
— C'est très bien.
— Dis toujours.
— On se met en cercle et on se touche. La personne à gauche. Tout le monde en même temps.
— C'est très con, dit Sofia.
— C'est très bien.
Elles se mirent en cercle. Camille avait Manon à sa gauche et Inès à sa droite. Elle décida de s'occuper de Manon, qui écarta les jambes sans façon, la tête renversée contre le mur de bois, la poitrine qui se soulevait. Les mains se posèrent partout à la fois. Léa sur Sofia, Sofia sur Inès, Inès sur Camille, et toutes en même temps, dans un même mouvement, la chaleur du sauna rendant tout plus ample, plus glissant, plus intense.
Camille avait la main entre les cuisses de Manon, deux doigts dedans, le pouce à l'extérieur, et Manon la regardait par en dessous, les paupières lourdes.
— Plus vite, dit-elle.
Camille accéléra. La sueur lui coulait dans les yeux. À sa droite, Inès avait glissé trois doigts en elle et les recourbait, et Camille devait s'accrocher au gradin pour ne pas glisser. À sa gauche, Manon commença à trembler, à se contracter autour de ses doigts, et elle jouit en regardant Camille droit dans les yeux, la bouche ouverte, sans un bruit, juste un souffle qui s'étrangle.
Léa et Sofia s'étaient mises à rire, à moitié asphyxiées, et elles sortirent en trombe pour se rouler dans la neige, nues, en hurlant. Camille les suivit, et la neige sur sa peau brûlante fut une torture exquise. Elle se roula, se releva, dégoulinante, et rentra en courant. Elles ne tinrent pas cinq minutes de plus dans le sauna. Elles regagnèrent le chalet en riant, les plaids sur les épaules, et se jetèrent dans le salon.
Sofia ralluma le feu. Elles s'étaient enveloppées dans les plaids, assises en cercle, les cheveux trempés, et elles se regardaient avec une sorte de tendresse épuisée, un peu incrédule.
— Bon, dit Léa. On est officiellement des filles qui ont fait une orgie.
— On est officiellement des filles qui ont fait une orgie dans le sauna de mes parents, corrigea Sofia.
— Tu vas leur dire ?
— Jamais de la vie.
— On est officiellement des filles qui ont fait une orgie dans le sauna de mes parents, corrigea Sofia.
— Tu vas leur dire ?
— Jamais de la vie.
Manon se pencha vers Camille et lui releva le menton du bout du doigt.
— Ça va, toi ?
— Ça va.
— Vraiment ?
— Vraiment. J'ai juste... un peu l'impression d'avoir changé de peau.
— C'est normal.
— C'est arrivé à tout le monde ici ?
— Ça va.
— Vraiment ?
— Vraiment. J'ai juste... un peu l'impression d'avoir changé de peau.
— C'est normal.
— C'est arrivé à tout le monde ici ?
Manon rit.
— Non. Mais c'est normal quand même.
Elles se rhabillèrent à moitié, un t-shirt, un caleçon, une chaussette, et se firent des pâtes à une heure du matin, avalées debout devant le plan de travail, dans un silence affamé. Puis elles s'écrasèrent dans le canapé, enchevêtrées, et le sommeil aurait pu venir. Il ne vint pas tout de suite. Ce fut Inès qui relança, vers deux heures, d'une main distraite posée sur la cuisse de Camille sous le plaid. Une pression, un aller-retour, l'air de rien. Camille écarta les jambes d'un centimètre. Inès sourit sans ouvrir les yeux.
— Encore ? dit-elle.
— Encore.
— Encore.
Elles ne firent pas ça comme les autres fois. Ce fut plus lent, plus attentif, presque silencieux. Inès l'allongea sur le canapé, la déshabilla de ce qu'elle avait remis, et l'embrassa partout, longuement, avec une patience qui mit Camille au bord des larmes. Elle passa vingt minutes sur ses seins, à les prendre en bouche, à les mordiller, à les sucer jusqu'à ce que Camille se cambre et gémisse, et puis elle descendit, et elle refit la même chose plus bas, méthodique, obstinée, jusqu'à ce que Camille la supplie.
Manon et Léa s'étaient rapprochées. Manon s'agenouilla derrière le canapé et prit la tête de Camille entre ses mains, l'embrassant à l'envers, caressant ses cheveux, sa nuque, son front. Léa s'était assise sur l'accoudoir et tenait la main de Camille, la serrant à chaque vague. Sofia, elle, s'était mise debout devant Inès, à califourchon au-dessus de sa tête, et elle se laissait lécher le long du dos d'Inès pendant qu'Inès s'occupait de Camille, deux bouches en série, une même langue qui va et vient.
— Attends, dit Camille. Attends, je veux...
— Quoi ?
— Je veux toutes vous sentir.
— Quoi ?
— Je veux toutes vous sentir.
Elles s'organisèrent. Camille au centre, sur le tapis, les autres autour d'elle. Sofia derrière sa tête, qui l'embrassait et lui caressait les seins. Léa contre son flanc, une jambe entre les siennes, qui frottait lentement. Manon sur son autre flanc, la bouche sur son épaule, sa main qui descendait. Inès entre ses jambes, qui la doigtait avec deux doigts, puis trois, en y allant doucement.
Quatre bouches, six mains, un seul corps au centre. Camille ferma les yeux et se laissa faire, se laissa déborder. Elle ne savait plus à qui appartenait quelle caresse. Elle savait seulement qu'elle était couverte, qu'elle était pleine, qu'il n'y avait plus un centimètre d'elle qui ne soit touché, goûté, respiré.
— Regardez-la, dit Inès. Elle est magnifique.
— Elle est à nous, dit Manon contre son épaule.
— Dis-le, dit Léa. Dis que tu es à nous.
— Je suis à vous, souffla Camille.
— Elle est à nous, dit Manon contre son épaule.
— Dis-le, dit Léa. Dis que tu es à nous.
— Je suis à vous, souffla Camille.
Elle jouit comme ça, entre leurs mains, avec un long cri brisé, et Inès ne retira pas ses doigts avant la toute fin, avant qu'elle ne se contracte plus, avant qu'elle ne retombe, vidée, sur le tapis. Personne ne fut rassasié pour autant. Il y avait dans la pièce quelque chose d'insatiable, une faim qui se déplaçait de corps en corps. Manon se tourna vers Léa et l'embrassa ; Sofia se coucha sur le dos et attira Inès sur elle ; Camille, encore tremblante, rampa jusqu'à elles et posa sa bouche là où Sofia en avait envie.
— Non, dit Sofia. Non, viens plutôt là. Sur moi.
Camille se hissa sur elle, leurs sexes se touchèrent, et Sofia lui agrippa les fesses à deux mains pour la faire rouler, pour frotter. Camille suivit le mouvement, le souffle coupé par le contact, et elles trouvèrent ensemble un rythme, un balancement saccadé, leurs deux touffes mêlées, leurs deux bouts qui s'écrasaient l'un contre l'autre à chaque passage. Inès les regarda faire une seconde, puis se glissa sous l'angle, la tête entre leurs deux ventres, et sa langue vint taper alternativement sur l'un et sur l'autre.
— Oh, putain, dit Sofia. Oh, putain, Inès...
Camille n'avait jamais rien senti de tel. Le plaisir montait à une vitesse folle, et elle se dit qu'elle allait jouir encore, une quatrième fois, qu'elle allait y laisser la raison, et elle s'en fichait. Léa et Manon, à côté, avaient pris un autre chemin. Léa s'était assise sur le canapé et Manon s'était installée sur ses cuisses, dos à elle, les jambes ouvertes, et Léa la doigtait d'une main pendant que l'autre lui malaxait un sein, la bouche à son oreille, lui murmurant des choses que personne n'entendait.
— Tu aimes ça ? disait-elle. Tu aimes qu'on te regarde ?
Manon répondait par hoquets. Elle avait les yeux fixés sur Camille et Sofia, sur leurs corps qui se frottaient, et Léa accéléra, et Manon jouit en même temps qu'elles, dans un grand spasme qui la plia en deux. Sofia bascula Camille sur le côté avant la fin, la main entre ses propres cuisses, et se finit elle-même en trois mouvements, la mâchoire serrée, les yeux fermés. Elles s'effondrèrent toutes les cinq, en étoile sur le tapis, mouillées, poisseuses, à bout de souffle.
— J'ai plus de jambes, annonça Léa.
— J'ai plus de voix, dit Manon.
— J'ai plus de dignité, dit Sofia.
— Moi j'ai plus rien du tout, dit Camille.
— J'ai plus de voix, dit Manon.
— J'ai plus de dignité, dit Sofia.
— Moi j'ai plus rien du tout, dit Camille.
Elles rirent, longtemps, d'un rire idiot et épuisé qui n'en finissait plus. Elles dormirent dans le même lit, celui de la chambre d'amis, un grand matelas posé à même le plancher, sous une montagne de couvertures. Personne n'avait envie de dormir seule.
Camille se réveilla vers sept heures, coincée entre Manon et Inès, le bras de Léa en travers de sa taille. Dehors, le jour se levait, blanc, laiteux, sur la neige fraîche. Le chalet sentait le bois, le sexe et le café froid. Elle se dégagea doucement et alla à la fenêtre. En bas, le jardin était intact, lisse, vierge de toute trace. On aurait dit que rien n'était arrivé. Elle eut un petit rire pour elle-même.
— À quoi tu penses ? dit Manon dans son dos, d'une voix pâteuse.
— À rien. À la neige.
— À rien. À la neige.
Manon vint coller son corps contre le sien, le menton sur son épaule, les bras croisés sur son ventre.
— Tu regrettes ?
— Non.
— Tu reviendras à la prochaine ?
— Y a une prochaine ?
— Y a toujours une prochaine, dit Manon. On est étudiantes. On a tout le temps du monde.
— Non.
— Tu reviendras à la prochaine ?
— Y a une prochaine ?
— Y a toujours une prochaine, dit Manon. On est étudiantes. On a tout le temps du monde.
Camille se retourna dans ses bras et l'embrassa. Le café était en train de passer dans la cuisine, quelqu'un avait mis la radio, et la voix d'Inès monta de l'escalier :
— Vous arrêtez pas, les filles, j'arrive.
Camille sourit contre la bouche de Manon. La nuit avait été longue. Elle n'avait pas fini de se déployer.
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