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✦ Evan Whale L'aide-soignant XSTORY
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L'aide-soignant — Chapitre 2

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Evan Whale
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L'aide-soignant

Chapitre 2

— Debout, l'artiste !
Je sursaute.
Cligne des yeux.
Une salle sensation m'envahit.
Cette voix… Ce n'est pas possible...?! Pas lui...?!
Je me fige. Mon corps, d'un coup, se contracte — un spasme court, sec, qui me fait horriblement mal.
Je tourne la tête, lentement, avec cette appréhension stupide qui m'irradie le bide.
Un gros trentenaire avec une queue de cheval, des lunettes et un bouc, me fixe à l'entrée de la chambre.
Putain de merde…
Charles.
Il allume la lumière d'un coup. Elle m'expose au visage et me crame les rétines comme si j'étais un connard de vampire au soleil. En parlant de soleil, ce dernier est aux abonnés absents quand l'autre bourrin tire le rideau.
 Normal, il fait nuit !
Un coup d'œil sur mon téléphone, et c'est le "6h50" qui me pète à la gueule. 
— Comment va ? On a bien dormi ?
"On" n'a pas fini de dormir, en fait, connard !
Je reste muet. Mes mâchoires sont raides de rage. J'ai envie de hurler de déception, mais rien ne vient. Mon corps se contracte plus fortement, et la crampe qui me prenait la jambe se diffuse dans l'ensemble de mon corps.
— Houlà. T'as une crise. 
Sans blague, Einstein ?!
— Fa… Fad…, j'essaie de souffler malgré la douleur.
— Fadi ? s'étonne Charles en me prenant une jambe pour l'étirer d'un coup. Pas là de la semaine.
QUOI ??!!!
— Aujourd'hui et demain matin, c'est moi. Anne-Lise ce soir et vendredi matin. Demain soir, t'auras Françoise. Jeudi, Perrine…
Il continue de parler, cet enfoiré, mais je ne l'écoute déjà plus. Je suis trop en train de bouillir pour capter quoi que ce soit. La colère m'étouffe. Ça, et la douleur. Charles m'étire l'autre jambe avec une délicatesse digne d'un éléphant à la naissance. 
Je sens le sang quitter mes joues. Un blanc s'installe dans ma tête, comme si tout venait de se débrancher.
Pourquoi Fadi n'est pas là…?! Qu'est-ce qu'il se passe ? Je l'ai attendu tout le week-end et là, il disparaît ? Est-ce que c'est en rapport avec… Ce que je lui ai demandé hier soir..?!
— Aux WC ?
Je détourne les yeux sur Charles, le cœur au bord des lèvres. J'ai la nausée. Je ne lui réponds pas. Si je parle, je sens que je vais pleurer.
Il rit. Il croit juste que je boude.
— Mets-toi debout.
Je voudrais qu'il parte. Qu'il me laisse là. Qu'il me foute la paix. 
Ma gorge se serre.
Putain, Fadi… Mais qu'est-ce que j'ai fait…?! J'ai tout fait foiré !
...
Avec Charles, tout s'enchaîne : chiottes, douche, habillage, petit-déj, télé. Il me parle sans arrêt, des trucs pas intéressants, en me pressant le cul parce qu'il “n'a pas que moi dont il doit s'occuper”.
— J'ai mes patients habituels, plus une partie de ceux de Fadi, se plaint-il comme si j'en avais quelque chose à carrer.
Charles a de bonnes connaissances techniques, mais est à chier au niveau pratique. Il ne prend pas le temps. Il est impatient. Ce que Fadi fait en deux heures le matin, lui, le boucle en 45 minutes. On est pas sur la même gamme de prestations.
Quand il part, j'ai la sensation d'être enfin libre. Enfin, c'est vite dit. Une nouvelle crise me foudroie la cuisse, à l'instant où je repense à l'absence incompréhensible de Fadi et au vide douloureux qu'il me laisse.
...
Les jours passent.
Mardi.
Mercredi.
Jeudi. 
Ils s'enchaînent comme la répétition interminable d'un même épisode. J'ai l'impression d'être bloqué dans une boucle temporelle chiante à en crever. 
Bon. Je dois l'avouer, cette situation, c'est un peu de ma faute. Depuis “mardi”.., (ou disons plutôt depuis l'absence incompréhensible de mon aide-soignant principal), j'ai pété un plomb et fermé la porte au monde entier.
Assistants, kiné, infirmière… Tous sont gentiment allés se faire cuire un œuf, et pas tendrement.
Pas le goût d'affronter tout ça.
Je sais que c'est con. Mais l'absence de Fadi m'a foutu un coup au moral. Surtout quand je me dis que c'est à cause de cette branlette à la con. 
Il regrette d'avoir cédé et ne veut plus bosser avec moi, c'est ça...?
Je lui écris. Par SMS. Souvent. Plusieurs fois par jour. Chaque message reste amèrement sans réponse. 
Je m'en rends malade. Plus de douche, de repas, d'exercice… Je reste la journée dans ma chambre à faire trois choses : respirer, dormir et chier. 
Voilà à quoi se résume ma putain existence de légume.
...
— ARSÈNE, OUVRE, PUTAIN ! TU NE PEUX PAS RESTER DANS CET ÉTAT !
En cette belle soirée de février, ma mère s'énerve contre moi. Tu m'étonnes. Ça fait trois jours qu'on la saoule avec le fait que je refuse les soins, alors, elle a décidé de rester avec Françoise pour s'assurer de ma bonne coopération. Ce que, avec un gros “fuck”, je n'ai pas fait preuve. Du coup, c'est elle qui est en train de tambouriner à ma porte.
— ARSÈNE ! OUVRE ! FRANÇOISE T'ATTEND ET MOI AUSSI ! MAIS QU'IL ME FAIT CHIER, CE GOSSE…!
Pardon ?!
Je déverrouille sec et me retrouve face à ma daronne, manquant de peu de me casser la gueule avec l'inertie de mon geste.
— QU'EST-CE QUE TU VEUX ?! je hurle. QUE JE DISPARAISSE DE TA VIE ?! COMME ÇA TU POURRAS MENER TA CARRIÈRE SANS UN PETIT CON DE FILS HANDICAPÉ POUR TE FREINER, C'EST ÇA ?!
Elle me fixe et cligne des yeux comme si un déluge d'informations venaient de s'abattre sur elle. 
— NE ME PARLE PAS COMME ÇA ! me menace-t-elle avec sa main pour m'en mettre une.
— SINON QUOI ?! SI JE TE FAIS CHIER, DÉGAGE ! DÉMISSIONNE DE TON RÔLE DE MÈRE INDIGNE ! C'EST BIEN CE QUE FADI A FAIT, NON ?! 
Long silence. Ses sourcils maquillés se froncent. Elle est déstabilisée, mais retourne un air supérieur pour faire genre que non.
— Fadi ? répète-t-elle avec dédain comme si elle s'adressait à un attardé. Mais Fadi n'a pas “démissionné”. Il est en déplacement au Liban.
Quoi…?
— Il a eu un soucis familial. Une urgence ou je sais pas quoi. Je t'ai pas dit ?
J'en tombe des nues. Quatre jours à attendre mon aide-soignant, à me tourmenter sur les raisons de son départ, à me le reprocher, à avoir envie de disparaitre du monde des vivants, de crever salement en me disant qu'il s'est définitivement barré, et elle, elle me sort “je t'ai pas dit ?” d'un air innocent comme si c'était une nouvelle sans importance sortie du trou du cul d'une vache. 
Putain, mais quelle conne !
— Non, je réplique en serrant les dents. Tu ne m'as pas dit que mon assistant principal allait s'absenter pendant un moment. Autre chose à m'apprendre et qui me concernerait directement ?
— Non, soupire-t-elle. À part qu'il revient après-demain. 
Après-demain…?
— Samedi...? j'essaie de clarifier. 
— Oui, Arsène. Le "demain" d'un jeudi, c'est un vendredi. Donc le "après -demai'" d'un jeudi... C'est un samedi. Bravo. 
Mais elle se fout de ma gueule, là...?
— Oui, merci, je réplique. Arrête de me prendre pour un teubé. Fadi ne travaille jamais le weekend ici. Donc t'es sûre de tes infos ?
— Ben il me l'a dit lui-même, lâche-t-elle en consultant ses textos. "Je serai de retour dès samedi. Il est possible que je rattrape des heures sur le weekend". Donc oui. C'est bien ce que je disais.
Le soulagement m'étreint. Mon souffle se relâche d'un coup et je me sens un peu revivre. 
— Ça va mieux ? me demande-t-elle d'une voix exagérément niaise.
On dirait qu'elle s'adresse à un gosse de deux piges. Elle le fait exprès, parce qu'elle ne me prend pas au sérieux. 
— T'as fini ton caprice…?
”Caprice” ? C'est vraiment tout ce qu'elle a retenu de la situation ?
Je ne réponds rien et lui claque la porte au nez.
Qu'elle aille se faire foutre !
...
Je n'ai pas dormi de la nuit.
Ou alors juste par fragments.
Chaque fois que je ferme les yeux, mon corps se crispe, les muscles tirent, les nerfs hurlent.
Le matelas est trempé de sueur. L'air sent la transpi périmée. La crasse recouvre ma peau. Ma barbe me gratte. Mes cheveux bouclés font des nœuds.
Je me suis auto-abandonné. Je suis le naufragé de ma propre vie.
On est vendredi. Ce matin, c'est Anne-Lise qui est censée s'occuper de moi, et… Je suis un peu stressé. Depuis que je sais que Fadi va revenir, je me sens à la fois soulagé et à la fois euphorique, et je suis plus enclin à être un peu sympa avec les soignants. Et Anne-Lise… Comment dire…? Elle a quasi mon âge, elle est trop belle, pétillante, et ses mains douces lors des massages ont tendance à me provoquer des érections indésirables. Hyper gênant, donc. Surtout avec ma dégaine négligée du gars crado qui s'est pas douché de la semaine. 
Sérieux… J'ai trop honte, là… Je peux pas me présenter comme ça… De toutes façons, je n'arrive pas à dormir…
Il est 6h48 quand je sors du lit, puis titube jusqu'à la salle de bain. Avec précautions, je m'assieds sur le rebord du siège de douche, les barres froides contre mes bras. J'ouvre le jet.
L'eau me tombe sur la tête, glacée d'abord, puis tiède.
J'attrape mon rasoir, posé sur le rebord de l'évier.
Avec cette touffe d'une semaine, je ne ressemble plus à rien. Il est temps de retrouver un peu de dignité.
Je sais ce que vous vous dites : un gars qui contrôle pas ses mouvements, avec un objet tranchant dans les mains… Et vous avez tout à fait raison. Si j'arrive à peu près à me raser la barbe dans trop m'esquinter, mon excès de confiance se retourne contre moi au moment où j'attaque l'entre-jambe.
Et mes couilles ne me remercient pas du tout, elles. 
...
On toque à la porte de ma chambre, discrètement, mais suffisamment fort pour que je l'entende de la salle de bain. La poignée s'abaisse, la porte s'ouvre, et des voix me parviennent.
Celle de ma mère :
— Oui, il a été infernal avec tout le monde pendant votre absence. Une tête à claque, vraiment. Enfin, vous verrez par vous-même, mais c'était insupportable. 
Et celle de… Fadi…?
— J'ai lu le cahier de transmissions, oui. Il a refusé les soins, dont l'infirmière et le kiné. Mais… Je vais lui parler. On va régler ça.
Il ne devait pas revenir que demain ?!
— Bon courage. 
La porte s'ouvre pour de bon. Des pas, sur le lino.
— Arsène…?
Je veux répondre. Rien ne vient.
— Tu es à la salle de bain ? Je peux entrer ?
Silence.
— Arsène ! Ya rab…
Il surgit dans la pièce.
Je vois son visage se figer, le souffle court, ses yeux gris agrandis.
Puis il bouge, vite. Il coupe l'eau, attrape une serviette, me la plaque contre l'entrejambe.
— Qu'est-ce que t'as fait ?!
Je secoue la tête. Mes dents claquent. Je suis frigorifié.
— Rien… J'ai… Juste voulu…
Je perds mes mots. Et mon sang.
Des gouttes rouges s'éclatent sur le carrelage. Des traînées descendent le long de mes cuisses.
Le visage de Fadi est blanc comme la craie. Il a perdu toute couleur à cause de la peur. D'une main, il me maintient assis contre le mur, sur ma chaise de douche, pour pas que je dégringole entre vertige et jambe folle qui décide de se piquer une petite crise. De l'autre, il compresse ma burne amochée en soulevant régulièrement la serviette pour s'assurer qu'elle arrête de pisser le sang. 
— Ça fait longtemps que tu es blessé, là ? Oh, Arsène !
Je suis un peu dans les vapes. Le contre-coup de ma propre stupeur me plonge dans un état de semi-conscience.
— Heu… Non… Je… Cinq minutes, je crois…
Il me tient le bras, fort mais pas brutal.
Je sens sa main trembler un peu.
— Qu'est-ce s'il t'a pris ? s'étonne-t-il en jetant un œil vers le rasoir tombé sur le carrelage. Ça pouvait pas attendre qu'on t'aide ? C'était urgent, le débroussaillage de moquette, là ?!
Il m'engueule et je rigole. Alors il m'engueule encore plus, soupire et jure en arabe. 
— Bon…
Il retire la serviette, écarte un peu la peau de ma couille pour observer le massacre.
— Ça a arrêté de saigner, mais je vais appeler le docteur. Il vaut mieux qu'il passe pour examiner ça. 
— C'est juste une entaille, Fadi, je ronchonne. C'est rien. Pas besoin d'alerter toutes la ville. 
— Avec tout le sang qu'il y a par terre, Arsène, me lâche-t-il cinglant, j'ai cru que tu avais fait une très grosse bêtise. Donc, oui, je vais téléphoner au médecin. 
Je râle encore, ma tête contre le carrelage froid de la douche.
...
Le docteur s'affaire entre mes jambes, concentré, pendant que Fadi reste à côté de moi, à essayer de me calmer tandis que, stressé par la situation, mon corps se tord dans tous les sens. 
Pute de dystonie à la con...
Je garde les yeux fixés sur le mur en attendant que ce moment hyper embarrassant et hyper douloureux passe. Comme si le malaise n'était pas au summum, ma mère décide de passer une tête dans l'encadrement de la porte pour nous saluer avant son départ au boulot. 
Elle me mate, mate Fadi puis le médecin, avant de poser les yeux sur mes noix. 
Naaan, regarde ailleurs…
— Qu'est-ce qu'il a encore fait ?! lance-t-elle à Fadi.
Ce dernier, les mains sur mon épaule et l'air préoccupé, relève les yeux sur elle.
— Une coupure de rasage, dit-il simplement. 
— C'est vous qui l'avez blessé ?
— Non, non. Il s'est fait ça tout seul. 
Ma daronne expire lourdement, lève les yeux au ciel et se barre dans un “bonne journée” pas du tout sincère.
L'air sent l'alcool médical et la honte. J'évite de regarder qui que ce soit et prie pour que ce moment de pure gêne se termine.
— Ce n'est pas profond, lâche alors le médecin. La coupure est nette… Il faudra faire désinfecter et refaire faire le pansement par l'infirmière.
— Huhum, acquiesce Fadi.
— Surveillez la zone, ajoute le doc. Si ça gonfle, si ça chauffe, vous rappelez.
— Bien sûr.
Il se redresse, range ses gants, puis s'arrête un instant.
— Et… Il a maigri, non ?
Silence.
Je sens le regard du médecin glisser sur moi, peser un peu trop.
Fadi hoche la tête, lentement.
— Oui.
— Comment ça se fait ? Il n'était pas comme ça, la dernière fois. 
Allez-y, parlez de moi comme si je n'étais pas là…!
— Arsène a eu une semaine compliquée, admet mon aide-soignant. L'alimentation, c'était pas ça.
Le médecin me détaille de la tête aux pieds, et tique.
— Pourquoi ça ?
— J'étais en déplacement, dit Fadi. Arsène est très attaché à ses soignants habituels, donc mon absence l'a perturbé.
— Eh bien ne soyez plus “absent”, lâche le médecin avec une légèreté déplacée.
Fadi et moi, on lui lance un regard silencieux. Le docteur largue ça avec humour, mais nous, ça ne nous fait pas rire. Ces quelques jours sans Fadi étaient affreux. Le retrouver n'est pas juste “une joie”, c'est une question de survie. Et Fadi, lui, ce qu'il en pense ? Il se sent coupable de ma situation. Je le sais. Je commence à le connaître.
— Surveillez-le. S'il perd trop de poids, c'est la sonde.
M'alimenter par un tuyau ? Et puis quoi, encore ? Mon avis compte, peut-être...?
Quand il s'en va, la pièce redevient calme et je respire enfin.
Fadi m'aide à me rhabiller, à me lever, à marcher jusqu'au canapé. Il me pose doucement, ajuste un coussin derrière moi, un plaid sur mes genoux, un yaourt hyperprotéiné au chocolat sur la table basse, et règle la télévision en silence. 
— Pourquoi tu parles pas ? je lui largue. Tu as toujours un truc à me raconter. Pourquoi tu me dis rien ?
Ses yeux gris quittent l'écran et se posent sur moi, un peu étonnés.
— Dans la salle de bain, m'explique-t-il, j'ai eu peur. Vraiment. Alors... Je suis un peu... Chamboulé.
— Quoi ? je ricane. Tu as vraiment cru que j'allais me buter sous la douche ?
Il met quelques secondes à répondre, le regard au sol. 
— Je sais pas. Il y avait du sang partout. Et je sais que tu n'es pas très bien en ce moment.
Je fronce les sourcils.
— Qu'est-ce que t'en sais ? je réponds avec agacement. Tout le monde s'en fout, de toute façon, non ?
Il semble étonné mais ne dit rien. Il attrape le cahier de transmissions posé sur le meuble, chope un stylo, prend le temps d'écrire en hésitant sur certains mots, puis le ferme et me le tend.
— Lis. Tu verras toi-même.
Je ne le consulte jamais. En général, les soignants n'aiment pas trop que je regarde ce qu'ils ont à dire sur moi. Fadi, lui, s'en fout. Ou disons plutôt qu'il ne me cache rien. Il part du principe que ça me concerne et que j'ai le droit de savoir. 
Je le prends, un peu à contrecœur.
Cahier de transmission

Patient : Arsène LAMY.

Pathologie : dystonie généralisée

Lieu : domicile — interventions pluridisciplinaires (SSIAD)
MARDI 02/12 – 08H (CHARLES, AS)

Patient fermé, peu de communication. Expression faciale tendue, regard fuyant, signe de colère. Verbalisations brèves : « Laisse-moi tranquille ». Crispations musculaires fréquentes. Demande à voir Fadi.
Toilette faite, mais refus du petit-déjeuner.
MARDI 02/12 – 19H (ANNE-LISE, AS)

Arsène semble déprimé ce soir. Pas souriant comme d'habitude. Ne parle pas, demande à écourter les soins. Toilette partielle.
MERCREDI 03/12 – 08H (CHARLES, AS)
Patient agressif, zéro communication. Insultes et refus total de soin.

MERCREDI 03/11 – 14H30 (MARCO DELAINE, KINÉSITHÉRAPEUTE)

Refus séance. Patient barricadé dans la chambre, n'a pas ouvert malgré sollicitations multiples. Mère prévenue. Communication impossible.


MERCREDI 03/12 – 18H (FRANÇOISE, AS)

Aucune réponse du patient lorsqu'on toque à sa porte. Chambre verrouillée à clef de l'intérieur. Aucune prise alimentaire observée dans la matinée. Mère confirme refus de repas la veille.


JEUDI 04/12 – 8H (PERRINE, AS)

Aucun soin possible. Patient incapable de communication. Refus de la visite du SSIAD.


JEUDI 04/12 - 11H (SOLANGES MAURAC, IDE)

Refus visite infirmier.


JEUDI 04/12 – 18H (FRANÇOISE, AS)

Refus d'ouvrir lorsque je me présente. Mère sur place, tente une discussion. Dispute entre le patient et sa mère. Le patient se calme quand sa mère annonce le retour de Fadi, mais refuse toujours les soins et la prise alimentaire. Semble avoir perdu du poids.


VENDREDI 05/12 - 8H (FADI, AS)

Crise dystonique majeure survenue en salle de bain. Plaie superficielle à la racine du pénis (rasage). Intervention du médecin. Pansement réalisé. Patient retrouvé dans état d'hygiène dégradé, fatigue apparente. Présente signes de dénutrition : visage creusé, amaigrissement notable. Communication partiellement fermée mais acceptation des soins et un “petit” petit-déjeuner (yaourt protéiné).


Je referme le cahier, et soupire. Effectivement, tout le monde s'est préoccupé de moi, et moi… J'ai envoyé chier tout le monde.

J'ai la gorge serrée — pas par honte, pas complètement, mais parce que ça fait bizarre de se lire comme ça.
Un dossier médical, c'est froid. Ça te réduit à des mots : “patient”, “refus”, “agressif”.

Fadi me regarde, sans chercher à combler le silence.
Je finis par souffler :

— Donc... Ils ont vu que j'étais en train de crever, et ils n'ont rien fait.

Il secoue la tête.

— Si. Ils ont essayé. Tous les jours. Mais tu n'étais pas prêt à accepter cette aide. 

Le silence pèse. Je fixe le sol, la mâchoire serrée, et je sens la colère monter sans même comprendre pourquoi.

— La faute à qui si je suis comme ça, hein ?! je crache.

Il relève les yeux, désemparé.

— Tu me reproches ton état, là...?
— C'est à toi de t'occuper de moi, Fadi !

Il secoue la tête, d'un air désabusé.

— Non, Arsène. C'est à toi de t'occuper de toi. Moi, je suis là pour t'aider. Et si je ne suis pas là, d'autres le sont. Pour “t'aider”, pas “faire à ta place”. Si tu n'as pas compris ça, si tu as besoin de moi pour vivre, c'est que je fais mal mon travail. Et que je suis un poids pour ton autonomie. Et ça, ça ne va pas.

Je ris nerveusement, amer.

— Mais t'es parti sans me prévenir, comment tu veux que je réagisse ?!

— J'ai prévenu la première personne que j'ai pu, dit-il calmement. Ta mère, pour qu'elle te le dise, et le SSIAD, pour qu'ils me remplacent. Je n'ai pas eu le temps de plus.

— T'es sérieux ?! Qu'est-ce qui t'empêchait de m'écrire, de m'envoyer un message ?! J'ai pas arrêté, moi, et tu m'as jamais répondu ! Pourquoi t'es parti comme ça, sans rien dire ? Qu'est-ce qui justifie tout ça, Fadi ?!

Il baisse enfin les yeux. Ses doigts se crispent sur le cahier, et sa voix tombe, presque inaudible :

— Le décès de mon frère, Arsène.

Tout s'arrête.
Le silence qui suit me déchire plus que ses mots.
Fadi inspire, essaie de se contenir, mais je vois bien que ses yeux se voilent. Il détourne le visage, essuie vite une larme, discrètement.

— J'étais à l'étranger, et je ne captais pas. Voilà pourquoi je ne t'ai pas répondu. Je suis revenu plus tôt de congé parce qu'on m'a dit que tu n'allais pas bien. Que tu me réclamais, dit-il d'une voix éraillée.

Il me regarde enfin.

— Mais je ne pensais pas que c'était à ce point, ni que tu passerais tes nerfs sur moi. Tu es très dur, Arsène.

Je reste muet.
Il se lève, récupère son sac.

— Où tu vas ? je m'affole.
— Je suis désolé, dit-il. Aujourd'hui, je n'ai pas la force pour deux. 

Il prend une inspiration tremblante, puis ajoute doucement :

— Je te dis à ce soir.

Et il sort.

Je reste planté là, incapable de bouger, le cœur en vrac, la gorge serrée. Tout ce que je ressens, c'est ce vide, cette honte qui remonte à la surface et me brûle la poitrine.

...


Fadi revient en début de soirée. Je l'attends dans le canapé, l'air absent, les yeux encore rouges de la dispute de ce matin. Il entre avec son sac et me sourit, fatigué mais sincère.

— Bonsoir, me dit-il doucement. Tu n'as pas bougé, depuis ce matin ?

Je hausse les épaules. Pas la force de parler. Il s'installe à côté de moi et sort des petites boîtes qu'il a préparées à l'avance. Du poulet, un peu de riz, des légumes. Les plats libanais de sa femme. Ça sent bon, et ça me réchauffe un peu l'âme. Il m'en ramène parce qu'il sait que j'ai horreur des plats industriels en barquette micro-ondables que m'achète ma mère. 

— Laisse-moi deviner, murmure-t-il. Tu n'as pas mangé de la journée…?

Je souris faiblement pour lui répondre. Fadi disparaît dans la cuisine pour chauffer les plats et revient cinq minutes plus tard avec une assiette digne de ce nom. J'ai l'eau à la bouche, mais l'estomac serré. Il le sait très bien. Il est installé à côté de moi, tourné dans ma direction et me regarde sans un mot, ennuyé.

— Je…

J'essaie de parler. Ma gorge se gonfle, ce n'est pas facile. 

— Je me suis énervé contre toi, j'admets. 
— Oui, dit Fadi. C'est vrai. 
— Je suis désolé. Et… Pour ton frère, aussi. Je savais pas. Je suis vraiment désolé, Fadi.

Les larmes me montent et je pose ma tête contre son torse. Contrairement à la dernière fois, il ne me repousse pas. Il passe un bras autour de ma nuque et m'étreint lui aussi. Il le fera discrètement, mais moi, j'entends ses pleurs dans mon cou. 

...


Après le repas, Fadi m'aide pour les tâches du soir. Toilettes, brossages de dents, massages superficiels… Il m'accompagne pour m'allonger dans le lit pendant qu'on discute.
À ma demande, il me parle de sa famille. De sa femme, Mira, de sa fille Talia, de son fils Rami, et… De l'un de ses frères, plus vieux que lui - “Nader”, emporté en ce début de semaine par une très mauvaise santé.
Tout ça est trop récent, trop sensible. Parfois, Fadi s'arrête pendant qu'il me raconte, déglutit pour faire passer une douleur dans sa gorge ou retenir ses larmes.
Mais il tient à poursuivre.
Que lui et Nader n'étaient plus très proches depuis que Fadi est venu en France pour étudier, travailler et vivre, mais que, enfants et adolescents, ils faisaient les quatre-cents coups ensemble. Il me narre des anecdotes de jeunesse qui me touchent ou me font sourire et, assis sur sa chaise à côté de mon lit, il se penche pour me montrer quelques photos de ses gosses qui ont grandi, du reste de sa famille, ou de paysages libanais magnifiques.

Les effluves de son parfum se mettent à danser devant moi. En une fraction de secondes, je me retrouve complètement envoûté par son odeur, et par son accent qui résonne dans mon oreille.

Mon corps réagit plus vite que mon ombre. Ma bite se met à durcir, tirant sur la peau de mes couilles, et donc sur la plaie que je me suis faite ce matin en me rasant. Ça, ce n'est pas du tout agréable. Je passe une main spasmée entre mes cuisses en grimaçant, histoire de me réajuster le matos.
Comme avec mon agilité digne d'un asticot épileptique, je ne suis pas très discret, mon aide-soignant me jette un regard curieux.

— Ça va…?
— Ouais…, juste l'entaille qui me fait un peu mal…

Il hoche la tête, compréhensif, et range son téléphone. 

— Tu fais bien de m'y faire penser, dit-il. Je vais jeter un œil au pansement.

Si ma bouche formule un “ah ouais, c'est vrai”, ma caboche, elle, hurle un “NOOOOOOON !!”.

J'essaie déjà de lui cacher ma matraque, et lui, il veut y mettre ses doigts ? Achevez-moi !

J'envoie un regard saoulé à Fadi pendant qu'il se lève pour se laver les mains.

— Je te laisse te déshabiller, me lance-t-il. 
— Ouaip.

Je n'en mène pas large. 
Je repousse la couette qui recouvre mon corps, et essaie, avec mes mains tremblantes, de baisser mon boxer. Là, inutile de se voiler la face : Popole est encore là, comme un militaire discipliné au garde-à-vous, prêt à tirer son coup de fusil.

J'expire agacé, les yeux baissés.

— Désolé…, je marmonne. Je… Je contrôle pas.
— Non, t'inquiète, dit-il en restant concentré dans son observation. C'est un réflexe naturel.

Mouai… C'est pas juste un “réflexe”...

Ses mains chaudes entre mes cuisses me rendent dingue et je sens que j'ai envie de plus. Ma bite le réclame, d'ailleurs, quand elle commence à suinter. Fadi ne fait aucun commentaire, mais je sais qu'il l'a vu.

Il regarde le pansement, attentivement, s'assure qu'il ne soit pas salle, anormalement taché ou gonflé.

— C'est plutôt joli, annonce-t-il. Tu peux te rhabiller. 

Il s'apprête à se reculer, mais je le saisis par le bras. Fermement. Enfin, j'essaie, avec mes spasmes. 

— Ça va ? s'inquiète Fadi en tournant un regard intrigué vers moi. 

Je ne dis rien. Le dévisage. Lui murmure un :

"— Touche-moi."

Tremblant.

Fadi écarquille ses yeux gris et m'observe, désemparé. Pendant une seconde, il est si surpris qu'il ne réagit pas.

— Arsène, non, refuse-t-il. Non. La dernière fois, c'était exceptionnel. Je ne le referai pas. 
— S'il te plaît…
— Non, Arsène. Ce serait abuser de la situation. Je n'ai pas le droit de faire ça. 
— Mais…

Ma main tressaille contre son bras. Il la fixe, avant de me fixer, moi.

— Fadi… S'il te plaît... C'est me laisser comme ça, qui est "abusé"...

Ma main remonte sur son avant-bras et ce contact, sa peau, ses poils dans ma paume, m'électrise. Un léger souffle s'arrache à mes lèvres alors que je sens l'excitation grimper en moi. Je relève mes yeux dans les siens. Il me scrute froidement. Sans rien dire. Mais il ne retire pas ma main.

— Steuplait..., je l'implore.

Je la tire vers moi, jusqu'à la faire glisser entre mes cuisses. Sur mon sexe tendu. 

— Arsène…

Il ne dit plus rien. Ma main sur la sienne, je l'incite à me caresser et… Au bout de quelques secondes, il le fait. De lui-même, il se prend au jeu et commence à me branler. 

— On ne doit pas faire ça, conteste-t-il.
— Non, on ne doit pas, j'élude. Fadi, c'est super bon…

Mes reins se creusent. Mes hanches s'élèvent. Ma queue coulisse dans sa main. Fadi me regarde lui baiser la paume. De petits gémissements s'arrachent à mes lèvres. 

— Laisse-moi au moins mettre des gants, Habibi...
— T'aime pas, comme ça ? je le questionne dans un murmure.

Il me mate longuement, les paupières à moitié baissées, la bouche ouverte, et il me dit :

— Si.

Merde…

Il me caresse et cette fois, pas besoin d'huile de jojoba. Ma bite coule tellement qu'elle trempe mes poils, les doigts de Fadi et mes draps. Je me tords comme un asticot sous le plaisir immense qu'il est en train de m'offrir, et de son plein gré. Je suis en sueur, dégoulinant de transpiration, alors que mes muscles se contractent délicieusement.

Et ça vient. L'orgasme. Dans un “Oh, Fadi…”, à peine retenu, je jouis copieusement. Dans sa main, sur mon ventre et le lit, une belle lampée de sperme nacré et chaud bouillant.

Et dans ma tête ? C'est le planage psychologique...

Le calme s'éternise après cette envolée magistrale, et quand je rouvre les yeux sur Fadi, je constate qu'il est en train de nous nettoyer avec un gant tiède. Il se terre dans un silence de plomb déstabilisant, avant de se lever pour regagner la porte. 

— Tu n'as besoin de rien d'autre ? m'interroge-t-il dans un sourire distant.
— Non. Merci, Fadi.
– Je t'en prie.

Il range un peu, rassemble ses affaires, ajuste la couette sur moi.

— Ce week-end, c'est moi qui fais les visites ici, m'apprend-il. Donc zen, cette nuit, d'accord ? Pas de stress. Tu peux dormir sur tes deux oreilles. 
— Cool, je lâche avec un putain d'enthousiasme. Merci, Fadi.

Il esquisse un rictus en sortant et moi, complètement dans les vapes, je ne sais pas ce qui me trouble le plus : son sourire ravageur, ou son érection, qu'il a essayé de dissimuler sous sa tenue bleue marine d'aide-soignant.
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biloute60
8 décembre 2025 à 15:06
Il y prend goût
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Photo de profil de tounet777
tounet777
6 décembre 2025 à 22:40
toujours une tres belle histoire
Soyez respectueux
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