Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cure de jouvence — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cure de jouvence
Chapitre 3
Cela fait maintenant un an que nous nous voyons en cachette. Au début, après cette première rencontre électrique où toutes mes barrières et mes principes ont volé en éclats, on s'est juste laissé porter, sans penser au lendemain. Une parenthèse. Sauf que le piège s'est refermé, je l'aime bien cette gamine, même si je refuse de me l'avouer. Elle a maintenant 25 ans, un copain, et l'âge d'être ma fille. Je refuse qu'elle gâche sa jeunesse avec un homme qui pourrait être son père, et je ne veux pas l'exposer aux jugements ou aux regards médisants des autres.
**********
Mardi
L'appartement sent le tabac froid et l'ennui. Sandra passe un chiffon humide sur les feuilles de Léon, le Monstera acheté lors de leur emménagement. Six ans plus tôt, ils en riaient ; aujourd'hui, elle le soigne avec une précision presque désespérée, comme Mathilda le faisait pour sa plante dans ce vieux film dont elle se souvient si bien. Sauf qu'ici, il n'y a pas de racines à replanter, pas de salut possible. Elle le soigne comme on entretient une tombe.
— Laisse tomber. C'est mort, tu vois bien qu'elle crève. Arrête de perdre ton temps avec ça et fous-la à la benne, on s'en tape.
Sandra ne répond pas. Elle vient de ramasser du bout des doigts deux mégots écrasés dans la terre noire du pot. Un cœur de dégoût au creux du ventre. Elle ne fait même pas de reproche ; à quoi bon ? La lassitude a remplacé la colère depuis longtemps. Elle préfère essuyer les feuilles avec acharnement, s'obstinant à lustrer les cuivres d'un navire qui coule déjà. Elle se sent comme une capitaine qui refuse de quitter la barre malgré le naufrage imminent. Elle a misé six ans sur ce décor, sur cet homme, sur cette routine. Partir, c'est admettre que tout ce temps n'a été qu'un immense gâchis...
Soudain, son téléphone vibre sur la table. Un message de « Atelier 45 ». Pas la peine de l'ouvrir, c'est juste un code entre elle et son futur. Jules ne tourne même pas la tête, hypnotisé par la lumière bleue de la télévision. Il ignore que derrière ce nom de code anonyme se cache le 4 mai, cette rencontre fortuite qui a tout fait basculer. Pour lui, c'est juste un contact administratif de plus. Pour Sandra, la simple vue de ce nom suffit à faire remonter l'odeur de son parfum et le vertige de ce premier jour où sa vie a pris une direction interdite.
**********
À l'autre bout du village, je regarde l'écran noir de mon téléphone. J'ai envoyé le message. Je n'attends aucune réponse immédiate, je sais qu'elle est avec lui. Pour moi aussi, cette double vie est devenue une seconde nature. Je connais le risque, je connais le prix, mais je m'en moque. Mais vivre ainsi, c'est comme essayer de respirer sous l'eau.
Après la première fois, il y en a eu une deuxième, et puis... une troisième, et encore, et encore... Notre routine adultérine s'est installée. On a arrêté de se poser des questions, on a juste appris à mieux mentir. C'est dingue comme on s'habitue vite à mener deux vies de front. On a rodé le truc. On connaît les horaires de son mec, les absences de ma femme, les coins d'ombre du parking. Ça fait presque un an qu'on a fait de ces imprévus notre seule véritable existence. On ne perd plus de temps en préliminaires inutiles ; on a faim l'un de l'autre, une faim de loup qui ne se calme jamais vraiment.
Pourtant, une fatigue s'installe. Celle des mensonges qu'on doit bâtir pour protéger chaque minute volée. On se crée un petit monde à part, une bulle de chair et de sueur où le reste n'existe plus, mais quand la bulle éclate, le retour au réel est de plus en plus violent. Chaque séparation est un déchirement, chaque masque qu'on doit remettre en franchissant le seuil de nos vies respectives nous coûte un peu plus cher. On s'use à force de vouloir être deux personnes à la fois.
Le soir, je dînais face à ma femme en écoutant le récit de sa journée, mais c'était un mensonge. Tandis que ma peau brûlait encore des caresses de Sandra, j'étais là sans être là, un fantôme dans ma propre maison, guettant la vibration du téléphone dans la poche de mon jean pour me sentir à nouveau vivant. Les SMS codés, les rendez-vous entre deux portes, les alibis bidon... je ne me reconnaissais plus, mais je ne pouvais plus m'en passer. C'était devenu une drogue ; je savais que ça allait me bousiller, mais je reprenais une dose dès qu'elle me faisait signe.
Las, ma compagne a fini par s'en aller. Ce n'est pas ma liaison qui nous a achevés – elle n'en a jamais rien su –, c'est la vie qui s'est chargée de nous éteindre. On a passé dix ans à trimer comme des dingues, la tête dans le guidon, à faire passer le boulot avant nous. On est devenus des étrangers sous le même toit. Un soir, la lassitude a été plus forte que les souvenirs ; elle m'a dit que cette vie ne lui ressemblait plus. On s'est quittés en bons termes, sans cris ni vaisselle brisée, mais le silence qu'elle a laissé derrière elle en emportant ses affaires est assourdissant. Je me retrouve seul dans une maison devenue trop grande, avec pour unique compagnie mes regrets et une télévision souvent éteinte.
**********
Mercredi
19h32
22H30
**********
Petit à petit, au fil des saisons et de nos rencontres, j'ai senti un changement au fond de moi. Une légère brise au début, puis un souffle sournois, ce petit vent qui se lève comme les prémices d'une tempête. Sandra changeait lentement. Moi aussi, je sentais que quelque chose se mettait en place, mais je ne voulais pas le voir, pas l'entendre, et surtout ne pas l'accepter.
Ça a commencé avec cette photo d'elle, cachée au fond de mon portefeuille. Puis des babioles pour que je pense à elle. Un porte-clés, un stylo, une peluche avec des chocolats, des cadeaux presque enfantins. Des petits bibelots pour garnir mon bureau. Des petites attentions insignifiantes lorsqu'elles viennent d'un conjoint, mais qui prennent une dimension effrayante dans notre cas. À notre dernière rencontre, elle m'a offert une chemise. Oui, une chemise. Ça n'a l'air de rien, mais on n'offre pas un vêtement à son amant, pas plus qu'on n'offre une paire de baskets à sa maîtresse. Ce sont des cadeaux de couple légitime, des gestes qui disent « je veux t'habiller », « je veux faire partie de ton quotidien ».
Le silence de la maison est différent depuis quelques semaines. Ce n'est plus le vide d'une maison désertée par sa femme, c'est un silence habité, presque vibrant, parsemé des petites empreintes que Sandra y a semées. Un pot de plante grasse sur le rebord de la fenêtre, un livre oublié sur le coin du canapé, le parfum de sa peau qui persiste sur le dossier des fauteuils, quelques affaires de toilette dans la salle de bain.
Et puis, je repense à ses lettres. Les petits mots griffonnés à la va-vite sur des bouts de papier sont devenus des lettres, les lettres se sont fait ruisseaux, rivières, fleuves parmi les plus puissants. Des pages couvertes d'une écriture fiévreuse, ces mots qu'elle m'a offerts comme des offrandes. Au début, je les lisais avec une retenue prudente. Mais avec le temps, elles ont muté. Elles sont devenues un courant puissant et dévastateur qui a fini par submerger mes digues, mes remords, ma logique. Chaque mot était une goutte de plus dans le lit de ce fleuve qui m'entraîne vers elle. Les mots frappaient mon cœur de plus en plus fort, chaque lettre me faisant perdre pied un peu plus. Je les ai lues et relues, jusqu'à en connaître le grain, jusqu'à ce que son encre soit gravée sous mes paupières. Elles m'ont rendu fou. Elles m'ont prouvé que je ne pouvais plus reculer.
Et puis, je repense à ses lettres. Les petits mots griffonnés à la va-vite sur des bouts de papier sont devenus des lettres, les lettres se sont fait ruisseaux, rivières, fleuves parmi les plus puissants. Des pages couvertes d'une écriture fiévreuse, ces mots qu'elle m'a offerts comme des offrandes. Au début, je les lisais avec une retenue prudente. Mais avec le temps, elles ont muté. Elles sont devenues un courant puissant et dévastateur qui a fini par submerger mes digues, mes remords, ma logique. Chaque mot était une goutte de plus dans le lit de ce fleuve qui m'entraîne vers elle. Les mots frappaient mon cœur de plus en plus fort, chaque lettre me faisant perdre pied un peu plus. Je les ai lues et relues, jusqu'à en connaître le grain, jusqu'à ce que son encre soit gravée sous mes paupières. Elles m'ont rendu fou. Elles m'ont prouvé que je ne pouvais plus reculer.
Samedi, je vais la détruire.
Samedi, je vais la détruire... Mais elle ne le sait pas encore.
Samedi, je vais la détruire... Mais elle ne le sait pas encore.
**********
Jeudi
11h49
12H32
**********
Vendredi
De son côté, Sandra ne jouait plus. Ce qui n'était au début qu'un défi, une simple échappatoire, une façon de pimenter son quotidien trop rangé, s'était transformé en un besoin vital. Elle se surprenait à fixer le fauteuil vide du salon, à imaginer Xavier là : sa présence rassurante, cette allure de gentil sauvage qui contrastait avec sa douceur, et surtout ce regard, cette jeunesse insoupçonnable qui semblait lire en elle comme dans un livre ouvert.
Elle s'était rendu compte de l'irréparable le jour où elle lui avait acheté cette chemise. Elle n'avait pas voulu l'exciter, elle avait juste voulu le protéger, l'envelopper d'elle. En rentrant chez elle ce soir-là, elle avait eu un vertige : elle était amoureuse. Profondément. Et cela l'effrayait.
Chaque fois qu'il lui écrivait « il faut qu'on discute », elle recevait le message comme une décharge électrique. Elle n'était pas dupe. Elle connaissait ce ton de « vieux sage » qu'il empruntait pour se donner du courage. Elle sentait qu'il voulait mettre fin à leur histoire pour « son bien à elle », sans comprendre que son bien à elle, c'était lui.
Elle s'était rendu compte de l'irréparable le jour où elle lui avait acheté cette chemise. Elle n'avait pas voulu l'exciter, elle avait juste voulu le protéger, l'envelopper d'elle. En rentrant chez elle ce soir-là, elle avait eu un vertige : elle était amoureuse. Profondément. Et cela l'effrayait.
Chaque fois qu'il lui écrivait « il faut qu'on discute », elle recevait le message comme une décharge électrique. Elle n'était pas dupe. Elle connaissait ce ton de « vieux sage » qu'il empruntait pour se donner du courage. Elle sentait qu'il voulait mettre fin à leur histoire pour « son bien à elle », sans comprendre que son bien à elle, c'était lui.
Alors, ce vendredi après-midi, seule dans l'appartement silencieux, la panique commença à monter. S'il vient pour rompre, je ne le laisserai pas faire. Elle se posta devant le miroir de la salle de bain, scrutant son reflet. Elle voyait ses rondeurs qu'il aimait tant, cette peau qu'il ne cessait de caresser. C'était sa meilleure arme. Sa seule façon de faire taire la raison de Xavier. Elle avait attrapé son téléphone, le cœur battant à tout rompre.
16H00.
16h42
**********
Je repense à notre première rencontre. Il me regardait avec ses yeux marron, et son hésitation à la con, quand il avait lâché que toi et moi, c'était un peu “chelou”. Le mec cherchait déjà une porte de sortie avant même de savoir comment m'embrasser. Il essayait désespérément de se convaincre qu'on était juste un bug dans le système. Abruti de Xavier.
Je fais les cent pas dans le salon, la colère me monte à la gorge, une bile noire que je n'arrive plus à ravaler. Quel lâche ! Il se prend pour qui ? Pour un saint ? Il veut jouer au mec responsable qui me “libère” de son emprise pour que je puisse « vivre ma vie » ? Mais il se prend pour mon père ou quoi ? C'est insultant. C'est d'un mépris total. Il décide pour moi, il m'exclut de ma propre vie, et il pense que c'est de la noblesse ! Abruti, abruti, abruti ! J'ai envie de tout fracasser dans cette pièce, de lui hurler à quel point il me dégoûte avec ses manières de vieux con qui a peur de sa propre ombre.
... NON ! Je m'arrête net, je m'effondre sur une chaise de la cuisine. Le calme lourd revient dans ma tête, et ma rage s'évapore aussi vite qu'elle est venue, me laissant comme vidée, tremblante.
Je pose le front sur le rebord de la table. Pardon. Tu n'es pas un abruti ; t'es juste... t'es juste Xavier. T'es le seul homme qui me regarde comme si j'étais le centre du monde, et qui en a eu une peur bleue. Comment je peux te traiter comme ça ? Je t'aime tellement que ça me brûle, alors comment je pourrais te détester ? Je t'aime, Xavier. Et c'est justement parce que je t'aime que je ne te laisserai pas détruire ce qu'on est. Ton comportement de lâche, ton besoin viscéral de tout gâcher pour « me protéger », je vais devoir le combattre. Pas avec de la haine, mais avec une détermination qui va te faire oublier tes principes de merde.
Je me dirige vers la salle de bain et me regarde dans la glace. Mes yeux sont rougis, mais mon regard est fixe, déterminé. Je ne suis plus à Jules, je ne suis plus à personne : je suis à lui. Corps et âme, cellule par cellule, je lui appartiens.
Je lui appartiens, mais il ne le sait pas encore.
Son existence, ses remords, tout ça, c'est à moi... Mais il ne le sait pas encore.
Son existence, ses remords, tout ça, c'est à moi... Mais il ne le sait pas encore.
Il veut me quitter pour mon bien ? Il croit qu'il va m'arracher à sa vie ? Quelle blague. Il ne comprend pas qu'il n'y a plus de retour possible. S'il essaie de s'arracher, il devra m'arracher avec lui. Et je n'ai pas été faite pour être décollée. Qu'est-ce que je serais prête à faire pour qu'il ne parte jamais ? La question tourne en boucle, froide, clinique. Je ne suis pas une folle, je ne ferai pas de truc irréparable, je veux juste qu'on soit ensemble. Mais je vais être son oxygène, sa seule issue, son obsession. Je vais le verrouiller ici, dans ce lien, jusqu'à ce que son monde extérieur n'ait plus aucun sens.
S'il veut nous détruire, il va falloir qu'il m'arrache le cœur en même temps que le sien. Demain, il ne partira pas. Il ne pourra tout simplement pas, parce que je ne lui laisserai aucune autre vie possible en dehors de la mienne. S'il faut le protéger de ses propres démons en le gardant prisonnier de notre amour, alors je le ferai. Il appartient à cette histoire, à moi, à notre “chelou” éternel. Et tant pis si on doit finir par brûler ensemble, tant que c'est ici, dans ce brasier.
Il est à moi, mais il ne le sait pas encore.
Juste à moi... Et ça, je le sais déjà.
Juste à moi... Et ça, je le sais déjà.
La porte de la salle de bain se referme avec un déclic sonore, mon dernier rempart. Je me verrouille à l'intérieur. À l'extérieur, le silence de l'appartement est lourd, presque hostile. La lumière crue de l'éclairage me renvoie une image que je ne veux pas gâcher. Je m'observe dans le miroir. Mon reflet ne trahit rien de la tempête qui gronde en moi, mais mes mains, elles, sont déjà à l'œuvre. Je sors mon nécessaire, celui que je n'utilise que pour les occasions qui peuvent tout faire basculer.
C'est un rituel silencieux, presque sacré. Chaque geste est précis, méthodique. Je me rase, lentement, chaque passage de la lame sur ma peau est une promesse que je me fais à moi-même. Je veux être parfaite, lisse, offerte et pourtant inaccessible. Je veux que, lorsqu'il posera ses mains sur moi, il ne sente aucune imperfection, aucun obstacle entre lui et mon désir. Une préparation de guerrière qui s'apprête à entrer dans l'arène.
Ce n'est pas pour le regard des autres. C'est pour lui. Pour qu'il n'ait plus aucune excuse, pour qu'il soit désarmé. Je suis en train de polir l'arme avec laquelle je vais le retenir. Xavier ne m'a jamais rien demandé. Il est trop gentleman, trop précautionneux pour ça. Il a toujours eu ce respect un peu intimidant pour moi. Mais demain, je ne veux pas qu'il soit un gentleman. Je veux qu'il soit un homme, brut de décoffrage. Un homme qui oublie ses théories sur la différence d'âge, ses remords, son idée fixe de « me protéger de lui ». Je veux que, lorsqu'il posera ses mains sur moi, il ne sente plus qu'une évidence brûlante, une douceur absolue qui lui coupera le souffle et lui fera oublier pourquoi il est venu.
Tu veux me détruire, Xavier ? pensé-je, en sentant la lame glisser avec une précision chirurgicale. Alors, prépare-toi à perdre tes derniers moyens.
C'est une sensation étrange, ce dépouillement. C'est comme si j'effaçais les traces de ma vie de couple avec Jules, comme si je me rendais totalement disponible pour l'autre, pour Xavier. Je me façonne pour lui, pour que chaque centimètre de moi soit une invitation à laquelle il ne pourra pas répondre par la négative. Je ne cherche pas à être séduisante, je cherche à être irrésistible, au sens propre du terme : celle à qui on ne peut pas résister.
Je termine. Ma peau est lisse, parfaite, une toile vierge prête à accueillir sa brûlure. Je me contemple une dernière fois dans le miroir, sans pudeur, juste avec une satisfaction froide et déterminée. Je ne suis plus une jeune femme qui se laisse guider par les doutes d'un homme. Je suis une force de la nature qui a décidé de verrouiller son destin.
Je sors de la salle de bain, le souffle court, le peignoir glissant sur mes épaules. Je ne suis plus la fille qui doute. Je suis celle qui va décider du reste de nos vies. Je suis prête.
23H30
23H38
23H47
Demain, demain je vais la détruire.
Demain, demain je vais la détruire... Et elle ne le sait pas encore.
Demain, demain je vais la détruire... Et elle ne le sait pas encore.
**********
Samedi
06h23
7h06.
Nos rencontres, qui devaient rester uniquement charnelles, sont devenues intimes, trop intimes. Des confidences, des allusions à ce que nous “pourrions” devenir. Mais non, il n'y a pas de “nous”. Les câlins coquins se sont transformés en câlins d'amoureux...
Amoureux ! Voilà, on y est. Amoureux. C'est donc ça, le point de bascule, le point de non-retour. Le mot me brûle la gorge rien que d'y penser. Une décision doit être prise avant que tout cela ne finisse par dégénérer complètement. On doit tout arrêter, ou on va y laisser notre peau. La mienne, je m'en fous, mais elle...
Oui, elle, si je ne l'arrête pas, qu'est-ce qu'il va lui rester ? Son couple vacille déjà, c'est vrai, mais elle va finir par le flinguer, exploser son avenir de femme pour un mec qui a déjà fait son temps. Je ne peux pas la laisser saborder son existence pour une chimère, pour un homme qui pourrait être son père et qui n'a plus rien à lui offrir que des après-midi volés dans des coins d'ombre. C'est au vieux con de mettre le holà.
Amoureux ! Voilà, on y est. Amoureux. C'est donc ça, le point de bascule, le point de non-retour. Le mot me brûle la gorge rien que d'y penser. Une décision doit être prise avant que tout cela ne finisse par dégénérer complètement. On doit tout arrêter, ou on va y laisser notre peau. La mienne, je m'en fous, mais elle...
Oui, elle, si je ne l'arrête pas, qu'est-ce qu'il va lui rester ? Son couple vacille déjà, c'est vrai, mais elle va finir par le flinguer, exploser son avenir de femme pour un mec qui a déjà fait son temps. Je ne peux pas la laisser saborder son existence pour une chimère, pour un homme qui pourrait être son père et qui n'a plus rien à lui offrir que des après-midi volés dans des coins d'ombre. C'est au vieux con de mettre le holà.
C'est avec cette certitude – ou cette excuse – que je gare la voiture. Le moteur coupé, le silence revient, mais ma tête est un chantier. Il est 7h08. Dans un peu plus de cinq minutes, je serai face à elle.
Dans cinq minutes, je vais la détruire.
Dans cinq minutes, je vais la détruire... Et elle ne le sait pas encore.
Dans cinq minutes, je vais la détruire... Et elle ne le sait pas encore.
Dehors, une petite pluie fine de printemps rafraîchit l'air sans faire de bruit. Elle s'étale sur le pare-brise et brouille ma vision de la rue... du moins, c'est la version officielle... La vérité, c'est que le pare-brise n'est pas le seul à être trempé. Mes yeux sont lourds, chargés d'une humidité que ma fierté d'homme s'obstine à nier. À l'abri de l'habitacle, je reste immobile, les mains crispées sur le volant, fixant le vide en attendant que la tempête intérieure se calme.
Tu vas la détruire, Xav ! Je sens cette tension monter en moi, une urgence noire.
Je descends de voiture. L'air est encore frais, mais je ne sens rien. Je marche vers l'immeuble, chaque pas résonnant comme une sentence. Arrivé devant la porte, je m'arrête, je fixe la sonnette. Derrière cette porte, il y a la fin de ma raison et le début d'un enfer que j'ai moi-même alimenté. Je prends une grande inspiration. Ma main tremble un peu, mais je n'ai plus d'excuses. Mon doigt frôle le bouton de la sonnette.
C'est l'instant. Je vais ouvrir les vannes, libérer ce torrent de mots et de silences, et je vais la jeter dans le Styx. Je vais nous y précipiter tous les deux, pour que tout soit oublié, pour que ce souvenir de nous devienne un silence éternel sous les eaux glacées de l'oubli. C'est mon seul salut. Pour qu'elle survive, il faut que je l'envoie dans les profondeurs. J'appuie. Le glas vient de sonner.
Maintenant, je vais la détruire.
Maintenant, je vais la détruire... Et elle ne le sait pas encore.
Je ne verrai plus jamais son joli sourire... Et ça, je le sais déjà !
Maintenant, je vais la détruire... Et elle ne le sait pas encore.
Je ne verrai plus jamais son joli sourire... Et ça, je le sais déjà !
**********
Le déclic du verrou, dans le silence du couloir, résonne comme un coup de feu. Je ne lui laisse pas le temps de respirer, de reprendre ses esprits ou de formuler l'une de ses phrases toutes faites sur la « nécessité de discuter ». Dès que le pêne glisse, je tire la porte vers moi. L'air s'engouffre dans l'interstice. Xavier est là, figé sur le seuil, la main encore levée, les doigts crispés comme s'il s'apprêtait à sonner une seconde fois. Il a l'air étranger, presque âgé sous la lumière crue du palier, avec ces gouttes de pluie qui perlent sur ses cheveux. Il est venu pour détruire, pour couper, pour trancher le lien. Il ouvre la bouche. Un son, une excuse, le début d'une sentence. Mais je ne lui laisse aucune chance.
Je ne lui dis pas bonjour. Je ne lui demande pas s'il a fait bonne route. Je fais un pas vers lui, envahissant son espace vital. L'odeur du café, du matin, et ce parfum d'homme que je connais par cœur. Mes mains se posent sur ses épaules, non pas pour l'accueillir, mais pour l'ancrer dans ce couloir, dans cette bulle qui n'appartient qu'à nous. Je vois son regard parcourir mon visage, puis descendre, lentement, irrésistiblement, vers l'éclat rouge qui pointe sous mon peignoir entrouvert. Ses pupilles se dilatent. Le « vieux sage » vacille. La détermination qu'il affichait deux secondes plus tôt se fissure, se dissout dans un mélange de vertige et d'envie pure.
— Tu voulais discuter ? murmuré-je, ma voix n'étant plus qu'un souffle qui caresse son cou.
Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je bascule en arrière, l'entraînant avec moi, le forçant à franchir le seuil. Dans mon dos, ma main cherche la poignée pour refermer la porte, verrouillant le monde extérieur, ses remords et nos vies d'avant. Le claquement du verrou est définitif. Il ne repartira pas. Il ne le sait pas encore, mais il vient de signer son arrêt de mort dans ce salon. Pas celle de son souffle, non, mais celle de l'homme qu'il était en entrant : ce vieux con rigide, muré dans ses certitudes. En cet instant précis, ses convictions sur l'âge et les convenances cessent d'être des remparts pour devenir des vestiges.
**********
La porte s'ouvre brusquement, sans même que j'aie le temps de reculer. Sandra est là. Elle porte son peignoir, légèrement trop juste pour ses formes généreuses, et je sens la chaleur de sa peau à travers le tissu. Avant que je puisse proférer un seul mot, je me sens happé par son étreinte, cette force insoupçonnable qui me plaque contre elle. Ce rempart de soie est une frontière bien trop fine. Je sens sa température qui brûle mes résolutions. Elle me serre si fort que j'ai l'impression qu'elle essaie de fusionner avec moi, de m'empêcher de repartir.
— Tu voulais discuter ? murmure-t-elle, la voix étouffée contre mon épaule.
Elle finit par réduire son étreinte, se recule doucement, mais garde mes mains prisonnières des siennes. Elle me sourit, mais c'est un sourire de façade, une tentative désespérée de masquer l'inquiétude qui brille dans ses yeux. Elle scrute mon visage, cherchant sans doute à y lire l'arrêt de mort de notre histoire.
— Hrm... Je brise le silence en premier, la voix un peu plus rauque que je ne l'aurais voulu.
— Sandra... on peut s'asseoir ?
— Sandra... on peut s'asseoir ?
Le mot est lâché. Elle comprend immédiatement. C'est le signal de la “discussion”. Je vois son visage changer en une fraction de seconde : son joli teint rosé se ternit, ses traits se figent. Elle me fait un petit sourire triste, celui qu'on adresse à un médecin qui va annoncer une mauvaise nouvelle.
— Je vais faire du café, lance-t-elle d'une voix blanche et froide en se dirigeant vers la cuisine.
Je la suis, je lui propose mon aide, mais elle décline sèchement, le dos tourné. Elle s'active avec les tasses et le sachet de café en papier kraft, le fameux café qu'elle a acheté au marché. Les gestes sont saccadés, trop rapides. Le sachet se déchire et répand une partie de son contenu sur le plan de travail.
— Putain, fais chier...
Elle reste là, immobile devant le plan de travail. De dos, je remarque qu'elle tremble. C'est imperceptible, comme ces frissons qui vous parcourent quand le froid vous gagne les os. Je m'approche lentement, je pose mes mains sur sa taille. Elle ne se retourne pas, mais j'entends un reniflement étouffé. Elle pleure.
— Hé... ça va ?
Je la prends par la taille, sentant la douceur de ses hanches sous mes paumes. Elle évite mon regard, essuyant ses joues d'un revers de manche. Je la guide doucement vers une chaise de la cuisine et je la fais s'asseoir. Machinalement, je pose nos deux tasses vides sur la table, mais je sens que le café ne sera pas pour tout de suite. Elle esquisse un sourire fragile et relève enfin la tête. Ses yeux sont rougis, mais ils cherchent les miens.
— Ah ben voilà... t'as mis tes jolis yeux sur “on”.
— T'es con, Xav... C'était ton café, pour toi. Elle soupire, un rire nerveux se mélangeant à ses larmes.
— Qu'est-ce qui se passe, Sandra ?
— T'es con, Xav... C'était ton café, pour toi. Elle soupire, un rire nerveux se mélangeant à ses larmes.
— Qu'est-ce qui se passe, Sandra ?
Question purement rhétorique, je me sens même con de l'avoir posée. Et les deux minutes suivantes, je vais me surpasser dans ma connerie.
— Non... c'est rien, t'inquiète. Non, ça ne va pas, tu crois que je ne sais pas ce que tu vas essayer de nous briser. Tu vas me découvrir guerrière, je vais me battre.
Mes mains jouent avec la tasse posée devant moi, je lève les yeux pour croiser son regard.
— Hop hop hop ! Quand une femme dit de ne pas s'inquiéter, c'est soit le moment de se sauver pour aller pêcher, soit... on s'assoit avec un bon café et on dit les choses. Toutes les choses. Tu peux me parler, tu sais. Comme à un ami.
À peine le mot “ami” est-il sorti que je sens le sang se glacer dans mes veines. Un silence soudain s'installe dans la cuisine, un silence épais, presque solide, qui semble aspirer tout l'oxygène de la pièce. Je vois Sandra se figer, ses articulations blanchissent à serrer sa tasse vide. Elle ne bouge plus. Seuls ses yeux, d'abord hébétés, se mettent à brûler d'une lueur sombre, venimeuse. Je tente d'ouvrir la bouche, de rattraper cette maladresse, mais il est déjà trop tard. Le malaise est là, insoutenable, une ligne rouge que je viens de franchir.
— MAIS TU N'ES PAS UN POTE, PUTAIN !
Le cri jaillit, résonne dans la pièce comme un verre qui explose, libérant des mois de silence et d'attente. Elle tremble de tout son corps, sa voix se brise sous le poids de tout ce qu'elle a contenu jusqu'ici. Elle me regarde, les yeux embués d'une rage qui est, en réalité, de la détresse pure...
— Je pensais que j'étais plus que ça pour toi... Je pensais qu'on construisait quelque chose. J'ai attendu, j'ai espéré, j'ai tu chaque doute... et tu me réduis à ça ? Une pote ? Après tout ce qu'on a été l'un pour l'autre ? Je pensais que j'étais ton égale, ton alliée, ton tout... En tout cas... c'est ce que je croyais.
Elle marque une pause, sa voix se fissure, devenant un murmure instable, presque effrayant de détresse.
— Mais ce n'est pas « quelque chose ». Pour toi, ce n'est rien. En tout cas... c'est ce que tu viens de me faire comprendre. Après tout ce qu'on a partagé, après toutes ces semaines où j'ai été là, dans l'ombre de ton indécision... tu me réduis à ça. Une pote.
Elle baisse enfin les yeux, un rire amer et sans joie lui échappe, une ultime décharge de cette colère devenue trop lourde à porter. C'est fini, la décision est prise. Je le sais maintenant, au fond de mes tripes, mon histoire avec Jules est morte. Il faut juste que je trouve le courage de lui dire. Mais je ne laisserai pas Xavier tout gâcher.
— Quel gâchis, putain. Quel immense gâchis.
— Excuse-moi... bafouillé-je, je suis maladroit. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
— Excuse-moi... bafouillé-je, je suis maladroit. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
Elle attrape une tasse vide en se levant et la balance violemment dans ma direction, sans vraiment chercher à me viser. Le bruit de la céramique qui se brise contre le mur résonne comme un coup de feu dans la cuisine.
— Je ne te laisserai pas faire ça ! hurle-t-elle.
Elle se précipite sur moi. Ses yeux, d'ordinaire si profonds et apaisants, sont devenus deux lames de verre, injectés de sang. Les muscles de sa mâchoire sont crispés à en faire saillir les tempes, une tension qui déforme son visage habituellement si harmonieux en un rictus de douleur pure. Elle ne me regarde plus, elle me transperce. Ses poings s'abattent sur ma poitrine, non pas pour me faire mal, mais pour forcer la porte de ma cuirasse. Chaque impact est une supplique. Elle me frappe avec une cadence erratique, ses mains prises d'un tremblement incontrôlable qui commence dans ses épaules et se propage jusqu'au bout de ses doigts. C'est un séisme intérieur.
— T'as un cœur, Xav ! T'as un cœur, bordel ! s'époumone-t-elle, la voix striée de sanglots qu'elle tente en vain d'étouffer. Écoute-le ! Arrête de faire tes calculs de vieux con et écoute-le ! Écoute-le... !
Ses lèvres tremblent tellement qu'elle peine à articuler les mots, ses dents claquent légèrement sous le choc de sa propre rage. Elle finit par s'épuiser. Ses mains, qui s'acharnaient sur mon torse, s'ouvrent, leurs doigts agrippant le revers de ma chemise avec une force désespérée, ses articulations blanchissant sous l'effort. Puis, tout bascule. L'agressivité se dissout en une seconde. Ses genoux flanchent. Elle s'écroule contre moi, son front venant se loger dans le creux de mon épaule, son corps tout entier secoué par des secousses violentes, comme si elle était traversée par un courant électrique mourant. Elle me serre si fort que je sens ses côtes contre les miennes, son souffle chaud et humide mouillant le col de ma chemise. Elle ne combat plus le monde ; elle s'accroche à moi comme à son dernier ancrage dans la réalité.
Je reste là, pétrifié par ce contraste : la femme de feu qui, il y a une seconde encore, voulait me détruire, n'est plus qu'une enfant brisée qui cherche à se fondre en moi pour ne pas disparaître. Et je réalise, avec une terreur sourde, que cette destruction que je voulais infliger à Sandra, je viens de l'infliger à nous deux.
On a parlé longtemps, alors. Elle a déballé sa vie, son travail, ce couple avec Jules qui n'est plus qu'une façade, et sa rencontre avec moi, qui n'était qu'un jeu au début. De mon côté, j'ai essayé de clarifier, d'expliquer que je ne voulais pas profiter d'elle, que je tenais à elle...
Mais malgré tous mes efforts, mes explications me semblèrent être des mensonges, des pierres que je lui jetais au visage plutôt que des ponts. J'étais cet « ami plus plus » qui n'ose pas dire son nom de peur de tout faire exploser. En cherchant à la protéger, j'avais fini par ériger des murs si hauts que je l'avais condamnée à l'exil. Ma peur de l'attachement était devenue un poison que je lui faisais boire goutte à goutte. Je réalisais que mes « je tiens à toi » ne pesaient rien face à l'effondrement qu'elle venait de subir sous mes yeux. Tout ce que j'avais bâti pour rester indemne venait de s'écrouler, et dans le silence qui suivit ses cris, je compris qu'il n'y avait plus rien à expliquer. Juste à réparer.
Le calme est revenu, lentement. L'orage des mots a laissé place à une lassitude plus douce. Puis, comme si c'était devenu une habitude, elle est revenue s'asseoir sur mes genoux. Puisque les choses étaient dites, ou du moins entamées, je me sentais plus léger.
Mes mains ont glissé naturellement à l'intérieur de son peignoir. J'ai commencé à masser son ventre, ce ventre généreux et chaud que j'adore sentir sous mes doigts. À cet instant, dans le silence de la cuisine, les discours de rupture semblaient bien loin. On était juste là, l'un contre l'autre, suspendus avant le reste de la journée. Je croyais avoir déposé mon fardeau ; je ne faisais que m'enchaîner un peu plus à elle. Le silence retombe, seulement troublé par le ronronnement lointain du frigo et le tic-tac sourd d'une pendule. Sous mes doigts, la peau de son ventre est douce, vivante. Je sens Sandra se détendre, son corps s'abandonner un peu plus contre le mien. Elle appuie sa tête sur mon épaule, ses cheveux frôlant ma joue. Pendant un long moment, on ne dit rien. On savoure cette trêve fragile. Mais je sens son souffle changer. Il devient plus court, plus saccadé. Elle cherche ses mots, elle lutte contre quelque chose qui veut sortir.
— Xavier ? murmure-t-elle.
Sa voix est si basse que je l'entends à peine. Je continue mon massage lent, circulaire, espérant que le geste suffira à la rassurer, à nous maintenir dans cette bulle de bien-être.
— Tu sais... pour moi, ce n'est plus un jeu depuis longtemps. Ce n'est pas juste... ça !
Elle ne dit pas les mots « plan cul », elle a trop de pudeur pour ça maintenant, mais ils flottent dans l'air, moches et froids. Elle se redresse un peu, juste assez pour approcher ses lèvres de mon oreille. Je sens la chaleur de son haleine sur ma peau, un frisson me parcourt l'échine.
— J'ai essayé de me raisonner, de me dire que c'était idiot, que ça allait tout bousiller... mais je n'y arrive plus.
Elle marque une pause. Le temps s'arrête. Je devrais l'interrompre, sortir une de mes phrases de vieux Yoda pour désamorcer la bombe, mais je suis comme paralysé.
— Je t'aime... je t'aime Xav.
C'est un souffle, presque rien. Un aveu glissé comme un secret coupable au creux de mon oreille. Mais pour moi, c'est un séisme. Le mot me traverse, me brûle, balayant mes certitudes et mes barrières. Je ferme les yeux, incapable de répondre, tandis que mes mains s'immobilisent sur sa peau. Elle vient de jeter la dernière carte du jeu. Et je n'ai plus rien pour contrer.
Le mot résonne encore contre mon tympan, vibrant jusque dans ma poitrine.
Je devrais dire : « Sandra, sois raisonnable. »
Je devrais dire : « On avait dit pas d'attaches. »
Je devrais dire...
Je devrais dire : « On avait dit pas d'attaches. »
Je devrais dire...
Mais ma gorge est nouée, mes certitudes sont en cendres.
Je tourne lentement la tête vers elle. Ses yeux sont là, à quelques centimètres des miens, brillants d'une attente qui me déchire le cœur. Je vois sa lèvre inférieure trembler légèrement. À cet instant, je ne suis plus le sage, je ne suis plus celui qui sait. Je suis juste un homme qui se noie dans le regard d'une femme. Je pose ma main sur sa joue trempée, mon pouce recueillant une larme égarée.
— Moi aussi, Sandra... je crois que je suis foutu. Je t'aime, bordel.
C'est un aveu qui ressemble à une reddition. Dès que les mots franchissent mes lèvres, c'est comme si un poids immense s'envolait, remplacé par une urgence électrique.
Elle ne me laisse pas le temps de reprendre mon souffle. Ses lèvres s'écrasent sur les miennes avec une faim de louve. Une faim que les mois de cache-cache et de non-dits n'ont fait qu'attiser. Ma main, qui massait doucement son ventre l'instant d'avant, remonte avec autorité pour s'ancrer dans ses cheveux, tandis que l'autre la serre contre moi à en perdre haleine.
Le raisonnable, on s'en fout, plus de passé, maintenant on se fout de tout.
Il n'y a plus que nous deux, dans cette cuisine qui devient trop petite pour l'incendie qu'on vient d'allumer. Je me lève en la portant, ses jambes s'enroulant instinctivement autour de ma taille, et je l'entraîne vers la chambre. Aujourd'hui, on ne va pas juste faire l'amour. On va se dévorer jusqu'à en crever.
Je la dépose sur le lit, mais elle ne me lâche pas, ses mains s'accrochant à ma chemise comme si sa vie en dépendait. Dans la pénombre de la chambre, le rouge de la lingerie qu'elle a choisie semble brûler contre la pâleur de sa peau. Il n'y a plus de place pour les mots, plus de place pour la réflexion de « vieux con ». Mes mains, d'ordinaire si prudentes, explorent désormais chaque courbe avec une faim de possédé. Je redécouvre la cambrure de ses hanches, la douceur de son ventre généreux que je pétris avec une ferveur nouvelle, tandis que nos souffles se mêlent dans un rythme saccadé. Chaque contact est une décharge électrique, chaque gémissement étouffé de Sandra est une victoire sur la raison. On se cherche, on se dévore, portés par l'urgence de cette année de frustration qui vole en éclats.
C'est une lutte autant qu'une union, un corps-à-corps où la peau s'enflamme, où la sueur et le parfum se confondent, jusqu'à ce que je me perde totalement en elle, oubliant le monde extérieur, le temps, et même mon propre nom.
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Commentaires ()
Pourtant je ne cherche pas à te torturer... enfin… juste ce qu'il faut pour maintenir le suspense !
C'est un régal de constater que ce jeu fonctionne aussi bien sur toi, et je l'espère sur d'autres lectrices et lecteurs.
Merci pour tes mots, ça me touche beaucoup.
À très vite pour la suite (et je promets d'essayer de ne pas te faire BBEARGHHHhhhh..._______________) !
Tu as le don de nous faire mariner, Xavier 😅. Moi qui suis impatiente comme tout, j'ai bien cru que j'allais décéder d'attendre le moment fatidique 😵 !
En tout cas, on ne t'enlèvera pas le fait que tu excelles dans l'art de torturer les lectrices comme moi 😅.
Bravo pour cette histoire dans laquelle sentiments et passion transcendent le simple sexe 😌.
Et un grand merci pour ton commentaire.
L'amour et l'attirance ne s'embarrassent pas des chiffres sur l'état civil.
Sandra et Xavier vivent cet instant à 100 %, sans trop se poser de questions sur le " qu'en-dira-t-on" ou sur les barrières générationnelles.
C'est ce qui rend leur histoire si intense.