Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Mon enfer — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Mon enfer
Chapitre 6
La belle, le bon et l’extase 5/8
Imaginer sa tête dans les journaux, qui va payer pour cela ?
Je n’ai rien changé à ma vie. Ce travail me passionne de plus en plus. Francine a revu Gilles l’avocat ! Elle a bien essayé de me faire parler à celui-ci, mais je ne suis pas encore prête à affronter les regards des autres, les yeux de ceux qui resteront sceptiques quoiqu’on puisse leur dire. Si l’on se rencontre souvent elle et moi, nous n’avons plus refait l’amour toutes les deux. Quand je pense que ce gaillard m’a refusé sous prétexte d’une homosexualité prononcée. Je ris de voir comment il a vite changé d’avis avec Francine. Enfin tant mieux pour elle ! Je pense qu’elle a trouvé en lui un meilleur compagnon et le couple nouveau qu’ils forment désormais entoure les enfants d’une infinie tendresse. Gino, un soir est venu pour me parler. Je l’ai éconduit poliment, ne voulant pas entendre pleurnicher ce grand type au teint mat. Puis un jour Mélanie a appelé ma collègue dans son bureau. Les cris qui ont suivi m’ont laissé penser qu’elle parlait de l’ex-mari de mon amie.
En claquant la porte, j’ai vu une furie ressortir du bureau patronal. Sans un mot, Francine a ramassé ses affaires et quand elle s’est penchée vers moi pour me dire au revoir, elle m’a aussi murmuré :
— Tu savais… ? Tu savais pour elle et Gino ? Depuis longtemps ?
— Non ! Je t’assure, j’avais eu quelques doutes un jour… mais aucune certitude. Je ne t’ai pas trahie.
— Je sais, mais cette salope ! Oui. Alors je me casse, ça vaut mieux pour nous tous. Je n’ai qu’une envie, lui casser la figure ! C’est bon ! Gilles prendra soin un peu plus de moi, en attendant que je retrouve un autre job…
— Et moi ? Je deviens quoi, moi, là-dedans ?
— Non ! Je t’assure, j’avais eu quelques doutes un jour… mais aucune certitude. Je ne t’ai pas trahie.
— Je sais, mais cette salope ! Oui. Alors je me casse, ça vaut mieux pour nous tous. Je n’ai qu’une envie, lui casser la figure ! C’est bon ! Gilles prendra soin un peu plus de moi, en attendant que je retrouve un autre job…
— Et moi ? Je deviens quoi, moi, là-dedans ?
J’ai dit cela avec un immense sourire et elle s’en est allée en haussant les épaules. Sur le pas de la porte, elle s’est pourtant retournée et m’a crié :
— Passe nous voir ! Alix et Milan seront heureux de te faire un bisou et puis… tu as sans doute des choses à dire à mon Gilles ! Non ?
Je n’ai fait que lever mon pouce dans un signe d’assentiment. Francine avait déjà un pied hors de ma vie, combien de temps faudrait-il pour que le second le soit aussi ? Chienne de vie qui s’acharne à nous éloigner de ceux que nous aimons… ou alors est-ce seulement mon lot ? En tout cas, Mélanie n’est pas bonne à prendre avec des pincettes après cela. Je suis sur mon ordinateur et je me moque bien de ses états d’âme. Je sais qu’elle a mérité la réaction de mon amie. Après, c’est chacun pour soi et nous n’échappons nullement à cette règle de base. Je suis plus touchée par le départ précipité de ma collègue et mon retour chez moi ne va pas arranger les choses. Alors je traine un peu en ville.
J’ai besoin de voir du monde, de me sentir moins seule. La rue est un bon compromis. Du monde partout circule dans les artères animées du centre et ce remue-ménage me convient. Je flâne, j’inspecte les vitrines et principalement celles des fringues. Des chiffons il y en a partout, de toutes les couleurs, de toutes sortes. Je suis en extase devant une devanture regorgeant de petites culottes et de soutien-gorge de toutes formes. Perdue dans la contemplation de ces deux pièces qui me font rêver, j’ai un sursaut incroyable lorsqu’une main se permet de frapper deux petits coups sur mon épaule. D’un seul mouvement de défense, je me retourne sur ce que je prends pour un assaillant.
— Eh ! C’est bien toi Claude ? Je me disais aussi que j’avais déjà vu cette silhouette quelque part.
— A… Alain, c’est toi ?
— Ben, ne me dis pas que tu ne me reconnais pas ! J’ai tellement changé ? En tous cas toi, tu es restée celle que… enfin, tu es toujours aussi belle. Que fais-tu par ici ?
— Je travaille en ville… et Danièle ? Des nouvelles d’elle ? Elle a toujours cru que c’est moi qui avais…
— Non ! Je ne l’ai pas revu depuis notre divorce… Un moment difficile aussi ! À la mort de Michel, elle en a voulu à la terre entière, et surtout c’est vrai, à toi, en particulier.
— Elle changera peut-être d’avis un jour sur ce sujet…
— En ce qui me concerne je n’ai jamais pensé que… tu pouvais avoir… enfin, je t’ai toujours crue. Et tu sais quoi ? À la mort de mes parents, avec l’argent que nous avons partagé mes frères et moi, j’ai fait un truc dingue. Je savais bien qu’un jour nous nous reverrions, mais je n’ai pas su quand tu étais sortie.
— C’est donc vrai ! C’est toi qui as racheté notre maison ?
— Oui… je me suis dit qu’un jour… tu aimerais la revoir et la récupérer. Elle est toujours à toi. Les gens n’ont pas vraiment compris, mais c’était… vital pour moi de te la conserver en l’état. Tu ne voudrais pas que nous allions discuter dans un endroit… tranquille ?
— Je n’ai pas grand-chose à dire. Je ne veux pas remuer le passé.
— Oh ! Oui ! Mais j’ai vu un grand flic qui est venu me poser des questions. Je croyais que l’affaire était close, mais il m’a dit que des faits nouveaux avaient refait surface. Il m’a aussi parlé d’un de nos copains communs à Michel et à moi. Je crois que Jules est mort depuis quelque temps, ça m’a surpris. Tu sais comment sont les policiers, ils n’en disent jamais beaucoup.
— A… Alain, c’est toi ?
— Ben, ne me dis pas que tu ne me reconnais pas ! J’ai tellement changé ? En tous cas toi, tu es restée celle que… enfin, tu es toujours aussi belle. Que fais-tu par ici ?
— Je travaille en ville… et Danièle ? Des nouvelles d’elle ? Elle a toujours cru que c’est moi qui avais…
— Non ! Je ne l’ai pas revu depuis notre divorce… Un moment difficile aussi ! À la mort de Michel, elle en a voulu à la terre entière, et surtout c’est vrai, à toi, en particulier.
— Elle changera peut-être d’avis un jour sur ce sujet…
— En ce qui me concerne je n’ai jamais pensé que… tu pouvais avoir… enfin, je t’ai toujours crue. Et tu sais quoi ? À la mort de mes parents, avec l’argent que nous avons partagé mes frères et moi, j’ai fait un truc dingue. Je savais bien qu’un jour nous nous reverrions, mais je n’ai pas su quand tu étais sortie.
— C’est donc vrai ! C’est toi qui as racheté notre maison ?
— Oui… je me suis dit qu’un jour… tu aimerais la revoir et la récupérer. Elle est toujours à toi. Les gens n’ont pas vraiment compris, mais c’était… vital pour moi de te la conserver en l’état. Tu ne voudrais pas que nous allions discuter dans un endroit… tranquille ?
— Je n’ai pas grand-chose à dire. Je ne veux pas remuer le passé.
— Oh ! Oui ! Mais j’ai vu un grand flic qui est venu me poser des questions. Je croyais que l’affaire était close, mais il m’a dit que des faits nouveaux avaient refait surface. Il m’a aussi parlé d’un de nos copains communs à Michel et à moi. Je crois que Jules est mort depuis quelque temps, ça m’a surpris. Tu sais comment sont les policiers, ils n’en disent jamais beaucoup.
L’homme qui me parle est un souvenir ! Il revient d’un passé lointain, oublié et pourtant, il me semble qu’il n’a pas pris une ride. En y regardant de plus près, c’est vrai que ses tempes sont plus grisonnantes, qu’il a un peu plus d’épaisseur, mais il est toujours un bel homme. Je me souviens de ces yeux d’un bleu profond et des rires de Michel qui me taquinait tout le temps avec ceux-ci. Je balance entre m’enfuir à toutes jambes ou accepter son invitation et aller prendre un pot, comme au bon vieux temps. Il me semble me souvenir aussi que ses regards étaient parfois par trop insistants sur mes formes. Je n’avais jamais trouvé de gestes déplacés chez Alain, juste des coups d’œil furtifs, peut-être des envies camouflées.
Le couple qu’il formait avec la sœur de mon mari battait de l’aile depuis longtemps quand… le drame était survenu. Ça n’avait pas dû arranger les choses et le revoir comme ça, un jour ou tout semble aller de travers, c’est j’oserais dire, rassurant. Pourtant j’hésite à renouer avec les vestiges de cette vie d’avant. Je reste là, dubitative sur la suite à donner à sa demande.
— Allez ! Viens, ne te fais pas prier… Juste un verre si tu veux. Sois sympa, nous avons tant de choses à nous dire !
— Je n’ai plus beaucoup de choses à raconter moi, tu sais ! Ma vie s’est brutalement écroulée il y a aura bientôt… sept ans dans quelques jours.
— Nous pouvons parler de l’avenir si ce qui est derrière nous te gêne à ce point. Viens ! J’en ai autant besoin que toi, ça nous sera peut-être salutaire.
— Je n’ai plus beaucoup de choses à raconter moi, tu sais ! Ma vie s’est brutalement écroulée il y a aura bientôt… sept ans dans quelques jours.
— Nous pouvons parler de l’avenir si ce qui est derrière nous te gêne à ce point. Viens ! J’en ai autant besoin que toi, ça nous sera peut-être salutaire.
Tiens ! Au coin de ses yeux, les petites pattes d’oie qui sont là, c’est nouveau. Il a quand même un peu vieilli, mais c’est nous tous qui avons changé, alors pourquoi aurait-il, lui, échappé à ce genre de désagrément ? Je me surprends à le revoir quand il tentait, apparemment en vain, de sauver du naufrage programmé son union avec Danièle. Elle, c’était tout l’inverse de son frère. Une fille pas facile à cerner, compliquée qui ne s’épanouissait que dans des amours sans lendemain. Alain l’avait pour un temps calmé, mais chasser le naturel et c’est à cheval qu’il revient. Mon mari me l’avait toujours dit qu’elle ne serait pas capable de le garder cet homme. Pourtant c’était un type bien ajoutait-il toujours !
Oui ! Un type bien qui, aux regards de son épouse apparaissait comme un paumé sans le sou. Elle n’avait pas eu la patience donc d’attendre qu’il hérite ! Mais je n’ai jamais posé de question, et pas moyen de savoir ce qu’elle est devenue ! Un jour, sans doute elle et moi serons nous en mesure de faire la paix. Cette guerre ne provenait que de l’interprétation des choses de cette soirée où nos vies avaient toutes, quelque part, basculé dans l’horreur.
— Tu sais Claude, je crois que Michel tenait encore un peu sa sœur, mais son départ a précipité ma chute. Je suis devenu celui qui n’était bon à rien, le sans le sou qu’elle a vite rejeté. Pourtant, merde, comme elle m’a manqué longtemps. Mais la vérité ! C’est que toi aussi ton absence m’a fait réfléchir.
— Oh ! Pardon ! Tu me parlais Alain ? Excuse-moi, je suis un peu dans la lune en ce moment. L’ambiance du bureau s’est un peu dégradée depuis un moment et je me sens… ailleurs.
— Raison de plus pour venir boire un verre. Et tiens… ceci t’appartient plus que jamais.
— Oh ! Pardon ! Tu me parlais Alain ? Excuse-moi, je suis un peu dans la lune en ce moment. L’ambiance du bureau s’est un peu dégradée depuis un moment et je me sens… ailleurs.
— Raison de plus pour venir boire un verre. Et tiens… ceci t’appartient plus que jamais.
Alain me tend un objet, ou plus exactement plusieurs objets serrés autour d’un anneau. Surprise de ce qu’il me colle dans la paume, je suis sidérée et j’ai un grand froid qui me parcourt l’échine.
— Qu’est-ce que…
— Allons ! Je te l’ai dit, elles t’attendent depuis si longtemps ! Prends-les ! Cette maison c’est la tienne et je ne veux que te la rendre. Tu verras, je n’ai rien touché à l’intérieur ! J’y passe de temps en temps, y reste quelques minutes pour respirer cette odeur du bonheur qui y flotte encore maintenant.
— Bonheur ? Tu en as de bonnes toi. Et je ne veux rien devoir à personne. Je ne peux accepter ces clés.
— Tu me rembourseras le prix que j’y ai mis, quand tu pourras, ça me fait tellement de bien de te revoir là ! Comme tu es restée toute pareille que dans ma mémoire… c’est fabuleux ! Si tu as peur, je t’accompagne pour la visiter !
— Non ! Non Alain, allons prendre un pot et laisse-moi réfléchir, c’est si… soudain !
— Allons ! Je te l’ai dit, elles t’attendent depuis si longtemps ! Prends-les ! Cette maison c’est la tienne et je ne veux que te la rendre. Tu verras, je n’ai rien touché à l’intérieur ! J’y passe de temps en temps, y reste quelques minutes pour respirer cette odeur du bonheur qui y flotte encore maintenant.
— Bonheur ? Tu en as de bonnes toi. Et je ne veux rien devoir à personne. Je ne peux accepter ces clés.
— Tu me rembourseras le prix que j’y ai mis, quand tu pourras, ça me fait tellement de bien de te revoir là ! Comme tu es restée toute pareille que dans ma mémoire… c’est fabuleux ! Si tu as peur, je t’accompagne pour la visiter !
— Non ! Non Alain, allons prendre un pot et laisse-moi réfléchir, c’est si… soudain !
— oooOOooo —
Les clients du bar tournent sans arrêt autour de notre table. Ils vont, viennent, mais c’est parfait pour moi ce manège sans fin. Je suis avec Alain et j’écoute sans entendre les paroles qui se perdent dans les conversations du comptoir. Les regards qu’il me lance ne sont pas ceux que j’attends. C’est comme si ses yeux s’infiltraient sous mes vêtements, comme s’il me voyait différente et surement plus nue. C’est ce style de regards que Michel avait déjà décelé chez son beau-frère et il me disait souvent que celui-ci était surement plus amoureux de moi que de Danièle. Il ajoutait aussi fièrement qu’il avait la chance de m’avoir rencontrée le premier. Je haussais les épaules dans ces moments, le traitait de fou. Mais il avait surement raison. Et je vois qu’au fil du temps, rien n’a changé vraiment.
Prudemment, je bois un diabolo fraise. Il est souriant, détendu. Mais je n’arrive pas à renouer de cette façon brutale avec tout ce temps qui remonte en moi. Lui parle, autant avec les mains que par la bouche. Une autre image se superpose à celle de cet enchanteur qui jase devant une bière fraiche. Lentement, les souvenirs s’estompent et ce sont ses traits qui restent là devant mes mirettes gardées ouvertes. Alain, que fais-tu là, dans ce bar à discuter, tu ne vois pas que ce n’est qu’un long monologue, juste ponctué par quelques oui, d’autres non, que je débite machinalement. Les clés que j’ai mises dans mon sac à main me brulent. Cette baraque, c’est vrai qu’elle a été un refuge heureux, où il faisait bon vivre, mais elle m’a aussi apporté tellement de malheur.
Il a pris ma main sans même que je n’y prenne garde, comme par réflexe. Je n’ai pas envie de le contrarier, je suis certaine qu’il doit imaginer des choses, de belles choses. Mais je suis loin de toi mon pauvre beau-frère, si éloignée de ta réalité. Ces souvenirs que tu ramènes à la surface, je m’en serais aisément passée. Tu es là, je ne vais pas pour autant te chasser, mais surement pas non plus reconstruire sur les ruines de deux vies vides de sens. Quand j’ai terminé ma limonade, je reprends mon baise-en-ville. Il faut que je quitte cet endroit, que je file le plus loin possible de ce moulin à paroles. Mais il s’incruste, tentant mon poignet comme si… l’avenir dépendait de ce simple geste.
Lâche-moi ! Alain ! S’il te plait, je ne suis pas prête pour envisager un retour dans cette vie que tu souhaiterais m’offrir je le comprends bien. Les mots ne franchissent naturellement pas le stade de ma pensée, mais je tire sur ce bras qu’il doit se résoudre à laisser filer. La rue m’est salutaire, je suis happée par ces inconnus qui marchent avec un but précis dont j’ignore tout. Je n’en ai plus qu’un, me réfugier dans mon appartement, en fermer la porte et ne plus écouter mon cœur qui bat, qui me secoue trop fort. Je ne veux plus rien d’autre que cette solitude que j’exècre au plus haut point. Alors je cours, je vole vers ma chère oasis, vers mon ile, à la recherche d’un grand silence. La fermeture enfin m’assure d’un calme auquel j’aspire.
Putain de fantômes ! Celui trop vivant qui porte le nom d’Alain… il me poursuit alors que je ne veux que dormir. Avec lui, ce sont des muscles bien huilés, des bras massifs, des poils sur des torses qui dansent une effrayante sarabande dans ma caboche. Et une horrible alarme qui me vrille les tympans aussi se met en route. Je crois que je vais exploser et dans un grand sursaut, le sommeil agité duquel je suis arrachée me laisse deviner que ce n’est que le téléphone qui sonne. Je me relève, endolorie de partout, mal dans ma peau et la voix qui me parle ne me dit rien.
— Madame… allo, Madame ! Vous m’entendez ?
— Ah oui ! Qui, qui êtes-vous ?
— Jean-Marie ! Le commissariat : vous vous souvenez, je vous ai reçu dans mon bureau.
— Oui ! Ça y est j’y suis ! Pardonnez-moi, je m’étais assoupie.
— Je voudrais vous voir, c’est possible ?
— Quoi ? Là maintenant ? Mais où avez-vous eu mon téléphone et mon adresse ?
— Je suis de la police… c’est mon métier et oui j’aimerais vous parler, tout de suite. Ce que j’ai à vous dire c’est mieux de le dire de vive voix.
— Bon alors… venez que voulez-vous que je vous réponde de mieux !
— Ah oui ! Qui, qui êtes-vous ?
— Jean-Marie ! Le commissariat : vous vous souvenez, je vous ai reçu dans mon bureau.
— Oui ! Ça y est j’y suis ! Pardonnez-moi, je m’étais assoupie.
— Je voudrais vous voir, c’est possible ?
— Quoi ? Là maintenant ? Mais où avez-vous eu mon téléphone et mon adresse ?
— Je suis de la police… c’est mon métier et oui j’aimerais vous parler, tout de suite. Ce que j’ai à vous dire c’est mieux de le dire de vive voix.
— Bon alors… venez que voulez-vous que je vous réponde de mieux !
Je remets le combiné en place et peste muettement contre tous les emmerdeurs de la terre. Qu’est-ce qui peut bien urger au point de me déranger dans la nuit ? Ma montre m’indique qu’il est à peine dix-neuf heures. C’est trop fort ça, j’avais l’impression de m’être endormie depuis des heures. Je remets de l’ordre dans ma tenue et j’ai juste terminée qu’il est déjà là. Assis derrière un bureau, il ne m’avait pas donné l’impression d’être aussi imposant. C’est un gaillard qui me dépasse d’une bonne tête. Ses cheveux bruns bien coupés, rasé de près, il se dégage de lui une assurance, une force tranquille. Cet homme respire la santé. Il me sourit et ses dents me fascinent. La main qu’il me tend pour serrer la mienne et massive et franche.
— Bonsoir ! Excusez mon intrusion tardive, mais je me devais de vous mettre au courant des développements de mon enquête. Demain, vous serez dans tous les journaux du matin, et je ne voudrais pas que ce soit désagréable de voir votre visage en première page, même si c’est pour une bonne cause.
— Je… ne comprends strictement rien. Asseyiez-vous et dites-moi tout sans précipitation. Je suis à demi endormie. Je vous sers un verre, je n’ai pas trop grand-chose, mais peut-être un fond de « Chablis » ! Ça peut vous convenir ?
— Si vous trinquez avec moi pas de souci. Bien ! Comme je vous en avais parlé l’autre jour nous avons entendu le nommé Albert, l’ami de Jules et comptable de Michel votre mari. Pour faire suite aux déclarations écrites du même Michaux. Des confessions post-mortem en quelque sorte !
— C’est du chinois pour moi !
— Ah ! Mis en garde à vue, il a fini au bout de plusieurs heures par nous raconter la véritable histoire de la mort de votre mari. Cet Albert donc a eu une altercation avec Michel pour une affaire de détournements de fonds de la société de votre mari. Quand celui-ci lui a demandé des comptes, ils se sont battus et l’autre a abattu Michel avec son propre révolver. Il aurait eu soi-disant peur que votre mari n’avertisse la police. Sur ces entrefaites, Jules Michaux qui devait aussi s’entretenir avec votre mari a vu sortir du bureau Albert. Alors ce salaud a décidé en menaçant Michaux pour qu’il témoigne contre vous, de vous faire porter le chapeau. Ils vous ont donc attendue sur les lieux. Cachés tout près, ils ne pouvaient pas vous rater ! Ils n’avaient plus qu’à avertir la police et celle-ci vous a trouvé près du corps de votre mari, les mains pleines de sang ! Comme vous aviez aussi ramassé le flingue près de lui, il n’en fallait pas plus pour que vos empreintes se retrouvent sur l’arme du crime. Ensuite, c’était une question de mental, vous étiez en transe et vous n’avez ni confirmé, ni du reste infirmé cette thèse ! Tout le monde vous a cru coupable et ceci a été sanctionné par ces dix années de détention. Bien sûr votre bonne conduite vous a fait sortir par le biais des remises de peine au bout de six piges. Voilà, vous savez ce que les journaux titreront demain à leur une.
— Mais vous… vous êtes certain qu’ils vont mettre tout cela dans les canards ? Et pourquoi mettraient-ils ma photo à la première page ?
— Vous n’avez donc pas saisi ? Vous êtes passée du statut de meurtrière à celui de victime et qui plus est, d’une machination que la police n’a pas été capable de découvrir ! Attendez-vous à un assaut de journalistes en mal de copie. Ils vont vous traquer de la même manière qu’ils l’ont fait quand ils vous jugeaient coupables. Ça risque d’être pénible pour les jours prochains ! Vous voulez que je vous mette sous protection ?
— Non ! Non et non, je veux rester libre ! Je suis contente que tout ceci soit dit, que les gens cessent de me regarder comme si j’étais le diable en personne. Puis vous savez ce que je pense de la justice de notre pays…
— Je vous présente des excuses pour tout le mal qui vous a été fait, mais c’est aussi vrai que tout avait été bien ficelé par le tueur. Et sans les aveux tardifs de Michaux… vous seriez restée la femme qui a tué son mari…
— Je… ne comprends strictement rien. Asseyiez-vous et dites-moi tout sans précipitation. Je suis à demi endormie. Je vous sers un verre, je n’ai pas trop grand-chose, mais peut-être un fond de « Chablis » ! Ça peut vous convenir ?
— Si vous trinquez avec moi pas de souci. Bien ! Comme je vous en avais parlé l’autre jour nous avons entendu le nommé Albert, l’ami de Jules et comptable de Michel votre mari. Pour faire suite aux déclarations écrites du même Michaux. Des confessions post-mortem en quelque sorte !
— C’est du chinois pour moi !
— Ah ! Mis en garde à vue, il a fini au bout de plusieurs heures par nous raconter la véritable histoire de la mort de votre mari. Cet Albert donc a eu une altercation avec Michel pour une affaire de détournements de fonds de la société de votre mari. Quand celui-ci lui a demandé des comptes, ils se sont battus et l’autre a abattu Michel avec son propre révolver. Il aurait eu soi-disant peur que votre mari n’avertisse la police. Sur ces entrefaites, Jules Michaux qui devait aussi s’entretenir avec votre mari a vu sortir du bureau Albert. Alors ce salaud a décidé en menaçant Michaux pour qu’il témoigne contre vous, de vous faire porter le chapeau. Ils vous ont donc attendue sur les lieux. Cachés tout près, ils ne pouvaient pas vous rater ! Ils n’avaient plus qu’à avertir la police et celle-ci vous a trouvé près du corps de votre mari, les mains pleines de sang ! Comme vous aviez aussi ramassé le flingue près de lui, il n’en fallait pas plus pour que vos empreintes se retrouvent sur l’arme du crime. Ensuite, c’était une question de mental, vous étiez en transe et vous n’avez ni confirmé, ni du reste infirmé cette thèse ! Tout le monde vous a cru coupable et ceci a été sanctionné par ces dix années de détention. Bien sûr votre bonne conduite vous a fait sortir par le biais des remises de peine au bout de six piges. Voilà, vous savez ce que les journaux titreront demain à leur une.
— Mais vous… vous êtes certain qu’ils vont mettre tout cela dans les canards ? Et pourquoi mettraient-ils ma photo à la première page ?
— Vous n’avez donc pas saisi ? Vous êtes passée du statut de meurtrière à celui de victime et qui plus est, d’une machination que la police n’a pas été capable de découvrir ! Attendez-vous à un assaut de journalistes en mal de copie. Ils vont vous traquer de la même manière qu’ils l’ont fait quand ils vous jugeaient coupables. Ça risque d’être pénible pour les jours prochains ! Vous voulez que je vous mette sous protection ?
— Non ! Non et non, je veux rester libre ! Je suis contente que tout ceci soit dit, que les gens cessent de me regarder comme si j’étais le diable en personne. Puis vous savez ce que je pense de la justice de notre pays…
— Je vous présente des excuses pour tout le mal qui vous a été fait, mais c’est aussi vrai que tout avait été bien ficelé par le tueur. Et sans les aveux tardifs de Michaux… vous seriez restée la femme qui a tué son mari…
Je verse machinalement deux verres de vin blanc et c’est comme dans un rêve que nous trinquons. Je ne sais pas si je dois être heureuse de ce qui se passe, ou si je dois trembler à la seule idée de faire à nouveau les grands titres de la presse. D’un côté, je suis soulagée et de l’autre… j’ai une trouille d’enfer.
— Il est bon votre « Chablis » ! Un vrai régal. Eh ! Ça ne va pas, vous êtes toute pâle ?
Je ne sais plus trop où je suis. L’émotion est trop forte. Je sens que mes jambes ne me soutiennent plus ! Mon esprit s’enfonce dans une ouate extrêmement dense, dans un monde de douceur, loin de toute cette agitation promise. Comme c’est beau ces roses, ces bleus, ces jaunes. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel défilent sous mes paupières qui se ferment et je suis aux abonnées absentes. Quand je suis tirée de ce paradis blanc, c’est le sourire du flic qui me surplombe que je devine en premier. Il me passe une main sur le front, se détend un peu.
— Eh ben ! Vous m’avez foutu une de ces peurs ! Vous ne faites pas semblant vous quand vous vous évanouissez.
— J’ai soif, s’il vous plait, un peu d’eau.
— Ne bougez pas de là ! Vous pensez que je peux vous laisser seule une seconde, le temps de vous apporter de l’eau fraiche ?
— Oui ! Oui, c’est le bonheur de savoir qu’enfin…
— Chut ! Ne parlez pas, je n’en ai que pour une seconde…
— Faite, faite, je vous en prie.
— J’ai soif, s’il vous plait, un peu d’eau.
— Ne bougez pas de là ! Vous pensez que je peux vous laisser seule une seconde, le temps de vous apporter de l’eau fraiche ?
— Oui ! Oui, c’est le bonheur de savoir qu’enfin…
— Chut ! Ne parlez pas, je n’en ai que pour une seconde…
— Faite, faite, je vous en prie.
Il est prévenant, attentionné, ce Jean-Marie. Je sens que j’adore ses petits gestes qui ne sont que pour moi. Sa manière de remonter sur mon front une frange de cheveux humidifiée par l’eau avec laquelle il éponge la sueur de mon visage, je me sens vraiment mieux, presque bien. Je reprends mes esprits et il reste là à me regarder. Je voudrais bien que ces doigts reviennent, même juste un instant, une seconde sur ma joue. Seulement pour ressentir la chaleur qu’ils me dispensent. Il est assis tout proche de moi et son souffle glisse sur mon cou ! Je me demande ce qui m’arrive ! Je dois devenir folle, c’est un flic et je me sens, pareille à une gamine lors de son premier rendez-vous ! Il m’attire comme un aimant. J’ose ou pas ? Je fais ce mouvement qui pourrait m’engager tout entière ?
Il est toujours penché sur moi, allongée sur mon canapé. Comment mes bras passent-ils autour de son cou ? Pourquoi mes lèvres se lovent elles soudain sur les siennes ? J’ai la sensation d’agir comme une cochonne, comme une Marie couche-tôt là, en un mot comme en mille, comme une salope. Mais j’ai besoin de me sentir aimée, aimée physiquement. Ce soir, il me faut du cul à l’état brut, de la queue pour me ramener sur terre et il est là, plutôt bien bâti ! Alors pourquoi ne me servirais-je pas ? La justice me doit bien cette petite compensation non ? Il n’a aucun réflexe de recul, ce qui serait plutôt de bons augures, enfin je trouve ! Je persiste et signe dans ce registre, folle de ce désir qui m’enveloppe totalement, et il ne se fait pas prier.
Est-ce moi ou lui qui arrache ses vêtements ? Je ne m’en souviens pas. Toujours est-il qu’il est rapidement à poils et quand je dis à poils c’est bien le bon terme. Il en est couvert, une véritable toison d’ours des cavernes. Il entreprend, tout en tendresse et en douceur, de se défaire des miennes de fripes. Mon ventre est en ébullition ! Je ne suis plus qu’une femme ouverte qui veut se laisser monter et l’étalon est une belle pièce. Un court instant, mais vite éteint, je pense que son nom, hormis son prénom, me sont totalement inconnus. Du reste, lui l’est, encore tout autant. Seul son pistolet m’intéresse et surtout je prierais pour qu’il soit rechargeable, pour qu’il ne tire pas qu’un seul coup. Mais en voyant l’outil qu’il arbore fièrement, celui-là même qui frappe sur ma cuisse alors qu’il m’embrasse tendrement, je suis tout à fait rassurée.
Notre corps à corps s’éternise, les figures sont toutes libres. Il revient sur des épures, des ébauches partiellement terminées, puis il se fait chaton à la recherche de la chatière, se fait charmeur pour lover son serpent. De mon côté, je ne suis pas en reste, usant de toutes ces choses que la vie nous offre, en grappe ou solitaire. Je cueille le fruit encore vert de cette envie qu’il trimballe fièrement. Je brule la chandelle par les deux bouts, m’enivrant de ces saveurs que distille notre partie de jambes en l’air. Lequel soupire le plus fort, lequel est le plus impatient de mordre dans ce dessert que nous nous promettons sans un mot ? Quelle voie royale que celle qu’empruntent mes doigts pour pomper une tour bouillante, un mât de cocagne qui redresse sa tête rose, sans se faire prier !
Quel bonheur aussi que ces phalanges qui vont et viennent, sans jamais se lasser, parcourant tous les versants de mon corps qui apprécie sans rechigner, qui rappelle même les artistes pour un salut prometteur. Combien de levers de rideaux faudra-t-il pour qu’enfin mon ventre soit rassasié ? Aurais-je encore le courage de supporter un nouvel assaut ? Finalement, les canards matinaux sous les rotatives ne sauront vraisemblablement jamais que grâce à la peur que leurs machines m’inspirent, mon corps lui se donne dans le plus grand secret de mon appartement. Je suis emportée par des lames de fond au relent de ceinture de corail dont je ne vois plus que l’encre des seiches qui coule de partout, mais celle-là n’a rien d’indélébile.
Flic ou voyou, quelle importance dans ces moments magiques que ce digne fonctionnaire m’offre ! Quel don de soi, quelle victime consentante pour une vengeance sur la justice dégueulasse qui m’a un jour, broyée pour des années ! Quel bonheur que de me taper un des représentants de ces uniformes qui un jour n’ont pas daigné écouter mes plaintes ; lui au moins devra les entendre, jusqu’au bout de cette nuit qui nous tombe dessus, sans crier gare. Il est bâti comme une forteresse et il sait se retenir, gentleman, jusqu’au bout du sexe. Ses baisers me sont doux, ils me font oublier toutes les humiliations, toutes ces heures où les gardes nous épiaient, nous suivaient à la trace. Nous faisons l’amour encore et encore, il me baise comme une reine, mais je devrais sans doute user du mot : chienne, plus approprié au sport que nous pratiquons ! J’en ai envie, j’en ai besoin et il ne renâcle pas au labeur. La tâche qui l’attend n’est pas aussi ingrate que cela, et après tout… je le vaux bien.
Si je replonge dans un océan de spasmes, c’est que la mer de mon corps se déchaine en vagues que je ne veux pour rien au monde juguler. Il m’en donne pour toutes ces journées perdues ! Je sais bien que le temps qui est passé ne se rattrapera jamais. Mais j’ai encore bien le droit de rêver et d’y croire, tout en sachant que je suis en dehors du monde des gens normaux. Tout cela parce qu’une poignée de fumiers a fermé les oreilles et les yeux, pour ne pas ressentir ma peine et ne pas écouter mes suppliques. Ils crèvent tous dans cet orgasme qui me fait râler et c’est le meilleur d’entre eux qui me fait monter au plafond. Ils crèvent tous pour mon salut, pour notre plus grand bonheur ! Ce soir, je les emmerde tous ces ânes qui m’ont fait souffrir. Lui m’offre la paix et… sa bite magique.
— oooOOooo —
À suivre…
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Commentaires ()
Ne voyez ici aucune prétention sauf celle de vous donner un peu de plaisir à me lire...
L'avenir nous dira si c'est chose réussie...
En tous cas, j’aime la finesse des propos de certains ici... je ne nommerai personne, mais... ceux qui ici ou ailleurs m'ont écrit... se reconnaitront aisément et je leur dis merci !
Quelque soit la catégorie où mes textes se classent, j'ai eu un infini plaisir à les écrire, et ils ne sont qu'un reflet de mon imaginaire...
D'autres écrits viendront, ici ou ailleurs, avec la même espérance, celle de vous laisser les aimer... ou pas !
Mais même la critique est bonne à prendre si elle reste courtoise et constructive...
Bonne journée à toi, lecteur, passant, membre , administrateur, peu importe ton titre, ton grade, c'est juste un remerciement pour avoir posé tes yeux sur ces lignes ...
Tendresse !