Les blessures de guerre
Chapitre 2
00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Couverture de Les blessures de guerre, par Valahad
Couverture de Les blessures de guerre, par Valahad
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les blessures de guerre — Chapitre 2

30 minutes
176
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

Auteur

Photo de profil de Valahad
Valahad
Histoires publiées
1
Chapitres publiés
2
Abonnés
8
J'aime cumulés
240
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la façon dont l'auteur tresse les flashbacks et le temps de la réception sans jamais perdre le lecteur — on glisse d'un janvier pluvieux sous la couette à une salle des fêtes bondée avec une fluidité désarmante. La scène du petit Thomas qui embrasse le front de David pour « enlever le mal » est un moment suspendu, d'une justesse rare dans un récit érotique. Et ce discours de David, que l'auteur construit avec une économie de mots redoutable — on comprend pourquoi certaines phrases restent longtemps en tête après avoir tourné la page.

Les blessures de guerre

Chapitre 2

18h30
— En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la loi, je vous déclare unis par les liens du mariage.
Dès que le maire eut prononcé la formule rituelle, les invités applaudirent à tout rompre, félicitant Marc et Stéphanie pour leur union.
Les deux témoins étaient postés légèrement en retrait, et ovationnaient également les jeunes mariés.
Au milieu de cette euphorie générale provoquée par l'événement, le regard d'Alexandra croisa, durant une fraction de seconde, celui de David.
À cet instant, la jeune femme fut submergée par les souvenirs de ces derniers mois.
Tout s'était passé si vite, de leur rencontre huit mois plus tôt, jusqu'à ce jour !
***
Janvier
La pluie tombait à verse, en ce samedi après-midi gris et maussade. Les gouttes tapaient avec fracas la vitre du velux du studio d’Alexandra. Cependant, ni elle ni David n’en avaient cure. Ils avaient fait contre mauvaise fortune bon cœur, et avaient décidé de profiter sous la couette de leur vie de jeune couple.
À quatre pattes sur le matelas, la jeune femme savourait, les yeux clos et bercée par les soupirs de plaisir de son partenaire, les coups de reins que son amant, derrière elle, donnait avec ardeur.
C’était là la conclusion en apothéose d’une journée faite de câlins, de caresses, de diverses autres marques d’affection mutuelle, mais également de moments de rire et de complicité.
De fil en aiguille, les gestes tendres échangés tout au long de la journée s’étaient très naturellement transformés en actes sensuels, puis sexuels.
Cette verge en elle provoquait, à chaque coup de butoir, une légère vague de plaisir. Elle avait joui quelques minutes plus tôt et profitait encore, dans une émotion qui la traversait tout entière, dans son corps comme dans son être, des dernières réminiscences de l'extase ressentie alors.
— Je vais bientôt jouir, Alex !
— Viens au-dessus de moi. Je veux te voir ! Je veux te regarder quand tu viendras en moi !
Il se plia aux désirs de la jeune femme et, quelques secondes plus tard, pénétra en elle dans cette nouvelle position. Elle embrassa son homme fougueusement, heureuse de retrouver ses lèvres, inaccessibles lors de la position précédente.
Le missionnaire, pourtant si simple et parfois même vilipendé comme étant trop pudibond, était sa position préférée. Ainsi, en baissant simplement son regard, elle pouvait admirer le corps tendu par l'effort de son amant. Les jeux d'ombres faisaient alors ressortir sa musculature plus encore qu'à l'ordinaire.
David accéléra la cadence, signe qu’il était sur le point d’atteindre à son tour le septième ciel. Alexandra profita des derniers coups de hanches de son petit-ami, et du bien-être qu’ils lui apportaient.
Enfin, il vint. Voir son homme en plein orgasme était l’un de ses péchés mignons. Ce qui lui plaisait n’était pas tant la grimace un peu ridicule qu’il faisait, à l’instar de tous les hommes, au moment où il explosait de bonheur, mais l’expression qui venait juste après. Il avait un air apaisé, qu’elle trouvait presque pur, et qui était, à ses yeux, magnifique.
Quand il se retira et s’allongea à ses côtés, elle posa sa tête sur sa poitrine. Elle sentit le cœur de son compagnon battre à tout rompre contre son oreille.
Dans l'euphorie du moment, elle éprouva une tendresse folle à l'égard de son amant et ressentit le besoin impérieux de lui exprimer, pour la première fois dans l'histoire du jeune couple, la puissance des sentiments qui l'habitait.
— Je t’aime, murmura-t-elle.
***
19h
Après la signature des registres officialisant l’union vint l'heure des traditionnelles photographies devant la mairie. Tout y passa : les mariés seuls, avec leurs parents, leurs témoins…
Le photographe, un vieil homme moustachu qui portait d'énormes lunettes carrées sur le nez, lança finalement qu’il voulait une dernière série avec, cette fois-ci, les témoins posant seuls devant l’objectif.
Tant David qu'Alexandra essayèrent de refuser. Cependant, ils réalisèrent bien vite qu’ils faisaient face à un mur et ils finirent, à contrecœur, par accepter.
— Et puis, vous êtes mignons tous les deux. Ça vous fera peut-être une photo souvenir pour plus tard…
Le professionnel conclut sa remarque d'un rire gras qui plongea les deux témoins dans un malaise profond, ce qu'ils tentèrent de dissimuler derrière un sourire gêné.
***
Février
— Tu es allé à l'ANPE ?
— J'y suis allé il y a trois jours Alex !
— Il y a des nouvelles offres d'emploi tous les jours !
— Et elles restent affichées plusieurs semaines… Je n'ai pas à y aller tous les matins !
Alexandra leva brièvement les yeux au ciel en soupirant, mais préféra ne rien répondre.
Depuis quelques semaines, les disputes étaient fréquentes au sein du jeune couple. Jamais bien graves, toujours résolues, mais toujours plus présentes.
Alexandra reprochait à son petit-ami son laisser-aller, et tentait vainement de le remuer pour qu'il prenne sa vie en main. David, pour sa part, considérait que sa compagne l’infantilisait et se montrait parfois trop impatiente.
Ce soir-là, comme tous les soirs de querelle conjugale, chacun se mura dans le silence jusqu’au coucher. Et comme à chaque fois qu’ils affrontaient cette situation, ils firent la paix dans le lit. Là, les langues se délièrent, et chacun présenta ses griefs, sa version des choses et, finalement, ses excuses à l’autre.
C’était Alexandra qui avait instauré le dialogue comme réponse aux problèmes éventuels que pouvait rencontrer leur couple. Jusqu'alors, David devait admettre que cela fonctionnait plutôt bien, même si l'effort d’admettre ses torts et ses erreurs était parfois lourd. Néanmoins, lorsque le couple se réconciliait, le jeu en valait la chandelle car, une fois la hache de guerre enterrée, les deux tourtereaux fêtaient cela de la plus belle des manières.
Ce fut le cas, cette nuit-là. Après qu’Alexandra se fut excusée de son comportement parfois un peu trop maternel, et que David eut admis qu’il pouvait, en certaines occasions, se montrer particulièrement difficile à vivre, la jeune femme se colla, contre le dos de son compagnon et lui caressa amoureusement le torse.
Elle savait que de simples caresses, conjuguées à quelques tendres baisers dans le dos, pouvaient amener son homme vers des sommets de plaisir qui la surprenaient elle-même.
Elle aimait prendre son temps, en ce genre de circonstances. De sa jeune, mais désormais solide, expérience des choses de l’amour, le plaisir s’en trouvait décuplé lorsqu’un couple ne cédait pas immédiatement à une forme de bestialité mais préférait, au contraire, ralentir le rythme.
Ainsi, très subtilement, les mains de la jolie brune descendirent le long du torse nu de son amant, tout en se collant un peu plus contre son corps.
Bientôt, et presque trop vite à son goût, ses doigts atteignirent l'élastique du caleçon de David, qui frémit alors, sans doute à l'idée qu'elle s'occupe enfin du membre impatient qui gonflait dans son entrejambe. Néanmoins, et toujours dans l'optique de faire durer les choses, elle n'explora pas cette zone immédiatement, préférant laisser mijoter son homme encore un peu plus. À la place, elle continua à prendre soin du haut du corps de son amoureux, approcha ses lèvres de son oreille et lui murmura :
— De quoi as-tu envie mon cœur ?
— De toi, souffla David comme seule réponse.
— Tss tss… Trop facile. Je veux que tu sois plus précis. Je veux que tu décrives précisément ce que tu as envie que je fasse, et que tu imagines tout ce que nous allons faire ensemble ce soir.
— Tu es dure !
— Mais c’est pour que tu le sois d’autant plus, mon amour…
David réfléchit quelques secondes à ce qu’il allait dire.
— J’ai envie… J’ai envie de sentir tes doigts descendre dans mon caleçon et me saisir. Que tu commences à me branler et que tu me sentes durcir dans ta main.
— C’est un bon début, oui…
— Je veux que, quand tu auras réalisé que mon érection ne peut pas être plus forte, tu viennes me prendre en bouche.
— Tu es encore trop rapide, mon cœur ! Je ne peux pas te sucer, là, puisque je suis dans ton dos. Et puis, peut-être que tu as envie, aussi, que je te fasse quelques baisers ou léchouilles avant, non ?
Il avala sa salive. Alexandra le sentait frissonner, sans doute déjà bien échauffé, mais également frustré, par ce qu’elle lui faisait endurer.
— Ok… Très bien… Disons que… Tu me demanderas de me retourner vers toi, car tu auras envie de m’embrasser. Et en me sentant aussi dur contre le tissu de ta culotte, ça te donnera sans doute des idées.
— C’est possible, oui…
— Alors, tes lèvres descendront dans mon cou, puis sur mon torse. Là, selon ton envie du moment, tu t'arrêteras de temps en temps pour m’embrasser, ou que sais-je encore… Je sais que tu aimes l’improvisation. Et tu continueras jusqu’à mon entrejambe où, là aussi, tu alterneras entre des baisers et des coups de langue sur mes cuisses ou mes jambes, pour finir en apothéose en prenant mon sexe entre tes lèvres, après l’avoir léché de bas en haut.
— C’est bien mieux, même si tu t’appuies beaucoup sur mon sens de l’improvisation pour t’épargner des détails, petit malin. Mais je vais quand même te confier un petit secret : ce que tu viens de raconter m’émoustille beaucoup. Mais j’aimerais savoir : si je m’occupe de toi, comment, toi, tu t’occuperas de moi ?
— Mais je comptais bien te rendre la pareille. Tout commencera par un baiser. Et, pendant ce baiser, ma main viendra s’aventurer vers cette culotte que je sens contre mes fesses en ce moment même. Je me rendrai alors compte de l’étendue des dégâts, en sentant le tissu humide. Sans arrêter de t’embrasser, mes doigts passeront sur ta fente. D’abord par-dessus le coton mais, je te connais, tu ne pourras pas t’empêcher de guider ma main pour que je sois en contact direct avec ta peau.
— C’est vrai que c’est probable. Mais tu en viens rapidement à mon entrejambe, mon coquin. Tu sais que mon corps est composé d’autre chose que d’un vagin ?
— Tu veux que je recommence du début ?
Alexandra réfléchit une petite seconde, mais, rattrapée par son désir ardent, l’enjoignit à continuer son récit, ce qu’il fit donc :
— Quand tu auras mis ma main sous ta culotte, tu pourras sentir mon majeur aller et venir, cherchant à entrer en toi. Il ira, à chaque fois, un peu plus profond et, à force de progresser un peu plus à chaque passage, il sera très vite totalement enfoncé en toi.
— Oui…
Sans même s’en rendre compte, Alexandra, bercée par le récit de son homme, avait fermé les yeux.
— Ce que je n’arrive pas à prédire, par contre, c’est si tu me laisseras le temps d’amener ma langue en renfort, ou si tu voudras déjà que je remplace mon doigt par quelque chose de plus gros.
— Non… geignit Alexandra. Je veux sentir ta langue !
— Alors je descendrai vers ton bassin, et…
Alexandra le coupa brutalement.
— Non ! Je veux sentir ta langue maintenant ! Viens me lécher. J’ai envie de toi maintenant.
Elle le saisit par les épaules et le poussa en direction de sa vulve déjà inondée. Lorsqu’elle sentit sa bouche se poser contre son intimité, un lent feulement lui échappa.
***
20h30
David piochait parmi les petits fours préparés par un traiteur local lorsqu’un enfant âgé d'environ quatre ou cinq ans vint le voir et lui demanda, avec toute l'impertinence teintée d'innocence propre aux gamins de cet âge :
— C'est vrai que tu as fait la guerre ?
L’ancien casque-bleu soupira et posa un genou au sol, afin de mettre son visage au niveau de celui de son jeune interlocuteur, puis lui demanda qui lui avait dit ça.
— J’ai entendu tonton en parler avec la dame !
Il pointa du doigt Marc, qui discutait dans un coin de la salle avec Alexandra. À cette distance, David n’entendait pas un mot de ce que ces deux-là se racontaient, mais il se doutait qu’il devait être l’un de leurs sujets de conversation.
— Eh bien c’est vrai. J’ai fait la guerre.
— Une vraie guerre ? Et tu as gagné ?
Que répondre face à cette question si naïve ? David prit quelques secondes de réflexion, puis finit par lui dire :
— Ce n’est pas fini, mais, en tous cas, ils n’ont pas encore gagné en face. Mais si je suis ici, c’est que, moi, je n’ai pas perdu…
— Et, si c’est pas fini, pourquoi tu n’y es plus ? Tu es blessé ? Tu as pourtant l’air d’aller bien !
— On va dire que j’ai des blessures qui ne se voient pas avec les yeux.
— Ça ne veut rien dire, ça !
Dès que cette phrase fut prononcée, David envia cette innocence typiquement enfantine. Il lui parut alors important de la préserver. Ce gamin méritait mieux qu’un descriptif glauque des séquelles psychologiques qu’entraîne un conflit armé.
Pourtant, il ne voulut pas lui mentir non plus : il détestait prendre les enfants pour des imbéciles. Il pointa donc sa tempe avec son index et tenta d’expliquer :
— Ma blessure, elle est là-dedans. C’est pour ça que tu ne peux pas le voir. Tu vois, si tu manges trop de bonbons, tu as mal au ventre ? Eh bien moi, j’ai trop fait la guerre, alors j’ai mal à la tête.
— Ma maman, elle dit que si on fait un bisou où on a mal, ça enlève le mal.
Sans lui laisser le temps de réagir, l’enfant embrassa le front du jeune homme, puis lui demanda, fier de lui :
— Ça va mieux ?
David n’eut cependant pas l’occasion de lui répondre, car la mère de l’enfant surgit d’un coup, le rappelant à l’ordre.
— Thomas ! Je t’ai cherché partout ! Allez, viens manger !
Puis, elle s’adressa à David :
— Je suis désolée qu’il t’ait dérangé avec ses questions. Tu sais comment sont les enfants à cet âge !
L’ancien militaire n’eut pas le temps de dire à la femme qu’il n’y avait aucun problème, car elle tira son fils par le bras vers un autre côté de la salle.
***
Avril
Seule dans son lit, Alexandra réfléchit. Cette nuit-là, chacun dormait chez soi. Elle avait imaginé une excuse fantoche pour passer une nuit sans son compagnon, et ressentit, en y repensant, un peu de honte.
Les réveils intempestifs de David se faisaient plus rares mais son sommeil demeurait systématiquement agité, ce qui la réveillait régulièrement. Quand cela arrivait, elle avait le plus grand mal à se rendormir.
Cette fatigue accumulée la rendait particulièrement irritable, et elle avait le plus grand mal à prendre sur elle et à ne pas accumuler les reproches à son petit-ami.
Elle avait bien conscience qu'il n'était pas responsable de son état, et désirait le soutenir du mieux qu'elle pouvait. Pourtant, elle en était progressivement arrivée à un stade où l’idée de passer une simple nuit aux côtés de son homme faisait naître en elle une anxiété qui la rongeait de l'intérieur.
Quelques jours plus tôt, et pour la première fois dans la vie de leur jeune couple, elle avait, un soir, refusé ses avances nocturnes, prétextant une journée de travail particulièrement éprouvante. Il n’avait rien dit, mais elle avait bien vu que cela l’avait fait cogiter.
Elle se sentait responsable : elle lui avait promis soutien et assistance et avait la désagréable sensation d’être incapable de tenir cet engagement. Elle en arrivait même à se demander si elle n’était finalement pas le problème : elle avait été séduite par les blessures et les brisures de David, et c’était désormais ces dernières qui l’horripilaient.
Bien que follement amoureuse de son petit-ami, il lui arrivait même, parfois, de ne plus avoir envie de se battre pour la survie de leur couple. Plus le temps passait, plus elle se demandait comment elle allait pouvoir continuer à endurer tous ces sentiments.
Ce soir-là, le sommeil n'emporta la jeune femme que tard dans la nuit.
***
22h00
Les discussions allaient bon train alors que chacun des invités profitait, enfin, du repas.
Alexandra semblait pourtant absente. Elle avait bien essayé d'engager la conversation avec ses voisins, mais, trop rapidement, la personne qui lui faisait face avait monopolisé l'attention, et s'était embarquée dans un long monologue qui semblait captiver son entourage direct.
— Quand l'attentat a eu lieu, j'avais quitté Saint-Michel depuis dix minutes seulement ! Si mon RER avait été en retard, je ne serais peut-être plus là pour vous parler !
Comme des centaines de milliers d'autres personnes, ce brave homme prenait, tous les jours, le RER B parisien pour se rendre sur son lieu de travail. Or, en début de semaine, un attentat aussi meurtrier que mystérieux était survenu sur le quai de la station Saint-Michel - Notre-Dame, située au cœur de Paris.
Un certain agacement avait rapidement envahi Alexandra. Certes, elle comprenait, l'émotion de ce quinquagénaire, mais elle en avait assez de tous ces "survivants". David avait suffisamment avalé son temps et son énergie ces derniers mois. Et, alors qu'elle était venue pour passer un moment agréable et célébrer l'amour de ses amis, un autre venait, lui aussi, cristalliser l'attention autour de son expérience traumatique.
Et quel traumatisme ! Comme, sans doute, des dizaines de milliers d'autres personnes, ce bonhomme se trouvait dans un train qui, si les événements s'étaient déroulés autrement, aurait, peut-être, pu éventuellement être touché par un attentat !
À ce compte, la terre était peuplée de survivants, qui auraient pu tous mourir un beau jour si la vie en avait décidé ainsi.
Elle avait envie de hurler à cet homme de fermer sa gueule et de la laisser profiter de ce moment. Elle crevait d'envie de crier au monde qu'elle en avait assez d'être la psychologue de service de tous ces martyrs qui réclamaient son attention. Pour une fois, elle voulait se consacrer à son bonheur égoïste et à sa propre insouciance, qu'elle avait l'impression d'avoir abandonnés depuis qu'elle avait rencontré son David.
Alexandra se ressaisit.
Non ! Ce n'était pas la faute de cet homme qui racontait son histoire. Et, en réalité, David n'était pas plus à blâmer.
C'était, au mieux, la faute à pas de chance, et, au pire, la sienne, avec cette satanée manie de vouloir s'occuper des autres.
Elle s'en voulut un peu d'avoir eu ces pensées terribles. S'agissant de ce dernier, elle cultivait d’ailleurs ce sentiment de culpabilité depuis bien longtemps.
Bon sang, que la vie pouvait être compliquée !
***
Mai
— Tu vas voter Jospin, ou Chirac ?
La question d'Alexandra surgit de nulle part, alors qu'ils passaient devant des affiches collées à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle qui voyait s'affronter les deux hommes.
David répondit du tac-au-tac :
— Ni l'un, ni l'autre. Que ce soit l'un ou l'autre, ils feront la même merde. Je ne vois pas pourquoi je perdrais mon temps à aller voter.
Sa réponse choqua Alexandra. Lui qui s'était battu à l'autre bout de l'Europe pour défendre la démocratie… Jamais elle ne l’aurait imaginé tenir ce genre de propos.
Mais plus encore, elle fut bouleversée de réaliser, après bientôt six mois de relation qu'elle connaissait finalement si peu l'homme qu'elle aimait.
— Mais comment tu peux dire ça ? Des gens sont morts pour qu'on puisse voter !
— Et que j'y aille ou non, ils resteront au fond de leur tombe. En plus, on sait déjà que Chirac va gagner. Donc à quoi bon ?
L'indifférence de son compagnon devant un événement qui lui apparaissait comme central de la vie démocratique du pays la stupéfia.
— De toute façon, continua-t-il, si voter changeait vraiment les choses, ça se saurait.
Cette dernière phrase fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase, et elle laissa exploser sa colère.
— Mais non ! Comment tu peux dire ça ? Surtout toi ! Tu t'es battu pour que des gens aient le droit à la liberté et à la démocratie et tu ne vas même pas voter ? Tu n'es qu'un… qu'un…
Elle ne termina pas sa phrase, ne parvenant pas à choisir l’insulte la plus adéquate.
— Alex, je sais que c'est dur à comprendre, mais ce que j'ai vu en Yougoslavie…
— AH NON !
David sembla s'étonner que sa petite-amie lui coupe la parole avec une telle violence.
— Ton expérience de la guerre ne te donne pas tous les droits, et surtout pas celui d'être con !
***
22h40
Alexandra leva son verre, et commença son discours devant les convives qui venaient de terminer leur dessert.
— Pour moi, la force de Marc et Stéphanie, c'est que, quand un grain de sable vient se coincer dans le rouage de leur couple, ils l'affrontent, car ils savent que leur amour vaut bien mieux que ça. Et ça, tous les couples n'en sont pas capables.
Son regard croisa celui de David, qui détourna vivement les yeux, comme s'il était soudainement captivé par le contenu de son assiette vide.
— Ceux qui vous connaissent savent que vous avez fait face à des difficultés. Mais, là où certains baissent les bras, là où certains préfèrent se séparer plutôt que d’affronter les épreuves de la vie, vous en êtes sortis plus forts, plus heureux et plus amoureux que jamais. Je vous admire pour ça. Et c’est aussi une des nombreuses raisons pour lesquelles vous êtes faits l'un pour l'autre. Vous êtes pour moi une source d'inspiration. J'espère parfois être aussi forte que vous.
Quelques applaudissements fusèrent alors dans la salle, traduisant l’approbation générale de l’assemblée.
— Bon, je ne vous embête pas plus longtemps. Longue vie aux mariés !
***
Mi-juin
Ces dernières semaines, les disputes entre les deux amoureux s'étaient multipliées, et chacune d'entre elles était plus violente que la précédente.
Le dialogue, solution miracle des premiers mois, était, au fil du temps, devenu, au mieux, factice et, au pire, source de nouveaux conflits.
Pourtant, il demeurait un aspect de leur relation où leur entente était parfaite : leur harmonie sexuelle était totale, et compensait, d’un certain point de vue, leurs mésententes quotidiennes.
Plus encore, ils avaient fait de leurs ébats un moyen de fortune afin de solutionner leurs escarmouches. Ainsi, il n’était pas rare qu'ils terminent leurs disputes nus et enlacés, par des cris de jouissance.
Alexandra avait évidemment conscience de la fragilité d’un couple reposant sur des bases aussi friables. Et comme à chaque fois, elle comptait sur le dialogue pour résoudre ses problèmes. Cependant, à chaque fois qu’elle tentait d’entamer un échange sérieux et constructif avec son homme, celui-ci semblait se renfermer soudainement.
Un soir, alors que David s'était à nouveau réfugié dans le mutisme suite à une dispute, elle craqua :
— Parle-moi, bordel ! Dis-moi ce que tu as dans la tête ! J'en ai marre de devoir t'arracher les mots de la gueule. J'ai presque l'impression de sortir avec un inconnu, des fois !
Pour la première fois, David lui répondit du tac-au-tac, comme entraîné par le rythme qu'Alexandra avait voulu donner à la conversation.
— Tu veux la vérité ? La voilà, ta putain de vérité : je ne sais même pas si je t'ai jamais aimé, ou si je me sens juste… Je sais pas… redevable, ou quelque chose comme ça ! Et… je sais même pas si tu m'aimes. Vraiment, je veux dire ! Des fois, je me dis que tu prends juste du plaisir à être avec quelqu'un qui est dépendant de toi !
Elle craqua soudain et le gifla.
— Casse-toi !
David balbutia :
— Alex… Je suis désolé… Je ne voulais pas…
— Tu es sourd ? SORS D'ICI !
***
22h45
Après Alexandra, ce fut au tour de David de prendre la parole. Il sortit un papier de sa poche, et commença à lire :
— Je revenais de mon service militaire en Yougoslavie quand Stéphanie et Marc m'ont annoncé leur mariage, et m'ont demandé d'être leur témoin. Maintenant, je peux vous l'avouer : je n'en avais pas envie.
Quelques rires gênés fusèrent dans la salle.
— L'idée de faire la fête alors que, à quelques centaines de kilomètres, des hommes, des femmes et des enfants sont enfermés, déplacés, et parfois tués juste parce qu'ils sont musulmans, parce que nous sommes trop lâches pour réagir, ça m'était insupportable.
Cette phrase fut suivie d'un silence lourd et gênant. David poursuivit néanmoins.
— Et puis, je me suis rappelé et, surtout, on m'a aidé à me rappeler que, si je suis allé là-bas, c'est pour que tous ces gens puissent avoir une vie normale et insouciante. Il ne faut donc pas nous empêcher de faire la fête et de célébrer la vie. C'est même presque le plus important : ne pas oublier, mais continuer à vivre. Comme nous le faisons maintenant. Comme Marc et Stéphanie nous y invitent aujourd'hui. Et, finalement, avec le recul, être le témoin de votre union, c'est la meilleure chose qui ait pu m'arriver. Après avoir vu et vécu le pire, j'ai pu voir et vivre le meilleur. Tout cela m'a rappelé ce qui était le plus important.
Alors qu'il décollait pour la première fois les yeux de son papier, il vit, dans le regard d'Alexandra, qu'elle comprenait pleinement le double sens de sa dernière phrase. Il replongea alors le regard dans son discours.
— Aujourd'hui, je choisis de me rappeler ce qu'il y a de meilleur dans l'être humain, et vous deux, vous nous le rappelez tous les jours. J’aurais aimé vous donner un conseil. Mais je crois que j’en suis bien incapable. C’est peut-être moi qui devrais écouter les vôtres. Mais vous me connaissez : je peux être une vraie tête de mule… Bref, tout ça pour dire : vive les mariés !
***
Fin juin
Le téléphone d'Alexandra sonna, mais elle ne bougea pas. Ce soir-là, elle n'avait aucune envie d'interagir avec un autre être humain.
Le répondeur se déclencha.
— Vous êtes bien sur le répondeur d'Alexandra. Laissez-moi un message après le bip.
Elle entendit alors David parler à toute vitesse.
Alex, c’est moi. Décroche, s’il te plaît ! Je sais que tu es là. Je voulais m’excuser. Je ne pensais pas ce que je t’ai dit…
Elle décrocha le combiné et lança, sans attendre de réponse :
— Ne me rappelle plus. Jamais !
Elle raccrocha brutalement, envahie d’un entremêlement de fureur et de tristesse.
***
23h30
— Steph', t'as pas vu David ?
Alexandra avait hurlé pour essayer de couvrir la musique lancée par le DJ un quart d'heure plus tôt.
La jeune mariée, trop affairée à danser pour décompresser de ces mois d'intenses préparatifs, haussa les épaules et reprit son occupation du moment.
Mais où était-il donc fourré ? Toute la journée, elle avait vainement tenté de lui échapper sans y parvenir et, maintenant qu'elle le cherchait, il demeurait désespérément introuvable.
Alexandra fit le tour de celles et ceux susceptibles de le connaître, sans plus de succès. Puis, en désespoir de cause, finit par demander à l'ensemble des personnes qu'elle croisait s’ils avaient vu le témoin.
Elle trouva finalement une réponse à sa question auprès d'un groupe de filles qu'elle ne connaissait pas :
— Le témoin ? C'est pas lui qui est parti s'isoler avec Nath', derrière la salle des fêtes ?
— Je crois bien que oui… Et la connaissant, il doit passer un bon moment, si tu vois ce que je veux dire !
Toutes éclatèrent de rire, ne laissant aucun doute sur le caractère grivois de leur remarque.
Alexandra fut sous le choc. Leur séparation avait un mois à peine, et Monsieur allait déjà sauter la première venue !
Elle ne se sentait pas tant jalouse (après tout, ils n'étaient plus ensemble, et il faisait bien ce qu'il voulait) que déçue. Cela ne lui ressemblait pas et elle s’interrogeait sur l'honnêteté de David durant leur relation.
Elle se précipita, aussi vite que lui permettaient les talons de ses escarpins, vers l'extérieur et fit le tour de la salle qui accueillait la soirée.
En s'approchant de l'arrière de la salle, elle entendit les sons caractéristiques d'un couple passant un agréable moment.
Elle avança à pas de loup et vit effectivement une jeune femme pomper avec entrain le sexe d'un homme dont le visage était masqué par la nuit. Elle eut alors l'espoir qu'il s'agisse d'un autre homme.
Aucune tendresse ne semblait animer les deux amants. Ainsi, la fellation de la rouquine paraissait plus relever de la performance sportive que de l'amour.
Dans tous les cas, à grands renforts de coups de langue et de succions appuyées, elle semblait largement satisfaire son partenaire, dont émanaient des grognements rauques.
De temps en temps, elle sortait la verge bandée de sa bouche pour le masturber à toute vitesse, tout en susurrant des mots cochons à son compagnon de débauche.
Après plusieurs minutes, les yeux d’Alexandra s’habituèrent à l’obscurité, et elle finit par distinguer les traits du visage de l’homme. Elle réalisa alors qu’il ne s’agissait absolument pas de David, mais d’un autre type brun et mal rasé.
Elle tourna alors les talons, autant soulagée qu’en colère contre elle-même pour s’être mise en un tel état.
— Quelle conne, putain ! Mais quelle conne !
***
Juillet
Deux semaines seulement avant le mariage de Marc et de Stéphanie, l'actualité avait ramené David dans les pensées d'Alexandra.
En effet, tous les journaux titraient sur le conflit yougoslave et sur les événements en cours à Srebrenica.
Au début, on avait cru à un simple exode imposé aux populations locales, mais rapidement, l'horreur de ce qui s'était déroulé se dévoilait et, chaque jour, les révélations étaient plus terribles encore que la veille.
Des femmes rescapées et exilées racontaient ainsi les effroyables sévices qui leur avaient été imposés par les soldats. Quant aux hommes, il n’y avait simplement plus aucune trace d'eux. Trois ou quatre mille, peut-être même plus, disparus dans la nature.
Alexandra saisit son téléphone et composa lentement les premiers chiffres du numéro de David.
Elle suspendit cependant son geste avant de l’avoir terminé, et secoua la tête, furieuse contre elle-même d'avoir eu cette idée, et raccrocha.
***
23h55
David s'était éloigné de la salle des fêtes pour profiter, assis sur un banc, de la douceur de la nuit.
Il entendit soudain un bruit derrière lui, tourna la tête, et vit s'approcher Alexandra. Cela l'étonna : c'était bien la dernière personne qu'il s'attendait à voir.
Elle s’assit à ses côtés, puis glissa un "Salut" gêné, auquel il répondit avec le même malaise, puis s'ensuivit un silence lourd qui sembla durer une éternité.
Afin d'éviter son regard, il concentra son attention sur les étoiles qui parsemaient le ciel. Elle finit cependant par dire quelque chose, voulant sans doute mettre fin à cette ambiance pesante :
— Bravo pour ton discours. Il était très touchant.
— Merci. Le tien n'était pas mal non plus.
Chacun se réfugia de nouveau dans le mutisme. David ne comprenait pas pourquoi elle était venue le voir si c'était pour rester sans rien dire à côté de lui.
Peut-être attendait-elle quelque chose de lui ? Dans ce cas, il ne voyait pas ce dont il pouvait s'agir.
D'interminables minutes s'écoulèrent sans qu'aucun des deux anciens amants ne prononce un mot.
— Je…
Alexandra avait brisé le silence, mais n'avait visiblement pas réussi à aller plus loin que ce simple pronom personnel.
David devina que son cerveau devait bouillir. Il connaissait trop bien cette sensation, l'ayant endurée, lui aussi, bien trop souvent.
Néanmoins, il prit son courage à deux mains et poursuivit son propos :
— Je suis désolée que ça ait fini comme ça. J'ai dit des choses… Je t'ai dit des choses… Je n'aurais jamais dû les dire.
— Moi aussi… Ce que j'ai dit… J'étais en colère. Je ne le pensais pas…
— Bien sûr que si tu le pensais !
Surpris, le jeune homme eut un mouvement de recul face à la réponse de son ex. Drôle manière d'accueillir des excuses ! Il la laissa cependant continuer.
— Je pensais ce que j'ai dit. Toi aussi. Et le pire, c'est qu'on avait sans doute tous les deux raison. C'est terrible mais c'est ce que je crois.
— Mais non ! Je…
— J'ai lu un truc l'autre jour, dans un magazine… Tu connais le syndrome de l'infirmière ?
— J'ai déjà entendu ça. C'est pas dans Retour vers le futur ?
Assis sur le banc, ils discutèrent longtemps. Très longtemps. Suffisamment longtemps pour que la musique de la fête qui résonnait depuis des heures dans la nuit s’interrompe car les derniers danseurs allaient enfin se coucher.
Ils discutèrent d’eux, de leur passé, leur présent et leur avenir, de leurs pensées, de leur mal-être respectif, de ces disputes qui avaient pollué leur relation, de leurs réconciliations superficielles sur l’oreiller…
Après plusieurs heures à parler, ils se relevèrent enfin.
— Je suis contente qu’on ait pu parler…
David acquiesça silencieusement. La jeune femme poursuivit :
— J’espère qu’on pourra rester amis… Pas maintenant… Pas si vite… Mais… Plus tard... Un jour.
— Oui… Moi aussi…
Alexandra laissa passer un silence, puis lança, sur un ton presque badin :
— Tu sais… Ça fait des mois que ça me torture que tu ne parles pas… Que tu ne répondes pas… Mais pour la première fois depuis longtemps, j'en ai plus rien à foutre. Et ça me fait un bien fou !
Ils sourirent tous les deux, et elle ajouta :
— J’espère que tu trouveras la paix avec toi-même.
— Si je la trouve, ce sera un peu grâce à toi…
Alexandra fit la bise à son ex, et répondit en riant :
— Vu ce que ça m’a coûté, j’espère bien !
Elle s’éloigna ensuite d’un pas léger vers la salle des fêtes, sous le regard de David.
Il leva les yeux vers les étoiles, et esquissa un sourire. Il se dit que, dans l'obscurité de la nuit, elles étaient belles.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Fin du livre
Vous avez atteint la fin de ce livre.
Ce livre ne comporte pas de suite.

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ Mibou L'effet papillon 4 XSTORY
L'effet papillon 4
Chapitre 1
Par Mibou
70
6
3k
Bi
✦ Mibou L'effet papillon 3 XSTORY
L'effet papillon 3
Chapitre 1
Par Mibou
97
5
3.3k
Hétéro
✦ Monsieur Plume L'absente XSTORY
L'absente
Chapitre 1
Par Monsieur Plume
213
28
9.7k
Hétéro
✦ Jacquiere Les retrouvailles d'un cousin et d'une cousine XSTORY
Les retrouvailles d'un cousin et d'une cousine
Chapitre 1
Par Jacquiere
101
1
8k
Hétéro
✦ Miss Roxy Une vie de luxure XSTORY
Une vie de luxure
Chapitre 1
Par Miss Roxy
248
9
12.7k
Hétéro
✦ Mibou Et la vie continue XSTORY
Et la vie continue
Chapitre 6
Par Mibou
86
8
3k
Hétéro
✦ Sunstone Candaulisme en duo XSTORY
Candaulisme en duo
Chapitre 4
Par Sunstone
348
13
16.6k
Hétéro
✦ Mibou Nos vacances troubles XSTORY
Nos vacances troubles
Chapitre 2
Par Mibou
155
10
6.7k
Hétéro
✦ Exorium Ma vie amoureuse XSTORY
Ma vie amoureuse
Chapitre 5
Par Exorium
94
2
7.2k
Hétéro
✦ Nkari Si jamais XSTORY
Si jamais
Chapitre 1
Par Nkari
116
2
5.5k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio