00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Couverture de Sous l’emprise du désir, par Galaxie rouge
Couverture de Sous l’emprise du désir, par Galaxie rouge
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Sous l’emprise du désir — Chapitre 4 · L’éclat dans les silences

35 minutes
5.6k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de Galaxie rouge
Galaxie rouge
Histoires publiées
161
Abonnés
168
J'aime cumulés
26.2k

Sous l’emprise du désir

Chapitre 4 · L’éclat dans les silences

Note de l'auteur

Résumé du chapitre précédent :
Alors que Kévin entame sa première journée de jardinage, une atmosphère subtilement troublante s'installe entre lui et Séverine. Sous une chaleur orageuse, gestes et regards s'échangent, de plus en plus chargés de tension. Surpris par la pluie, Kévin se retrouve trempé et contraint de rester dormir chez elle. Elle lui prête des vêtements improbables, déclenchant rires et jeux de regard.
Mais derrière l'humour, le trouble est palpable : Séverine le surprend nu dans la salle de bain, et le désir s'éveille en elle avec une force inattendue. Plus tard, un baiser « accidentel » à l'heure du coucher fait basculer leur lien dans une nouvelle dimension. Tous deux, seuls dans leur chambre respective, s'abandonnent à leur désir dans une intimité solitaire, portés par les images de l'autre. Une nuit fondatrice, marquée par l'éveil d'un désir profond, intense… et irrésistible.
La lumière douce du matin glisse entre les rideaux fins, caressant les courbes encore alanguies de Séverine. Son corps s'étire dans un soupir, avec la grâce paresseuse de celles qui n'ont rien à prouver. Son pyjama épouse les rondeurs de sa poitrine, caressant ses seins fermes dans un froissement discret à chaque mouvement. Sous le peignoir entrouvert qu'elle a négligemment enfilé, un kimono en soie ivoire, léger, ses hanches se dévoilent par instants, révélant le galbe sensuel de ses fesses, à peine couvertes par le short assorti qui épouse ses courbes avec tendresse.
Quand elle se lève, le tissu glisse sur sa hanche, laissant deviner, à chacun de ses pas lents, les longues jambes nues qui prolongent l'élégance d'un corps mûr, éveillé, troublant de sensualité. Il y a dans sa démarche une langueur contenue, un éclat matinal qui vient non de la lumière... mais du désir naissant qu'elle laisse doucement infuser.
Dans la cuisine, tout est calme. Elle prépare deux tasses, comme chaque matin depuis l'orage. Une habitude. Un prétexte. Le cliquetis de la porcelaine contre la faïence la fait sourire. Elle ajuste une mèche rebelle, soupire sans raison, puis entend frapper.
— Entre, Kévin, lance-t-elle avec une chaleur calculée.
Il pousse la porte, un souffle d'air tiède avec lui. Jean légèrement délavé, t-shirt noir près du corps, baskets poussiéreuses. Son sourire éclaire son visage encore jeune, mais marqué par quelque chose de plus profond. Un trouble ? Ou juste sa maladresse habituelle ?
Il la salue d'une bise. Leurs joues se frôlent dans un effleurement doux, presque accidentel. Elle passe un bras dans son dos, geste léger, comme pour l'ancrer contre elle une seconde de plus. Elle n'en demande pas davantage. Juste ce contact fugace, cette chaleur discrète entre leurs corps. Une manière silencieuse de lui dire « reste encore », sans jamais le prononcer.
Elle respire son parfum. Il ne voit pas qu'elle ferme les yeux un peu trop longtemps. Un battement de paupière en trop, un soupir retenu dans la poitrine. Il ne le remarque pas. Bien sûr que non. Il ne ressent rien pour elle.
Elle, elle le sait. Il a refusé son baiser, l'autre fois, avec cette douceur maladroite qui fait encore plus mal. Alors elle s'accroche aux gestes minuscules. À ces miettes d'attention qu'il laisse tomber sans y penser. Elle s'en contente. Elle s'y accroche, le cœur sage mais les bras un peu trop pleins de vide.
— À ce propos..., dit-il en sortant un petit sac en toile, qu'il dépose sur le plan de travail avec une expression oscillant entre la fierté et l'embarras. Encore merci pour vos vêtements. Un pote les a lavés chez lui... C'est pour ça que ça a pris un peu de temps.
Séverine penche la tête, lève un sourcil amusé, et ouvre le sac. Ses doigts effleurent les tissus pliés. Le short, le t-shirt… et tout au fond, sa petite culotte.
Elle la saisit du bout des doigts, la fait tourner légèrement entre eux, l'air faussement perplexe.
— Mmmh... Elle a survécu. Je craignais qu'elle ne revienne traumatisée. Mais elle va bien malgré l'expérience...
Kévin ouvre la bouche, mais rien ne sort. Elle continue, malicieuse :
— Tu es sûr que ton ami ne s'y est pas trop attaché ? Je veux dire... elle est plutôt charmante, pour une petite culotte.
— Là, c'est un petit peu gênant ! rétorque-t-il, en riant, tout rouge.
— Peut-être, répond-elle en sirotant son café. Mais c'est elle qui me l'a soufflé ce matin. Je n'ai fait que transmettre.
Il secoue la tête en riant, désarmé. Elle, elle jubile intérieurement : il rougit... et il reste.
Ils s'installent à la table. Le café fume, les silences flottent, habités. Kévin évite de fixer Séverine trop longtemps, mais ses yeux y reviennent toujours. Ce peignoir en soie, entrouvert, laisse deviner les reflets satinés d'un pyjama presque trop élégant pour une matinée ordinaire. Le tissu épouse ses courbes avec une nonchalance calculée. Il remarque la finesse de ses épaules, la douceur de sa poitrine dessinée sous le tissu, la souplesse de ses gestes, ce frôlement presque involontaire de ses jambes croisées.
Et il sent monter une chaleur confuse en lui, un trouble qu'il peine à dissimuler. Elle est belle terriblement belle, mais ce n'est pas seulement ça. Il y a dans son regard, dans sa voix, une façon de le frôler sans le toucher, de l'inviter sans jamais vraiment l'appeler. Il ne sait plus s'il doit regarder ou fuir. Ses pensées deviennent floues, chargées de sensations neuves et déroutantes.
Quand leurs doigts se frôlent sur la tasse, il a l'impression que le monde s'arrête un instant. Elle ne retire pas sa main tout de suite. Juste une seconde de plus. Juste assez pour que ça tremble à l'intérieur et pas seulement chez elle.
Vers dix heures, elle lui apporte la citronnade. Une excuse de plus. Elle a quitté son pyjama pour une tenue de jour, mais pas moins troublante. Un jean, souple et parfaitement ajusté, qui souligne la cambrure de ses reins et le galbe rebondi de ses fesses à chaque pas. En haut, un chemisier fluide, blanc cassé, légèrement entrouvert, dont la matière légère épouse doucement sa poitrine à chaque mouvement, révélant parfois un éclat de peau, un soupçon de dentelle.
Les manches retroussées dégagent ses avant-bras, graciles, et le tissu ondule autour d'elle comme une seconde peau vivante. Son allure est à la fois chic et décontractée, naturelle mais étudiée.
Et Kévin, accroupi parmi les mauvaises herbes, sent une pulsation sourde naître en lui, une chaleur inattendue qui monte à la simple vue des hanches de Séverine ondulant vers lui, avec cette lenteur féline qui ne peut être innocente. Il lève les yeux, son cœur battant trop fort. Elle sourit, tranquille, radieuse. Puis, dans un geste à la fois léger et calculé, elle tend la main vers son épaule, l'effleure, la caresse doucement — deux secondes tout au plus, mais suffisantes pour le faire frissonner — avant de retirer sa main en feignant un déséquilibre.
— Oups… Moins deux, je tombais sur toi, glisse-t-elle avec un sourire mutin, les yeux brillants d'une malice douce.
Elle est belle, vêtue comme dans un rêve qu'il n'aurait jamais osé formuler tout haut.
Vers onze heures, un bruit de moteur trouble la douceur du moment. Une voiture s'arrête. Des talons claquent. Et une voix intérieure murmure à Séverine : Nathalie.
Elle lève à peine les yeux de son ordinateur dans la véranda. Mais déjà, elle voit la silhouette s'approcher. Nathalie. Toujours impeccable. Son chemisier blanc, échancré juste ce qu'il faut, laisse deviner le galbe de sa poitrine sans jamais verser dans l'excès. Les branches de ses lunettes de soleil sont glissées entre les premiers boutons ouverts.
Sa jupe taille haute noire, en tissu stretch, moule ses hanches et ses cuisses avec une précision troublante, chaque pas accentuant la souplesse féline de sa démarche. Ses escarpins allongent encore sa silhouette élancée, et son sac en cuir, porté négligemment au creux du coude, complète l'image d'une femme parfaitement consciente de l'effet qu'elle produit. Sa démarche n'a rien de pressé : elle avance comme si le monde lui appartenait déjà.
— Bon... déjà, elle est en vie, grogne Nathalie pour elle-même, en traversant le jardin du regard.
Elle aperçoit Séverine, absorbée par son écran, et Kevin, à genoux dans les plates-bandes, mains dans les mauvaises herbes, l'air studieux.
— C'est bon, j'ai appelé le FBI, le GIGN et l'ONU, mais visiblement tu es bien vivante, lance-t-elle à mi-voix en arrivant à la porte.
Séverine relève la tête, surprise.
— Nathalie ! Qu'est-ce que tu fais là ?
— Tu ne réponds pas aux messages, tu as disparu... J'allais prévenir les pompes funèbres, mais tu avais l'air occupée à vivre une comédie romantique.
— Roh... n'importe quoi ! Viens, entre. Tout va bien.
— C'est ça. T'as vu les messages ? "Ok", "Oui", "À plus". À croire que tu t'es fait remplacer par un ado en pleine crise.
— Bon, puisque tu es là, reste déjeuner. J'ai prévu pour Kévin.
— Ah. Donc Monsieur Kévin mange avec toi. Je comprends mieux pourquoi je tombe sur ta messagerie entre midi et deux.
Séverine rit doucement, mais une tension plane. Les regards se croisent, une sorte de duel doux-amer entre complicité passée et soupçons muets.
— Allez, râle pas. Aide-moi à mettre la table.
— Pourquoi pas la cuisine ?
— Kévin préfère la véranda. C'est plus lumineux.
— Ah oui. Monsieur a des goûts. Tu l'as embauché pour le jardin ou pour te faire la conversation pendant les repas ?
Séverine ne répond pas, mais son sourire en dit long. Nathalie jette un œil vers le jardin. Kevin est toujours là, appliqué, concentré. Trop propre. Trop sage.
Durant le repas, les échanges sont plus retenus. Nathalie observe. Et ce qu'elle voit l'agace : à chaque fois que Séverine s'adresse à Kévin, son ton se fait plus doux, presque enveloppant. Quand elle lui tend le pain, ses doigts frôlent les siens un peu trop longtemps. Quand elle replace sa serviette sur ses genoux, c'est avec un soin inutile, un geste lent qui attire l'œil. Elle rit à ses maladresses, le regarde par en-dessous, coinçant une mèche de cheveux derrière son oreille comme une adolescente.
Kévin reste discret, presque gêné, mais il ne peut s'empêcher de la suivre du regard. Chaque sourire, chaque inclinaison de tête, chaque croisement de jambes déclenche en lui un vertige léger. Ses yeux brillent à chaque mot de Séverine — et Nathalie, elle, le sent : il est en train de tomber.
— Ça va, toi ? demande Séverine à son amie. D'habitude tu es plus... drôle.
Nathalie force un sourire. Elle est sous emprise, pense-t-elle. Elle ne s'en rend même pas compte.
Après le café, Kévin s'excuse et se lève.
— Je retourne travailler. Merci pour le repas.
— Fais attention au soleil, il tape fort cet après-midi, dit Séverine, avec douceur.
Nathalie fronce les sourcils. Elle va rester niaise comme ça longtemps ?
Dès qu'il sort, elle se penche vers Séverine, le regard plus perçant que moqueur.
— Il est comment, ce Kévin ? Il travaille bien ?
— Oui, très bien. Rien à redire.
— Et avec toi ? Il est comment ? Respectueux ? Un peu trop gentil ? Trop présent ?
— Pourquoi toutes ces questions ?
— Parce que je t'ai vue, Séverine. Ta manière de le regarder, de lui parler. Et lui... il te dévore des yeux. Je te connais. Quand tu commences à sourire comme ça, à rire comme ça... ce n'est pas anodin.
Séverine détourne les yeux, reste silencieuse une seconde de trop.
— Tu crois que je me mets en danger ?
— Je crois que tu veux croire que non. Mais tu n'as pas oublié. Pas vraiment. Et ce garçon... Il pourrait te faire plus de mal que tu ne veux l'admettre. Pas parce qu'il est méchant. Parce qu'il est jeune. Parce qu'il ne mesure pas encore ce que c'est, briser quelqu'un.
Un silence tendu s'installe. Séverine respire plus court. Ses doigts jouent nerveusement avec l'anse de sa tasse.
— Je vais aux toilettes. Deux minutes.
— Je t'attends, répond Nathalie, la voix basse, grave. Et cette fois, ce n'est pas une plaisanterie.
À peine Séverine a-t-elle disparu que Nathalie se lève d'un bond, le regard dur, et traverse la terrasse d'un pas décidé.
Dans le jardin, Kévin, accroupi, les mains plongées dans la terre, ne l'a pas vu venir. Il plisse les yeux, d'abord à cause du soleil… puis à cause de la silhouette tendue qui se dresse brusquement devant lui.
— Tu fous quoi là, sérieusement ? crache-t-elle, le regard brûlant de mépris. Tu t'imagines quoi, hein ? Que son petit cul et ses seins te font baver, alors tu te ramènes pour avoir ta part ? Tu es qu'un môme en chaleur, incapable de piger ce que ça coûte de la blesser. Tu t'insinues comme un parasite, et tu crois qu'elle ne va pas morfler ?
Kévin se redresse lentement, pris de court. Il essuie ses mains terreuses sur son jean, le regard fuyant.
— Je… je ne comprends pas. Je ne voulais pas…
— Les mecs comme toi, elle a déjà donné. Et crois-moi, ce n'était pas joli. C'était même dégueulasse. Alors toi, avec ta petite gueule et ta petite queue, tu ferais mieux de dégager avant de foutre le bordel pour de bon.
Il baisse les yeux. Elle enchaîne, implacable.
— Tu as quoi, seize ans ? Dix-sept ?
— Dix-huit, madame…, souffle-t-il, la voix tremblante.
— Oh, pardon. Dix-huit. Tu crois que ça impressionne qui ? Elle n'en a rien à foutre de ton âge. Pour elle, tu es juste un morveux. Un gamin à qui si on presse le nez, il sort encore du lait. Et tu sais quoi ? Tu as aucune idée de ce qu'elle a déjà traversé. De ce que moi j'ai vu. Ce n'était pas beau. C'était même l'enfer.
Puis, presque les larmes aux yeux mais glaciale, elle se penche vers lui, le souffle court, comme si chaque mot la brûlait.
— Tu as déjà vu une amie que tu aimes vouloir faire le grand saut, toi, crétin ?
Il essaie de soutenir son regard, mais la colère glaciale dans les yeux de Nathalie le cloue sur place. Il racle sa gorge.
— Je ne veux pas lui faire de mal. Je… je l'apprécie beaucoup.
— Oh, c'est touchant, vraiment… Tu l'apprécies ? Comme c'est mignon… Le petit garçon est amoureux. Elle ricane, sèchement. Tu ne sais même pas ce que c'est, l'amour. Tu es qu'un puceau qui fantasme sur des choses trop grandes pour lui.
Puis, d'une voix tremblante de nerfs, le doigt pointé vers lui, elle achève :
— Je te surveille, toi. De très près. Et crois-moi, ta laisse va être très courte.?
Kévin déglutit. Il hoche la tête, à peine. Il ne sait plus s'il doit fuir, parler, ou s'effondrer. Jamais il ne s'est senti aussi mal à l'aise. Aussi petit.
Nathalie entend le pas de Séverine sur la terrasse. Elle se redresse aussitôt, pivote sur ses talons et arbore un grand sourire, faux mais éclatant, comme si rien n'était arrivé. Un masque parfait, taillé pour dissimuler l'acidité de la scène précédente.
— Tout va bien ? lance-t-elle à Séverine qui revient, la voix soudain douce, presque enjouée.
De là où elle est, elle garde son sourire, puis ajoute d'un ton léger : Je prodiguais juste un petit conseil à Kévin… de se protéger. Elle marque une pause, le regard fixé sur lui. De se protéger du soleil, bien sûr.
Puis, à peine audible, elle ajoute, venimeuse : Oui, Séverine, fais gaffe… tu as un soleil brûlant qui pourrait bien te cramer.
— C'est touchant de prendre soin de lui aussi, réplique Séverine, un sourire en coin.
— Oui, très touchant…, glisse Nathalie entre ses lèvres, avant de souffler, sans quitter Kévin des yeux : Et toi, petit con, fais-lui un signe que tout va bien.
Kévin s'exécute, docile, sans un mot.
Les deux femmes s'assoient de nouveau. Dix minutes passent. Puis Kévin se présente à la porte de la véranda. Il ne frappe pas, comme d'habitude. Il reste figé une seconde, puis avance d'un pas mal assuré.
— Excusez-moi... Madame...
Il ne regarde qu'elle. Sa voix est basse, étranglée. Le cœur serré comme s'il disait adieu pour toujours.
— Je... je dois partir. Une urgence...
Un souffle. Comme une lame dans la gorge. Il sait qu'il ne reviendra pas. Qu'il ne la reverra peut-être jamais. Et chaque mot qu'il prononce résonne comme un dernier battement d'ailes avant la chute.
Sa voix tremble. Elle est à peine plus qu'un souffle. Séverine relève la tête, et aussitôt, elle sent que quelque chose cloche. Elle le connaît depuis peu, mais le ton de sa voix, son regard fuyant, sa posture figée… Elle le sent mentir. Elle le sent partir. Quelque chose en elle se tord.
Elle voudrait lui dire qu'elle est désolée. Pour le baiser. Pour ce trouble qu'elle a glissé entre eux. Mais Nathalie est là. Et elle la connaît. Si elle parle, elle la fusillera. Elle le sait. Alors elle se tait. Et dans ce silence, son cœur se serre plus fort encore, comme un coup de poignard.
— Kévin, je t'ai déjà dit... pas de “madame”…
Elle garde la contenance, parce que Nathalie est là, tout près. Mais dans sa tête, sa voix hurle : S'il te plaît, ne pars pas. J'ai besoin de toi. Parle-moi. Reste.
Elle le regarde s'éloigner, le cœur serré, les lèvres closes. Et ce silence la consume.
Mais il détourne déjà les yeux, les lèvres pincées. Il s'éloigne.
Elle se lève d'un bond, prête à le rattraper. Mais Nathalie lui saisit le bras, sans la regarder.
— Laisse tomber. C'est sûrement une de ses petites copines qui lui a envoyé une photo cochonne, et comme un bon petit toutou, il a couru la rejoindre. Il ne faut pas t'en faire pour ça.
Mais Séverine ne l'écoute plus. Elle voit le téléphone de Kévin, posé là, sur la table, oublié. Aucun appel. Aucun message.
— Il a oublié son téléphone..., murmure-t-elle, plus pour elle-même. Mais alors... comment a-t-il su qu'il y avait une urgence ?
Séverine relève les yeux, tendue. Elle se redresse, défensive.
— On aurait entendu s'il avait reçu un message, non ? Il n'y a rien. Regarde, pas un appel, pas une notif. Il n'est pas comme ça, tu sais...
Elle serre les dents. Ce n'est pas qu'une intuition, c'est une certitude. Quelque chose cloche, et elle ne laissera pas Nathalie salir l'image qu'elle commence à construire de lui.
Son cœur se tord lentement, douloureusement. Quelque chose ne va pas. Elle sent la panique sourdre, glaciale. Une angoisse familière, trop familière. Elle a froid.
— Ça va ? demande Nathalie, soudain inquiète.
— Non..., souffle-t-elle, mais le mot est poussif, presque étranglé.
Dans sa tête, rien ne va. Rien ne tient. En dix jours à peine, ce garçon lui a fait plus de bien que cinq longues années passées dans un hiver sans fin. Dix jours, et déjà il a rallumé en elle l'envie de se redécouvrir, de séduire, de se sentir femme. De sentir le feu, à nouveau. Un feu qui consume sans détruire. Un feu qui réveille.
Cinq ans de nuit glacée, partagée entre somnifères et soirées trop arrosées pour oublier. Et là, en quelques regards, en quelques gestes maladroits, il avait fait fondre le givre.
Elle relève lentement les yeux vers elle. Son regard est vide, figé. Sa voix est basse, tranchante.
— Tu as vu ? L'hiver est de retour..., souffle-t-elle d'une voix douce, presque absente. J'ai froid, là. Je vais enfiler un pull.
Elle dit ça comme on parle à soi-même, hors contexte, hors temps. Son regard est vide, déconnecté. Il n'y a plus de flamme en elle. Juste un creux. Un vide silencieux qui pèse lourd.
Ce ton, Nathalie le connaît. Trop bien. Celui de l'autre époque. Celui du silence après les larmes. Celui qu'elle pensait ne plus jamais revoir.
Elle reste immobile, mais ses yeux brillent. Une larme roule lentement sur sa joue.
Nathalie a envie de lui dire : tu débloques, là, quel hiver ? On est début juillet.
Mais les mots restent coincés dans sa gorge. Parce qu'elle sait. Ce froid-là, ce n'est pas la météo. C'est elle. C'est ce qu'elle vient de faire. C'est sa faute. Et ça la déchire de l'intérieur.
— Pourquoi... pourquoi toutes les personnes qui comptent pour moi aujourd'hui pleurent ? murmure-t-elle d'une voix neutre, déconnectée, comme si elle se parlait à elle-même.
Hors contexte. Comme une pensée échappée, plus adressée à l'univers qu'à Nathalie. Son regard reste dans le vide, perdu quelque part loin de la pièce, loin de tout.
Nathalie baisse les yeux, incapable de répondre. Elle se sent coupable. Cette fois, elle a franchi une ligne.
Putain… elle l'aime déjà, pense-t-elle. Et moi… je viens de tout foutre en l'air.
Elle ne l'a pas vu venir. Rien. Et ça lui explose au visage. Elle devait vraiment être seule, pour tomber aussi vite, pour sauter à la gorge du premier mec qui passe sa porte et s'y accrocher comme à une bouée.
Putain… pourquoi je n'étais pas là, moi, lors de cette foutue première visite ? Ce petit merdeux, je l'aurais flairé tout de suite, s'il l'avait reniflée comme un clébard en rut.
Le silence est dur. Épuisant.
— Bon... je vais y aller, souffle-t-elle. Je te rappelle. Et n'oublie jamais que je t'aime.
Mais cette fois, les mots sonnent creux. Pour la première fois, Nathalie n'a ni les mots ni le courage de la réconforter. Elle se sent trop fautive. Elle, qui l'a toujours protégée, épaulée, consolée. Elles en ont traversé, des tempêtes. Mais là… là, c'est elle la tempête.
Et malgré tout l'amour qu'elle porte à Séverine, malgré les années partagées, les douleurs vécues, elle reste là, figée. Parce qu'elle sait que c'est elle qui a rallumé l'hiver.
— Oui. Moi aussi.
Séverine tourne légèrement la tête vers elle, le regard encore absent.
— Prends une veste, souffle-t-elle d'une voix douce, hors contexte. Il fait froid en cette saison.
Sa phrase tombe dans l'air comme une évidence tordue. Le ton est neutre, comme si elle parlait à elle-même. Une bribe de pensée qu'elle laisse échapper, sans vraiment s'adresser à Nathalie. Juste à ce froid intérieur qu'elle n'arrive plus à chasser.
Séverine se lève, lentement, comme si chaque geste coûtait trop. Elle monte à l'étage, retire d'un geste mécanique son chemisier fluide, déboutonne son jean qui glisse lentement le long de ses hanches. Elle laisse les vêtements tomber au sol, un à un, comme des couches de façade qu'on abandonne. Elle s'arrête, debout dans la pénombre, vêtue seulement de ses sous-vêtements, discret mais élégant, choisi sans y penser ce matin, et qui maintenant lui paraît presque déplacé.
Ses mains tremblent légèrement lorsqu'elle pousse la porte de la salle de bain. Elle entre sous la douche. L'eau chaude coule sur ses épaules, ses bras, sa nuque tendue. Mais elle ne frissonne pas de plaisir. Elle frissonne de vide. La chaleur n'atteint pas son cœur, ne traverse pas cette carapace glacée qui vient de se reformer sans qu'elle le veuille.
Les gouttes ruissellent sur sa poitrine, épousent ses courbes, coulent entre ses cuisses sans qu'elle y prête attention. Elle ferme les yeux. Sa mâchoire se crispe. Une larme coule, se mêle à l'eau, disparaît aussitôt. Puis une autre. Et encore.
Ses doigts glissent contre les parois lisses de la cabine. Elle voudrait hurler, frapper quelque chose, mais aucun son ne sort. À l'intérieur, ça hurle.
Ça cogne fort. Une inquiétude ancienne, un manque, un rejet, une peur viscérale de perdre à nouveau. C'est absurde. C'est trop tôt. C'est ridicule.
Et pourtant… elle a mal.
Le carrelage est froid. Le miroir embué. Elle s'y regarde à peine. Ce reflet flou, c'est elle sans armure. Elle sans rôle. Elle juste... abandonnée.
Et dans ce brouillard intérieur, une pensée claque, impérieuse, entêtante. C'est ma faute. Pourquoi j'ai voulu aller si vite ? Pourquoi j'ai cru que

je pouvais lui montrer ce que je ressentais, aussi tôt ? Il était juste là pour travailler. Rien d'autre. Et moi, j'ai foncé. J'ai ouvert les portes en grand, sans filtre, sans prudence. Il a dû me prendre pour une folle. Ou pire, pour un piège. Un appel au secours déguisé en séduction. Peut-être que j'aurais dû me taire. Peut-être que j'aurais dû attendre. Prendre plus de temps. Ne pas brûler les étapes. Ne pas le brûler, lui.
La lumière du matin filtre à travers les voilages, pâle, presque timide. Séverine émerge d'un sommeil haché, le cœur engourdi. Toute la nuit, elle a tourné et retourné entre ses draps, enserrée dans une tristesse qu'elle n'arrivait pas à chasser. L'échange silencieux avec Kévin, la veille, continue de résonner en elle. Le passage de Nathalie a laissé un goût de trahison, un froid qui ne la quitte plus. Et Kévin... Il est parti sans un mot, les yeux rougis, le regard fuyant.
Elle n'a même pas eu la force de se changer pour dormir. Elle a passé la nuit enveloppée dans ce jogging gris et ce t-shirt rose trop large, celui avec le petit ours. Celui que Kévin avait porté le jour de l'orage. Ce jour où tout avait changé.
Le porter, c'est comme l'enlacer en silence. Comme retenir encore un peu de lui, même si tout s'éloigne.
Elle descend à la cuisine, se prépare un café. Le bruit du percolateur emplit l'espace vide, sans le réconforter. Elle s'adosse au plan de travail, les bras croisés, les cheveux encore en bataille. Elle se sent vide, froissée de l'intérieur.
Et puis… elle l'aperçoit.
Kévin.
Il est là, de l'autre côté de la haie. Silhouette familière. Jean, t-shirt, baskets. Une vague de chaleur la traverse, si soudaine qu'elle en perd son souffle. Il est revenu. Il est là.
Elle pose sa tasse, s'avance vers la fenêtre de la cuisine et l'ouvre d'un geste fébrile.
— Coucou Kévin ! Tu passes prendre le café ? En plus tu as oublié ton téléphone hier.
Il s'arrête. Son dos se tend. Il ne répond pas. Il reste figé une seconde, puis bifurque, change de direction vers la maison.
Son cœur cogne. Elle recule de quelques pas, se demande s'il a entendu. Puis, elle entend frapper.
— Vas-y, entre Kévin ! Je prépare le café !
Elle attend. Rien. Pas un pas, pas une voix.
Elle s'approche de la porte d'entrée, mais s'arrête net en croisant son reflet dans le miroir. Le jogging froissé, le t-shirt rose avec le petit ours... Non mais regarde-toi... on dirait une dépressive qui n'a pas quitté son canapé depuis trois jours.
Elle soupire, pince les lèvres, tente de lisser ses cheveux du plat de la main. Elle ajuste le col du t-shirt, remonte un peu le tissu sur sa poitrine, mais le tissu tombe toujours mal, trop ample, trop doux, trop chargé de souvenirs. Elle passe un doigt sous ses yeux, chasse en vain les cernes et les traces de larmes. Rien n'y fait. Son image lui renvoie une femme fatiguée, vulnérable, et profondément touchée. Il va comprendre… il va tout voir.
Elle ouvre enfin la porte.
Kévin est là. Droit, figé, les bras croisés sur sa poitrine comme pour se protéger de ce qu'il ressent. Mais en la voyant, un choc le traverse. Lui qui l'a toujours vue élégante, toujours dans des tenues qui la mettaient en valeur, là elle est comme défaite. Ce jogging trop large, ce t-shirt rose d'un autre âge.
Il a l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre. Elle semble fragile, vulnérable, et cette image lui fait plus mal qu'il n'ose l'admettre. Son regard se détourne presque aussitôt, comme s'il n'avait pas le droit de voir ça. Comme s'il avait peur d'y lire ce qu'il ressent lui-même : une immense tristesse.
— Bonjour, madame. Je... je ne savais pas où j'avais perdu mon téléphone. C'est gentil de l'avoir retrouvé.
Sa voix est creuse, contenue. Il semble réciter, comme pour éviter de trembler. Séverine reste une seconde figée, transpercée.
— Eh bien... entre. On va prendre un café ?
— Non merci. J'ai du travail en retard. Je voulais juste récupérer mon téléphone.
Chaque mot la frappe comme une pierre. Elle encaisse, droite, sans ciller, mais son souffle se suspend.
— Ah… souffle-t-elle dans un souffle presque imperceptible.
Elle tourne les talons, traverse le couloir, saisit l'appareil sur le buffet. Ses doigts tremblent à peine. Elle revient, le lui tend.
— Merci. Il hésite. Bon...
Son regard, enfin, s'arrête sur elle. Une fraction de seconde. Il y lit ce qu'il ne veut pas voir : la peine, l'incompréhension, la blessure. Et ça le ronge.
— Je vais y aller… à tout...
Il ne termine pas. Sa voix s'étrangle. Les mots meurent sur ses lèvres.
— Ok… Allez-y, Kévin. Je ne veux pas vous retarder.
Le vouvoiement tombe entre eux comme une barrière de verre. Il lève les yeux. Elle ne l'a jamais vouvoyé. Jamais. Et ce « vous », c'est plus qu'une distance : c'est un adieu déguisé.
Il baisse la tête, le cœur serré, et tourne les talons dans un silence accablant.
Elle referme doucement la porte. Puis elle glisse le long du battant, s'assoit au sol, dos contre le bois. Elle reste là, les bras enroulés autour de ses genoux.
— Qu'est-ce que j'ai fait… Qu'est-ce que j'ai dit…
Une heure passe. Le silence l'enveloppe comme une couverture humide. Elle se relève enfin, péniblement. Elle va se changer, troque le jogging contre un jean clair, et un chemisier fluide qu'elle ne ferme qu'à moitié. Elle coiffe ses cheveux, se maquille un peu. Prépare une citronnade.
À 11h, elle tourne en rond. Elle a mal au ventre. La peur la ronge : Et s'il décidait de partir ? De ne plus revenir ?
11h10. Elle n'arrive pas à bouger. Elle tient le plateau entre ses mains. Inspire. Expire. Puis, enfin, se décide.
Elle sort, doucement. Marque un arrêt en le voyant. Il est là, accroupi, concentré sur les fleurs.
Elle s'approche à pas feutrés. Toussote doucement.
Il sursaute, se retourne.
— Ah ! Vous m'avez fait peur. Il ne fallait pas vous déranger pour moi.
Elle le regarde longuement, puis lui tend un verre.
— Tenez. Une citronnade. Et... j'aimerais vous poser une question.
Il prend le verre, les mains tremblantes.
— Oui... murmure-t-il.
— Pourquoi... pourquoi vous êtes si distant avec moi depuis hier ?
Il ne bouge pas. Il fixe le sol.
— Je vous ai fait du mal ?
Toujours pas de réponse.
— Je vous ai blessé ? Je vous fais trop travailler ? Je ne vous paie pas assez ?
Sa voix tremble, presque implorante.
Kévin ferme les yeux. Il a mal au ventre. Il sent sa gorge se nouer.
— Arrêtez... s'il vous plaît. Vous n'avez rien à vous reprocher. Vous…
— Je ?
Elle voudrait lui hurler dessus, le secouer.
— Je suis… J'ai que dix-huit ans. Et je pourrais vous faire du mal. Je… je ne devrais pas vous parler. Vous êtes une femme trop bien. La première femme que je regarde comme ça. Et… comme elle dit… je suis juste un petit con.
— Mais qu'est-ce que tu racontes, Kév…
— Et si vous voulez que j'arrête de travailler pour vous, je peux partir maintenant.
Les mots s'étranglent dans sa gorge. Les larmes lui montent. Elles coulent.
Séverine fait un geste pour le retenir, tend la main… mais la retire aussitôt.
— Non... s'il vous plaît. Je vous en supplie… partez pas.
Elle ne le touche pas. Elle n'ose pas. Elle a peur de le briser, de le faire fuir. Tant que je peux encore te voir… ça me suffit.
Kévin hoche la tête, sans parler. Il essuie ses joues, retourne vers le jardin.
— Excusez-moi… de vous faire du mal, madame, murmure-t-il en s'éloignant.
Elle reste là, figée, la citronnade encore en main, le cœur broyé.
De retour chez elle, elle tourne en rond. Les mots de Kévin résonnent : Petit con. Femme trop bien. Vous.
Quelque chose ne va pas. Ce ne sont pas ses mots. Ce n'est pas son ton.
Et soudain… la pièce du puzzle s'emboîte.Tout a basculé après que Nathalie l'a vu seul dans le jardin.
Elle se rue vers le salon, attrape son téléphone, cherche dans ses favoris.
— Allô…
Un silence.
— Nathalie. J'ai une question. Et je veux une réponse. Pas de blague. Pas d'échappatoire. Juste la vérité.
— Je t'écoute.
Le ton est grave. Lent. Trop lent pour Nathalie.
— Qu'est-ce que tu lui as dit ? Qu'est-ce que tu as dit à Kévin ?
Sa voix monte, portée par une colère qui déborde. Ce n'est pas dans ses habitudes. Mais là, c'est trop.
— Réponds-moi, merde ! crache-t-elle. Pour la dernière fois, Nathalie… parle !
Silence.
Séverine sent sa poitrine se soulever, puis s'effondrer.
Les larmes montent.
Nathalie est bouleversée. Elle cherche les mots, ceux qui pourraient la consoler, la ramener, effacer ce qu'elle vient de briser. Sa voix tremble, maladroite, étouffée par la culpabilité.
— S'il te plaît… ne pleure pas, petite sœur…
— Tu lui as dit quoi ? Il ne veut plus me parler. Il se traite de petit con. Il croit qu'il me fait du mal. Qu'il n'a pas le droit de me regarder. J'ai froid, Nathalie. J'ai froid à cause de toi. Pourquoi tu me fais ça ?
Sa voix est plate, tranchante. Comme son regard. Comme son cœur. Il n'y a plus rien de tendre entre elles. Plus rien de chaud. Juste des éclats gelés.
Elle ne crie pas. Elle tranche. Et dans ce ton glacial, chaque mot est une lame. Une sentence. Il n'y a plus d'amour, plus de lien. Juste une déchirure ouverte entre elles.
À l'autre bout du fil, un sanglot. Puis un murmure :
— Je voulais te protéger… Je t'ai vue… comme avant… Je t'aime, Séverine. Je t'aime tellement.
Nathalie est bouleversée. Elle sent que tout vacille, que leur amitié, cette chose précieuse tissée d'années et d'épreuves partagées, est en train de se briser. À cause d'elle. Et ça la tue. Alors elle s'accroche aux mots comme on s'agrippe à des branches trop fines, trop tard.
— Je… tu sais à quel point je tiens à toi, hein ? Je veux juste que tu sois heureuse…
Elle bafouille. C'est confus, maladroit.
— Tu es… tu es ma sœur. Pas de sang, mais de cœur. Merde, Séverine, j'ai déconné. Mais je t'aime, bordel. Tu es tout pour moi.
Elle parle d'amour, en désordre, en urgence. Comme on jette des pierres dans l'eau noire, en espérant que l'une d'elles touche encore le fond du lien qu'elles avaient.
Séverine serre le téléphone entre ses doigts. Sa mâchoire se crispe.
— Tu y connais quoi à l'amour, toi ? lâche-t-elle sèchement. Tu es seule aussi, non ?
Les mots sortent sans filtre, sans douceur. Sa voix est froide, coupante. Il n'y a plus de place pour l'indulgence. Plus de place pour les faux-semblants. Juste cette colère gelée qui glisse sur chaque syllabe.
— Je vais te laisser, dit-elle, la voix fêlée, le cœur fermé.
Elle ne sait plus quoi dire à cette personne au bout du fil. Cette voix autrefois familière est devenue étrangère. Une inconnue.
Elle se sent trahie. Usée. Et tout ce qu'elle croyait inébranlable entre elles vient de voler en éclats.
— D'accord… Séverine… je ne veux pas te perdre, murmure Nathalie, la voix brisée par les larmes. Je respecte ton choix… même si ça me déchire. Même si ça me tue.
— Je t'embrasse ? Non. Pas ce soir. Pas après ça.
Sa voix est posée, mais dure. Tranchante. Il n'y a plus rien de doux. Juste une ligne qu'elle vient de tracer. Une ligne qu'elle ne veut plus franchir.
Sa voix est calme, mais sèche. Sans chaleur. Comme un adieu qui ne dit pas son nom.
Elle raccroche. L'écran noir du téléphone la renvoie à elle-même. Vide. Silencieuse.
En fin d'après-midi, elle aperçoit Kévin, silhouette solitaire au fond du jardin. Il s'apprête à partir. Son sac sur l'épaule, la tête basse. Il ne se retourne pas.
Mais arrivé au portail, il ralentit. Ses pas hésitent. Et puis il s'arrête. Une seconde. Dix. Vingt. Il reste là, figé, comme suspendu. Comme s'il cherchait quelque chose. Ou quelqu'un. Comme s'il espérait un signe.
Dans le salon, dissimulée dans la pénombre, Séverine le regarde. Immobile. Silencieuse. Son cœur tambourine, ses mains tremblent. Elle n'ose pas bouger. Elle se dit : Regarde-moi. Juste une fois.
Et pendant un instant, elle croit qu'il va le faire. Qu'il va se retourner. Mais non. Il baisse la tête. Passe le portillon. Le referme derrière lui avec lenteur.
Elle ferme les yeux. Une larme silencieuse glisse sur sa joue. Mais malgré le pincement, malgré le vide… une minuscule chaleur s'accroche. Il s'est arrêté. Il a hésité. Il n'est pas encore parti tout à fait.
Le soir tombe. Elle monte dans sa chambre, le pas lent, le cœur plombé. Elle se glisse dans ses draps encore tièdes, mais le lit semble immense, vide, trop silencieux. Et elle pleure. Longtemps. Les larmes coulent sans bruit, s'accrochent à ses cils, ruissellent dans son cou.
Mais dans l'obscurité, son esprit dérive. Malgré elle. Les images reviennent. Son sourire hésitant. Ses mains maladroites mais pleines d'attention. Ses yeux qui la regardaient comme si elle était un mystère. Et sa voix... timide, mais sincère.
Puis, comme un flash, ce moment dans l'orage. Ce corps nu, éclairé par les éclairs, sculpté dans la lumière brute. Et son sexe… au repos, mais d'une virilité troublante. Elle se revoit, figée, incapable de détourner le regard. Il y avait là quelque chose de primitif, de magnétique, une tension silencieuse entre le sacré et le charnel.
Ce sexe d'homme, offert sans le vouloir, avait éveillé en elle une envie brûlante, irrépressible : le toucher, le prendre dans sa main, le sentir vivre sous ses doigts. Rien d'obscène. Juste une faim douce, intime, sensuelle. Une pulsion ancrée dans la chair, dans l'absence, dans le manque.
Une chaleur lente s'éveille en elle, monte comme une vague sous la peau. Elle passe une main sur sa poitrine, sent la fermeté tendre de ses seins sous ses doigts. Elle les caresse doucement, paume ouverte, les yeux fermés. Son souffle s'accélère. Ses doigts glissent sur son ventre, descendent le long de sa hanche, puis reviennent, hésitent, effleurent l'élastique de sa culotte.
Elle n'a plus froid. Elle brûle. De désir, de manque, de tendresse refoulée. Elle glisse la main entre ses cuisses, frôle la peau moite de son sexe. Elle est déjà trempée. Un soupir échappe à ses lèvres. Elle frotte lentement, doucement, explore. Des gémissements étouffés montent dans sa gorge.
Ses doigts dessinent des cercles autour de son clitoris, effleurent les plis sensibles de son intimité, le caressent, le réveillent.
Elle imagine sa peau contre la sienne, son souffle chaud qui effleure son cou, cette main d'homme, encore hésitante mais curieuse, glissant sur sa hanche, sur son ventre, remontant lentement. Et puis, sous sa direction douce, ses doigts à lui s'aventurant entre ses cuisses, guidés, glissés par elle-même, là où elle brûle, là où tout l'attend. Elle voudrait lui montrer, lui faire découvrir ce que c'est que de donner du plaisir, de le partager. Lui apprendre son corps, ses réponses, ses frissons, dans une danse lente, tendre et troublante.
Elle monte. C'est lent. C'est profond. Chaque vague de plaisir se superpose à la précédente, jusqu'à la déborder. Son souffle se brise en gémissements étouffés. Puis l'explosion vient, fulgurante. Une décharge brûlante jaillit de son ventre, irradie dans tout son corps, la submerge en un frisson long, dense, irrépressible. Elle gémit, arc-boutée contre les draps, secouée d'un spasme chaud et puissant, comme si tout son être se libérait enfin.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 5 · Le cri sous la surface
30 minutes
4.9k
153
4
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 4 commentaires
Photo de profil de Gubbe
Gubbe
23 mai 2025 à 17:08
Épisode plein de rebondissement. Vivement le 25 mai pour lire la suite de cette belle et triste histoire d’amour
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de OlivX
OlivX
23 mai 2025 à 16:33
Episode terriblement prenant, Nathalie en voulant protéger son amie viens de briser 3 personnes, Kevin, Séverine et elle même
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ Xaviernnrs Cure de jouvence XSTORY
Cure de jouvence
Chapitre 3
Par Xaviernnrs
76
4
2.8k
Hétéro
✦ Galaxie rouge Jusqu’à ce que mon corps dise “oui” XSTORY
Jusqu’à ce que mon corps dise “oui”
Chapitre 7
Par Galaxie rouge
116
0
3.5k
Hétéro
✦ Elissalabrune Première fois avec une beach-volleyeuse XSTORY
Première fois avec une beach-volleyeuse
Chapitre 15
Par Elissalabrune
135
5
14.3k
Hétéro
✦ croquant29 Amanda et Julien XSTORY
Amanda et Julien
Chapitre 6
Par croquant29
87
4
4.3k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio