Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’amnésique (adoucit les mœurs) — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L’amnésique (adoucit les mœurs)
Chapitre 2
De nouveau, il se passe plus de deux heures avant qu'un vague sandwich que l'on jurerait d'occasion tant il est dégueulasse ne nous soit servi, accompagné d'un sublime Château-Lapompe 1947 servi dans des timbales en plastique dont on aimerait être certains qu'elles n'aient pas servi préalablement à recueillir des échantillons d'urine.
Bah, de mémoire, l'endroit n'est pas inscrit au Guide Michelin.
Bah, de mémoire, l'endroit n'est pas inscrit au Guide Michelin.
— Slotinsky ! Ramène-toi ! Le commissaire veut te voir !
C'est la douce voix du garde-chiourme Mathilde qui me sort des limbes. En temps normal, je m'insurgerais du tutoiement et du reste, mais l'heure n'est pas aux civilités. De nouveau, me voilà dans le bureau du commissaire.
— Dites-moi : Slotinsky, c'est bien votre nom ?
— Je vous l'ai déjà dit, c'est écrit sur mes papiers.
— Je vous l'ai déjà dit, c'est écrit sur mes papiers.
Une fois de plus, il sourit sournoisement.
— Bon, vous allez être content : j'ai contacté la vidéosurveillance, et il se trouve qu'effectivement, ils ont bien filmé toute l'opération.
Là, sur le grand écran et totalement éberlué, j'assiste à quelque chose d'assez épatant : dans un premier temps, un petit jeune qui monte sur le trottoir en grande tenue de scootériste avant de s'arrêter devant une porte d'immeuble avant d'en ressortir quelques instants plus tard, cette fois en tee-shirt et tête nue. Là, le gamin monte sur son engin et repart à faible allure sur le trottoir... C'est là qu'entrent en scène Starsky et Hutch qui se précipitent alors à la poursuite du jeune.
Seulement, celui-ci n'a rien raté de ce qui se joue derrière lui, et tandis qu'il se faufile avec son engin par l'entrée réservée aux piétons avec le sourire aux lèvres, le gyrophare ambulant reste coincé à la barrière. Pendant ce temps, le gosse a tout le temps de rentrer son brêlon au garage et de claquer la porte au nez des deux condés, furieux d'avoir été roulés dans la farine.
Ensuite, malgré l'avance rapide, plus rien ne se passe et personne ne ressort. Le box est très probablement relié, d'une façon ou d'une autre, au domicile du gamin. Je m'inquiète.
Ensuite, malgré l'avance rapide, plus rien ne se passe et personne ne ressort. Le box est très probablement relié, d'une façon ou d'une autre, au domicile du gamin. Je m'inquiète.
— Je vous ai fait rater un dealer ? Dans ce cas, je suis sincèrement désolé...
— Non, ce n'est pas un revendeur de drogue, mais je vous rappelle qu'il est quand même interdit de rouler sur les trottoirs, surtout sans casque !
— Non, ce n'est pas un revendeur de drogue, mais je vous rappelle qu'il est quand même interdit de rouler sur les trottoirs, surtout sans casque !
Je m'étrangle.
— Hein ? Vous n'allez pas me dire que c'est pour cette connerie que vos flics ont défoncé ma bagnole ! Vous vous foutez de moi ?
De nouveau, un regard sadique.
— Oh, je ne pense pas qu'un type qui est décédé depuis quatre ans soit le mieux à même de nous donner des leçons...
— Whooooh putain...
— Whooooh putain...
Je fais mine de ne pas comprendre.
— Eh oui, à l'occasion, nous faisons notre boulot.
— Merde, merde et re-merde...
— Merde, merde et re-merde...
Il va falloir que je m'explique, et au vu du comportement de ce cher commissaire et de sa plus ou moins adjointe, cela sent un peu, comment dire... oui, c'est ça : la merde. En attendant, je le laisse parler.
— J'imagine que vous avez une explication ? Alors, qui êtes-vous, Monsieur l'inconnu ?
Je hausse les épaules, faussement décontracté.
— Je ne suis pas certain que vous soyez prêt à accepter la vérité...
— Nous jugerons sur pièces. Je vous écoute.
— Nous jugerons sur pièces. Je vous écoute.
Cet instant, j'aurais certes préféré l'éviter, mais cela fait des années qu'à tout hasard, j'en peaufine les détails. Simplement, il va me falloir être convaincant, et je n'ai qu'une seule prise.
— Je ne sais pas qui je suis. Je suis amnésique, si vous préférez.
Il explose.
— Vous vous foutez de moi ?
— Absolument pas... Il y a un peu plus de six ans, je me suis retrouvé en bas d'un immeuble parisien sans savoir qui j'étais, et encore moins ce que je faisais là...
— Absolument pas... Il y a un peu plus de six ans, je me suis retrouvé en bas d'un immeuble parisien sans savoir qui j'étais, et encore moins ce que je faisais là...
Il faisait froid en ce début d'hiver, j'étais en train de claquer sur le trottoir et tout le monde s'en foutait... Et il n'y en a eu qu'un pour me tendre la main : Michel Slotinsky. Il ne savait rien de moi, et pourtant, tel l'Auvergnat de Brassens, il m'a sauvé la vie en m'accueillant chez lui. Certes, c'était un misérable deux-pièces, mais il y faisait chaud, il y avait de quoi grailler, et c'était tout ce qui comptait.
— Et vous n'avez jamais cherché à retrouver qui vous étiez ?
— Si, bien sûr. Mais avec Michel, il était hors de question que j'aille voir les flics...
— Pourquoi ? Encore un inconditionnel de la police, comme vous ?
— Ben, vous savez, quand toute votre famille a été raflée au Vel d'Hiv'...
— Si, bien sûr. Mais avec Michel, il était hors de question que j'aille voir les flics...
— Pourquoi ? Encore un inconditionnel de la police, comme vous ?
— Ben, vous savez, quand toute votre famille a été raflée au Vel d'Hiv'...
Il a une grande gueule, Monsieur le Commissaire, mais je viens de lui claquer le beignet en quatre mètres sur trois. Du coup, il modifie son angle d'attaque :
— Six ans, vous dites ? D'après nos recherches, c'est l'époque où son train de vie a commencé à évoluer, et pas vraiment dans le mauvais sens...
Cela faisait déjà un moment que je cherchais à subvenir à mes besoins pour ne plus vivre aux crochets de Michel quand je suis tombé par hasard sur le journal financier du voisin du dessus. Étrangement, tout cela m'a semblé familier et je me suis mis à boursicoter virtuellement... Très vite, je me suis mis à faire les poubelles pour récupérer le journal en question jusqu'à ce que je me rende compte que j'avais un don pour tout ce qui se passait du côté du Palais Brongniart. Alors, un soir, j'ai réussi à convaincre Michel de me prêter une centaine d'euros, une fortune pour lui qui n'avait jamais réussi à mettre deux ronds de côté, mais, trois mois plus tard, je lui offrais une voiture. Six mois plus tard, nous troquions cet étron pour le sublime coupé allemand dont il avait toujours rêvé.
— Certes, mais cela ne nous dit pas pourquoi vous vous faites passer pour lui et où il est.
— Quelques années auparavant, Michel avait cru triompher du crabe ; mais après s'être fait jarter par la grande porte, cette saloperie avait quand même réussi à revenir par la bande. Alors, quand il a senti qu'il allait bientôt rendre le cimetière bossu et connaissant ma situation, il m'a proposé de déménager en gardant son identité et de continuer à me faire passer pour lui, ce que j'ai fait. Étant amnésique, c'était tout bénef... Essayez donc de remplir n'importe quel formulaire en ne sachant pas quel nom mettre en haut du document !
— Et qui me dit que vous ne l'avez pas assassiné ?
— Quelques années auparavant, Michel avait cru triompher du crabe ; mais après s'être fait jarter par la grande porte, cette saloperie avait quand même réussi à revenir par la bande. Alors, quand il a senti qu'il allait bientôt rendre le cimetière bossu et connaissant ma situation, il m'a proposé de déménager en gardant son identité et de continuer à me faire passer pour lui, ce que j'ai fait. Étant amnésique, c'était tout bénef... Essayez donc de remplir n'importe quel formulaire en ne sachant pas quel nom mettre en haut du document !
— Et qui me dit que vous ne l'avez pas assassiné ?
Avec un spécimen pareil, heureusement que la connerie ne se voit pas de l'espace, sans quoi Google Earth n'aurait plus qu'à fermer boutique.
— Je viens de vous dire qu'il est mort d'un cancer... Vérifiez, si vous ne me croyez pas.
— Ce sera fait. Bon, en attendant, donnez-moi vos mains.
— Pour faire quoi ?
— Pour relever vos empreintes digitales.
— Je crois que cela ne va pas être possible, dis-je en lui montrant mes doigts.
— Ce sera fait. Bon, en attendant, donnez-moi vos mains.
— Pour faire quoi ?
— Pour relever vos empreintes digitales.
— Je crois que cela ne va pas être possible, dis-je en lui montrant mes doigts.
En vérité, j'aimerais bien ne lui en montrer qu'un seul, le plus long, mais je crains que cela ne nuise quelque peu à nos relations...
— Des empreintes, je n'en ai plus.
S'il avait simplement consulté le compte rendu de ses subalternes, il aurait remarqué ce détail. Mais, évidemment, quand on a la science infuse... Il s'étrangle.
— Vous les avez effacées ?
Je hausse les épaules.
— Aucune idée. Mais un toubib m'a expliqué que c'était plus probablement dû à une manipulation d'azote liquide sans protections suffisantes.
— Et j'imagine que vous avez fait le tour des laboratoires susceptibles d'utiliser cette substance ?
— Bien sûr. Et cela n'a rien donné. Non, désolé, je ne sais pas qui je suis.
— Et j'imagine que vous avez fait le tour des laboratoires susceptibles d'utiliser cette substance ?
— Bien sûr. Et cela n'a rien donné. Non, désolé, je ne sais pas qui je suis.
Cette fois, la soupape de la cocotte-minute saute.
— Voilà ce que je pense, Monsieur l'amnésique de mes deux : vous vous foutez de ma gueule...
Si c'était le cas, je crois quand même que je ne serais pas celui qui a commencé.
— ... et tout cela est bidon. Mais ne vous inquiétez pas ; nous avons votre ADN, nous n'allons pas tarder à savoir qui vous êtes. Le coup de l'amnésique, on me l'a déjà fait !
Puis, s'adressant aux deux flics chargés d'assurer sa sécurité :
— Allez, virez-moi ça, je ne veux plus le voir !
Tandis qu'on me raccompagne en cellule, je suis en train de me dire que le commissaire a choisi l'option gravier et verre pilé, garanti 100% sans vaseline. Mon avenir semble bien sombre...
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