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L'aide-soignant — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'aide-soignant
Chapitre 3
C'est la lumière du soleil, qui me réveille en premier.
Elle filtre déjà au-travers des rideaux, signe qu'il doit être pas loin de 8h.
Elle filtre déjà au-travers des rideaux, signe qu'il doit être pas loin de 8h.
Ça fait du bien. Une grasse matinée, sans réveil express pour vite prendre une douche et ne plus rien faire de la journée.
Ça fait du bien. De juste pouvoir dormir, sans se réveiller toutes les heures à cause des contractions musculaires tétanisantes.
Ça fait du bien. De juste pouvoir dormir, sans se réveiller toutes les heures à cause des contractions musculaires tétanisantes.
Une ombre se profile près de mon lit, puis une voix douce me tire définitivement du sommeil.
— Arsène ? C'est l'heure.
C'est Fadi. Je grogne un peu, pas de mauvaise humeur, juste par principe.
— Salut, je lui lance sans même ouvrir les yeux.
— Salut, mon grand. Comment a été la nuit…?
— Salut, mon grand. Comment a été la nuit…?
Sa voix douce me berce, et me rappelle ce qu'on a fait hier soir. Enfin, ce que moi, j'ai fait.
Me branler. Dans sa main. Et ça l'a excité. Il bandait, je l'ai clairement vu.
Me branler. Dans sa main. Et ça l'a excité. Il bandait, je l'ai clairement vu.
— La meilleure nuit de tous les temps, je réplique dans un grand sourire de teubé.
— Bien, rit-il tout bas. C'est une bonne chose.
— Bien, rit-il tout bas. C'est une bonne chose.
Il rabat la couette doucement, et le rituel commence. D'abord, le massage. Enfin… Plus “les effleurements”, destinés à réveiller un peu mon corps cabossé et à le préparer à bouger. Ses mains sont chaudes et parcourent ma peau.
Et pour “me réveiller”, elles me réveillent. Même ma bite est prête à l'emploi…
Mais je suis un peu gêné. Et confus. Je veux dire, sentir la chaleur de sa peau, son parfum épicé, ne devrait pas faire naître en moi tout ça, tout ce désir, toute cette envie de me faire “toucher”. Pas “toucher” comme l'handicapé que je suis, mais “toucher”, parce que quelqu'un en a envie. Quelqu'un y prend plaisir.
Je sais que je rêve.
Je sais que je pète un plomb. Et ces yeux gris, que je croise, et ce sourire colgate qu'il m'envoie, finissent de m'achever pour de bon.
Je sais que je rêve.
Je sais que je pète un plomb. Et ces yeux gris, que je croise, et ce sourire colgate qu'il m'envoie, finissent de m'achever pour de bon.
— Je t'amène à la douche ? me demande-t-il gentiment.
Je n'avais même pas capté qu'il avait fini de me manipuler. Dans un acquiescement silencieux, je me place sur le flanc, puis m'assieds au bord du lit. Fadi m'aide, me tend ses bras pour que je m'y agrippe et “1, 2, 3”, il me fait me lever.
Je stabilise. Je sens quelques muscles se tendre un peu dans tout mon corps, comme des mini courts-circuits désagréables. On avance, un pas après l'autre, jusqu'à la salle d'eau.
...
L'eau chaude ruisselle sur mes épaules. Assis sur le siège de douche, je me lave, seul, et Fadi reste partiellement en retrait pour me laisser le plus d'autonomie et d'intimité possible. Et tant mieux. Parce que… Depuis mon réveil, cette foutue érection ne m'a pas quittée. Je ne dirais pas que c'est anormal – beaucoup de gars bandent au petit matin, mais là, c'est persistant, et ça en devient douloureux.
Quand j'en viens à me savonner la queue, je ne peux pas nier que les frottements de ma mains sont graves chauds. Super agréables. Discrètement, j'essaie de me branler un coup ou deux, histoire d'atténuer ma gaulle, mais ça ne fait qu'empirer. D'autant qu'avec ma grâce d'hippopotame, Fadi me grille carrément en train de m'astiquer la nouille.
Il me dévisage un instant, puis un sourire se dessine au coin de ses lèvres. Il se met à rigoler doucement, un rire un peu taquin.
Quand j'en viens à me savonner la queue, je ne peux pas nier que les frottements de ma mains sont graves chauds. Super agréables. Discrètement, j'essaie de me branler un coup ou deux, histoire d'atténuer ma gaulle, mais ça ne fait qu'empirer. D'autant qu'avec ma grâce d'hippopotame, Fadi me grille carrément en train de m'astiquer la nouille.
Il me dévisage un instant, puis un sourire se dessine au coin de ses lèvres. Il se met à rigoler doucement, un rire un peu taquin.
— Arsène…, se lamente-t-il en plongeant son visage dans sa main. Sérieusement ? C'est comme ça, ce matin ?
— Déso, Fadi, mais putain, elle est super dure… Regarde.
— Déso, Fadi, mais putain, elle est super dure… Regarde.
Je me penche, lui chope la main et la pose entre mes cuisses. Sa paume, bloquée en sandwich entre la mienne et ma bite, je commence à me branler. Fadi baisse les yeux, un peu désarçonné, puis les relève. Ses iris bleus percutent les miens.
— Elle est super dure, en effet, opine-t-il. Tu as besoin d'aide pour te rincer ?
Il élude, cet enfoiré, et retire sa main pour me faire clairement comprendre que “non, il n'allait pas me masturber cette fois-ci”. Dans un soupire agacé, je me ferme, finis de me laver et on sort de la douche, une serviette de bain autour de ma taille.
On regagne ma chambre. Sur mon lit, mes habits de la journée proprement préparés.
— Là, vous avez une chambre de onze mètre carré, et sa salle de bain indépendante.
Je tourne brusquement la tête vers l'entrée de la pièce, là où ma mère se tient, accompagnée d'un couple d'inconnus, qui pose les yeux sur moi avec étonnement.
— Pour l'instant, il y a des barres d'appuis et un siège de douche à cause de mon fils, mais vous pourrez les faire retirer et aménager à votre goût.
”À cause”...?
— Oui, oui, font les gens un peu gênés en me zieutant à moitié nu.
Mes yeux effarés passent d'eux à ma mère, et elle, ne semble pas perturbée le moins du monde. Elle continue de parler de ma piaule comme si c'était une vulgaire paire de baskets à vendre.
— Maman…? je l'interpelle.
Elle parle, parle, parle, et ne me remarque à peine.
Que la maison est récente, grande, exposée plein sud. Que le petit jardin attenant est rare en pleine ville. Que le quartier est calme, les voisins sympas, mais qu'on est quand même isolés des passants. Tout ça.
Que la maison est récente, grande, exposée plein sud. Que le petit jardin attenant est rare en pleine ville. Que le quartier est calme, les voisins sympas, mais qu'on est quand même isolés des passants. Tout ça.
— MAMAN ?! je m'étrangle en haussant le ton.
Elle me regarde enfin. Pas comme si elle se rendait compte qu'elle avait peut-être oublié de me prévenir de quelque chose, mais comme quelqu'un de saoulé de s'être fait inutilement interrompre.
— Tu… Tu fais quoi…? je la questionne en passant des yeux affolés sur elle et les invités surprises.
— Une visite, me répond-elle avec évidence.
— Mais… Pour quoi ?
Elle me scrute longuement, d'abord avec colère, puis pitié, puis avec ce sourire de façade mielleux qui me fait disjoncter.
— Une visite, me répond-elle avec évidence.
— Mais… Pour quoi ?
Elle me scrute longuement, d'abord avec colère, puis pitié, puis avec ce sourire de façade mielleux qui me fait disjoncter.
— On en reparle plus tard, mon chéri. Fadi t'attend pour s'occuper de toi.
À traduire par “on n'en reparlera pas”.
Et elle ferme la porte.
Sur le moment, je reste tétanisé, à fixer le bois sans savoir quoi faire. Je viens de me faire humilier, chez moi. Des inconnus m'ont vu nu, faible, mal réveillé, avec mon corps hurlant le handicap. Je viens de me faire prendre de haut par ma mère et je viens d'apprendre un truc dont je ne suis pas prêt à me remettre.
Et elle ferme la porte.
Sur le moment, je reste tétanisé, à fixer le bois sans savoir quoi faire. Je viens de me faire humilier, chez moi. Des inconnus m'ont vu nu, faible, mal réveillé, avec mon corps hurlant le handicap. Je viens de me faire prendre de haut par ma mère et je viens d'apprendre un truc dont je ne suis pas prêt à me remettre.
— Arsène, murmure Fadi.
Une main se pose sur mon épaule.
— Arsène.
Je me retourne, et le mate, paniqué.
— Tu le savais ? Fadi ?! Tu étais au courant ?!
Il me dévisage avec une peine palpable et hoche la tête.
— Non, répond-il à voix basse.
Il ne me mentirait pas, je le sais. Fadi ne ment pas.
Dans le silence qui suit, on s'observe. Lui, consterné, et moi, complètement en détresse.
Je sens que je perds pied.
Je sens que mon corps me lâche.
Personne n'a le temps d'aligner un mot supplementaire. Ma tête se bloque violemment sur un côté, mon bras de l'autre et Fadi me rattrape de justesse avant que je ne m'éclate au sol lorsque les jambes y rajoutent leur petit grain de sel. Je finis par terre, les quatre fers en l'air sur la moquette, à poil avec une serviette de bain qui se fait la malle.
Dans le silence qui suit, on s'observe. Lui, consterné, et moi, complètement en détresse.
Je sens que je perds pied.
Je sens que mon corps me lâche.
Personne n'a le temps d'aligner un mot supplementaire. Ma tête se bloque violemment sur un côté, mon bras de l'autre et Fadi me rattrape de justesse avant que je ne m'éclate au sol lorsque les jambes y rajoutent leur petit grain de sel. Je finis par terre, les quatre fers en l'air sur la moquette, à poil avec une serviette de bain qui se fait la malle.
— Fa… FA… DI…!
— Oui Arsène. Je suis là, me rassure-t-il en posant sa main sur mon bras. Essaie de respirer calmement.
— Oui Arsène. Je suis là, me rassure-t-il en posant sa main sur mon bras. Essaie de respirer calmement.
Il me montre l'exemple. Je tente de me caler sur son rythme. La crise perdure mais la douleur est déjà plus gérable.
— Là. Relâche. Encore, Arsène. Expire doucement.
Je me concentre. Je souffle. Mes muscles cèdent progressivement, un à un comme des cordes de guitare qui pètent.
Fadi m'aide à me relever, puis m'habiller. On toque à la porte. Ma mère entre, sans attendre de réponse.
— Bonjour Fadi, dit-elle en lui souriant. Arsène, j'y vais. Tu as un hachis parmentier de poisson au frigo.
Je cligne des yeux, le temps de remettre toutes ses conneries dans l'ordre.
— Alors déjà…, je largue en haussant les sourcils sans la regarder “Bonjour Arsène”, non ? Merci pour le hachis, bien que tu sais depuis ma naissance que je déteste le poisson, surtout en plat micro-ondable. Ok, tu pars…? Où…? Au travail…? Un samedi…? Et ces gens ? C'était qui ?
Un silence passe et le visage exagérément jovial de ma mère se tend. Elle me fusille de ses yeux, avant de soupirer lourdement.
— Oui, “bonjour Arsène”. Le poisson, c'est pour ton bien. Tu ne vas pas te gaver de poulet et de pâtes à vie. Je pars où ? Ça ne te regarde pas. Et ces gens étaient des potentiels acheteurs. C'est bon, le caca nerveux…?
— Pardon…?
— Pardon…?
Mon sang ne fait qu'un tour. Chaque mot qu'elle rajoute est comme une lame acérée qu'elle me plante dans le ventre.
— Comm… Comment ç… Ça, des po… po… tentiels ache… acheteurs ?!
Merde. Je bégué. Ça me fait toujours ça quand je pète un câble. Ma respiration, ma bouche, mes mots, y'a plus rien qui suit.
— J'ai eu une promotion, me rappelle-t-elle avec évidence. J'ai d'autres responsabilités avec la boîte. J'ai besoin de faire plus d'heures et de me déplacer sur d'autres sites. Je veux me reprocher de ceux-ci, qui sont dans une autre ville. Ça implique de déménager à 200 km d'ici.
La mâchoire m'en tombe. Mes mots se bloquent.
— Et m… m… moi…? Je réussis difficilement à articuler.
— Quoi, toi ?
— Je… v… v… vais… vi… vivre où…?!
— Tu fais comme tu veux, Arsène. Sois tu viens, mais je n'aurais pas de logement adapté pour toi, soit tu trouves une autre solution.
— Mais… j… je… v… veux p… p… pas pa… partir, moi ! Je v… veux rester… ici ! Il y… y a Fadi, ici…!
— Rhô, arrête, s'agace-t-elle. Tu crois que c'est une vie, de rester toujours au même endroit ? Et tu es toujours là, à te plaindre que je ne t'achète pas le bon repas, que tu n'as pas les bonnes informations pour le bon aide-soignant qui passe… Là, tu pourras te gérer tout seul, comme un grand, “en toute autonomie”.
— Quoi, toi ?
— Je… v… v… vais… vi… vivre où…?!
— Tu fais comme tu veux, Arsène. Sois tu viens, mais je n'aurais pas de logement adapté pour toi, soit tu trouves une autre solution.
— Mais… j… je… v… veux p… p… pas pa… partir, moi ! Je v… veux rester… ici ! Il y… y a Fadi, ici…!
— Rhô, arrête, s'agace-t-elle. Tu crois que c'est une vie, de rester toujours au même endroit ? Et tu es toujours là, à te plaindre que je ne t'achète pas le bon repas, que tu n'as pas les bonnes informations pour le bon aide-soignant qui passe… Là, tu pourras te gérer tout seul, comme un grand, “en toute autonomie”.
Je me tétanise. Je m'efforce de me contrôler, mais elle me met hors de moi.
— “TOUT SEUL” ?! je hurle. “EN T… TOUTE… AUTONOMIE”...?! M… MAIS TU AS… V… VU QUE J'ÉTAIS HAN… DICAPÉ, OU QUOI ?! T'AS DE LA M… MERDE DANS LES Y… YEUX ?!
— Baisse d'un ton, Arsène, me menace-t-elle avec son doigt. Tes caprices, j'en ai plus qu'assez.
— DES “CAPRICES”...?! TU… TU CR… CROIS QUE JE… FAIS EXPRÈS ?! JE… PEUX PAS… VIVRE SEUL… ET ME… P… PAYER UN LOGEMENT… JE PEUX… PAS TRAVAILLER, MAMAN… JE PEUX PAS !
— Baisse d'un ton, Arsène, me menace-t-elle avec son doigt. Tes caprices, j'en ai plus qu'assez.
— DES “CAPRICES”...?! TU… TU CR… CROIS QUE JE… FAIS EXPRÈS ?! JE… PEUX PAS… VIVRE SEUL… ET ME… P… PAYER UN LOGEMENT… JE PEUX… PAS TRAVAILLER, MAMAN… JE PEUX PAS !
Les larmes me montent aux yeux. Ma gorge se serre brutalement. C'est rare que je chiale devant ma daronne, mais je suis tellement blessé et choqué par ses mots que je n'arrive pas à faire autrement.
Elle ne me regarde pas. Elle ne veut pas me voir pleurer. Elle reste là, à fixer le sol en croisant ses bras.
Elle ne me regarde pas. Elle ne veut pas me voir pleurer. Elle reste là, à fixer le sol en croisant ses bras.
— Vous voyez, lance-t-elle alors à Fadi comme si je ne faisais plus partie de la conversation. Il est insupportable.
— Claire…, essaie-t-il de prendre ma défense. Arsène est surpris par la nouvelle, et je peux comprendre. Si je peux me permettre, ça annonce beaucoup de changements pour lui. Ce n'est pas évident.
— Oui, ben… Je dis faire quoi, moi…? Passer ma vie à l'assumer ? Il a vingt-quatre ans, Fadi. Il est temps qu'il se débrouille un peu tout seul.
— “Ta vie à m'assumer”...?! je ricane en pleurant. C'est toi qui a bu pendant que tu étais enceinte de moi, et c'est moi qui “assume” tes conneries. Tu veux prendre des “responsabilités” à ton travail, mais t'es pas foutues de gérer celles de ta vie familiale. Mon handicap, je te le dois, maman. Tu me dois ma vie !
— Claire…, essaie-t-il de prendre ma défense. Arsène est surpris par la nouvelle, et je peux comprendre. Si je peux me permettre, ça annonce beaucoup de changements pour lui. Ce n'est pas évident.
— Oui, ben… Je dis faire quoi, moi…? Passer ma vie à l'assumer ? Il a vingt-quatre ans, Fadi. Il est temps qu'il se débrouille un peu tout seul.
— “Ta vie à m'assumer”...?! je ricane en pleurant. C'est toi qui a bu pendant que tu étais enceinte de moi, et c'est moi qui “assume” tes conneries. Tu veux prendre des “responsabilités” à ton travail, mais t'es pas foutues de gérer celles de ta vie familiale. Mon handicap, je te le dois, maman. Tu me dois ma vie !
CLAC !
La baffe est partie toute seule et elle a surtout séché tout le monde. Davantage moi, c'est vrai, puisqu'elle m'est destinée, et je peux dire que ma mère n'y est pas allée de main morte. J'ai la joue en feu, et l'oreille qui bourdonne.
— CLAIRE, NON !
Fadi s'interpose et nous sépare. Elle est profite pour se barrer avant que je n'ai le temps de réagir. Quand je prends conscience de ce qu'il vient de se passer, c'est trop tard. Elle est déjà partie.
— Maman…, je marmonne avec incrédulité. Maman…! MAMAN !! PUTAIN, MAMAN…!!
Je hurle. Vraiment fort. De rage. Là, je ne me contrôle plus, et tout ce que je chope y passe. Je déchire mes vêtements, fracasse la chaise contre le mur, défonce le radiateur électrique… Fadi a dû mal à m'arrêter. Il est obligé de me plaquer au sol pour m'empêcher de tout casser. Et de me faire mal. Mes poings sont en sang, par exemple.
— ARSÈNE ! crie-t-il par-dessus mes pleurs. ARRÊTE !
— C'EST UNE CONNASSE ! UNE PUTAIN DE CONNASSE, MAIS QUELLE CRÈVE !
— ARRÊTE ! CALME-TOI !
— LÂCHE-MOI, FADI, PUTAIN ! LÂCHE-MOI !
— C'EST UNE CONNASSE ! UNE PUTAIN DE CONNASSE, MAIS QUELLE CRÈVE !
— ARRÊTE ! CALME-TOI !
— LÂCHE-MOI, FADI, PUTAIN ! LÂCHE-MOI !
Je me débats, et m'épuise. Dans ma colère, plusieurs crises se sont mêlées à la fête, et celle que je suis en train de subir, par terre avec un Fadi qui me contentionne, me termine définitivement. Je ne peux plus bouger, et pleure, le nez dans la moquette.
— Fadi…
—Calme-toi. Ça va aller. Calme-toi.
—Calme-toi. Ça va aller. Calme-toi.
La crise passe. Fadi me prend dans ses bras pour m'aider à m'apaiser. Je m'endors presque contre lui, secoué par quelques spasmes de sanglots.
Un temps passe. Ma tête, contre sa poitrine, à chialer en somnolent. Fadi me caresse le dos alors que j'imbibe sa tunique bleue marine de mes larmes. Il bouge, lève le bras, consulte sa montre, et chuchote un juron.
Un temps passe. Ma tête, contre sa poitrine, à chialer en somnolent. Fadi me caresse le dos alors que j'imbibe sa tunique bleue marine de mes larmes. Il bouge, lève le bras, consulte sa montre, et chuchote un juron.
— Arsène. Viens dans le lit. Tu seras mieux pour te reposer.
— Mm…
— Mm…
Fadi me redresse et m'installe dans mon pieu. Je le regarde, pendant qu'il pianote sur son téléphone.
— Tu vas partir…? je l'interroge d'une voix éteinte. Voir Madame Groseille…?
— Non, je vais demander à Françoise si elle peut passer la voir. Je vais rester avec toi. Je ne peux pas te laisser seul dans cet état.
— Mm…
— Non, je vais demander à Françoise si elle peut passer la voir. Je vais rester avec toi. Je ne peux pas te laisser seul dans cet état.
— Mm…
Je ferme les yeux. La fatigue me rattrape.
— Dors, Arsène, me dit Fadi en quittant la chambre. Je passe quelques coups de fils, mais je suis pas loin.
— D'accord…
— D'accord…
Puis, plus rien.
...
— Arsène.
Une lumière douce filtre à travers les rideaux. Je sens une présence familière près de moi, puis une voix chaude et un peu grave qui perfore mon sommeil.
— Arsène. Habibi. Réveille-toi, mon grand.
J'ouvre un œil, puis l'autre. Fadi est penché sur moi, un sourire ennuyé sur les lèvres.
— Il faut que tu manges un peu, me dit-il. Tu as assez de forces pour te lever ? Ou tu préfères que je t'amène ton repas ?
— Non, t'inquiète, je murmure d'une voix enrouée. Je viens.
— Non, t'inquiète, je murmure d'une voix enrouée. Je viens.
Mon corps est en feu, épuisé. Mais j'ai besoin de changer d'air et de voir que chose que cette chambre que j'ai dévastée quelques heures plus tôt. Fadi a rangé un peu, mais les trous dans le mur, mon t-shirt déchiré, mes plaies sur le dos de mes mains… Impossible à cacher.
Pendant qu'il m'aide à m'asseoir dans mon lit puis à me lever, je repense à tout ça.
Ma mère.
Son travail.
Son désir de partir.
De construire sa vie.
Je lui en veux, de m'abandonner sans aucun état d'âme. Mais… je comprends aussi son besoin de ne plus avoir son fils difforme dans les pattes.
Ma mère.
Son travail.
Son désir de partir.
De construire sa vie.
Je lui en veux, de m'abandonner sans aucun état d'âme. Mais… je comprends aussi son besoin de ne plus avoir son fils difforme dans les pattes.
Moi-même, j'en ai marre de me voir.
Après m'avoir soigné les mains et changé de vêtements, Fadi m'installe à la cuisine, devant mon plat de hachis parmentier de poisson tout juste sorti du micro-ondes. Lui, n'a rien prévu pour manger. Je le sais, parce que son ventre se met à chialer, et que je lui lance le même regard de chien battu qu'il m'envoie. Il a faim, parce qu'il est resté ici pour s'occuper de moi.
— Tu as pu te libérer par rapport à tes autres patients ? je lui demande en plantant une fourchette las dans ma purée.
— Oui, me dit-il. Les collègues ont pu dépanner.
— C'est cool, je marmonne. Merci…
— Oui, me dit-il. Les collègues ont pu dépanner.
— C'est cool, je marmonne. Merci…
Il ne répond pas et me sourit. Ça lui fait plaisir que je lui lance ça, ou surtout de voir que j'ai un peu plus le moral que juste après le départ de ma mère.
Pendant un moment, je touille mon plat en essayant de me motiver à le manger, mais en portant ma cuillère à ma bouche, l'odeur me révulse et je me sens incapable d'avaler quoi que ce soit de ce truc. Peut-être que c'est abusé. Quand on y pense, des gens meurent de faim…
Mais limite, là, moi, j'ai presque envie de mourir de faim plutôt que d'ingurgiter cette chose !
— Allez, Habibi, essaie de m'encourager Fadi. Il faut reprendre des forces…
— Je déteste le poisson, Fad…
— Je déteste le poisson, Fad…
Je soupire et lâche ma fourchette avec colère. Elle rebondit sur la table avec fracas.
— Désolé, je maugrée. Je déteste le poisson, je déteste ma mère, je déteste être enfermé ici, je déteste ma tête, je déteste tout.
Je soupire encore.
— Tous les jours, les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Je peux pas profiter un peu de la vie, comme tout le monde…?
Fadi ne dit rien. Il me regarde.
— Comment tu te sens ? me questionne-t-il alors.
— Je sais pas, je réponds en haussant les épaules. Physiquement, ça va. Mais un peu déprimé.
— Tu veux qu'on sorte ? Manger.
— Un Macdalle…? je réplique dans un grand sourire.
— Ce que tu veux. C'est moi qui invite.
— Je sais pas, je réponds en haussant les épaules. Physiquement, ça va. Mais un peu déprimé.
— Tu veux qu'on sorte ? Manger.
— Un Macdalle…? je réplique dans un grand sourire.
— Ce que tu veux. C'est moi qui invite.
Je me tais, et laisse un rictus gigantesque m'envahir.
...
Je ne sors pas beaucoup, évidemment à cause de mon handicap qui complique la logistique, mais surtout, à cause du regard des gens que j'ai du mal à supporter.
Aujourd'hui, je me sens tellement “mal” que les “on dit” d'inconnus abrutis ne m'importent pas vraiment.
Aujourd'hui, je me sens tellement “mal” que les “on dit” d'inconnus abrutis ne m'importent pas vraiment.
Fadi est vraiment sympa. Il m'a conduit dans un fast food - bouffe que, comme tous les jeunes, j'aime manger.
Lui, se bat un peu avec une feuille de laitue en jurant en arabe. Je me marre, et il me regarde de travers.
Lui, se bat un peu avec une feuille de laitue en jurant en arabe. Je me marre, et il me regarde de travers.
— Arrête de rigoler, Arsène ! Tu trouves ça normal, une salade à 9 euros avec deux feuilles de laitue et un pauvre nuggets de poulet ? Et cette vinaigrette, là, c'est que de l'huile !
— Bah… Tout, chez Macdalle, c'est que de “l'houile”. C'est un peu le principe, non ?
— Avec Mira, ce qu'on cuisine n'a rien à voir. Ce n'est pas de la “cuisine”, ça.
— Bah… Tout, chez Macdalle, c'est que de “l'houile”. C'est un peu le principe, non ?
— Avec Mira, ce qu'on cuisine n'a rien à voir. Ce n'est pas de la “cuisine”, ça.
Réplique de vieux.
— Dis, Fadi, je lui lance en buvant mon cola. Tu es libanais ?
Il relève ses yeux gris sur moi, avec étonnement.
— Oui. D'origine et de culture. Pourquoi ?
— Mais tu parles arabe. Les Libanais sont arabes ?
— Oui, dit-il. Et non. De culture et de langue, oui. Mais d'ethnie, non. Les Libanais descendent de plusieurs peuples et sont par exemple levantins ou phéniciens. C'est un métissage assez varié.
— Aaah... T'es “que” de culture arabe, donc.
— On peut résumer ça comme ça.
— Pourtant, tu manges du porc. Et pas de viande halal.
— On peut être de culture arabe et ne pas être musulman, m'explique-t-il. Au Liban, il y a plusieurs religions. Moi, je suis chrétien. C'est la principale religion, là-bas.
— Oh… T'es pas circoncis, alors.
— Mais tu parles arabe. Les Libanais sont arabes ?
— Oui, dit-il. Et non. De culture et de langue, oui. Mais d'ethnie, non. Les Libanais descendent de plusieurs peuples et sont par exemple levantins ou phéniciens. C'est un métissage assez varié.
— Aaah... T'es “que” de culture arabe, donc.
— On peut résumer ça comme ça.
— Pourtant, tu manges du porc. Et pas de viande halal.
— On peut être de culture arabe et ne pas être musulman, m'explique-t-il. Au Liban, il y a plusieurs religions. Moi, je suis chrétien. C'est la principale religion, là-bas.
— Oh… T'es pas circoncis, alors.
Il faillit cracher sa salade, de surprise. Le regard noir qu'il me lance me fait mourir de rire.
— Non, en effet, dit-il. Tu as fini avec tes questions très personnelles ?
Je me marre.
...
On termine notre repas et Fadi m'accompagne aux toilettes. Il n'est là que pour m'aider “au cas où”.
Bref, je fais ma petite affaire et titube jusqu'au lavabo pour me laver les mains. Au moment de déverrouiller la porte, mon aide-soignant me demande si ça va, à cause de mon silence prolongé. Je suis pensif et repense à ma mère et à ce matin d'enfer.
Je hausse les épaules et sans un mot, pose ma tête contre l'épaule de Fadi. Il se fige, ne sachant pas trop comment réagir.
Bref, je fais ma petite affaire et titube jusqu'au lavabo pour me laver les mains. Au moment de déverrouiller la porte, mon aide-soignant me demande si ça va, à cause de mon silence prolongé. Je suis pensif et repense à ma mère et à ce matin d'enfer.
Je hausse les épaules et sans un mot, pose ma tête contre l'épaule de Fadi. Il se fige, ne sachant pas trop comment réagir.
— Merci, Fad, pour le repas. Et la sortie. C'était trop sympa.
Sa main me caresse le dos.
— Non, c'est avec plaisir, Arsène, vraiment, conteste-t-il. Tu n'es pas trop fatigué ? Tu veux rentrer ou tu as encore de l'énergie pour une dernière activité ?
Je me recule un peu et lui envoie un regard étonné.
— Tu as prévu quelque chose de spécial…?
— J'ai un ami coiffeur, qui serait disponible pour te couper les cheveux cet après-midi. Il fermerait le salon pour que tu ne sois pas ennuyé par les autres clients.
— Sérieux…?!
— Tu m'as dit détester ta tête, avoue-t-il. J'ai envie que tu te sentes bien dans ton corps, le mieux possible.
— J'ai un ami coiffeur, qui serait disponible pour te couper les cheveux cet après-midi. Il fermerait le salon pour que tu ne sois pas ennuyé par les autres clients.
— Sérieux…?!
— Tu m'as dit détester ta tête, avoue-t-il. J'ai envie que tu te sentes bien dans ton corps, le mieux possible.
Son attention me touche tellement que je ne réfléchis même plus. Je me penche, lui chope les joues, et lui colle un baiser de gratitude extrêmement sincère. Et ses lèvres sont délicieusement agréables. Légèrement bombées. Légèrement sucrées.
D'abord, la surprise fait qu'il ne réagit pas, et puis, quand je me retire, il baisse les yeux et déglutit avec difficulté.
— Désolé, je m'excuse un peu honteux. Je ne sais pas ce qui me prend. J'abuse. J'ai trop forcé ce bisou.
— Oui, je…
— Oui, je…
Il se tait. Rougit, malgré le doré de sa peau.
— Tu as aimé…? je l'interroge, plus directe.
Ses yeux gris m'observent en silence.
Je me rapproche encore.
Il ne fait rien.
Je colle mon visage au sien.
Il ne fait rien.
Je cherche sa bouche de ma bouche, il murmure un “Arsène…” à peine audible, et me laisse l'embrasser à nouveau.
Je me rapproche encore.
Il ne fait rien.
Je colle mon visage au sien.
Il ne fait rien.
Je cherche sa bouche de ma bouche, il murmure un “Arsène…” à peine audible, et me laisse l'embrasser à nouveau.
Wah…
Ce contact m'excite sur-le-champ et je me fais plus pressent, plus présent. J'emballe Fadi dans un frisson de désir qui me dépasse, sortant ma langue pour qu'elle rencontre ma sienne.
Putain… Qu'il embrasse bien…
Parce que oui. À ce moment-là, il est autant acteur que moi. Je l'embrasse et il m'embrasse.
Mes mains parcourent son corps, avec la maladresse du puceau que je suis, mais… Ça ne semble pas gêner Fadi qui se met à soupirer de façon sonore. J'adore. Mes gestes l'atisent, l'enflamment…
J'en ai la confirmation quand mes doigts atteignent son entrejambe, et qu'une bosse allongée déforme son pantalon de soignant.
J'en ai la confirmation quand mes doigts atteignent son entrejambe, et qu'une bosse allongée déforme son pantalon de soignant.
— Arsène…, halète-t-il. C'est de la folie…
— “De la foulie”, j'acquiesce dans un sourire provocateur avant de reposer mes lèvres sur les siennes.
— “De la foulie”, j'acquiesce dans un sourire provocateur avant de reposer mes lèvres sur les siennes.
Je défais le cordon de son fute.
Tire sur la ceinture élastique.
Engouffre ma main sous le tissu bleu marine.
Puis… Sous l'élastique de son boxer…
Tire sur la ceinture élastique.
Engouffre ma main sous le tissu bleu marine.
Puis… Sous l'élastique de son boxer…
Je touche quelque chose de dur. De brûlant. De mobile. En y plongeant plus franchement la main, j'arrive à empoigner sa queue, comme je peux, avec mes spasmes.
Douce. Bandée. Terriblement excitante.
J'entame un ou deux allers-retours, et Fadi grince de plaisir.
— Ah ouais, t'as raison, je hoche la tête avec satisfaction. Tu n'es pas du tout circoncis…
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