Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une parenthèse — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Une parenthèse
Chapitre 2
Une fois installé dans le train, j'ouvris mon ordinateur pour organiser ma semaine. Je regardai les locations de ski, les prévisions météo, explorai le domaine skiable et repérai les meilleurs spots pour déjeuner, boire un verre ou dîner.
Sur le papier, mon séjour avait tout pour être incroyable et je ne fus pas déçu en arrivant dans la station car tout se trouva être exactement comme je l'avais lu sur internet : le village était charmant, entouré de montagnes grandioses, et l'ambiance, à cette époque de l'année, était douce et chaleureuse.
En descendant du bus, j'emplis mes poumons d'air pur et frais, et je m'imprégnai de l'atmosphère légère qui régnait dans la station.
Ici, le temps semblait s'être arrêté, et les ennuis, ne plus exister.
En marchant vers mon appartement, je ne croisai que quelques étrangers qui, comme moi, venaient profiter du calme hors vacances scolaires, et plusieurs groupes de jeunes cadres, probablement là en séminaire.
Quinze minutes après être arrivé, je me sentais déjà dans mon élément et j'avais la plus grande hâte de me retrouver sur les pistes.
En poussant la porte de mon appartement, je découvris avec joie un endroit encore plus joli et accueillant que ce que j'avais vu sur le site de l'agence. Le studio collait exactement à la description qui en était faite, et à l'idée que j'en avais.
Situé au dernier étage d'un immeuble construit dans les années 60-70, il avait été complètement réaménagé, sur trois niveaux, pensés en escalier.
Au niveau le plus haut se trouvait la chambre, avec un immense lit. Au niveau intermédiaire, un salon cosy, avec un grand canapé et deux larges fauteuils. Et en contrebas, un jacuzzi surplombant toute la station. Les trois niveaux donnaient sur une immense baie vitrée, offrant une vue imprenable sur les montagnes.
Au fond de l'appartement, une cuisine américaine avec un grand bar, et une salle d'eau dissimulée derrière une paroi de verre, trônaient sur un plateau surélevé. Un rêve.
Après un rapide tour du propriétaire, je m'allongeai sur le lit, savourant ce premier moment et j'eus des pensées lubriques en m'imaginant faire l'amour à Aude dans cet immense lit, dans ces deux énormes fauteuils et dans le jacuzzi, en offrant un spectacle de taille aux curieux qui avaient une vue sur notre intérieur, depuis la rue ou les terrasses alentour.
Je ressortis de mon appartement peu avant 18 heures pour aller chercher mes skis, je mangeai ensuite un plat rapide et rentrai me coucher un peu avant 22 heures.
La semaine s'annonçait merveilleuse… et son début le fut vraiment.
—-
Le dimanche, le lundi et le mardi, je profitai à fond de tout ce que cette magnifique station avait à offrir. La météo étaient extraordinaire, la neige d'une qualité supérieure et je skiai sans relâche, de l'ouverture à la fermeture des pistes.
Mon programme était simple : lever tôt, première télécabine au départ et glisse jusqu'au soir, après quoi je rentrais fourbu mais heureux. Je plongeai ensuite dans mon jacuzzi bouillant en regardant les montagnes et je ressortai une heure plus tard, l'esprit encore embrumé par la chaleur, boire un verre et diner dans un nouvel endroit chaque soir.
Durant ces trois premiers jours, je pris du temps pour moi. Je réfléchis à mon avenir, j'appelai Aude chaque jour pour prendre de ses nouvelles, et je réalisai que la distance et le manque ravivaient la flamme qu'il y avait entre nous. Aude m'envoya régulièrement des photos très suggestives d'elle et je lui racontai ce que je lui aurais fait si elle avait été avec moi. Le mardi soir, notre appel dérapa et nous jouâmes avec nos caméras. Aude me montra son corps sous des angles parfaits et nous eûmes tous les deux un puissant orgasme en nous regardant nous masturber à distance.
Après cet appel, encore électrisé, je décidai de tester un endroit recommandé plus tôt dans la journée par deux jeunes cadres croisés sur un télésiège. Ils m'avaient parlé de cocktails incroyables, servis dans un lieu caché, dans le centre de Val d'Isère et cela avait largement suffit à éveiller ma curiosité.
Le bar se trouvait au premier étage d'un hôtel de luxe, et en arrivant, je compris immédiatement que c'était là que tous ces consultants en goguette, croisés partout depuis le premier jour, se donnaient rendez-vous.
— C'est donc là que vous vous cachez tous !
Pensai-je tout bas en balayant la salle du regard.
L'endroit était dans son jus, chaleureux, confortable et meublé de grands canapés en cuir. Une immense cheminée diffusait une chaleur rassurante et l'ambiance feutrée invitait à la détente après une journée sportive intense.
Je commandai un cocktail au bar et souris en observant tous ces jeunes, loin de leur cadre habituel, qui faisaient la fête, se draguaient ouvertement, se touchaient plus que de raison, jouant avec l'interdit. L'ambiance était insouciante mais électrique et je repensai à une histoire qui était arrivée à Aude lors d'un séminaire à Milan quelques années plus tôt.
L'atmosphère avait certainement dû être la même que celle dans laquelle je me trouvais. Les esprits avaient certainement dû s'échauffer tout autant que ceux des jeunes cadres qui flirtaient devant moi. Ce soir là, Aude avait franchi une étape et m'avait confié, à son retour, qu'elle s'était laissée emporter par le jeu de la séduction. Elle avait embrassé un de ses collègues, avant de passer la nuit avec une de ses proches collaboratrices et amies. Toute une histoire ! Mais, bien que son récit me sembla crédible ce soir là, une part de moi avait toujours douté de la fin. J'étais persuadé que son amie n'était pas la personne avec qui elle avait passé la nuit, mais bien son collègue. Elle avait modifié les faits. Je le savais, mais ne lui en avais jamais rien dit. J'avais préféré ne pas creuser, acceptant finalement assez bien ce pas de côté.
Perdu dans mes pensées, je vis ensuite approcher les deux jeunes consultants à qui j'avais parlé dans l'après-midi, qui m'avaient reconnu de loin. Je passai la soirée avec eux et leur équipe, à discuter et à enchaîner les verres. Quelques échanges de regards prolongés avec deux ou trois jolies consultantes me rappelèrent que j'étais encore dans le coup et je me décidai finalement à rentrer vers 23 heures, malgré leurs efforts pour me retenir.
Sur le chemin du retour, je marchai de travers, ivre et léger, un sourire béat accroché aux lèvres. Dans ce froid mordant, je me sentis revenir en arrière, empreint de nostalgie, dans mes années étudiantes, insouciantes, pleines de fêtes et d'histoires de coeur.
Une fois à l'appartement, je tentai de reprendre le fil de mes pensées, laissées en suspens la veille… mais la fatigue l'emporta, et je m'endormis en un clin d'œil.
—-
Le mercredi matin, fidèle à ma routine, je pris le premier téléphérique en direction des sommets. La neige était aussi parfaite que la veille, et j'enchaînai les descentes sans relâche jusqu'à ce que la faim commence à se faire sentir, vers treize heures. Je me dirigeai alors vers l'un de mes restaurants préférés, l'Ouillette, installé au croisement de plusieurs pistes, au bord d'un lac gelé.
La terrasse était bondée et une foule joyeuse de skieurs profitait des conditions météo idylliques.
Je déposai mes skis près de l'entrée et me dirigeai vers le petit snack qui servait des plats rapides. Je commandai une crêpe et un soda, puis partis en quête d'une table libre — mission presque impossible à cette heure-là. Après avoir serpenté entre des groupes entassés les uns contre les autres, j'aperçus enfin une grande table un peu à l'écart, où seules deux jeunes femmes étaient installées. Je m'y dirigeai aussitôt.
En m'approchant, je pris le temps de détailler mes futures voisines et les trouvai très jolies. Toutes les deux brunes, les cheveux longs tirés en arrière, des visages fins et bronzés, elles avaient les yeux fermés et prenaient le soleil en discutant et en riant. Bien qu'assises, je devinai des silhouettes fines et leurs pantalons de ski semblaient parfaitement épouser les courbes de leurs corps.
Arrivé à leur hauteur, je me penchai légèrement vers elles, et leur dit sur un ton faussement détaché :
— Excusez-moi, est-ce que ces chaises sont…
Je m'arrêtai subitement de parler quand la jeune femme qui se trouvait la plus proche de moi planta son regard dans le mien et je m'écriai abasourdi :
— Olympe ?!
Visiblement aussi surprise que moi, la jeune femme me détailla à son tour un court instant puis, sous le regard amusée de son amie, me lança :
— Raph ?!
Une lueur furtive passa ensuite dans ses yeux puis elle enchaîna sur un ton plus posé :
— C'était donc bien toi que j'ai aperçu hier soir dans le bar de l'hôtel. Tu étais avec Fred, Arnaud et leur équipe, n'est-ce pas ?
— Oui, c'était moi en effet. Ils sont sympas. Tu es avec eux ?
— Ce sont des collègues oui.
— Oui, c'était moi en effet. Ils sont sympas. Tu es avec eux ?
— Ce sont des collègues oui.
J'étais heureux de la retrouver et je lui souris pour le lui montrer, persuadé que ce sentiment était partagé et que la conversation allait se prolonger. Mais à ma grande surprise, le visage d'Olympe se referma ensuite brusquement, et son regard devint glacial. Je fus pris de court mais osai tout de même reprendre maladroitement :
— Euh… Olympe, c'est fou de te revoir ici après toutes ces années ! Comment vas-tu ?
J'espérais que cette ouverture détendrait l'atmosphère et allait redonner vie à ce beau visage mais son regard se rembrunit un peu plus et j'eus peur de sa réponse.
Sous mes yeux, je devinai Olympe remonter dans le temps, se remémorer notre dernière discussion, 15 ans plus tôt, et je sentis que l'amertume qu'elle avait apparemment développée pour moi, dans les mois qui suivirent notre rupture, était encore vive.
Pendant une longue minute, Olympe me fixa en silence, glaciale. Elle n'était visiblement plus la copine gentille et serviable que j'avais quittée. J'avais devant moi une femme pleine d'assurance, dotée d'une puissance froide et dont j'avais le plus grand mal à déchiffrer les émotions. Elle me scrutait, me transperçait puis son regard passa soudain de la glace au défi et elle me lança, avec un sourire narquois, en me toisant:
— Écoute, plutôt bien. Et toi, Raph ? Tu n'as pas changé on dirait.
Ne sachant pas comment prendre sa dernière remarque, je choisis de l'ignorer et répondis en tentant de garder ma contenance :
— Oui, ça va bien aussi ! Je suis en vacances pour la semaine là et je profite de ces conditions de dingue ! Et toi ? En vacances également ?
J'avais essayé de mettre le plus d'entrain possible dans ma voix pour faire décoller la conversation mais Olympe n'en eut que faire. Elle ne voulait pas me parler. Elle me fixait désormais comme une prédatrice observerait sa proie, avec une froideur mordante. Elle ne faisait aucun effort, bien au contraire. Elle me décortiquait, me jugeait, comme si elle rejouait mentalement notre histoire, chaque scène, chaque mot, chaque blessure… J'étais à sa merci, je me sentais de plus en plus petit et bien que très mal à l'aise, je la trouvai aussi, bizarrement, incroyablement belle.
— Non. On est ici en séminaire. Pour la semaine aussi.
Finit elle par me répondre, sèchement et sans prendre de pince, alors que je commençais à avoir chaud. Piquante dans le ton qu'elle employait, elle ne me répondait que pour me renvoyer la balle, en ne s'encombrant d'aucune règle de politesse. Une partie de moi voulait fuir, mais je me forçai à garder un semblant d'aplomb, par fierté. Et alors que j'allais lui redemander si la place était libre, elle me coupa brutalement :
— Et non, Raph, désolée, mais ces chaises longues ne sont pas libres. Emeline et moi les gardons pour notre équipe. Ils ne devraient plus tarder.
Elle marqua ensuite une pause, me regarda à nouveau droit dans les yeux, et ajouta d'un ton tranchant:
— Et puis, pour être honnête, je n'ai pas du tout envie de passer plus de temps avec toi, et donc tu n'es pas non plus invité à te joindre à nous.
Je restai un instant figé, soufflé par cette réponse si catégorique. Elle ne me disait pas seulement non. Elle me rejetait. Elle me chassait. Puis je laissai passer une poignée de seconde et répondis :
— Ah… euh… OK. Pardon de vous avoir dérangées, alors. Je… je vais chercher une place ailleurs, pas de souci…
Je me redressai ensuite, encore sonné et lâchais en regardant brièvement Emeline plutôt qu'Olympe :
— Eh bien hum… bon après-midi alors !
Aucune réponse ne me fut retournée. Olympe se contenta d'un sourire cynique, puis elle se retourna vers son amie, me rayant de son champ de conscience. Et, alors que je m'éloignais, j'entendis Emeline lui glisser :
— Eh ben, t'as pas été tendre ! C'est qui ?
Je n'entendis pas la réponse D'Olympe. Et je n'étais d'ailleurs pas certain de vouloir la connaitre.
Je traversai la terrasse, encore déboussolé. Je me sentais blessé, un peu honteux, et triste. Après quelques minutes, je trouvai enfin une table de l'autre côté de la terasse, m'installai dans une chaise longue, et commençai à grignoter mon sandwich, sans grand appétit.
En balayant la terrasse du regard, je réalisai que j'avais une vue directe sur la table d'Olympe. Et, placé comme je l'étais, je pouvais observer sans être vu. Je la regardai donc gesticuler, parler à son groupe de copains et je l'imaginai leur raconter qui j'étais, ce que nous avions vécu, et à quel point j'avais merdé à l'époque.
— Elle m'a quand même sacrément remballé.
Pensai-je, encore piqué au vif. Puis, après un instant :
— Mais en même temps… je l'ai bien mérité.
J'eus un pincement au cœur en la voyant soudain éclater de rire avec les autres. Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer que j'étais la cible de leur fou rire. Je détournai alors les yeux et m'échappai dans mes souvenirs, me replongeant dans les plus beaux moments que nous avions partagés.
Olympe avait été mon premier amour. Ma première vraie histoire. Du genre de celle qui vous construit, qui vous marque à vie. Avant elle, j'avais eu quelques aventures, bien sûr, mais aucune n'avait eu l'intensité ni la profondeur de ce que nous avions vécu.
Elle fut la première femme dont je tombai amoureux. Nous nous étions rencontrés à l'université. La première fois que je l'a vis, je fus d'abord été intrigué par son prénom, peu commun, puis frappé par sa beauté froide. Son visage me sembla parfait, son corps sublime, et elle dégageait un sex appeal étrange, presque intimidant. Ses yeux, d'un brun profond, brillaient d'intelligence. Ses sourcils sombres, ses cheveux tirés en arrière lui donnaient un air dominateur, presque impérieux. Elle savait jouer de cette beauté glaciale : pour séduire ou pour tenir à distance, selon son bon vouloir.
J'avais tout de suite été fasciné par son allure féline, son autorité silencieuse. Son regard dur m'avait désarmé. Elle faisait partie de ces filles discrètes, calmes, qui ne se livrent que rarement — mais qui, lorsqu'elles s'abandonnent, rendent chaque instant inoubliable.
Le fait qu'elle fut en couple à l'époque ne fit qu'aiguiser mon désir. Mais au-delà de son apparence et du défi qu'elle représentait, ce qui m'ensorcela vraiment, ce fut cette alchimie inexpliquée entre nous. Nous étions très différents, parfois même à l'opposé l'un de l'autre, et pourtant attirés comme deux aimants. Il nous était presque impossible de cacher cette tension quand nous étions dans la même pièce.
Il ne fallut pas trois semaines pour que nous nous embrassions pour la première fois, et à peine un mois pour passer notre première nuit ensemble. Le sexe fut immédiatement intense, presque instinctif, comme une fusion. Cela ne fit que renforcer ce lien unique entre nous.
Très vite, notre relation devint sérieuse, exclusive. Nous passions tout notre temps ensemble, nous faisions l'amour sans arrêt, partout, et nos sentiments grandissaient à une vitesse folle. Avec elle, je découvris ce qu'était le véritable amour, la tendresse de l'intimité, et la beauté du désir partagé.
Notre histoire dura trois ans. Elle fut stoppée net par un mal qui frappe beaucoup de jeunes couples à l'université : Erasmus. En troisième année, Olympe partit au Canada, et moi en Suède. Nous nous promîmes de rester fidèles, de résister aux tentations, et de nous retrouver un an plus tard à Paris.
Mais six mois après nos départs, je mis fin à notre histoire. Par téléphone. Du jour au lendemain.
Je lui dis simplement que “notre histoire arrivait trop tôt pour moi”, et que j'étais désolé. Je ne lui laissai aucun choix, aucune chance de me faire changer d'avis. Je la quittai comme on claque une porte : sans égard pour ce qu'elle pouvait ressentir, sans la moindre délicatesse.
Je ne mesurai pas la violence de mon geste, ni l'impact qu'il aurait sur elle, seule à l'autre bout du monde, loin de ses amis, de ses repères, de sa famille. Je ne me souciai ni de ses sentiments, ni de sa douleur. Je la quittai pour aller profiter à fond de mon année, pour séduire et m'envoyer en l'air avec de belles Suédoises, sans même prendre le temps de réaliser ce que je venais de perdre. L'importance de notre histoire, sa rareté, tout cela m'échappa.
Et bien sûr, je ne pris jamais la peine de la rappeler. Pas même plus tard, quand les choses s'étaient calmées, pour lui expliquer les vraies raisons. Pour lui dire la vérité.
Un vrai connard. C'est exactement ce que j'avais été. Un lâche dans toute sa splendeur. Et quand je réalisai pleinement mon erreur, quelques années plus tard, je pensai qu'il était trop tard. Que ça n'avait plus de sens de la rappeler.
Je passai mon déjeuner perdu dans mes pensées, naviguant entre souvenirs et regrets. Je revis notre premier rendez-vous, notre première nuit ensemble, ces premières semaines qu'on avait tenté de garder secrètes — en vain. Je repensai à nos voyages, à nos fous rires, à nos disputes, à nos projets, réussis ou avortés. À nos corps. À ces étreintes folles, libres, passionnées. À cette alchimie unique, à ses orgasmes intenses, et à cette connexion rare qu'on ne vit qu'une fois. Je me demandai ce qu'aurait pu être une vie avec elle.
Puis je revins à la scène de tout à l'heure, à son accueil glacial. Et même si j'eus préféré autre chose, je ne pouvais pas lui en vouloir. J'avais agi comme un abruti. Immature, égoïste. Et je l'avais sans doute blessée bien plus que je ne l'imaginais. Je regrettais simplement qu'elle ne m'ait laissé aucune porte entrouverte, ne serait-ce que pour me dire où elle en était aujourd'hui. Pour me raconter un peu de ce qu'elle était devenue.
— Mais bon… chacun réagit à sa manière.
Me dis-je en guise de conclusion. Je soufflai cette phrase tout haut, en m'adressant à mes voisins de table qui tournèrent la tête, sans comprendre.
Puis, arrivé au bout de ma pensée, je finis mon café d'un trait, envoyai une photo rapide à Aude, puis me redressai. Il était temps de refermer cette histoire, de laisser mon passé là où il était, et de retourner skier. Et c'est à cet instant précis que j'entendis une voix féminine, que je reconnus instantanément, me lancer :
— Emeline pense que j'ai été trop dure avec toi. Mes collègues aussi.
Je levai les yeux. Olympe se tenait devant moi. Elle avait retiré son manteau, et son col roulé noir ainsi que son pantalon de ski dessinaient parfaitement les lignes de son corps. Je la détaillai quelques secondes. Elle n'avait rien perdu de sa beauté. Ni de son assurance. Et cette fois, j'étais bien décidé à ne pas me laisser désarçonner.
Je la fixai calmement, puis répondis :
— Et toi ? Tu en penses quoi ?
Elle était plus petite qu'Aude, mais rien ne lui faisait défaut. Son regard, toujours aussi perçant, m'électrisa à nouveau. Elle me dominait, debout face à moi, alors que j'étais encore assis et je sentis que le jeu reprenait. Et elle le sentait aussi. Elle me sourit légèrement, puis déclara, détachée :
— Considérant le mal que tu m'as fait, et le lâche que tu as été, je pense que j'avais le droit de réagir comme je l'ai fait. Cela dit… on parle d'une histoire vieille de quinze ans… Non, seize ans. De l'eau a coulé sous les ponts depuis. Mes collègues trouvent dommage de ne pas profiter de cette rencontre improbable pour échanger un peu. Ils ont mis du temps à me convaincre… mais je me dis qu'ils n'ont peut-être pas tort.
Elle s'arrêta là, me scrutant, droite comme une flèche. Elle m'offrait une chance. Et je savais qu'il n'y en aurait pas deux. Je me levai donc à mon tour, fis un pas vers elle, et lui répondis, en souriant :
— Eh bien je suis content que tu aies déjeuné avec eux. Moi aussi, j'aimerais beaucoup savoir ce que tu es devenue.
Debout devant elle, c'est moi qui la dominai maintenant par la taille, mais cela ne sembla pas l'intimider le moins du monde. Elle gardait le contrôle, parfaitement. Je baissai ensuite un peu la voix et ajoutai :
— Je…hum… Crois-le ou non Olympe, mais je suis vraiment content de te revoir.
Elle esquissa à nouveau un sourire cynique puis répondit tranchante :
— Oh, je veux bien le croire Raph le Don Juan! C'est facile pour toi. T'as le bon rôle ! Je suis sûre que revoir une vieille ex te fait marrer. Mais permets-moi de ne pas partager complètement ta joie…
Puis elle fit une pause et, me voyant à nouveau gêné, ajouta sur un ton plus doux :
— Mais… Je dois reconnaître que je suis curieuse, moi aussi.
A nouveau un peu décontenancé, je faillis lui dire qu'elle se trompait, qu'elle m'avait mal compris, que je n'avais pas voulu dire cela, mais je me retins. Ce n'était pas le moment de compliquer les choses. Je hochai simplement la tête, en signe de respect, et elle reprit :
— On boit un verre tous les soirs avec mes collègues, au bar où tu étais hier avec Fred et Arnaud. J'y serai ce soir. Viens si tu veux. J'arriverai vers 19h et devrai partir à 20h30 pour un dîner d'équipe. Ça nous laisse un peu de temps. Toi pour profiter de ta joie de me revoir, moi pour assouvir ma curiosité. Ça te va ?
Elle jeta un œil vers son groupe, puis planta de nouveau son regard défiant dans le mien.
— Ça me va, répondis-je en souriant. Je serai là.
— Parfait. À ce soir alors.
— Parfait. À ce soir alors.
Elle s'éloigna ensuite d'un pas, puis se retourna une dernière fois, un sourire taquin aux lèvres et ajouta :
— En espérant que ce ne soit pas une erreur, et que je ne me sois pas laissé influencer bêtement…
Je faillis tenter une blague, mais je préférai jouer la carte de la sobriété et répondis :
— Je ferai de mon mieux pour que tu ne le regrettes pas.
Elle m'adressa un dernier regard moqueur et me lança :
— J'attends de voir ça, Raph le Don Juan.
Puis elle s'éloigna, regagnant son groupe. Je restai là, un sourire aux lèvres, étrangement léger. Je ne savais pas ce que cette discussion allait donner, mais une chose était sûre : j'étais curieux. Et heureux à l'idée de lui reparler.
Je la regardai marcher calmement vers sa table pour récupérer ses affaires. Mon regard glissa alors sur sa silhouette, toujours aussi saisissante, et je réalisai que son corps n'avait pas changé. Son cul était toujours aussi parfait, ferme et galbé, de ceux que l'on a envie de prendre toute la nuit, ses jambes étaient longues et parfaitement dessinées, son dos était musclé, élancé, et ses seins, plus menus que ceux d'Aude, mais toujours aussi harmonieux, hauts et fermes, étaient sublimes.
En y pensant, je réalisai à quel point Olympe et Aude étaient proches physiquement et me demandai si cela voulait dire quelque chose. Puis je secouai la tête, attrapai mon casque, mes gants, et me dirigeai vers mes skis.
J'étais satisfait, excité, et étrangement impatient de la revoir. Je savais que ce verre ne serait pas simple. Elle allait me mettre à l'épreuve, me fermer toutes les portes, rester sur la défensive. Mais j'adorais ce genre de défi. J'étais prêt à marcher sur des œufs, à faire preuve de finesse. Juste pour le plaisir de l'avoir devant moi, de la regarder à nouveau dans les yeux. Et voir ce que ça me ferait.
—-
L'après-midi passa à toute vitesse. Je dévalai les pistes avec une énergie renouvelée, porté par les souvenirs de notre histoire qui affluaient à chaque virage. Dans les télécabines, je tapai son nom sur les réseaux sociaux, fouillais les profils publics, récupérais des photos, lisais quelques articles. Je découvris qu'elle avait posé pour des photographes, et je visitai leurs sites, curieux, presque avide. Je consultai aussi son parcours pro, ses publications… et ma curiosité ne fit qu'augmenter.
À 17h, je terminai ma dernière descente et rentrai rapidement à l'appartement, en me pressant plus que d'ordinaire. J'étais nerveux. Ce simple verre me stressait, et j'adorais cette sensation, autant qu'elle me déstabilisait. Ce n'était qu'un rendez-vous, rien de plus, mais je sentais qu'il comptait. Au fond, je voulais lui plaire. Je voulais savoir si je pouvais encore lui plaire. Et j'avais envie qu'elle me regarde autrement que ce qu'elle avait fait aujourd'hui.
Une fois rentré, je plongeai dans le jacuzzi pour me détendre. J'appelai Aude pour lui raconter ma journée, sans mentionner Olympe, je pris de ses nouvelles, ainsi que celles des enfants, puis je raccrochai en lui promettant de la rappeler après le dîner. Je m'habillai sans trop réfléchir, mimai quelques répliques devant le miroir, signe de ma nervosité grandissante, puis je quittai l'appartement vers 18h30, le cœur battant.
En marchant vers le bar, je pris conscience de mon agitation. Ma montre connectée me signala même un rythme cardiaque anormalement élevé. Alors je soufflai, agacé :
— Raph, tranquille, putain. Ce n'est qu'un verre. Il ne va rien se passer. Elle te déteste et tu as une femme et deux gosses donc mollo !
Cette auto réprimande me calma instantanément et je respirai profondément, plusieurs fois, puis repris mon chemin, plus détendu.
J'arrivai dans le bar à 19h00. L'ambiance n'avait pas changé depuis la veille : jeunes cadres enjoués, verres à la main, rires, regards appuyés, tension sexuelle dans l'air. Je balayai la salle du regard à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'un bras se lève au fond de la salle. Olympe. Elle me faisait signe de la rejoindre. Ce que je fis sans tarder.
En arrivant, je la vis à nouveau entourée d'une dizaine de collègues. Mais je leur prêtai peu d'attention. Mon regard se fixa directement dans le sien, et je lui adressai un sourire franc.
Elle était splendide, simplement habillée, mais diablement sexy. Un jean clair épousait parfaitement les lignes de ses jambes, un col roulé noir moulait sa poitrine ferme et joliment dessinée, ses cheveux étaient détachés et elle était à peine maquillée, plus naturelle que jamais. Le noir de ses yeux, profond et glacé, lui donnait cet air félin que j'avais toujours adoré. Elle me sourit en retour, un peu mécaniquement et je fus incapable de savoir si ma présence lui faisait plaisir ou non. Je n'eus pas vraiment le temps d'y réfléchir non plus car ses collègues se rappelèrent très rapidement à moi !
— Ah ben ! Voilà l'ex tiens !
— Ouais ! Et il nous snobe un peu non ? Pas même un bonjour ! Nan mais je rêve !
— Eh oh Don Juan ! Y a pas qu'Olympe hein ! On est là nous aussi !
— Ouais ! Et il nous snobe un peu non ? Pas même un bonjour ! Nan mais je rêve !
— Eh oh Don Juan ! Y a pas qu'Olympe hein ! On est là nous aussi !
Pris de court par cet accueil en fanfare, j'envoyai un sourire à tout le monde et leur lançai sur un ton léger :
— Oui pardon… Bonsoir tout le monde, je suis Raph et je…
— Ouais, ouais, on sait… me coupa un des hommes du groupe, Olympe nous a raconté l'histoire avant que tu arrives tu sais.
— Ouais, ouais, on sait… me coupa un des hommes du groupe, Olympe nous a raconté l'histoire avant que tu arrives tu sais.
Et, alors que je voulus reprendre la parole, ils se mirent tous à parler entre eux et à partager ouvertement ce qu'ils pensaient de moi, sous le regard hilare d'Olympe, qui ne faisait rien pour calmer le jeu:
— Et bah, tu vois… Je suis un peu déçue moi tiens, je l'imaginais différent le Raph!
— Ouuuuh, mais en vrai il est pas mal Olympe ! T'as été dure dans ta description.
— Et donc, c'est lui qui t'a larguée comme une vieille chaussette à l'autre bout du monde ? Eh ben, bien joué le mec ! Belle éducation, franchement !
— Mouais, pas mal, mais sa tenue est complètement à reprendre. L'assemblage des couleurs est d'un terne… Il aurait pu faire un effort.
— Ouuuuh, mais en vrai il est pas mal Olympe ! T'as été dure dans ta description.
— Et donc, c'est lui qui t'a larguée comme une vieille chaussette à l'autre bout du monde ? Eh ben, bien joué le mec ! Belle éducation, franchement !
— Mouais, pas mal, mais sa tenue est complètement à reprendre. L'assemblage des couleurs est d'un terne… Il aurait pu faire un effort.
Je restai figé, médusé par cette avalanche de commentaires, alors qu'Olympe, riait maintenant à gorge déployée de son côté. Mon air ahuri semblait l'amuser au plus haut point, et elle ne fit rien pour interrompre ce lynchage en règle, bien au contraire.
— Moi qui m'attendais à Brad Pitt… V'là Kev Adams tiens ! Emeline, tu nous as encore raconté n'importe quoi !
— Franchement, joli petit lot Olympe… Et au lit, c'était comment ?
— Ah bah écoute, moi, Olympe m'a dit “éjaculateur précoce” !
— Mouais… Pas convaincue perso. Il est bon skieur au moins ?
— Franchement, joli petit lot Olympe… Et au lit, c'était comment ?
— Ah bah écoute, moi, Olympe m'a dit “éjaculateur précoce” !
— Mouais… Pas convaincue perso. Il est bon skieur au moins ?
À chaque vanne, les rires redoublaient, s'intensifiaient. Olympe, à présent secouée de fou rire, me fixait comme si elle assistait à un spectacle privé. Puis, pour m'achever, elle me regarda droit dans les yeux et lâcha provocante :
— Je les ai un peu briefés avant que tu n'arrives…
Soufflé et ne sachant comment réagir, je finis par rire à mon tour, un peu nerveusement, et répondis en haussant les sourcils:
— Euh, oui, je vois ça… Et tu n'as pas été tendre visiblement !
— Pas vraiment non, intervint une jeune jeune femme avant qu'Olympe ne réponde. Elle t'a même taillé un short en bonne et due forme jeune homme !
— Pas vraiment non, intervint une jeune jeune femme avant qu'Olympe ne réponde. Elle t'a même taillé un short en bonne et due forme jeune homme !
Les rires éclatèrent à nouveau autour de la table et Olympe me lança un regard de défi que je connaissais bien, ce petit sourire en coin qui disait : “Tu voulais un challenge ? Tu l'as.”
Je tentai à nouveau de reprendre la parole, histoire de redresser un peu la barre. Mais je fus, une fois de plus, interrompu. Cette fois par un grand blond assis au bout de la table — beau, bien coiffé, sûr de lui — qui me lança, goguenard :
— Te fatigue pas avec tes formules de politesse, mon pote. Olympe t'a déjà flingué dans les grandes largeurs et on est tous acquis à sa cause… Même si, en bons avocats qu'on est, on devrait t'accorder un droit de réponse. Théoriquement.
Nouvelle explosion de rires. Je jetai un coup d'œil à Olympe : elle me fixait toujours, le regard brillant de malice et le grand blond continua:
— Cela dit… et je pense parler au nom de tous : si tu nous paies la prochaine tournée, on pourrait éventuellement envisager de te laisser une petite chance. Qu'est-ce que t'en dis ?
Les regards se tournèrent vers moi, amusés. Toute la table attendait ma réaction. Je pris une courte pause, les regardai un à un avec un petit sourire, puis déclarai :
— Très bien. Marché conclu. J'accepte l'offre. Et je serai prêt à me défendre en revenant.
Plusieurs sourcils se levèrent, surpris. Quelques rires complices fusèrent, et alors que je me levais pour aller commander, j'entendis dans mon dos:
— Eh ! Culotté, l'ex !
— J'attends de le voir à l'oeuvre, tiens…
— Beau petit cul quand même!
— S'il foire, je propose qu'il paie le dîner aussi.
— J'attends de le voir à l'oeuvre, tiens…
— Beau petit cul quand même!
— S'il foire, je propose qu'il paie le dîner aussi.
Je souris intérieurement et commençai à préparer mentalement ma “plaidoirie” pendant que j'attendais le serveur. Mais juste avant de commander, une voix douce et familière me parvint, teintée d'une tendresse inattendue :
— Raph, arrête. Ne commande pas cette tournée.
Je me retournai. Olympe était juste derrière moi, un léger sourire aux lèvres, l'air presque gênée.
— Ne fais pas ça, ça va te coûter un bras et ils ne te laisseront aucune chance, murmura-t-elle. J'ai grossi les traits de notre histoire pour me venger et je leur ai demandé de te mettre très mal à l'aise quand tu arriverais. Là, ils se sont complètement pris au jeu, et tu n'arriveras à rien.
— Attends, mais je…
— Raph… Je te reconnais bien là. Écoute moi s'il te plait et commande juste deux verres. Ensuite, viens t'asseoir avec moi à cette table derrière nous. C'était ça, le but de ce soir, non ? Nous parler ? Alors oublie le challenge et viens me retrouver. Je veux bien un mojito.
— Attends, mais je…
— Raph… Je te reconnais bien là. Écoute moi s'il te plait et commande juste deux verres. Ensuite, viens t'asseoir avec moi à cette table derrière nous. C'était ça, le but de ce soir, non ? Nous parler ? Alors oublie le challenge et viens me retrouver. Je veux bien un mojito.
Le ton de sa voix était doux, son regard tendre, et je m'inclinai en souriant. J'ordonnai ensuite un mojito pour elle, un gin tonic pour moi, puis la rejoignis à la table haute qu'elle m'avait désignée.
— Je suis curieux de savoir, me lançai-je, quelle version de notre histoire tu leur as donnée.
— La pire. Et j'ai exagéré certains de tes traits les plus insupportables, histoire de bien les convaincre que t'étais un vrai salaud.
— Ok. J'aurais eu peu de chance de les faire changer d'avis, donc.
— Aucune, confirma Olympe, moqueuse.
— La pire. Et j'ai exagéré certains de tes traits les plus insupportables, histoire de bien les convaincre que t'étais un vrai salaud.
— Ok. J'aurais eu peu de chance de les faire changer d'avis, donc.
— Aucune, confirma Olympe, moqueuse.
Ses lèvres étaient toujours aussi parfaites, et sa beauté impossible à ignorer. Je me surpris à sourire bêtement, puis enchainai, curieux:
— Parle-moi de toi, alors. Le temps nous est compté, si j'ai bien compris.
— En effet. Mais non. Je préfère que ce soit toi qui commences. Raconte-moi tout. Depuis… nous.
— En effet. Mais non. Je préfère que ce soit toi qui commences. Raconte-moi tout. Depuis… nous.
Le ton de sa voix avait à nouveau changé. Plus sec. Et je retrouvais cette capacité qu'elle avait toujours eue : passer d'un rire à une distance glaciale en un battement de cils. Je compris qu'il allait falloir la jouer fine. Pas d'ego, de la simplicité, et l'envie de reconnecter.
Je commençai donc prudemment à lui raconter ces quinze dernières années. Mon premier job, puis le second, la création de mes deux entreprises. Je lui parlai de ma rencontre avec Aude, des premières années, de notre mariage, des enfants.
Je pesais chaque mot, comme si j'avançais sur un fil tendu au-dessus du vide. Je passai rapidement sur les cinq années qui suivirent notre séparation — années de dérives, d'excès, de libertés multiples. Et quand Olympe tentait d'en savoir plus sur la nature exacte de mes intentions passées, je restais vague. Non par calcul, mais parce que je savais que trop en dire, ce soir, serait une erreur.
Peu à peu, je la vis se détendre. Peu à peu, je retrouvai la femme que j'avais connue.
Elle se laissa aller à quelques rires quand je glissai deux ou trois blagues, bien dosées. Et, quand elle éclata franchement de rire, je redécouvris ce que j'avais toujours trouvé magnifique chez elle : ce visage lumineux, presque enfantin, qui tranchait avec son allure de femme forte.
Je ne cherchais pas à aller trop loin. Je voulais juste regagner sa confiance, lui montrer que j'étais là, sincèrement. Sans intention cachée.
Elle, de son côté, ne me quittait pas des yeux. Elle m'écoutait avec une attention totale, buvait mes paroles, me regardait droit dans les yeux… et glissait parfois son regard sur mes lèvres.
Je la sentais avec moi. Entièrement. Comme si plus rien d'autre n'existait autour de nous. Et je sentais, parfois, que je touchais à nouveau, à cette très grande complicité qu'il y avait entre nous autrefois, en ponctuant mon récit de questions bien placées:
— Comment vont tes parents d'ailleurs ?
— Ils te détestent.
— Excellent. Donc, je disais…
— Ils te détestent.
— Excellent. Donc, je disais…
Quand elle éclatait de rire, ça me remplissait d'énergie. Je parlai une bonne demi-heure, puis m'arrêtai enfin. Elle resta ensuite silencieuse quelques secondes, les yeux fixés sur moi, avant de conclure avec un sourire :
— Eh bien… Tu as une belle histoire, Raph. Et si tout ce que tu m'as raconté est vrai, tu es manifestement devenu un homme meilleur que celui que j'ai connu.
— Olympe… Je suis sincèrement désolé si je t'ai fait du mal. J'étais jeune, beaucoup moins mature que toi. J'ai paniqué, je crois.
— Je ne remets pas ça en question Raph. Que tu aies été immature ou perdu, soit. Que mon amour ait été plus fort que le tien, c'est la vie, c'était à moi de le gérer. Mais après trois ans d'une relation aussi intense, je pense juste que j'avais droit à un peu plus que ce que tu m'as donné. Plus de tact. Plus d'explications. Un peu de douceur. Tu m'as abandonnée, Raph. Et ça, ça m'a brisée, pendant longtemps. J'ai pleuré des mois entiers. Je croyais que je ne guérirais jamais… Mais avec le temps, mes plaies se sont finalement refermées.
— Olympe… Je suis sincèrement désolé si je t'ai fait du mal. J'étais jeune, beaucoup moins mature que toi. J'ai paniqué, je crois.
— Je ne remets pas ça en question Raph. Que tu aies été immature ou perdu, soit. Que mon amour ait été plus fort que le tien, c'est la vie, c'était à moi de le gérer. Mais après trois ans d'une relation aussi intense, je pense juste que j'avais droit à un peu plus que ce que tu m'as donné. Plus de tact. Plus d'explications. Un peu de douceur. Tu m'as abandonnée, Raph. Et ça, ça m'a brisée, pendant longtemps. J'ai pleuré des mois entiers. Je croyais que je ne guérirais jamais… Mais avec le temps, mes plaies se sont finalement refermées.
Je ne savais plus où me mettre. Son honnêteté limpide me bouleversa. J'eus envie de la prendre dans mes bras, mais je me retins. J'allais ouvrir la bouche pour m'excuser à nouveau, quand elle m'arrêta net :
— Plus d'excuses, Raph. C'est trop tard. Cette histoire est derrière moi depuis longtemps.
Elle me regarda ensuite en souriant tendrement puis ajouta :
— Ton regard maintenant parle pour toi, de toute façon, donc plus d'excuses.
Je souris à mon tour, un peu soulagé et tentai, pour détendre à nouveau l'atmosphère :
— Hmmm… C'est derrière toi mais ça ne t'a pas empêchée de me faire payer la facture plusieurs fois aujourd'hui !
— Oh, ça ? répondit-elle, malicieuse. Non ça, c'est juste de la fierté féminine et une petite vengeance bien méritée. Tu vois ou pas?
— Je vois…
— Oh, ça ? répondit-elle, malicieuse. Non ça, c'est juste de la fierté féminine et une petite vengeance bien méritée. Tu vois ou pas?
— Je vois…
Puis elle continua sur un aussi défiant qu'affectueux
— Tu sais Don Juan, t'as toujours eu une belle petite gueule et un certain charme... C'est vrai. Mais sache qu'on survit à toi. Comme à tous les autres. Et notre histoire m'a même servi finalement.
— Vraiment ?
— Oui. Tu m'as fait souffrir certes, mais tu m'as aussi rendue plus forte. Plus lucide. Les mecs après toi en ont bavé. J'ai arrêté d'ouvrir mon cœur à n'importe qui, n'importe comment, j'ai appris à dire non, à m'écouter. Depuis toi, je fais ce que je veux. Et les autres suivent ou pas — je m'en fous. Alors pour ça, beau gosse… Non, sale con… Non, pardon, beau gosse… Merci.
— Vraiment ?
— Oui. Tu m'as fait souffrir certes, mais tu m'as aussi rendue plus forte. Plus lucide. Les mecs après toi en ont bavé. J'ai arrêté d'ouvrir mon cœur à n'importe qui, n'importe comment, j'ai appris à dire non, à m'écouter. Depuis toi, je fais ce que je veux. Et les autres suivent ou pas — je m'en fous. Alors pour ça, beau gosse… Non, sale con… Non, pardon, beau gosse… Merci.
J'éclatai de rire et enchainai sur le même ton qu'elle :
— Eh bien, ravi de t'avoir été utile ! Et maintenant, c'est ton tour Ol'. Je veux tout savoir.
— Non. J'ai encore plein de questions à te poser. Tu as survolé tes cinq années post-nous, tu m'as caché des trucs. Je l'ai vu. Raconte moi.
— Non. C'est à toi.
— Non. Je veux savoir. Maintenant.
— Non. Toi d'abord.
— Non.
— Si.
— Bon… ok. Mais je veux deux mojitos.
— Deux mojitos ? Ton histoire est si dure que ça ? Tu veux la noyer dans l'alcool ?
— Non, mais ce dîner d'équipe approche, et j'ai besoin de force.
— Non. J'ai encore plein de questions à te poser. Tu as survolé tes cinq années post-nous, tu m'as caché des trucs. Je l'ai vu. Raconte moi.
— Non. C'est à toi.
— Non. Je veux savoir. Maintenant.
— Non. Toi d'abord.
— Non.
— Si.
— Bon… ok. Mais je veux deux mojitos.
— Deux mojitos ? Ton histoire est si dure que ça ? Tu veux la noyer dans l'alcool ?
— Non, mais ce dîner d'équipe approche, et j'ai besoin de force.
Je riais, m'inclinai comme un serviteur, et allai au bar. En revenant avec les deux mojitos et un gin tonic en plus, Olympe m'accueillit en souriant. Elle ne m'avait pas lâché du regard. Je le savais. Elle semblait maintenant apaisée. J'avais regagné un peu de terrain, mais je sentais que tout pouvait encore basculer. Je déposai les verres sur la table et m'assis face à elle.
— OK, je t'écoute. Il nous reste 35 minutes.
— Quoi, déjà ? J'ai pas envie d'aller à ce dîner, ça va être que du bla-bla corpo. Mais on sort après ! Ca, ça va être cool !
— Quoi, déjà ? J'ai pas envie d'aller à ce dîner, ça va être que du bla-bla corpo. Mais on sort après ! Ca, ça va être cool !
J'ignorai la seconde partie de sa phrase et tentai, en mentant :
— J'ai une résa dans un restaurants canon tout en haut de Val d'Isère si tu veux. Il faut prendre un télésiège pour y aller et la vue est canon il parait.
Olympe me fixa, un sourire en coin et répondit
— Héla bourreau de mon cœur ! Quelles sont tes intentions ? Tu veux savoir comment je vais ou tu comptes encore me ramener dans ton lit ?
— Non, non, je…
— Ouais, ouais, c'est ça, abats tes cartes Don Juan et dégage avec tes plans foireux !
— Non, non, je…
— Ouais, ouais, c'est ça, abats tes cartes Don Juan et dégage avec tes plans foireux !
Elle me lançait un regard plein de défiance mais le ton de sa voix restait affectueux et elle ajouta en se penchant vers moi, provocante :
— Et, si tu veux vraiment me reprendre dans tes filets, sache que tu vas galérer mon Raph ! Il va te falloir grimper des immeubles pour espérer y arriver. Des montagnes même, et je vais te faire ramer très très fort.
J'éclatai de rire en la regardant me parler et répondis, amusé :
— Ok, ok… J'aurais pas dû proposer. On oublie le resto et on revient à toi… En commençant par une question si tu veux bien : lequel de tes collègues là bas est amoureux de toi ?
Olympe commençait à être ivre, je le voyais dans son regard et savais ce dont elle était capable dans ces moments là. J'avais envie de jouer.
— Ils le sont tous.
Me répondit-elle sur le ton de la blague.
— Mmmh… Et avec lequel as-tu couché ?
— Hé oh ! Tu me prends pour qui ? Jamais au boulot on a dit ! C'est une règle d'or !
— Avec le grand blond qui m'a défié ?
— Hé oh ! Tu me prends pour qui ? Jamais au boulot on a dit ! C'est une règle d'or !
— Avec le grand blond qui m'a défié ?
Elle me regarda droit dans les yeux, amusée, et me répondit avec un naturel désarmant, un petit sourire insolent en coin :
— Oui, exactement. Bien vu Don Juan ! J'ai fait une erreur ce soir-là, et depuis, impossible de me débarrasser de lui...
Je souris, un peu crispé. Une pointe de jalousie monta en moi, malgré moi. J'essayai de la masquer, mais Olympe la capta aussitôt. Elle la savoura. Et enchaîna, visiblement ravie de l'effet que sa petite provocation avait produit :
— Bon… ma vie, mon œuvre alors ? Je commence par aujourd'hui ?
— Oui.
— OK chef.
— Oui.
— OK chef.
Elle entama son récit. Elle était magnifique, de plus en plus belle à mesure que l'alcool la libérait, déliant sa langue. Je me surpris à fondre, parfois, sur ses lèvres, à glisser mes yeux sur son buste. Elle le remarqua, mais ne dit rien. Son regard sur moi, lui aussi, avait changé. J'étais passé du statut de paria à celui d'homme fréquentable.
Elle vivait à Paris depuis dix ans. Avocate d'affaires dans un gros cabinet. Rythme effréné, travail exigeant, peu de temps pour autre chose. Mais elle aimait cette vie. Elle se réalisait. Ses week-ends lui servaient à assouvir ses passions : sport, lecture, fêtes, voyages. Elle était en couple depuis cinq ans avec un mec bien, mais un peu trop sérieux, selon ses dires. Consultant, stable, fiable. Mais parfois, elle s'ennuyait sec.
Avant lui, elle avait eu plusieurs relations. Beaucoup d'expériences sexuelles. Cinq années de liberté intense. Elle avait profité à fond, accumulé les aventures, les plaisirs, sans chercher à construire. Juste à ressentir. Elle s'était assumée à cent pour cent, le feu sous la glace, et elle avait adoré ça. J'eus envie de creuser par moment, d'en savoir plus, mais je n'osai pas la couper et la laissai continuer.
Et avant cela, cinq ans en dents de scie. Trois passés à se reconstruire, deux à m'oublier.
Elle parla presque une demi-heure. Je l'interrompais par de petites blagues ponctuelles et elle rit, beaucoup, ivre. Je retrouvais l'Olympe que j'avais connue. Que j'avais aimée. Et quand elle acheva son récit, elle se tut puis me regarda, pensive et poursuivit en souriant, provocante :
— Le seul problème avec cette version chronologique, c'est que je termine par toi, et maintenant… J'ai envie de te traiter de sale con.
J'éclatai de rire et répondis:
— Bah vas-y, fais-toi plaisir ! Je suis plus à ça prêt aujourd'hui.
— Sale con.
— Plus fort !
— SALE CON !
— Sale con.
— Plus fort !
— SALE CON !
Elle hurla dans tout le bar et toute la salle se retourna, à commencer par le grand blond protecteur. Je levai les mains pour rassurer tout le monde, puis je me tournai vers elle, radieuse et visiblement très fière d'elle:
— Ça fait du bien ?
— À fond ! C'est libérateur.
— À fond ! C'est libérateur.
On rit ensemble, puis elle enchaina :
— Ok, maintenant, c'est l'heure des vraies questions. Du perso! Et c'est mon tour. Pas de joker. 100 % de vérité. Pas de filtre. Ça te va, Monsieur le pas courageux ?
— Parfait. Répondis-je en ignorant la pique. Mais… il est 20h25, Olympe.
— Déjà ? Ah merde… Mais quand est-ce qu'on fait les questions perso alors ?
— Parfait. Répondis-je en ignorant la pique. Mais… il est 20h25, Olympe.
— Déjà ? Ah merde… Mais quand est-ce qu'on fait les questions perso alors ?
Sans réfléchir, je saisis la perche qui m'était tendue et répondis du tac au tac, sourire aux lèvres :
— Demain soir?
Olympe planta ses yeux dans les miens, m'envoya un sourire plein de défi et me répondit :
— Comment ça, demain soir, Monsieur Belle Gueule ? Tu m'as entendue quand je te parlais de montagnes et d'immeubles tout à l'heure ?
— Bah sinon on fait ça quand ? Répondis-je en éludant sa remarque. On a pas mille possibilités avant la fin de la semaine. Tu as un autre dîner demain ou tu es libre ?
— Bah sinon on fait ça quand ? Répondis-je en éludant sa remarque. On a pas mille possibilités avant la fin de la semaine. Tu as un autre dîner demain ou tu es libre ?
Olympe hésita, un peu prise de court, mais je la connaissais et savais que les mojitos joueraient en ma faveur. Ivre, elle était très joueuse. Puis elle me répondit après un moment de réflexion, en me scrutant de son regard sombre :
— Demain soir… Jeudi soir ? Hmm… non, quartier libre demain...
— Parfait… Enchainai-je directement. 19h30, devant cet hôtel alors. Je m'occupe de tout.
— Hein ? Mais euh—
— Olympe. T'es ivre. Ne réfléchis pas et retiens juste une chose : 19h30 demain ici. Je gère le reste, OK ?
— Euh… Mais je…
— Parfait… Enchainai-je directement. 19h30, devant cet hôtel alors. Je m'occupe de tout.
— Hein ? Mais euh—
— Olympe. T'es ivre. Ne réfléchis pas et retiens juste une chose : 19h30 demain ici. Je gère le reste, OK ?
— Euh… Mais je…
Je m'approchai d'elle pour sceller notre accord et, tout bas, ajoutai :
— Et surtout, ne t'avise pas d'annuler demain. T'as accepté. Et t'as aucun moyen de me joindre de toute façon.
Je savais que mon ton autoritaire la ferait réagir directement et elle me répondit du tac au tac :
— M'en fous, après ce que tu m'as fait, j'ai tous les…
Je posai un doigt sur ses lèvres et lui lançai :
— Ol'. Demain, 19h30.
Je me levai ensuite rapidement et entreprit de partir avant qu'elle n'ait le temps de protester. Je ne me retournai qu'une fois, arrivé suffisamment loin pour qu'elle ne puisse plus me parler, ni même m'entendre. Elle était encore là. Elle me regardait. Elle souriait. Elle était sublime. Et avant de reprendre ma route, je chuchotai, assez distinctement pour qu'elle puisse lire sur mes lèvres :
— À demain.
Ce à quoi elle me répondit, sans hésiter, avec la même clarté silencieuse :
— Sale con.
Puis je repris mon chemin et quittai le bar. Dehors, je me sentis léger. Heureux. Fier. J'avais accompli ma mission : elle m'avait refait une place. Elle acceptait de me revoir après ce que je lui avais fait.
Sur le chemin du retour, je repensai à cette journée qui, à l'origine, devait être simple, studieuse, solitaire. Mon état d'esprit avait basculé en quelques heures. Je pensai au hasard. À sa manière étrange de mettre des choses sur notre route. Puis je pensai à Aude.
Je me demandai ce qu'elle me dirait si elle me voyait, là, maintenant. Heureux comme un adolescent après un premier rendez-vous avec une fille. Je me demandai si elle serait compréhensive. Complice. Ou furieuse.
Avec Aude, on avait traversé pas mal d'épisodes. On n'en était pas à notre premier pas de côté. Mais, à chaque fois, on en avait parlé. On avait tout partagé, ou presque. Et là ? Que devais-je faire ? Devais-je lui dire ? Lui parler d'Olympe ? De cette rencontre improbable ? De cette soirée troublante ? Ou devais-je simplement vivre ce que j'étais en train de vivre, sans chercher à le nommer ?
Après tout… il ne s'était encore rien passé me rassurai-je. Et peut-être qu'Olympe ne viendrait pas demain? Peut-être que tout s'arrêterait là en fait? Alors pourquoi en parler maintenant ? Pourquoi tout précipiter ?
— Non. Je ne dirai rien. Concluai-je.
Puis je mis ces pensées de côté, m'arrêtai dans une pizzeria, commandai une Regina, puis regagnai tranquillement mon studio.
Là, j'appelai le restaurant en haut de la montagne, le refuge de Solaise, pour réserver une table le lendemain soir. Et j'appelai Aude.
Je lui racontai ma journée — la neige, les pistes, mes projets — en omettant soigneusement Olympe.
Je lui racontai ma journée — la neige, les pistes, mes projets — en omettant soigneusement Olympe.
Après cet appel, je me replongeai dans mes plans de travail. Puis, une heure plus tard, je m'installai dans le jacuzzi. Et je pensai à Olympe, à nos nuits folles, nos corps enlacés. Je me rappelai ses gémissements, sa peau, ses jambes enroulées autour de moi, ses mains dans mes cheveux. Je me rappelai notre jeunesse, cette insatiable envie de l'autre. Et je me masturbai, lentement, en revivant nos ébats, chaque soupir, chaque cri étouffé.
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Commentaires ()
J'aurais préféré en 4 chapitres, un peu long.
Le style est super. Description top, j'aime beaucoup votre écriture.
Mais cette semaine de vacances seul, ca serait red flag pour mon mari.
Pendant toute la lecture, je n'arrêtais pas de me dire que c'était rude de faire ca
Bon on attend la suite....
Merci
Muriel