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✦ Jane Does Nos rêves fous XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Nos rêves fous — Chapitre 4 · Site de rencontre

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Jane Does
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Nos rêves fous

Chapitre 4 · Site de rencontre

Difficile d'analyser cette impatience mêlée de crainte qui m'étreint alors que Pierre tapote sur notre PC. L'enveloppe qui se déploie s'ouvre sur des lignes sombres sur fond blanc. Il lit et par-dessus son épaule, j'en fais autant. D'abord, ce sont des remerciements pour notre contact, puis il brode un peu sans entrer dans le détail. Il dit chercher à passer de bons moments sans s'investir dans une relation de couple. Il finit par une adresse courriel et une formule de politesse « bateau ». Nous restons tous les deux un peu sur notre faim. Je soupire légèrement, ce qui fait réagir mon homme.
— Tu t'attendais à quoi ? Qu'il nous invite au restaurant d'emblée ? Je le trouve très prudent ce mec, pour des raisons analogues à celles qui nous animent. La crainte d'un faux profil… Il nous laisse néanmoins un moyen de le contacter. À toi de voir si tu veux aller de l'avant. Je ne vois aucune objection à ce que tu lui répondes.
— Tu… veux que ce soit moi qui le fasse ?
— Pourquoi pas ? De toute façon, il te suffira de me montrer au fur et à mesure les réponses de ce gars. Nous aviserons ensuite tous les deux de la marche à suivre, voire de la possibilité de le rencontrer. C'est aussi simple que cela.
— Je… je ne sais même pas quoi lui raconter. Comment on s'y prend pour ce genre de démarche ?
— S'il est sur un tel site, ce n'est pas un enfant de chœur, non plus. Alors il sait pourquoi nous y sommes aussi, le reste devrait être facile… Je ne doute pas une minute de ta capacité d'adaptation ma chérie…
— Oh doudou ! Tu… crois que je dois lui réécrire ?
— Au moins pour la politesse. Il a pris soin de nous faire un vrai retour. Son courriel est poli, courtois, il a sûrement un minimum d'éducation. La suite, c'est à toi, enfin à nous de la définir par des critères qui te sont propres… ce que tu attends d'une rencontre, ce que lui aussi en espère. Voilà… et puis pas d'adresse ou de numéro de téléphone, pas de risque tant que nous n'en savons pas plus sur l'homme qui se tient derrière son message.
— Je crois que j'ai compris… tu… ça ne te fait pas peur tout ceci ?
— C'est toi qui tiens les rênes mon cœur… ce qui te fait plaisir ne me déplait pas. Après, je n'ai aucune idée de ce qui va se passer. Les affinités ne se discutent pas, elles sont là ou pas en fonction de mille critères qui nous échappent.
— Mon Dieu, combien tu as raison, raisonnable et sensé ! Je t'aime Pierre.
— Moi aussi mon ange ! Bon… je ne suis pas en repos et j'ai un cabinet à faire tourner… à ce soir.
— Oui… attends !
Je viens au-devant de lui et je pose ma tête sur sa poitrine. Il reste là, sans bouger. Alors je relève mon menton, noie mes yeux dans son regard et nous nous roulons une pelle. J'aime vraiment le gout de celle-là ! C'est un moment très tendre que je voudrais pouvoir prolonger encore et encore. Son travail nous l'interdit et c'est à regret qu'il me repousse sans violence.
— Je ne peux pas… pas maintenant Agnès… mais tu ne perds rien pour attendre !
— Je t'aime, oh ! Mon Pierre comme je t'aime !
Seule face à ma page blanche, je cherche mes mots. Un fil conducteur pour écrire à l'inconnu qui doit sûrement épier sa boite à lettres. Je trouve une formule de politesse pour démarrer mon paragraphe et puis mon esprit fait le boulot. Je reviens souvent sur un terme, et mon texte prend tournure. Respecter à tout prix toutes les recommandations de mon mari, ne rien divulguer de trop personnel, expliquer sans entrer dans des détails sordides, nos attentes. Vocable qui me perturbe un instant en me demandant si elles me sont propres ces espérances ou si Pierre les partage. Il m'a donné un blanc-seing, alors c'est bien qu'il adhère à mon projet.
J'en ponds une page et demie dans laquelle je nous décris, y avance aussi quelques pistes pour que ce gars sache de quoi il retourne. En fin de compte, à la relecture de ce poulet, je me dis que c'est une histoire de cul, banale à pleurer ce qui ressort de mon récit. Je ne vois pas comment romancer un truc aussi basique et je termine donc par mes plus cordiales salutations. La seule indication personnelle qui transpire dans mon message, ce sont nos prénoms. Je lis, relis et finis par expédier d'une pression sur la touche « entrée », ma tirade. C'est parti et je reste un bout de temps fascinée par mon audace… devant « message envoyé ».
À son retour du bureau, Pierre me trouve nerveuse, excitée serait le mot exact. Il a une méthode très spéciale pour calmer mes nerfs à fleurs de peau. Alors que je lui narre ce que j'ai écrit au bonhomme, lui me tripote partout. Émoustillé par la situation très ambiguë évidemment de ce que je lui relate. J'ai en tête l'idée qu'il peut tout à loisir aller consulter mon envoi, mais qu'il préfère écouter ma voix qui se fait plus rauque alors que j'entre dans les détails. J'en suis au moment de mon index qui balance dans l'univers insondable de la toile ma lettre lorsque ses mains sont bien à plat sur mes fesses.
La suite des évènements ne fait plus guère de doute. C'est dans la cuisine, le cul sur le plan de travail, entre évier et plaque de cuisson, que je le laisse me dévorer le minou, avant de venir y tremper son pinceau. Peintre amateur éclairé, il sait mettre en exergue toute une palette de couleur que sa verge fait rebondir derrière mon crâne. Je n'ai aucune sensation de la durée de notre accouplement. Tout ce que j'en retire, c'est une ineffable tendresse, une douceur exquise et surtout, un orgasme amplifié par les idées qui se bousculent dans mon cerveau.
Il n'est dupe de rien, sait parfaitement que cet excès de jouissance n'est pas seulement dû à son savoir-faire. Peu importe puisqu'il en tire de son côté un immense profit et que c'est bien en moi qu'il va et vient au rythme cadencé de ses coups de reins échevelés. J'adore, il apprécie, tout le monde est donc content. Le but n'est pas de se prendre la tête, mais de continuer notre vie avec ce qu'elle comporte de meilleur. Le sexe bien fait est un des ingrédients majeurs de la longévité de notre couple, nous le savons tous deux.
Nous nous pâmons dans des gémissements, des gloussements qui emplissent la pièce où nous nous donnons l'un à l'autre. Ce qui nous entoure là n'est plus qu'un grand flou artistique que font surnager nos soupirs, mes cris de plus en plus précipités. J'ignore le moment où il s'épanche au fond de mon ventre qui depuis quelques instants n'est plus qu'une marée de spasmes. Je me raccroche à lui, griffant de mes ongles vernis tout ce que mes doigts peuvent agripper. Je suis un feu follet, une torche vivante embrasée par cette délicieuse possession. Je n'ai plus aucun repère, lâchant prise dans une jouissance qui me secoue des pieds à la tête. Mon amour pour lui est si vivant, si vibrant dans ce corps à corps impromptu.
Les choses se tassent un peu, chacun revenant à une raison qui impose un peu de calme. Mon mari toujours debout, le sexe planté dans le mien se garde bien de faire un mouvement qui pourrait me reprendre ce qu'il vient de me donner. Il me connait si bien ! La sainte horreur d'un départ trop précipité de sa queue me fait toujours hurler d'un abandon prématuré. Je déteste le vide qui va suivre. Alors sagement il me maintient contre son torse, attendant la mort programmée de sa bite qui finit par s'évader faute de raideur de son nid englué. Sur le chêne poli de l'endroit où reposent mes fesses, une large flaque montre la puissance de nos sécrétions.
Sperme mélangé à ma mouille, la tache visqueuse s'élargit encore du fait de la sortie de ce qui garde en moi ces sucs intimes. Sur mon front, un dernier petit bisou, satisfaction supplémentaire, remerciement dont j'apprécie la manière et mon doudou gagne la salle de bain. Je mets un bout de temps avant de me retrouver les pieds sur terre, au sens figuré comme au propre du verbe. Je n'ai plus qu'à nettoyer les cochoncetés, traces de nos amours que nous laissons après-coup. Les gambettes un peu en coton, je fonce également vers le murmure du jet d'eau que je perçois depuis la cuisine.
Là encore, l'eau me purifie pendant que mon homme de son côté met de l'ordre dans sa tignasse, qu'il ne daigne sécher que partiellement. L'odeur de son eau de toilette me chatouille les narines et je vois son petit cul disparaitre dans l'encadrement de la porte. Je présume qu'il va s'habiller dans notre chambre. Quelques minutes plus tard, c'est à mon tour de faire le même chemin. Et je le croise alors que je boutonne un chemiser net et sans faux plis, qui bidouille sur le clavier de l'ordinateur. De loin, je reconnais l'entête de notre boite mail. Confirmation absolue, il me lance quelques mots.
— Notre bonhomme a répondu ma chérie. Tu viens lire ou je te raconte ?
— Fais-le… j'écoute en finissant de me rendre présentable…
S'en suit la lecture d'une lettre dans laquelle notre inconnu s'épanche un peu sur ses motivations. Tout y est inscrit de son prénom à son âge, en passant par son veuvage et toutes les misères morales et physiques qu'une telle situation peut générer. J'écoute la voix chantante de Pierre qui me récite à la virgule près ce que l'autre nous relate. La lettre prend fin avec un timide « un bisou à vous deux ». Je suis perplexe.
— Tu en penses quoi Pierre ? Il affabule ce Maxime ?
— Pas sûr. De plus il parait très clair dans ses dires. Il est seul et en souffre, mais il a peur autant que nous. Il imagine encore que c'est tromper sa défunte épouse de coucher avec une autre. Il explique presque complètement ses raisons de ne pas revivre avec une femme, d'où ce biais pour faire un retour dans le monde des vivants en prenant le moins de risques possible.
— Tu crois ? Avec un couple, il a le sentiment que ce n'est pas tromper l'autre ?
— Dans son esprit, en tout cas, je crois qu'il y songe. Puis le mari est une sécurité quant à un dérapage possible.
— Comment cela, je ne pige pas, mon chéri.
— Mais si… si la dame est mariée et que le couple est libertin, il y a beaucoup de chances pour que la présence du monsieur interdise un… comment te dire, un débordement des sentiments. Il vient, passe un bon moment et les deux amoureux ou époux légitimes rentrent dans leur cocon, dans leur petite vie de tous les jours. Ni vu ni connu… c'est simple comme bonjour.
— Un peu comme Hugues, Yann et Annabelle ? C'est ce que tu veux que je comprenne ?
— Tout à fait ! C'est le bon exemple… tu le dis toute seule…
— Alors ? On fait quoi ?
— Est-ce que tu te sens vraiment prête à aller plus loin avec ce type ? Parce que la seule vraie question, c'est celle-là et que toi seule à la clé pour y répondre…
— Il ne propose pas de rencontre…
— Non ! Ce n'est pas non plus son rôle. Et là je devine le mec qui a la tête sur les épaules. Sinon, il insisterait lourdement, il ferait le forcing. C'est en cela qu'on sent qu'il est franc du collier et qu'il a du savoir-vivre… il nous laisse le choix, surtout à toi Agnès…
— Si je saisis bien ce que tu me racontes, il attend que ce soit nous qui fassions une proposition concrète ?
— Oui… c'est totalement ce qu'il espère.
— Conclusion mon cher maître ?
— La balle est dans ton camp ma chérie… ou dans ta caboche…
— Un diner… tu penses que ça peut le faire ?
— Qui ne tente rien n'a rien… on peut essayer et ça n'engage pas à autre chose que manger…
— Réponds-lui ! Vas-y ! Qu'il nous dise où et quand… après tout… j'ai le droit de dire non, jusqu'au bout !
— Ouais… tu es certaine que c'est ce que tu veux ?
— Ne me demande pas à chaque fois, bon sang. Tu veux me faire douter ? Ou me mettre à l'épreuve Pierre ?
— Bon ! Nous allons voir… Un vendredi ou un samedi soir peut nous convenir ?
—… oui… je te laisse peaufiner une éventuelle rencontre.
— oOo —
Mon mari sait ce que je veux, tout autant que ce qu'il aimerait de son côté. Alors dans les jours qui suivent ces deux premiers échanges, nous en parlons beaucoup, faisons également à chaque fois l'amour suite à nos dialogues. Une période faste sur le plan sexuel pour nous deux. Les réponses du dénommé Maxime se font plus fréquentes, et une date de rendez-vous finalement fixée. Un samedi soir dans un restaurant de la ville, lieu anonyme et suffisamment fréquenté pour que ça reste assez peu risqué. Inutile de dire que tous les jours de la semaine qui nous mène à ce rencart fatidique, je suis sur des charbons ardents.
J'ai beau me dire que je peux toujours dire non, jusqu'au dernier moment, la peur viscérale qui me tord les boyaux ne se dément pas. Je n'arrive plus à me concentrer sur mon boulot vraiment. Et si je suis soulagée de voir arriver le vendredi soir, il n'en demeure pas moins vrai que le samedi qui pointe son nez m'inquiète toujours autant. Pierre ne peut pas ne pas le voir, et l'unique solution pour calmer mes états d'âme c'est encore et toujours de… me faire l'amour. Je ne refuse rien, comme si le fait de nous épuiser dans des assauts sexuels incessants pouvait déboucher sur un rejet de l'acte lui-même.
Il n'en est rien cependant et mon appétit, le sien par la même occasion sont inébranlables. La moitié de ce samedi après-midi est destinée à me rendre belle et désirable, pour un parfait inconnu, dont nous ne savons que si peu de choses. Plus l'heure des retrouvailles est proche et plus j'ai des crampes d'estomac. J'admire le flegme tout personnel de Pierre. Il est zen et a toujours en réserve un bon mot pour me rassurer ou au minimum me freiner dans mes peurs. Dans la voiture qu'il conduit de main de maître vers notre destination, je n'en mène pas large et suis plutôt muette. Il ne tente pas de me sortir du mur de silence derrière lequel je me réfugie.
Le parking est là, le moteur se tait et j'ai la nette impression que les battements de mon cœur sont perceptibles à un kilomètre à la ronde. La porte qu'aimablement mon doudou m'ouvre m'envoie une bouffée d'air frais, qui loin de me rasséréner me file encore plus de coton dans les quilles. Donc en me cramponnant à son aile, nous avançons vers l'établissement de notre rencart. Et devant la porte il est là ! Planté devant la carte, l'air absorbé par celle-ci, ou faisant mine de l'être. Pierre reconnait de suite son interlocuteur, le gars avec qui il cause depuis une quinzaine de jours. L'autre aussi nous a repérés.
Il est brun, grand sans kilos superflus. Bien bâti, il est souriant et tend la main à mon homme avant que son regard ne s'attarde sur moi ou mes formes. Mais je suppose que ma trouille me fait voir les choses sous un angle qui n'est pas forcément le bon. Il se présente gentiment, ne sachant pas trop comment m'aborder. Me serrer la main ou me faire la bise ? Et en fin de compte il opte pour un vigoureux serrage de patte et j'entends pour la première fois sa voix.
— Bonsoir ! Je suis Maxime et vous c'est Pierre… et Agnès ?
— Oui… heureux de vous rencontrer, depuis le temps que nous nous écrivons, nous avons l'impression, mon épouse et moi, de vous connaitre depuis longtemps.
— Moi, je suis enchanté de voir qu'il existe encore des gens de paroles… vous êtes un beau couple. Agnès… vous êtes très belle.
—…
Je dois sûrement rougir telle une pivoine sous ce compliment venant d'un type dont je sais pourquoi il est là.
— Venez, entrons ! J'ai réservé une table dans un coin un peu à l'abri. Nous serons mieux assis pour bavarder. Si vous saviez comme j'ai appréhendé cet instant. Chaque minute de ces derniers jours, je me suis fait un sang d'encre. La peur de me tromper, ou de n'être pas à la hauteur de vos attentes, de vos espérances.
— Oui ! Entrons. Je dois aussi reconnaitre que je n'ai pas été toujours très à l'aise non plus. Quant à Agnès… elle est très anxieuse.
Nous avons juste franchi la porte qu'une serveuse nous prend en charge. Au nom de la réservation, elle nous dirige vers un endroit un peu à l'écart des autres tables. Suffisamment en tout cas pour que nous puissions parler plus librement. Nous prenons donc place, les deux hommes côte à côte et moi qui leur fait face. Là, sous la lumière artificielle d'une lampe murale discrète, je peux détailler celui qui va diner en notre compagnie. Une seconde serveuse arrive, et elle prend commande des apéritifs, avant de gagner un bar qui se situe au fond de la salle.
Commence alors une longue discussion seulement interrompue par le service. Les apéros d'abord, puis les entrées et les plats et enfin le dessert. Maxime et pierre alimentent la conversation et chacun déballe ses réponses destinées à nous apprivoiser. C'est vrai que parler ainsi fait percevoir toutes les émotions des uns et des autres. Aux rares questions qui me sont destinées, je n'oppose qu'un oui, ou un non poli, en fonction de ce qui m'est demandé. Il s'en contente bien sûr, poliment. Lui nous raconte son long parcours avec une épouse dont il était éperdument amoureux.
Il nous fait part de leur long combat contre une maladie qui a fini par lui voler l'être cher. Il est sonné après avoir fait ressortir pour nous deux, son histoire personnelle et quelque part, je sens un type désemparé, que la vie a secoué. Drôle aussi parce que d'un coup, sans que j'y prenne garde, il me devient sympathique. Quatre années qu'il est seul, de longs mois où l'impression que s'il tentait une approche avec une dame, il se sentirait coupable de tromperie… envers celle qui n'était plus là. Puis cette étrange décision de s'inscrire sur le site où nous avions échangé.
Il nous narre aussi cette impressionnante démarche pour essayer de revivre sans elle, cette idée de rencontrer un couple, juste pour avoir le sentiment que de cette manière il serait protégé, qu'il ne pourrait pas tomber amoureux d'une femme mariée. Vraie idée géniale ou fausse raison, il n'en savait rien ! Mais là face à nous, nous avons un homme détruit comme tant de pauvres gens par le cancer et le départ d'un être cher. J'arrive à comprendre la démarche et près de lui, je sens mon doudou qui me parait aussi peiné pour ce malheureux Maxime.
Mille questions me montent aux lèvres sans pour cela parvenir à les franchir. Je me tais, écoutant la musique de cette voix qui nous déverse une litanie de petits problèmes quotidiens que nous pouvons tous rencontrer un jour ou l'autre. Et c'est bien l'accumulation de ceux-ci qui fait que tout parait insurmontable et rend malheureux cet homme. Nous en sommes au dessert et il respire mieux, moi aussi je crois. En attendant les cafés, je me hasarde à oser une question.
— Mais… pourquoi ne pas refaire votre vie ? Parce que nous ne pouvons vous être d'aucune utilité si c'est une quête d'amour que vous entreprenez ce soir, vous saisissez ?
— Très bien Agnès ! Mais le sentiment de tromper ma malheureuse Yolande n'a pas disparu vraiment. Et que je renoue avec une vie intime en compagnie d'un couple solide me garantit le fait que personne ne va empiéter sur mes souvenirs, vous comprenez… Et ça peut me permettre de surmonter mes lacunes. On ne sort jamais indemne de longues années d'abstinence totale.
— Totale ? Vous dites bien totale ?
— Oui… je vous assure. Vos courriers ont su réveiller en moi un écho de ce que j'ai perdu sur ce plan-là. Mais avant ce soir, je n'ai jamais cherché ni seulement songé à refaire l'amour avec qui que ce soit.
—… !
Pierre et moi nous nous regardons. Maxime baisse les yeux et au coin de ceux-là, je devine une larme furtive, comme si un voile se déchirait ou que des sentiments nouveaux refaisaient surface. Il se cache dans l'absorption de son « ile flottante » pour masquer son émotion. Je dois dire que pour un peu, j'aurais également un petit coup de mou. Mais voilà, le contact est établi et je ne suis pas plus avancée. Est-ce que je vais avoir assez de cran pour oser aller plus loin ? Aucune idée sur la question et ce ne sont pas les yeux interrogatifs de mon Pierre qui vont me donner la solution. Je fais donc comme le bonhomme, et avale ma crème brulée, sans un mot.
Pas de digestifs malgré la proposition de la jeune fille qui nous sert. Elle dessert la table et personne ne sait vraiment comment faire évoluer la situation, dans un sens ou dans l'autre. Alors le plus loquace de nous trois, Pierre en l'occurrence finit par aborder le sujet. Et c'est à moi que sont destinées ses paroles.
— Bon… nous savons tous pourquoi nous sommes ici ma chérie ! C'est toi qui décides de la suite des évènements.
—…
— Oh ! Agnès, soyez sans crainte. J'accepterai votre verdict, quel qu'il soit. Vous êtes seule juge et je peux aisément concevoir que je ne vous plaise pas. Ou que vous n'ayez pas envie de… ça, après tout ce que je viens de vous raconter…
— Ben… c'est difficile. Enfin… je… ne suis pas certaine de pouvoir le faire. Et puis je n'aime pas tellement les hôtels…
— Mais il n'est pas question d'aller dans une chambre d'hôtel impersonnelle ou sordide, voyons. Si nous continuons notre soirée ensemble tous les trois, ce ne peut qu'être chez moi…
— Vous… vous êtes sûr de ce que vous avancez là ?
— Mais évidemment… je vous laisse un moment pour aller régler la note… réfléchissez tous les deux et… je me conformerai à vos désirs, chère Agnès…
Il est déjà debout, le portefeuille à la main et se glisse entre les tables vers la caisse ou un homme s'occupe des additions. Pierre me jette un regard que je sens plein d'interrogations. Alors, je prends les devants.
— Tu peux me donner ton sentiment sur ce Maxime ! J'ai drôlement peur…
— Ça m'a l'air d'un chic type. Mais je ne peux, ne veux surtout pas influencer une décision qui ne doit que t'appartenir.
— Tu… si je dis oui, tu ne vas pas m'en vouloir ? Tu ne vas pas voir en moi une… salope ?
— Qu'est-ce qui te prend ? Tu me connais assez pour savoir que je ne porte jamais de jugement de valeur de ce style. Et puis… j'imagine que c'est aussi beaucoup pour me faire plaisir que nous sommes assis ici, avec Maxime.
— Tu… tu vas m'aider à surmonter tout ceci ?
— Bien sûr. Je suis ton mari et je ne cesse depuis des années de te le dire, le redire, je t'aime Agnès…
— Bon… je vais aux toilettes… tu peux le rejoindre… et lui faire comprendre que…
— Que quoi ma chérie ? Que c'est oui ou non… !
— Ou… oui !
Ce oui, je le murmure dans un souffle, un peu comme si je le crachais sans bruit. Et je me sens toute molle d'être libérée d'un poids terrible qui m'oppresse le ventre, me broie le cœur. Une fois dans la pièce destinée à se soulager, je me passe de l'eau fraiche sur le visage et tente de reprendre un calme que j'ai perdu depuis quelques minutes. J'imagine aussi Maxime à qui Pierre fait le compte-rendu de ma décision… Il me faut m'assoir un moment pour que mes gambettes puissent me soutenir de nouveau. Et ma peur se transforme en une sorte d'envie inimaginable. J'en suis trempée à tel point que je me demande si ma mouille ne va pas me dégouliner le long des cuisses, malgré ma culotte. Encore un peu d'eau, et raide comme un bâton, je fonce rejoindre mon mari et notre « nouvel ami ».
— oOo —
Une drôle d'ambiance dans notre voiture alors que nous suivons celle de Maxime. Je sens Pierre plutôt serein, moi qui suis recroquevillée sur le siège, mais dans la semi-obscurité il ne s'en aperçoit pas. Ca mouline dure dans ma caboche. Pourquoi ai-je dit oui ? J'ai le sentiment que c'est trop compliqué, que je suis incapable de faire ce genre de truc. Pourtant nous avançons inexorablement vers l'endroit où tout va se passer. La main de mon homme est sur mon genou. Encouragement tacite, geste qui se veut tel en tout cas. Puis le tonnerre de sa voix dans le silence pesant de l'habitacle.
— Ne t'inquiète pas mon amour, je suis là !
—…
— Et jusqu'à la dernière seconde, tu peux renoncer à notre projet insensé. J'imagine bien combien ça doit être stressant pour toi…
— Co… comment je vais faire ? Tu as une vague idée de ce que je vais devoir faire, Pierre ? Je me sens…
— Tu sais, moi aussi, je suis rempli de doutes, d'incertitudes et de craintes. Peut-être que nous devrions… d'abord tous les deux ! Il viendrait nous rejoindre au bout de quelques minutes… tu ne crois pas que ce serait plus simple ?
— Je ne suis plus sûre de rien mon cœur… tu te rends compte doudou que si je fais cela, tu seras un homme trompé ? Que je vais devenir une… salope, une pute ?
— Chut ma chérie ! Là c'est ton esprit qui déraille. Ne te mets pas martel en tête non plus. Rien ne t'oblige à le faire… ce Maxime en est aussi conscient que nous.
— Mais… d'un autre côté, tu ne peux pas savoir à quel point ça me donne des chaleurs, de penser que… je suis toute mouillée. C'est normal ça, Pierre ?
— Ton corps et ton esprit ne sont pas tout à fait en phase ! Mais je suis certain qu'ils vont se synchroniser. Que tu aies des doutes serait même assez rassurant pour moi. Le contraire m'inquiéterait. Ah… nous allons tourner à droite… il doit habiter par là…
—…
J'écarquille les yeux. Prise dans les phares, une grande maison un peu paumée en rase campagne nous fait face. La voiture de Maxime se gare sur un terrain gravillonné et la nôtre vient se positionner juste à côté. Cette fois je tremble pour de bon de cette situation. Pierre fait le tour de notre automobile et ils sont ensemble pour venir m'ouvrir la portière. Sortir de mon siège, j'y parviens et chacun d'eux me tend une main. Je choppe la première qui se rapproche. Ce n'est pas celle de mon mari.
— Voilà ! Ceci est mon univers. On ne voit pas grand-chose, mais dans la journée, il y a là un parc et derrière la maison, un jardin potager où… ma malheureuse Yolande entretenait également ses fleurs. Je ne peux plus les voir en peinture, surtout les roses. Mais entrons, voulez-vous.
Nous nous engageons vers la masse sombre de la demeure. Je marche très lentement, mes jambes supportent tout juste mon poids. Une lourde porte s'ouvre et je me sens encore plus décontenancée. Mais aidée par Pierre à ma droite et Maxime sur l'autre aile, je pénètre dans une entrée lumineuse. De là, nous allons vers un salon spacieux, semblable à tous les endroits de ce type. Canapé, fauteuils et une bibliothèque remplie de livres qui court le long de tout un pan de mur. Un téléviseur trône sur un meuble en bois. Maxime nous invite à prendre place sur le sofa et j'y pose mes fesses. Il n'est que temps que je m'assoie tant je me sens… bizarre.
— On trinque tous les trois ? Champagne, ça vous va ?
— Pour moi oui et toi Agnès ?
—… euh… oui, oui !
Il nous laisse là quelques secondes, le temps d'ouïr ailleurs le bruit caractéristique de l'ouverture d'une bouteille. Le tintement de verres signifie aussi le retour du propriétaire des lieux. Debout face à notre couple, il remplit trois coupes et m'en tend une, fait pareil pour Pierre.
— Trinquons à cette belle soirée. Je tiens à vous remercier tous les deux de votre amabilité…
— Merci ! Vous avez une très belle maison !
— Oh… Pierre ne pourrions-nous pas nous dire « tu » ? Les « vous » sont un peu sentencieux, n'est-ce pas ? Et puis si nous devons devenir de vrais amis, autant briser certaines barrières de suite !
— Oh, pour moi pas de problème… le tutoiement me convient.
— Et pour toi Agnès… tu vois un inconvénient à ce que nous en fassions autant ?
— Euh… non, non ! Si vous… si tu veux Maxime.
Cette phrase me brule la bouche. Il me sourit et je n'ai qu'un rictus à lui offrir en retour. Une risette presque forcée. Je ne sais pas du tout, ce qui va bien pouvoir se passer. Les deux hommes sont aussi perplexes que moi. Je me sens… très étrange, comme absente de ce lieu où nous sommes tous trois assis. J'ose ouvrir la bouche.
— Je… pardon, mais puis-je utiliser tes toilettes, Maxime ?
— Oui… elles sont là… viens je vais te guider.
Il se lève, me donne la patte et nous marchons dans un corridor. Il m'explique.
— Là, c'est notre chambre… enfin la mienne depuis… Celle-ci une chambre d'ami et les deux portes là sont pour le petit coin et la salle de bain. Fait comme chez toi, je vais rejoindre ton mari… d'accord ?
— Oui… merci.
Je me soulage, sans que cette action ne me déstresse plus que ça. Et je constate là, les dégâts au fond de ma culotte. Elle est tout auréolée de ma rosée intime. La garder ou la retirer, dilemme qui m'horripile et idée malvenue dans les toilettes. Puisque la porte suivante c'est celle de la salle de bain, je vais me laver les mains en gardant le triangle mouillé à mi-cuisse. Pourquoi cette scène me décrispe légèrement et me fiche une sorte de fou rire nerveux ? Une manière pour mon corps de réagir à cette tension qui me serre les tripes depuis le début de la soirée ? Sûrement ! Je suis dans un endroit très intime.
Ici flotte une odeur particulière. Celle d'un parfum ou après-rasage, et puis je retire mon slip finalement, le roule en boule. Les lieux sont d'une propreté irréprochable. J'ouvre une armoire murale et tout est bien aligné, rangé, mais il n'y a que des affaires d'hommes. Une seule brosse à dents dans un verre. Plus aucune trace d'une femme dans cette salle de bain. Je dégote un gant de toilette, le mouille pour me rafraichir le visage et également le passe sur ma foufoune. Je fais sur ma chatte plusieurs passages savonneux et finis par la rincer avant de me sécher. Une douche me serait… bien agréable, mais je ne suis pas chez moi.
Il est temps de gagner le salon où les voix calmes de la discussion entre les mecs se font entendre. Ils devisent gentiment et mon retour met un coup d'arrêt à leur dialogue. Serrée dans ma main, le chiffon que j'ai retiré de mes fesses, je ne sais pas quoi en faire. Mon sac à main… sur le flanc droit de Pierre, je veux y camoufler ma culotte. Je me place donc près de mon baise-en-ville et y colle mon gênant paquet. Ont-ils seulement fait attention à ce que je tenais ? Je n'en sais rien. Pierre me parle maintenant.
— Maxime, ma chérie, propose que nous dormions dans la chambre d'ami… tu y vois un inconvénient ?
Dormir… ici ? Pourquoi pas ? Nous avons tous un peu bu…
— Oui…
— Je… ta chambre d'appoint est-elle dotée d'une douche, Maxime ? Parce que j'aurais bien besoin de faire un brin de toilette.
— Oui, les usagers de cette chambre, lorsque nous en avions bien sûr, étaient tous autonomes… la porte de cette salle de bain se trouve dans la chambre. Fais comme chez toi… Le lit est prêt. Comme si j'avais à l'esprit la possibilité que vous dormiez chez moi.
— Merci Maxime… trinquons donc à cette amitié nouvelle qui nait ce soir ! À ta santé, Maxime
— À la santé d'Agnès, la plus belle femme qui soit entrée ici depuis le départ de ma Yolande…
Je ne rajoute rien à leurs dires. Nos verres se cognent et je bois presque cul sec la coupe de champagne tant ma gorge est sèche. Lui bavarde encore un moment avec Pierre. Là, dans ma tête j'ai besoin d'un moment de solitude… et je trouve le biais pour l'obtenir.
— Ça vous gêne messieurs si je vais… me doucher ? Je vous laisse à vos discussions entre hommes… je peux y aller ?
— Mais oui ! Tu es chez toi Agnès, dans cette maison. Elle revit depuis que tu y es entrée. Pour la douche, il y a des gels et du shampoing, des draps de bain aussi, dans les placards, tu fouilles un peu et tu vas trouver ce dont tu as besoin… d'accord ?
— Merci Maxime… à tout de suite mon chéri ! Tu ne me laisses pas seule toute la nuit, hein !
Les deux mecs me suivent des yeux jusqu'à ce que le couloir me cache. Cette fois, je suis non pas rassurée, mais moins agitée. Et je furète quelques secondes dans la chambre, à la recherche d'une serviette pour l'après-douche. Le lit est spacieux, la chambre bien aérée. Les draps que je hume sentent le frais et le lilas. C'est clair, net, parfait. Reste à me glisser sous la douche dont je règle le débit et la chaleur de l'eau. Une fois que c'est fait, je suis à l'aise, enfin presque. C'est trop bon de me sentir plus propre. Je m'entortille dans le drap en éponge et la glace me renvoie mon image.
Un trait de gloss sur les lèvres, coquetteries toutes féminines pas nécessaires, seulement utile pour mon amour-propre et je m'assois sur le pieu. Pas très longtemps parce que déjà des pas feutrés se font entendre dans le corridor. Je serre les poings. Pierre entre dans la pièce et me sourit.
— Tu es toute belle mon cœur !
— Il… il ne vient pas ?
— Pas tout de suite ! Nous avons convenu qu'il nous rejoindrait quand toi tu le déciderais… Il est dans sa chambre et le signal est deux petits coups frappés dans le mur de séparation…
— Pff ! Je ne suis pas à l'aise du tout, tu t'en rends compte ?
— Oh ! Je ne suis pas aveugle ! D'où cette solution qui te permet de ne rien faire sans que ça ne te donne mauvaise conscience. C'est un chic type. Et il est franc du collier. Nous n'avons rien à redouter de lui. J'imagine qu'il a autant la trouille que nous…
— Que nous ? Tu as peur aussi ?
— Évidemment ! Je ne sais pas comment tout cela va tourner. Je t'aime, j'ai envie de te voir le faire, et d'un autre côté… je ne sais plus si c'est une bonne chose, ou un malheur.
—… ? Moi qui me croyais la seule à crouler sous les doutes et à avoir des vapeurs…
— Ben non tu vois ! Maxime et moi sommes dans une situation identique… mais toi et moi pouvons faire baisser la pression, si le cœur t'en dit.
— Comment ça, dis-moi ?
— Ben… vient là…
Cette fois me voici étendue en travers de la couche, et lentement Pierre dénoue la longue serviette qui me couvre le corps. Il est un peu hésitant, mais ses mouvements sont doux et il veut visiblement me mettre le feu au ventre. Il faut admettre qu'il n'a pas grand boulot pour y parvenir. Plus que ma peur, mon envie latente est sous-jacente. Je suis vraiment sous pression depuis le début de la soirée. Comment exprimer ce besoin de sentir mon homme, ce besoin de ses caresses pour éliminer toutes les tensions qui me gardent raide comme un piquet ? Et pour me tripoter, il me tripote vraiment. Sans que je crie, sans que je rue dans les brancards.
— xxXxx —
À suivre…
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Photo de profil de rtx42
rtx42
18 mai 2023 à 12:12
Je me répète, mais l'évolution des sentiments, des doutes, des dilemnes est finement décrite. On y croit.
Bravo pour ce récit.
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kudu
12 mai 2023 à 02:43
Toujours aussi beau. Envoûtant !
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océane.25
11 mai 2023 à 12:09
L'attente de l'acte est un merveilleux aphrodisiaque
Soyez respectueux
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